Quand j’ai réalisé BRAZIL, en 1984, je n’avais aucune idée de l’impact extraordinaire qu’aurait ce film sur notre monde. D’aucune façon, je n’aurais pu imaginer qu’un très grand pays d’Amérique du Sud aurait pris pour patronyme mon film. J’étais évidemment tout particulièrement fier de cet honneur, mais il restait encore d’autres surprises à venir, et quelles surprises !…
Ainsi, bien des années plus tard, quelques-uns des meilleurs footballeurs du monde allaient se réunir, piquer également le nom de mon film et l’utiliser comme nom d’équipe, pour finalement gagner la Coupe du Monde de football. Wow ! Je me suis alors dit : quoi après ça ? Comment faire encore plus fort ?
Et bien, voilà, il me semble que ce moment si improbable et incertain est finalement arrivé et que tout ce qui précède a été définitivement enterré… Par un très goûteux, tout beau tout neuf et indispensable magazine qui… surprise, surprise… s’intitule lui aussi BRAZIL !… Un vrai magazine. Avec des mots. Avec des images aussi. Et aussi avec une couverture. Et sûrement, oui sûrement, de nouvelles et très dangereuses idées, comme cette fixation du rédacteur en chef qui croit que j’ai appelé mon film d’après son magazine… Et ce, même si mon film est sorti 17 ans plus tôt ! Quelle effronterie ! Quelle absurdité !
Quoi qu’il en soit, après avoir été sous le choc, suite à cette suggestion pour le moins scandaleuse, j’ai commencé à me demander si par hasard ce n’était pas la vérité. Et si j’étais coupable, si j’étais un voleur, un chapardeur de futures idées et appellations ? Aurais-je voyagé dans le passé pour y dérober le mot magique -le BRAZIL originel- tout en sachant que je pourrais ainsi appeler mon film sans être suspecté par des historiens futurs. Où est la vérité, finalement ? Je n’étais plus sûr de rien.
J’ai un grand réservoir de culpabilité en moi, toujours prêt à déborder, et je peux très bien prendre sur moi tout ce que ce monde peut revêtir d’étrange et d’inquiétant. Sans doute mon ego désespéré cherchait-il à tirer profit d’une éventuelle possibilité de voyage dans le temps. Malheureusement, sur ce coup-là, H.G. Wells m’avait bel et bien grillé au poteau ! Ou alors tout ceci n’était peut-être que la conséquence d’un acte apparemment bénin : ce moment de pure folie, quand j’ai ouvert ce magazine provocateur d’où j’ai peut-être tiré mon film. J’étais perdu. Troublé. Stupéfait. Des idées tournaient sans cesse dans mon esprit torturé. Le souffle coupé, je me suis saisi de cette misérable publication, comme si je pouvais lui tordre le cou puis, dans un dernier râle, je me suis évanoui.
Maintenant, des jours ont passé et je suis là, étendu dans la fosse à ordures et panaché de pétales de rose qui me sert de demeure, et j’espère bien que ceux d’entre vous qui sont tombés dans le piège et ont acheté BRAZIL (le magazine, pas le pays, l’équipe de football ou le film) vont m’aider à comprendre un peu mieux ce qu’il se passe. Peut-être vos cerveaux pourront-ils supporter mieux que le mien les effets pervers liés à la lecture de cette revue, sans succomber donc à son attrait magnétique et aux terrifiantes confusions qui se sont emparées de moi. Je l’espère sincèrement, bien que, si vous lisez ces lignes, c’est que vous êtes déjà en train d’y succomber !
Heureusement, il n’est sans doute pas trop tard, vous pouvez probablement prendre encore le dessus. Si vous êtes inquiet, ne le lisez pas, bouffez-le ! Croquez-le et allez-y à pleines dents. Personnellement, je le trouve particulièrement délicieux, accompagné d’une béarnaise fait maison et de tendres échalotes braisées, sur un croustillant lit de salade fraîche accompagnée de fruits de mer.
Bon appétit !

Terry Gilliam

Les aventures improbables de Terry Gilliam VF / VO

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