TV
SMITH -The Verge (London) 12 Octobre 2001
London,
Gatwick airport, le train, le métro et rendez-vous immédiat
au "The Verge", pub-concert londonien où je devais
découvrir TV Smith en concert, un parfait inconnu, pour moi,
dont j'avais distraitement écouté quelques titres deux
jours plus tôt... pas déplaisants : il faut savoir
quelquefois apprendre à découvrir des artistes qui furent
la gloire d'une époque ! En l'occurrence, TV Smith était
l'un des protagonistes de la scène punk anglaise dans les années
77 - 80 avec sont groupe The Adverts.
The Verge :
Lieu dépouillé, limite sordide, où flotte une
odeur de Guinness et de rendez-vous des habitués de ce breuvage
amer et mousseux que je me mis immédiatement à apprécier.
Un demi-litre plus tard, l'ambiance devient intime, chaleureuse et
même la scène minimaliste, seulement investie d'un micro,
de son pied, d'une guitare et d'un ampli prend une allure attractive
à la lumière des trois spots monochromes qui se battent
en duel sur la rampe, devant. On me présente avec émotion
un personnage filiforme et grisonnant, vêtu comme un punk assagi
d'il y a vingt ans, dans l'expression duquel se lit une forte
concentration mêlée d'absence, et aussi la joie retenue
de retrouver un ami, mon guide, pas vu depuis longtemps : c'était
lui, TV, dont j'entendais parler depuis 3 jours maintenant. La conversation
se limite à quelques politesses: on le sent définitivement
lointain et son esprit déjà tout dévoué
à l'expression puissante de ce qui allait suivre. Le public
débarque lentement, au compte goutte, une faune sans âge
où se mélangent ados et ex-punks et de laquelle émane
une complicité de look et d'esprit : on est venu voir TV, comme
s'il s'agissait d'un rendez-vous d'amateurs au pied d'un monument
symbolique. Une légère inquiétude me gagne :
vais-je me retrouver dans une de ces manifestations mystiques où
les gens ont cette curieuse façon d'exprimer leur joie en une
danse qui consiste à bousculer son voisin en se jetant sur
lui tout en s'aspergeant de bière, et puis, vais-je supporter
un concert avec un seul homme et une seule guitare qui vont probablement
hurler ensemble ?

Soulagement,
le concert commence et l'on découvre immédiatement une
vraie voix, puissante et déterminée, accompagnée
d'une vraie guitare, précise, forte et harmonieuse. Sous sa
douche de lumière jaunâtre, TV séduit dès
les premiers accords, et, le personnage dégingandé,
absent et limite triste de tout à l'heure, devient charismatique,
rayonnant du bonheur d'exprimer ce qu'il a sur le coeur : et
ce n'est rien de le dire, car ses paroles profondes, claires et engagées
ajoutent encore une puissance inattendue au spectacle. Le
public bouge, applaudit avec enthousiasme, et moi aussi. Je découvre
dans ce genre agressif une profondeur douce et poétique insoupçonnée.
Les fans sont bel et bien fidèles, le néophyte se laisse
séduire et rentre en France moins bête qu'en arrivant
en Angleterre : l'acoustique peut être aussi sinon plus
fort que l'électrique !
SHAZAM