COMPACT #8 - Novembre 2000

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

100% Collègues
100% Collègues
(La Tawa/Corrida) - 14 titres, 52m12s - Produit par les Collègues - Sortie octobre 2000

Boulègue. Lorsque la Kabylie croise l'Andalousie, quand l'accordéon mène le bal, lorsque les hanches roulent, quand la tendresse et les éclats de rires se mêlent, quand le public chante à pleine voix se prenant pour les choeurs du Pays de Galles, si en plus l'impression d'être en famille vous gagne, c'est que vous avez mis sur la platine le dernier né des 100 % Collègues. Entièrement auto produit, ce disque est une réunion de potes, de frangins qui ne poursuivent qu1un seul but : faire plaisir et se faire plaisir. Les Collègues sont de retour et avec eux bien sûr, une partie de Zebda : les frères Amokrane, et Magyd Cherfi qui signe quatre textes, avec la verve et le talent qu'on lui connaît. Cet opus inscrit également les retrouvailles avec les autres membres qui composent le groupe, dont Bernardo Sandoval à la guitare Andalouse et au chant, pour ne citer que lui, ils sont douze, imaginez ce que ça donne sur scène ! On en a un avant-goût puisque certains morceaux sont enregistrés en public. Lorsque vous aurez fini de vous passer et vous repasser le disque en boucle, forcément, de la chaleur humaine, de la sensibilité et, de la rigolade on en redemande, vous ne saurez plus ou vous habitez. À ce moment-là, vous ouvrirez le livret et Magyd aura beau jeu de vous rappeler qu' "On n'est pas plus d'ici que d'ailleurs". En attendant de les retrouver sur scène, et de nous prendre à notre tour, pour des grenouilles sautillantes, et de chanter avec eux à perdre haleine, on ne peut que leur dire "jôôli !" N & D S-D

3,5 - À ranger entre Zebda et Motivés

40 ans de Rock Français
(Remedy/FGL/Wagram, 3063592) - 75 titres, 292m50s - Produit par divers - Sortie fin octobre 2000 

Rock d'ici et d'ici. Le projet était on ne peut plus ambitieux, et le moins que l'on puisse dire est qu'il a été amené à son terme avec une rigueur qui fait plaisir à entendre. Bien sûr, à vouloir compiler 40 ans de rock hexagonal, il était sûr que certains allaient rester sur le carreau (Téléphone, par exemple, manque cruellement à l'appel), mais dans l'ensemble ce coffret est bien équilibré, assez intelligemment construit, et ne souffre pas trop de la présence des sempiternelles brebis galeuses inhérentes à ce type de produit, même si on aurait pu largement se passer de Billy Ze Kick, pour ne citer que l'exemple le plus ouvertement décalé. Les quatre décennies sont ainsi assez équilibrées, avec entre autres les Chats Sauvages, Richard Anthony, Dick Rivers, Magma, Ange, Les Variations, Martin Circus, Bijou, Trust, Starshooter, Shakin' Street, Sortilège, Dogs, Gamine, Taxi Girl, LSD, Wampas, OTH, Sheriff, Satellites, Cyclope, Le Cri De La Mouche, Pigalle, Parabellum, Massilia Sound System, Tanger, Aston Villa, Little Rabbits, Treponem Pal, Mass Hysteria, MatmatahÉ et tant d'autres ! Bref, le cadeau de Noël idéal pour qui s'intéresse un peu, beaucoup, passionnément au rock made in FranceÉ ET

4 - À ranger avec la pochette contenant votre collection de billets de concerts

69 Eyes
Blessed Be
(Roadrunner/Sony) - 11 titres, 44m21s - Produit par Johnny Lee Michaels - Sortie le 23 Octobre 2000

Rock gothique autant que sépulcral. Considérés longtemps comme une imitation valable de Type O Negative, les cinq longues silhouettes finlandaises auront mis presque dix ans avant de prouver leur valeur, et de cesser de subir ces stupides comparaisons qui amusent tant les journalistes dénués d'imagination. Évidemment, le retour annoncé des fabuleux Fields Of The Nephilim va, peut-être, leur causer quelques nouveaux soucis. Mais bon, ce sont de solides gaillards et ils sortiront vainqueurs de cette nouvelle épreuve placée sur leur sombre cheminÉ Plus sérieusement, ce nouvel album a bien des atouts, en tout cas assez pour figurer en bonne place dans la discothèque de tout néo-corbeau qui se respecte : la voix rocailleuse à souhait de Jyrki 69, les guitares entêtantes de Timo Timo et de Bazie, l'univers onirique des longues chansons à mi-chemin entre Matrix et The Crow premier du nom (méfiez-vous des deux suites, seule la série télévisée avec le sous-estimé Mark Dacascos se laissant regarder). Tout concourt à faire de ce Blessed Be l'une des meilleures productions gothiques de cette année 2000, ex-äequo avec le nouveau Cradle Of Filth et ce Fields Of The Nephilim tant attenduÉTS

4,5 - À ranger entre Fields Of The Nephilim et Bloody Kisses (Type O)

Abed Azrié
Venessia
(l'empreinte digitale/harmonia mundi) - 16 titres, 43m47s - Produit par Abed Azrié - Sortie 20 octobre 2000

Lyrique. Bienvenue dans un monde onirique. Un univers étrange qui vous emmène très loin de la vie bruissante et crépitante de nos cités. Venessia est le premier album d'Abed Azrié en langue latine. Ce Syrien qui nous vient d'Alep n'en est pas à son coup d'essai, il a déjà à son actif plusieurs disques en Arabe. Tout est lyrisme dans cette oeuvre, les voix, la sienne et celle de Christiane Legrand. Le texte est signé Andréa Zanzotto, poète fétiche de Fellini, il dessine les traits d'une divinité lagunaire, l'éternelle mer Méditerranée, le féminin mystérieux qui est en chacun de nous. La préface du livret est d'Amin Maalouf à qui nous laissons le soin de vous engager à vous laisser emporter par cet excellent opus. "Il faut entrer dans Venessia sur la pointe des pieds, comme à une séance initiatique. "Ici, la musique d'Abed Azrié, la poésie d'Andréa Zanzotto fusionnent et s'élèvent en une incantation qui rappelle l'esprit de Venise, Venessia, Venùsia, ville-femme, ville-déesse, ville-sorcière, ville-prostituée, étendue sur le bord de l'Adriatique, chaînon de chair et d'or entre l'Orient et l'Occident". N & D S-D

3 - À ranger entre Venise et Damas

The Aluminium Group
Pedals
(Primeros Pasitos/Pop Lane, ANDA07) - 11 titres, 57m51s - Produit par Jim O'Rourke & The Aluminium Group
Sortie le 16 Octobre 2000

Easy-Listening. ZZZZÉ Wake me up when it's overÉ D'accord, OK, vous avez raison, il y a du beau monde sur cet album : Jim O'Rourke a endossé le costume de producteur, il joue de la guitare et assure une partie des backing vocals ; Sean O'Hagan (Microdisney, High Llamas) est venu assurer de ces parties de banjo dont il a le secret ; Doug Mac Combs (Tortoise) a amené sa célèbre basse électrique à six cordes ; Edith Frost et Sally Timms (des remarquables Mekons) s'amusent de leurs rôles de choristes de luxe, mais tout ceci n'arrive pas à occulter le fait que la musique de cet Aluminium Group est loin d'être bandante. On peut vraiment parler de musak, de musique d'ascenseur, d'easy-listening, enfin de ce bruit de fond inventé par Brian Eno un soir de déprime et repris en choeur par des formations ou des artistes ridicules et ayant pour héros Burt Bacharach ou, encore pire, Ennio Bourricone, le comble de la misère ayant été atteint voici quelques années avec les Mike Flowers Pop et leurs reprises lamentablesÉ Si vous aimez les chansons éthérées, sans véritable début ni fin, interchangeables au possible et auxquelles il vous faudra prêter une oreille indulgente, ce disque est fait pour vous, mais ne venez pas vous plaindre aprèsÉ TS

1,5 - À ranger entre la musique "d'Il Etait Une Fois La Révolution" et Mount Florida

Vicente Amigo
Ciudad de las ideas
(BMG, 74321 78495 2) - 8 titres, 48m55s - Produit Vicente Amigo 

Flamenco. Vicente Amigo n'est certes pas un nouveau venu sur la scène du flamenco. À l'âge de quinze ans, il est remarqué par Manolo Sanlucar, un des piliers de la guitare flamenca, qui l'intègre dans son groupe où il demeurera quelques années. S'ensuivent de nombreux enregistrements dans lesquels il accompagne de grands chanteurs tels Remedios Amaya ou El Pel. Il embrasse ensuite une carrière internationale et collabore avec des musiciens prestigieux, Al Di Meola et John Mc Laughlin, pour ne citer qu'eux la liste serait trop longue. Ciudad De Las Ideas (La ville aux idées) est un album flamenco enluminé d'influences diverses. En effet pour son nouvel opus, il fait appel à des musiciens croisés au hasard de ses tournées aux quatre coins du monde. Pedro Aznar bassiste Argentin de Pat Metheny, Mino Cinelu, percussionniste d'origine Française installé a New York qui travaille entre autres avec Sting, Alfredo Paixao, bassiste Brésilien. On retrouve même Khaled sur le rythme latent d'une buleria. Cet album n'est pas un album de fusion, c'est plutôt l'univers de son auteur qui s'ouvre sur d'autres cultures musicales. « Le flamenco s'enrichit par l'écoute et le travail avec d'autres gens. Ce que je joue est du pur flamenco, parce que je ne sais pas comment faire autre chose ». Guitariste brillant, son flamenco séduira les aficionados et les autres, la musique étant un langage universel. N & D S-D

3 - À ranger entre Paco de Lucia et Manolo Sanlucar.

Artsonic
Fashion Victim
(WEA) - 11 titres - 50m24s - produit par S. Kramer - Sortie le 24 octobre 2000

Néo-Metal. Huit ans que la formation évolue dans le domaine du rock aux gros sons. Ils sont quatre et nous en font voir ! Loin d'être figés dans un genre défini, comme on pourrait le reprocher parfois à certains, leur principe demeure être à l'écoute et développer leur style. Après Sonic Area en 97, première tentative peu remarquée, ils s'imposent en 98 avec Fake (album concept proposé sous forme de fausse BO ; plaisanterie mal comprise puisqu'il se retrouve classé parmi les musiques de film !) et leur label Wet Music qui donna un coup de fouet à la production française. 2000 est l'année de la révélation avec cet opus qui se veut accessible, pêchu et sincère. Des samples électro mêlés de cordes omniprésentes au service de ces compositions cosmopolites qui pourraient bien, pour une fois, dépasser les limites frontalières. À noter la reprise boostée de Another Brick In The Wall, surprenante mais efficace. CD'O

3 - À ranger entre Loudblast et  Rammstein

Avenue A
Never The Less
(R&S Records/PIAS) - 12 titres, 63m14s - Produit par Mark Pember et Jason O'Bryan - Sortie septembre 2000

Rétro Trip-hop. Ça ressemble à une compilation, mais c'est l'album d'un même homme, Mark Pember, qui joue à mélanger trip hop, easy listening et rhythm & blues 60s. Avantage de ce mélange affirmé d'influences et de genres : on s'ennuie moins qu'avec un énième avatar de Massive Attack. Problème : peu de cohérence et il est difficile de savoir où l'homme veut en venir. Mais peut-être n'est-ce pas si fondamental, l'essentiel étant sans doute que cette galette s'écoute avec un réel plaisir, autant en fond sonore qu'en ambiance majeure. Outre son vieux complice O'Bryan des Dub Pistols, ont également collaboré Kurt Wagner de Lambchop et Holly Golightly qui passa par Rocket From The Crypt. Une curiosité mineure, mais à découvrir. MEK

3 - À ranger entre Morcheeba et les Doors

Vincent Baguian
Mes Chants
(Cargo/Sony) - 12 titres, 51m59s - Produit par Richard Seff - Sortie le 10 octobre 2000

Chanson française. Voilà l'histoire d'un grand gars de la banlieue parisienne (St Ouen) qui vient en mai 95 aux rencontres d'Astaffort organisées par Francis Cabrel et qui repart son premier album sous le bras. Cette aventure pourrait ressembler à un conte de fée, un coup de chance énorme pour quelqu'un qui n'aurait que peu de talent. Or Vincent Baguian serait sorti de l'ombre de toute façon un jour ou l'autre. Car du talent, cet artiste en à revendre. Vincent Baguian c'est d'abord une plume originale et rare comme il en arrive une à peu près tous les 20 ans. Mes Chants est un écrin de velours qui contient 12 petites perles, scènes de la vie quotidienne racontées plus que chantées avec sensibilité et précision A découvrir de toute urgence. JCM

3,5 - À ranger après Pas mal

Axel Bauer
Achille
(Mercury/Universal) - 10 titres, 50m26s - Produit par Axel Bauer et Pierre Jaconelli - Sortie le 24 octobre 2000 

Soft-rock. Axel Bauer, on l'adore ! Comment pourrait-il en être autrement ? En dehors de la sympathie évidente que dégage instantanément le personnage, de son côté Don Quichotte contre les moulins à vents de la connerie (tout le monde scotché sur "Cargo" depuis trois siècles, etc.), il reste, quand même, l'un de nos compositeurs les plus enthousiasmants et, sans doute, notre guitariste le plus mal "utilisé" tant son "importance" dans le paysage musical français est inversement proportionnelle à son talent. En plus, le bonhomme a plutôt un beau timbre de voix, ce qui ne gâche rien ! Seulement voilà, la France c'est le pays du fromage et des étiquettes ; et les sales étiquettes poisseuses, Axel les collectionne ! Mais il persiste, il signe, il insiste, il résiste et l'on applaudit cette belle leçon d'humilité. Respect. Maintenant, à trop être chahuté, notre homme n'en perd pas moins parfois son fil conducteur et même si ce nouvel album est bien plus qu'honorable et donc hautement recommandable, on lui préfèrera le précédent, tout simplement parce qu'Axel en avait aussi signé l'intégralité des textes. Non pas que les paroles de ces nouvelles chansons soient réellement mauvaises, mais elles l'éloignent, le rendent plus transparent alors qu'on le préfère sur la corde raide, funambule, gonflé à bloc autant par ses mots culbuto, et leurs vices de fabrication, petits défauts à usage interne qui le grandissent davantage, que par ses qualités de musicien et de technicien. Sans doute ce petit déséquilibre sera-t-il oublié sur scène où, once again, la guitare sera reineÉ CG

4 - À ranger entre virulence et transparence

Buffalo Tom
Asides From Buffalo Tom
(Beggars Banquet/Labels, 7243 8499552) - 18 titres, 72m52s - Produit par divers - Sortie octobre 2000 

Rock US. Il y a des groupes comme ça, dont on occulte toujours l'importance, dont on oublie presque le nom, sans véritable raison. Et puis, quelques accords suffisent, un bout de refrain, pour qu'un flash traverse notre esprit, qu'on revienne les oreilles sur Terre et qu'on se rende compte, presque confus, que le groupe en question est non seulement d'une importance capitale, mais qu'il mérite bien plus que des excuses. Buffalo Tom a ainsi traversé une décennie entière (cette compil retrace l'aventure de 88 à 99) sans qu'on y prête attention plus que cela, et pourtant non seulement le groupe s'inscrit dans le peloton de tête de ce que le rock US nous a donné de meilleur durant cette période (avec Soul Asylum notamment), mais en plus s'inscrit-il à merveille dans la scène toujours vivifiante de Boston, d'où sont issus également Dinosaur Jr, Sebadoh et bien sûr les Pixies. Idéal contre les pertes de mémoire chroniquesÉ CG

4 - À ranger entre Pixies et Soul Asylum

Calc
Great Fun
(Spirit/Wagram, Spi2049) - 15 titres, 54m51s - Produit par Calc - Sortie le 27 octobre 2000

Pop. En tournée aux côtés de Tue-Loup, Venus, Pavement ou Superflu, les Bordelais de Calc assuraient la promo du Something Sweet, sorti en janvier 99. Depuis, le groupe a été rejoint par David Lespès (ex Pull), et s'enfonce dans ce marécage pop d'où peu de Français s'extirpent. Que l'on se rassure, le combo est bien vivant, comme il nous le prouve avec ce nouvel opus. Enfin, quasi nouvel album puisque beaucoup de titres ont été enregistrés ou écrits entre 96 et cette année ; tantôt sur un quatre, huit et seize pistes. Autant de prises directes renforçant ce sentiment de proximité diffusée par cette pop éthérée, chantée en Anglais. Un univers proche de Granddady, aussi. Les influences ne manquent pas de venir enrichir ce disque, assurément décomplexé de toutes étiquettes françaises. LE

3,5 - À ranger entre Tulip et Dinosaur Jr

Cannibal Corpse
Live Cannibalism
(Metal Blade/M 10) - 14 titres, 48m07s - Produit par Colin Richardson - Sortie le 28 Septembre 2000

Death Metal en liberté . En totale liberté, même, vu que cet album a été enregistré aux concerts sold out de Milwaukee et d'Indianapolis, pendant la tournée américaine du Death Metal Massacre 2000 et qu'il est garanti sans le moindre overdub ni réarrangement en studio, Colin Richardson ou pasÉ Comme dit le poète, un concert de Cannibal Corpse, c'est plus qu'une simple soirée en ville ; c'est un véritable événement, aussi brutal qu'il soit et en cette occasion, c'est même un triple événement, puisque parallèlement à ce compact disc, sont sortis au même moment un DVD et une superbe vidéo, les fans de ce groupe extrême vont être gâtés ! Surtout que figurent sur ces trois supports (il y a sûrement des bonus-tracks sur le DVD, le contraire serait étonnant) les plus jolies mélodies de cette formation. Des vieilleries comme "Hammer Smashed Face" aux ritournelles plus récentes et extraites de Bloodthirst, l'album qui les a vraiment mis sur orbite, rien n'a été oublié ou délaissé, pas même les gâteries en studio supplémentaires que sont "Sacrifice"(1998) et "Confessions"(1999), ils ne se moquent pas du mondeÉ TS

4 - À ranger entre Bloodthirst et le Live At The Inferno des rigolos Raven

Capleton
Worefire
(Small/Sony, 4982562) - 20titres, 65m22s - Produit par Clifton Bailey et Stuart Brown - Sortie octobre 2000

Raggae/Ragga. Capleton est incontestablement l'un des meilleurs toasters de sa génération. Ses chansons puisent à l'essence même du rastafari, les thèmes traditionnels de la culture de l'île. Sa voix porte l'empreinte d'une spiritualité rare et son style fait penser à une autre star du ragga : Sizzla. Capleton reste fidèle à ses racines et à sa culture et son dernier album en porte la marque profonde. Une voix de baryton sur des riffs de synthétiseur et autres bidouillages font de Worefire un concentré de groove, d'astuces et de malices, que l'on retrouve particulièrement sur les titres musclés et percutants "Fire Chant" ou "Who dem ?". Un album à dimension humaine donc où tout ce qui s'y écoute prend vie et sait être chaud au premier contact. JCM

3,5 - À ranger après I Testament

Tonino Carotone
Mondo difficile
(Chewaeka/Virgin) - 14 titres, 48m35s - Produit par Nacho Mastretta - Sortie octobre 2000

Chanson réaliste. Enfant d'un quartier ouvrier de Pampelune, Tonino Carotone fut un membre prestigieux de groupes punks cultes espagnols baptisés respectivement, Tijuana in Blue et Kojon Prieto qui, dans les années quatre-vingt, firent les beaux jours de la scène alternative de Navarre. Passionné de chanson et chantre de l'allégresse, Tonino a une inclination particulière pour l'Italie et ses mélodies, et son univers est un savoureux mélange de ces deux pays méditerranéens que sont l'Espagne et l'Italie. Installé depuis trois ans à Barcelone, c'est tout naturellement qu'il y retrouve une vieille connaissance en la personne de Manu Chao, lui aussi résidant de la capitale Catalane. Ensemble, ils travaillent sur le titre "Me cago en el amor" qui ouvre le CD. Album insolite s'il en est, Mondo Difficile possède le charme suranné de ces orchestres de bals méditerranéens, enrobés d'orgue Hammond et de mandolines, on est soudain transporté par une chaude nuit d'été, dans une ville de l'Italie, le chanteur porte un costume trois pièces immaculé, il fait chaud, le monde est difficile, mais, vita intensa !É N & D S-D

3 - À ranger entre Renato Carosone et Adriano Celentano

Murali Coryell 
2120 
(CZYZ Records/MSI, CZ3931 2) - 15 titres, 53m41s - Produit par Marshall Chess et Murali Coryell - Sortie Octobre 2000

Blues sans rides. Il y a dans cet album la rencontre féconde de deux mythes. Le premier est bien sûr celui de Coryell le Larry, vertigineux guitariste de jazz qui étourdit les années 70/80 et dont voici le gamin qui reprend l'électrique boutique. Et puis le retour aux affaires de la légendaire famille Chess qui se remet à produire des disques après 25 années de silence. Le fils Coryell n'a pas suivi la voie jazzy de son popa, mais bien celle du blues. BB King lui a fait choisir le twelve bar magique, et même avec un purisme rarement rencontré dans la jeune classe du blues nouveau. Coryell ne mâtine pas son blues de rock ou d'autres emprunts comme Poppa Chubby, il s'est calé amoureusement sur les fondamentaux du genre, à tel point qu'on ne sent nulle différence de facture entre ses compositions personnelles -la majorité ici- et ses reprises millésimées. Ce gaillard a vraiment la mojo touch, avec un beau feeling, une maturité étonnante pour son âge et bien sûr une sacrée technique guitaristique que la conjoncture de trio ne met que davantage en valeur. Pour les confrères ricains, Murali est la meilleure chose qui soit arrivée au blues depuis Stevie Ray Vaughan. On ne demande qu'à les croire. HP

3,5 - À ranger entre BB King et Otis Rush

Rob Cox & The Bluesknights
Before I Go 
(Surfin'Dog/MSI) - 10 titres, 46m30s - Produit par Roy Cox, Hill, Shannon & Layton - Sortie Novembre 2000. 

Napalm Blues. Préparez-vous à un électrochoc plutôt jouissif si vous ne connaissez pas ce gaillard. Voilà en effet un album réellement grandiose qui risque de vous procurer les mêmes frissons de bien-être qu'un bon George Thorogood, un Georgia Satellites des familles, un Jimmy Barnes charnu ou un ZZ Top première époque, façon La Grange. Vous l'avez compris, c'est donc de blues rock qu'il s'agit, du bien lourd des burnes, du qui laisse des traces fumantes sur le bitume, du qui fait passer le heavy metal le plus mordant pour un aimable cantique paroissial. Voix épaisse saturée d'un feeling surchauffé, guitares juteuses et saturées de bonheur électrique, harmonica égrillard façon J.Geils Band, tout séduit et emporte l'enthousiasme chez ce gang de Texans qui vous rejoue la plus vieille pièce du rock, celle du blues qui bouillonne et du boogie salvateur, en vous faisant franchement croire qu'on vient juste d'inventer tout ça. Une splendeur. Les connaisseurs ne seront alors qu'à moitié étonné d'apprendre que cette rondelle incandescente a été fabriquée à Austin, ça va presque de soi. HP

4,5 - À ranger entre George Thorogood et Georgia Satellites

Cradle Of Filth
Median
(Music For Nations) - 11 titres, 58m58s - Produit par John Fryer - Sortie le 30 Octobre 2000

Black metal gothique. Le cinquième album du Berceau De La Crasse se devait de sortir, si l'occasion s'en présentait, le jour d'Halloween, tant les sorcières, vampires et autres elfes font partie intégrante de leur univers richement onirique. C'est à présent chose faite, même si la compétition sera rude entre ce disque et le nouvel Helloween, qui sortira exactement le même jourÉ Les albums de COF se suivent et sont de plus en plus personnels et ambitieux, ils s'enfoncent de plus en plus loin dans des terres imaginaires, peuplées de créatures monstrueusement pathétiques et d'histoires destinées à glacer le sang, hérisser le poil et tourner le lait de l'auditeur putatif. Un véritable régal pour les esprits féconds mais quelque peu tordus ! Les compositions du seul groupe de black metal (quoiqu'ils réfutent toute appartenance à ce courant musical) ayant réussi le tour de force de vendre plus de 20 000 copies de From The Cradle To Enslave, l'opus précédent, au pays de jean-pierre foucault, hélène seguara (pas question de mettre des majuscules à ces résidus de fausse-couche) et autres immondes saloperies prennent tout leur temps, soit les 7 à 8 minutes nécessaires pour que le malheureux acheteur de ce CD comprenne qu'il ne sortira pas indemne de cette virée en train fantôme plus vrai que nature. Peut-être même qu'il redemandera des doses de plus en plus élevées d'horreur absolueÉ TS

5 - À ranger entre le premier Black Sabbath et un vieil Alice Cooper

The Cult
Rare Cult
(Beggars Banquet/Labels, 72438504492) - 15 titres, 74m53s - Produit par divers - Sortie fin octobre 2000 

Rock Hi-Octane. Cult est arrivé, a tout balayé, puis est reparti et désormais rien n'est identique. Alors, bien sûr, aujourd'hui que l'on sait que le groupe est à nouveau là, quelque part sur cette planète, en studio, en train de préparer activement son nouvel album, il y a de quoi s'enthousiasmer. Beggars Banquet, l'ancien label du groupe (qui vient de signer avec Atlantic) en profite pour sortir un coffret 6 CDs contenant 90 morceaux rares, inédits, faces B (à la mi-novembre), et la présente compil qui arrive en éclaireur ; bref, le truc habituel, sauf que dans le cas de la bande à Astbury/Duffy, les inédits sont généralement de petites merveilles, les remixs des moments privilégiés et les extraits live de purs moments d'extase. Certains titres sont déjà connus des heureux possesseurs de la série des 12 mini-CDs à pochette calque, mais le groupe nous réserve sur cette compil, et a fortiori sur le coffret, de bien belles surprisesÉDB

4 - À ranger entre Electric et Sonic Temple

Daggah
Daggah
(Autoproduit) - 5 titres, 22m16s - produit par Daggah - Disponible

Reggae. Originaire de Rouen, ce groupe s'impose tranquillement avec une formule simple : le live and direct. À l'écoute de leur premier cinq titres et au vu des photos qui composent le livret intérieur, le batteur et le bassiste donnent une base béton à Daggah. Pendant ce temps, un des autres membres, assure quelques notes de guitare, simples et dépouillées, dans l'esprit d'Ernest Ranglin, donnant une grande liberté tonale au chanteur Joachim Crochemore. Il nous montre son savoir faire qui s'inscrit dans la lignée des chanteurs jamaïcains. Daggah va à l'essentiel aussi bien au niveau des textes que de la musique, et le moins que l'on puisse dire est que leur sens du groove se démarque du reggae français par plus de mélodie que la moyenne. À quand le premier album ? JCM

4,5 - À ranger entre Wailers et Gladiators

Daisy
Indessa
(Autoproduit) - 6 titres - 29m18s - Produit par Daisy - Disponible

Pop électrique. Indessa n'est pas une nouveauté, le disque étant disponible depuis octobre 99. Pourquoi alors, est-il présent dans ces colonnes ? Parce que les compositions de ce quatuor parisien sont à découvrir impérativement, parce qu'elles sonnent parfaitement dans cette ère post vingtième siècle, et qu'après tout, pourquoi ne pas parler de ce qui nous plaît ! Produit avec peu de moyens, cet opus rassemble la quintessence de la force française en matière de pop music : des riffs accrocheurs électriques à souhait pour servir la voix d'Olivier Nicolas, proche de celle de Nicolas Sirkis (dont ils ont assuré les premières parties en 99). À destination des amateurs d'efficacité, des nostalgiques de la belle époque tout comme aux guetteurs de nouveaux talents, cet EP est distribué par le réseau FNAC. CD'O

3,5 - À ranger entre Indochine et Eiffel

De Palmas
Marcher dans le sable
(Polydor/Universal) - 12 titres, 42m04s - Produit par n.c. - Sortie le 17octobre 2000

Variété Française. Troisième album pour Gérald de Palmas, dont le premier fut Victoire de la Musique en 1996. Quatre ans après, il revient sur le devant de la scène avec ce Marcher dans le sable à la production hyper sophistiquée, à grand renfort de guitares célestes, de piano limpide et de violons omniprésents, tout en distillant de temps à autre une touche funky à l'ensemble. Ce disque, témoignage d'une rupture sentimentale douloureuse qui semble avoir fait souffrir son auteur, au point d'en devenir pleurnichard et insensiblement agaçant. Les titres des morceaux parlent d'eux-mêmes et résument très bien le ton de l'album : regarde-moi bien en face, (tu m'as manqué) tellement, tu finiras toute seule, rien à faire ensemble, (Il n'y a rien que tu ne saches) déjà, je te pardonne, le gouffre, trop tard, si tu veux. On est triste pour lui, on espère que cet opus lui servira de thérapie pour oublier son amour déçu, mais tout cela n'est pas très convaincant. À déconseiller aux déprimés chroniques et aux personnes en rupture, cet album ne contentera sans doute que son auteurÉN & D S-D

1,5 - À ranger entre Art Mengo et Roch Voisine

Stefano Di Battista
Stefano Di Battista
(EMI/Blue Note, 724352974320) - 11 titres - 62m57s - Sortie le 24 octobre 2000

Saxo hero. Chaque nouvel album reste un événement, comme en témoigne cette nomination aux victoires de la musique pour accueillir Volare, un nouveau né dont le cri primal a mis en émoi les critiques, puis un public conquis d'avance par tant d'enthousiasme. 1998, un an plus tard, Stefano présente A Prima Vista, un joyau parmi les notes bleues, la clef de voûte d'un triptyque imaginaire que, pourquoi pas, boucle ce dernier opus. Di Battista est en pleine mutation, la chrysalide sort de son coton pour achever, accomplir son jeu. NonÉ Son art. N'ayons pas peur des mots si le talent est là, à portée de notes orchestrées par une pléthore de pointures : le pianiste Jacky Terrasson (il signe ici deux compositions), le contrebassiste Rosario Bonaccorso ; et Flavio Boltro, compagnon d'arme de Stefano invité comme à l'accoutumée. Et puis, il y a Elvin Jones, l'incroyable batteur de Coltrane. Ce dernier a même embarqué le saxophoniste pour la tournée du Elvin Jones Jazz Machine, enchanté par cette session extraordinaire, et ce, dans tous les sens du terme. LE

4 - À ranger entre Art Pepper et John Coltrane

Benjamin Diamond
Strange Attitude
(Diamondtraxx/Epic, EPC4998202) - 12 titres - 46m27s - Produit par Benjamin Diamond - Sortie octobre 2000

Electro pop. Ce Français est l'un des ingrédients du tube interplanétaire "Music sounds better with you", dont le succès a déferlé sur les clubs internationaux, telle une lame de fond. En fait, Benjamin est la voix de Stardust, un projet resté au stade de single peut-être parce qu'il impliquait de nombreuses collaborations, dont le bras droit de Daft Punk. Aujourd'hui, le chanteur revient pour une carrière solo, un raccourci de ses envies, ses goûts, allant de la pop british made in 80's, au groove d'Outre-Atlantique. Étonnement, l'album ne sonne pas house (à l'inverse du single "In Yours Arms") ni disco ou rock, mais amalgame les tendances et Benjamin s'en tire plutôt bien côté chant. Une "bonne'' surprise donc, que ce premier opus qui, nous espérons, tiendra ses promesses aux 22è Transmusicales de RennesÉ LE

2,5 - À ranger entre Phunky Data et Shawn Lee

Doctor L
Temple On Every Street
(Zomba Records/Jive France, 9220388) - 15 titres - 77m52s - Produit par Doctor L - Sortie le 24 octobre 2000

Pharmacomanie. Toujours aussi fertile et débordant d'imagination, Liam Farrel glisse sous la porte de son studio, ce nouvel album (sorte de suite aux précédentes pérégrinations de cet été) avec en invité Clip Payne. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il ne s'agit pas de prendre les mêmes ingrédients puis de repasser une deuxième couche de peinture, histoire de redonner un coup de neuf aux compos. Non, l'auteur se défend toujours de ne pas utiliser les samples, mais uniquement les instruments tel qu'il les manipule, dans un genre tribal. Mais la surprise de ce superbe digipack est ailleurs, dans le DVD accompagnant l'album. En plus des différentes versions audio de "Mountains", il ouvre une fenêtre sur l'univers visuel de ce Temple On Every Street. Cosmique à souhait ! LE

3 - À ranger entre James Baldwin et Lou Reed

Dun Leia
Chasser l'écume
(Murrayfield/Eastwest) - 12 titres, 45m50s - Produit par Clive Martin, Dave Allen et DL - Sortie le 26 septembre 2000

French folk. Repérées l'année dernière sur la scène de Bobino, aux cotés des Scamps et de Moon Martin et, plus récemment, aux Francofolies, le duo acoustique Karen/Elodie propose ici son premier "produit" fini, à savoir une sorte de variété haut de gamme, aux tonalités folk ici, rock là. Si "Taratata" existait toujours, on les y verrait volontiers, tant leur musique et leurs textes, subtilement consensuels, passent avec aisance, sans heurts apparents. Un talent certain, donc, que cet enregistrement rend avec finesse dans la production. Un titre comme "Au dehors" évoque Autour de Lucie dans le dépouillement des arrangements et la mise en avant d'un texte sombre. Des atmosphères souvent cool et, parfois, sans en avoir l'air, plus poignantes que de simples étalages d'états d'âme. MEK

3 - À ranger entre Zazie et Native

Dusted
When We Were Young
(Go Beat Records/Universal, 543638-2) - 13 titres, 58m37s - Produit par Guy Davie & Mandy Parnell - Sortie le 9 octobre 2000

Contes électroniques pour enfants modernes. Bon sang, que se passe-t-il dans la caboche de Rollo (rien à voir avec Rollo Mc Ginty, l'ex leader des Woodentops, hélas pour nous...), qui se faisait appeler Felix en des temps moins troublés, pour avoir l'incroyable idée et audace de réunir deux vocalistes (un mâle et une femelle : aurons-nous la chance de les voir se reproduire en captivité ?) et un tas de machines ingrates dans un studio londonien, dans le but pas très clair de sortir un disque bizarre sous l'appellation Dusted . Que va-t-il nous concocter pour la prochaine fois ? Je le verrais bien s'associer avec cette cruelle déception qu'est devenu l'excellent Peter Astor via son chiantissime Wisdom Of Harry  : ces deux-là ont toutes les cartes en main pour nous fabriquer, avec amour et en croyant bien faire, l'un des 1O disques les plus ennuyants de cette année 2000 ! Rollo/Felix passe pour être un maître de la scène Dance anglaise et un producteur-phare (je n'aimerais pas faire partie des navires musicaux qu'il a à charge !) de tout ce qui se fait en Bouse, pardon en House : passe encore, mais s'il se met à faire peur à nos chères têtes blondes, il va falloir faire quelque chose ! TS

1 - A ranger entre la série de maxis "Rollo ..." et une soirée sur TF1

Elvin Bishop & Little Smokey Smokers
That's My Partner !
(Alligator/Night&Day, ALCD4874) - 12 titres - 50m47s - Produit par la foule - Sortie le 29 septembre 2000

Leçons de blues en public. Bishop, véritable légende et pionnier du blues-rock made in Chicago, s'acoquine sur ce That's My Partner ! avec son mentor et idole de toujours, l'inimitable Little Smokey Smokers. Alors que ces deux-là se connaissent depuis un bail (depuis les années 60, en fait, alors qu'Elvin fréquentait un collège de Tusla et que, interne et pauvre, il fît un soir le mur pour assister à un concert de Smokey qu'il aimait déjà beaucoup) ils trouvent enfin le temps et l'occasion de passer un bon moment ensemble, et de nous en faire passer un, par la force des choses... Les réjouissances ont lieu au Biscuits & Blues de San Francisco, les guitares fusent de partout et les titres s'enchaînent, impeccables et sans temps mort ; on passe des classiques "Little Red Rooster" ou "Roll Your Money Maker" à des choses un peu plus personnelles telles que "Travelin' Shoes", "Middle Aged Man" ou bien encore un superbe "Pleading With You" ; les amateurs de blues (mais pas au sens triste et mélancolique du terme) vont se régaler et vont sûrement vouloir en savoir un peu plus sur ces deux as de la six cordes : ça tombe bien, le livret intérieur propose une discographie sélective, ainsi qu'une mini-interview commune fort intéressante -qu'est-ce qu'on dit ? TS

4 - À ranger entre Popa Chubby et Big Ed Sullivan

Elwood
The Parlance Of our Time
(Palm Pictures/Naïve, 2047-2) - 10 titres - 41m34s - produit par B. Boland et S. Lillywhite

Hip-pop. En ces temps où les genres ne cessent d'émerger, de fidéliser, puis enfin d'évoluer, la fusion, au sens large, semble être le maître mot. Laïcisés, les États-Unis nous offrent un hip-hop agrémenté de sonorités moins difficiles, plus accessibles. Le premier à avoir tenté l'expérience (Everlast) fut couronné de succès. Prince Elwood Strickland III, comprenez Elwood, reprend la formule à son compte, et livre un premier album intelligent, jonglant avec ses références funk, pop, hip-hop et son goût pour la production (il a été ingénieur du son au studio Green Street Recording de New York). Comme entrée en matière, on retrouve " Sundown ", reprise de Gordon Lightfoot (sorti en 74) et dont l'efficacité a su percer la rigueur des tracklist françaises. Aidé de Brian Boland, ce premier opus est une belle découverte. CD'O

3 - A ranger entre Everlast et Beck

Enchant 
Juggling 9 Or Dropping 10 
(InsideOut/Wagram, 085 41252 ) - 12 titres, 64m22s - Produit par Enchant - Sortie le 29 septembre 2000. 

Prog Pressante.Lorsque l'on se met à citer les groupes qui comptent dans la prog nouvelle, on oublie régulièrement Enchant, allez savoir pourquoi. C'est très vilain, et injuste en plus, car voilà un groupe qui n'a cessé de progresser, d'affiner son art, et qui montre avec ce nouvel album qu'il a atteint son but, c'est-à-dire proposer une progressive crédible qui ne doive plus rien à personne. En fait, c'est l'évidente leçon fournie par ce CD exemplaire, Enchant est parvenu à se créer un son parfaitement original. Il s'est débarrassé de tous les clichés à l'anglaise qui encombrent encore tant de prog groupes. Et il a su durcir sa musique sans atteindre le pôle fort du prog metal. En fait, son prog rock nous taraude, nous bouscule, mais à sa façon, par un subtil réglage de la pression interne, et sans rien aller voler à Dream Theater, ce qui est devenu plutôt rare dans le domaine de la prog pressante. Cela dit, Enchant n'a pas opté pour la voie de la facilité en agissant ainsi, et il réclame de ses auditeurs un certain bon vouloir pour accepter ces nouvelles règles du jeu prog. Mais il a eu raison, car voilà bien une démarche justement progressive. Ces subtils jeunes gens ont compris que ce n'est pas en pompant une fois de plus Genesis et Yes qu'on ferait avancer les choses. HP

3,5 - À ranger entre Pallas et Rush

Enhancer
Et Le Monde Sera MeilleurÉ
(Jaff/BMG) - 19 titres, 73m39s - Produit par Stéphane Kramer et Antoine Gaillet - Sortie le 9 Octobre 2000

Rock, Hip-Hop et toutes ces sortes de choses. Maman, il faut toujours que cela me tombe dessus, ce genre de chroniques casse-gueule qui fera que, forcément, le ou les artistes seront fâchés à mort si on n'encense pas leur bébé chéri, aveuglés qu'ils sont par les affres de la création, ce qui leur fait perdre de vue que ce qui les fait "kiffer" (pardonnez-moi, St John Perse !) sera plus ou moins insupportable pour des personnes peu habituées à ce genre de débordements de langage, de boîtes à rythmes cacochymiques et de samples en tout genreÉ L'intention de mélanger des morceaux metal new school (c'est eux qui le disent, hein) avec un rap festif (comment un rap pourrait-il être festif, bordel ?) est louable, pas de problème, mais là n'est pas la question. Presque une heure un quart de ce traitement de faveur, c'est beaucoup trop pour qui aime les mélodies bien troussées et les albums consistants. Vraiment le genre de disque à distribuer à la sortie des collèges de la banlieue parisienne, notre belle jeunesse bigarrée saura l'apprécier bien mieux que votre (pas si humble que cela) serviteur, aucun doute là-dessusÉTS

2 - À ranger entre un carnet de notes calamiteux et Silmarils

Peter Frampton 
Live In Detroit 
(SPV/Wagram, 089 30002 ) - 2 Cds : 17 titres, 90m25s - Produit par Peter Frampton - Sortie octobre 2000. 

RFM rock. Non, non, l'immortel auteur de "Show Me The Way" n'a pas quitté ce monde, et sa talk box coasse toujours joyeusement sur les accords magiques de cet inusable tube platiné. Évidemment, le Frampton n'a plus son allure d'angelot hollywoodien ni sa cascade de boucles qui affolait les minettes jadis. Par contre, il n'a rien perdu de sa voix fabuleuse, et, côté guitare, l'âge aidant, il serait même bonifié. Ce double live enregistré à Detroit lors de l'été 99 le rappelle donc à notre bon souvenir. Il nous redonne le Frampty tel qu'on l'a toujours connu, et donc toujours comparable à son homologue Gary Wright versant claviers, à savoir une voix fantastique, des qualités instrumentales au-dessus de la moyenne, un charme fou, et un répertoire pas à la hauteur, une certaine fadeur west coast englue la belle électricité native. Vrai, on le préfère martelant l'intense "I Don't Need No Doctor" comme il le faisait avec Humble Pie que susurrant "Baby I Love Your Way" . Mais n'importe quelle fille vous dira le contraire, alors...  HS

3 - À ranger entre Michael Bolton et Gary Wright

Front Page
Front Page
(Universal/Emarcy, 5490452) - 13 titres - 54m50s - Produit par Christian Pégand - Sortie le 24 octobre 2000

Entête Jazzy. C'est dans le Gard que le trio s'est réunit afin de passer l'hiver à l'abri de la terrible tempête dont le pays fût victime, en décembre dernier. Un cataclysme dont le trio Biréli Lagrène, Dominique Di Piazza et Dennis Chambers s'est protégé autour d'une table ronde, au studio Recall. Au cours de ce libre-échange entre plusieurs écoles, les idées fusionnent et le jazz étend sa frontière à celle du funk où la basse de Di Piazza s'aventure sporadiquement. Aussi, les esprits s'échauffent le temps d'une rencontre avec John McLaughlinÉ C'est essentiellement le thème de cet album, un débat permanent entre les musiciens et leurs instruments devenus de véritables organes vocaux. Chacun prend la parole, avance sa pièce sur l'aire de jeu, sans effets, au gré des improvisations capturées et mixées dans les règles de l'art. Un pur moment de guitare ! LE

4 - À ranger entre Pat Metheny et Steve Johnson

Gary Moore
The Back To Black Collection No 5
(Axe Killer/FGL) 2 CDs : 24 titres pour 114m26s - Produit par Jeff Glixman, Mike Stone and co - Sortie le 16 Octobre 2000

Collector obligatoire. FGL fait très fort, une fois de plus, avec la splendide collection, toute de cuir noir vêtue, baptisée Back To Black, qui en est déjà à sa cinquième livraison. Pour mémoire, sont sortis : Scorpions, Queensrÿche, Saxon et Whitesnake -réservez déjà le prochain, vu qu'il sera constitué des deux meilleurs albums du Blue Oyster Cult, bravo les petits gars et encore merci ! Les deux Gary Mooreries choisies sont donc Corridors Of Power (enrichi de deux inédits et d'une version longue de "Empty Rooms" qui est, curieusement, un titre du deuxième compact !) et Run For Cover (y ont été ajoutées une chanson de presque six minutes et une version live de son célèbre "Parisienne Walkways"), soit deux très bonnes productions du temps où Mr Moore n'était pas encore tombé dans un chaudron géant rempli de Blues, une discipline certes très honorable, mais vaguement barbante quand c'est le seul plat inscrit au menu... Comme d'habitude, tout a été remasterisé de main de maître et l'épais livret de 28 pages propose une biographie, les paroles des chansons ainsi que quelques photos exclusives de derrière les fagots ; ce magnifique objet de collection étant proposé à un prix plus que raisonnable (soit un peu plus de 2OO francs ; et encore, si vous vous dépêchez, vous pourrez profiter des 20% de réduction traditionnellement accordés par les géants Fnac & Virgin), on se demande pourquoi vous êtes encore là, à lire cette chronique, alors qu'il est peut-être déjà trop tard pour se le procurer ! TS

5 - À ranger entre le Saxon et la place laissée vide pour le Blue Oyster Cult

Godspeed You Black Emperor !
Levez Vos Skinny Fists Comme Antennas To Heavens
(Kranky, 043) - 4 titres, 87m53s - Produit par le saint-esprit - Sortie le 9 octobre 2000

Epic Ambiant ; Un titre d'album franglais pour des Canadiens, quoi de plus logique ! Ce qui l'est moins, c'est l'inspiration dudit groupe, faite de longues plages sonores, où des roulements de batteries, le disputent à des guitares en saturations, et où les nappes sonores des claviers, véhiculent climats épiques et grandioses à la fois. On pourrait gloser sur cette revendication au cosmique, sur ces longues plages où les atmosphères, progressivement s'entrechoquent. On pourrait également disserter sur les pianos parfois désaccordés ou les arpèges de cordes, force est de constater que ce mélange est assez réussi. Il s'adresse à ceux que le néo-psychédélisme ne rebute pas ; à ceux, enfin, qui ont su encore garder la tête dans les étoiles... CF

3 - À ranger entre Hawkwind et Pink Floyd

Green Day
Warning
(Reprise/Warner) - 12 titres, 41m14s - Produit par Scott Litt - Sortie le 3 octobre 2000

Rock & Roll. Sixième album des jeunots en 10 ansÉ Et toujours la même énergie vitale, la même volonté viscérale de tout donner. Sujets aux abus de jeunesse et en tout genre -la célébrité à 21 ans, avec Dookie (94), ça secoue un peu- Green Day tient toujours debout, fier et fou de ce rock & roll basique, punkisant pour les uns, trop évident pour les autres. Entre Ramones et Clash, Billie Joe et ses deux potes sont toujours inspirés, même si l'on pourrait regretter un déficit en mélodies suffisamment accrocheuses (seule la moitié des morceaux est franchement d'un haut niveau) ainsi qu'un exercice de style peu convaincant sur une rythmique de tango ! Sur scène, néanmoins, la machine est toujours aussi brillante (voir article). Un putain de groupe rock sans la nullité prétentieuse des formations branchées, mais avec la modestie talentueuse de ceux qui restent. MEK

3,5 - À ranger entre US Crush et Rancid

Emmylou Harris
Red Dirt Girl
(Grapevine/PIAS, 193010320) - 12 titres, 55m50s - Produit par Malcolm Burn - Sortie le 18 septembre 2000

Country céleste. Presque cinq ans entre le merveilleux Wrecking Ball et cet album, la belle Emmylou sait se faire désirer ! Elle le fait avec raison, semble-t-il, et c'est avec plaisir que l'on retrouve sur Red Dirt Girl  son envoûtante voix acidulée contrastant avec les sonorités aquatiques, héritées de Daniel Lanois, et des compositions à la fois si fortement typées et en même temps atemporelles. Que ce soit dans le registre de l'élégie ("Bang The Drum Slowly"), dans celui de la country plus pure, sur les accents médiévaux de "My Baby Needs A Shepherd" ou ceux, plus pop de "One Big Love", la vocaliste prouve une fois de plus qu'elle n'a pas son pareil pour réactualiser et revigorer les musiques que l'on dit traditionnelles. Plus qu'un greffon, il s'agit ici d'une véritable recréation qui témoigne de la vitalité de tous les genres pour peu qu'on ne les laisse pas pourrir. CF

4,5 - À ranger entre Gram Parsons et Nicolette Larson

PJ Harvey
Stories From The City, Stories From The Sea
(Island/Universal, CIDZ 8099) - 12 titres, 47m19s - Produit par PJ Harvey, Rob Ellis et Mick Harvey - Sortie le 24 octobre 2000

Pop alternative. Alors que son précédent opus restait marqué par l'isolation, ce nouvel album semble lui faire preuve de plus d'ouverture. Les ballades neurasthéniques sont remplacées par une approche plus immédiate et par un retour à un son plus organique. Moins de cérébralité donc et peut-être aussi un disque qui se focalise moins sur la recherche d'une texture. Stories est un album plus brut ("Big Exit", "The Whores Hustle and the Hustlers Whore") traversé par des éclairs de théâtralité ("The Mess We're In" avec Thom Yorke) et de réflexions amères sur la féminité, le sexe et l'identité. Introspection toujours présente donc, mais étayée par ces compositions fulgurantes et intenses dont elle a le secret ("Kamikaze") ; et dans lesquelles tout le monde pourra se reconnaître ! CF

4 - À ranger entre Patti Smith et Cat Power

IQ
Subterranea The Concert
(Giant/MSI, GEPCD 1027) - 2 Cds : 19 titres 100m59s - Produit par IQ - Sortie novembre 2000

Voici trois ans déjà, Subterranea s'était imposé comme l'un des meilleurs albums d'IQ, peut-être même le meilleur avec le lointain et atypique Nomzamo. Il représentait ce qui pouvait se faire de mieux dans le créneau de la prog anglaise certifiée, mouvance vague seconde. C'est donc une fort bonne idée que les gens d'IQ ont eu de consacrer un live entièrement et uniquement à cette oeuvre majeure. Ils ont ainsi enregistré l'intégrale de leur Opus Magnum à eux lors du printemps 99 en Hollande, et voici que paraît aujourd'hui cette très estimable chose. Toute la magie première du concept album se retrouve ici intacte, avec en plus une dose d'agressivité et de pression supplémentaires qui augmente la tension interne de ces belles compositions et ne les rend que plus séduisantes encore. IQ a une telle habitude de la musique on the road, depuis le temps qu'il tourne, qu'un live de cette sorte ne pouvait effectivement que tourner à son avantage. Voilà un cadeau de fin d'année tout trouvé si vous avez un progman convaincu parmi vos proches à combler... HP

4 - À ranger entre Pallas et Pendragon

JAH ON SLIDE
Tranquille, Pastaga et Rouflaquettes
(Big Records/Tripsichord) - 12titres, 39m52s - produit par Jah On Slide - Disponible

Reggae ska. Les Jah On Slide ont rodé leur alchimie ska roots and revival en écumant les scènes de France et de Navarre. Voilà un mélange de ska et de reggae, comme on aimerait en écouter plus souvent. L'esprit festif de l'album, rappelle les productions Two Tones des années 80. Le son est calibré, comme une véritable machine à danser, les arrangements de cuivres élégants et racés. Chacune des mélodies repose sur des riffs énergiques où les synthés dessinent de belles harmonies derrière la rythmique basse -batterie, véritable rouleau compresseur. À noter une chanson en hommage à José Bové "Soulskaspeech", ainsi que la participation de membres de La Ruda Salska et Madjik. Tranquille, Pastaga et Rouflaquettes devrait faire un tabac auprès des aficionados du genre. JCM

3 - À ranger entre Les Ejectés et Skarface

Jamalski
Present : The Roughneck Reality Massive
(M10, 320412) - 18 titres, 73m25s - Produit par Papa Joe - Sortie octobre 2000

Hip-Hop old school Jungle. Ce toaster américain, émergeant en 91 de la scène hip-hop de New York est un phénomène. Ses racines musicales sont difficilement identifiables, allant des musiques spé au punk, son lien le plus fort semble être le ragga, du moins dans l'état d'esprit. Et la Jamaïque, on la reconnaît aux détours de quelques titres, sans pouvoir cependant les estampiller avec certitude. Hip-hop assurément, cet album est un récapitulatif de la carrière de cet artiste sans attaches, dépassant allégrement les structures imposées, rappant sur une jungle futuriste, exécutant un drum & bass inhabituel. Cet "amoureux joyeux sans âge, métaphysique, altruiste et en recherche interne de connaissances "(Traduction de Jamalski) nous livre un objet sonore encore non identifié. CD'O

3 - À ranger entre rap et electro futuriste

JJ72
JJ72
(Small/Sony) - 12 titres, 44m58s - Sortie le 31 octobre 2000

Pop rock. Grosse sensation de la minute outre-Manche (au moment où vous lirez ces lignes, ils n'auront peut-être déjà plus de contratÉ), JJ72 est un jeune groupe dublinois qui aime les ambiances subtilement instables, entre un rock nerveux à guitares évoquant souvent Placebo ("Long Way South") et une douce pop à la Madder Rose ("Improv"). La voix oscille, également, mais cette fois entre charme et agacement (pour l'auditeur). Force est de reconnaître, cependant, que ces très jeunes gens sont fort doués et qu'une profonde émotion se dégage de l'ensemble de ces compos originales, à l'image d'un "Not Like You" dépouillé et vibrant. L'esprit d'un certain glam rock "à la Sweet", certes souvent pompé depuis 30 ans, plane aussi par moments ("Algeria"). Restons attentifs, en définitive, à la saine violence rock & roll qui gronde sous ce disque. MEK

4 - À ranger entre Manic Street Preachers et Six Pence None The Richer

Joi
We are three
(Realworld/Virgin) - 9 titres, 55m26s - Produit par John Wells - Sortie 10 octobre 2000

Fusion/Asian-techno-dance. Hommage poignant et vibrant rendu par Farook Shamser à son frère jumeau disparu prématurément à la suite d'une crise cardiaque l'été dernier. We are three est le fruit de rencontres effectuées par Haroon Shamser durant le voyage qu'il avait entrepris au Bengladesh peu de temps avant sa disparition. C'est au cours de ce voyage qu'il a rencontré et enregistré de nombreux musiciens, et ce sont ces bandes qui servirent à Farook de base de travail. Nourris à l'écoute de Nusrat Fateh Ali Khan, ces pionniers de la fusion de musiques asiatiques, de reggae, de hip-hop et de soul, commencent en1983 à mixer de la musique traditionnelle Bengali avec notamment du James Brown au sein de fêtes privées. Après deux albums vinyles sortis en 1987 et1988, c'est en 1999 que sort sur Real World One And One Is One salué unanimement par la critique. Leur musique est un aller-retour entre les sonorités occidentales et orientales. Le disque vogue au milieu des mélodies asiatiques, de riffs funky, de dubs ragga, d'ambiances douces et de rythmes joués aux tablas. Preuve est faite avec Joi, que l'on peut faire de la techno ingénieuse, s'inspirant du patrimoine ancestral, qui peut même séduire ceux qui ne sont pas des aficionados du genre. N & D S-D

3 - À ranger entre Nusrat Fateh Ali Khan et Asian Dub Fondation

John Lennon
Plastc Ono Band
(EMI) - 13 titres, 45m51s - Produit par Lennon et Yoko Ono - ressortie le 10 octobre 2000

Réédition beatlemaniaque. Yoko Ono étant parvenue à faire que les Beatles se séparent, cette première livraison solo ne porte pas encore trop les stigmates de "la muse à Lennon". Au contraire, les arrangements minimalistes et la production dépouillée transpercées par la voix écorchée du chanteur offrent comme une pause bienvenue et ultra personnelle après les remous ayant abouti au split des Maîtres. L'album s'apparente à une thérapie primale et à un bilan pour le moins introspectif sur la carrière de Lennon. Même s'il n'atteint pas les sommets d'Imagine, il renferme déjà quelques classiques de la saga post-Beatles qui ne sont point encore trop pollués par l'influence de Yoko. Voilà un disque solo au vrai sens du terme dont la réédition 30 ans après sa sortie ne pourra faire que des heureux chez les fans et les autres ! CF

4 - À ranger entre Abbey Road et Let It Be

Lennon & Yoko
Double Fantasy
(EMI) - 17 titres, 53m36s - Produit par Phil Spector - Ressortie le 10 Octobre 2000

Yokoniaiserie. En 1979, Lennon sort d'un long silence causé autant par des problèmes psychologiques que musicaux. Dans sa tête, Double Fantasy s'apparente à une renaissance pour laquelle il est épaulé (soupir) par son égérie. Celle-ci fait plus que l'accompagner puisque la moitié des titres porte son empreinte éructante et que son influence est plus que perméable dans les compositions du chanteur. Celles-ci sont imprégnées de relents pour le moins larmoyants et d'arrangements qui ne dépareraient pas un album de variété. Il y a quelque chose de gênant à voir ainsi étalés les bons sentiments du couple sans qu'aucune distance ne soit introduite vis-à-vis de l'auditeur. On est loin de la retenue de Platic Ono Band et l'on en restera, hélas, éloigné pour toujours puisqu'en 1980 Lennon sera abattu à New York près de sa résidence. Double Fantasy restera son testament à peine réactualisé par un inédit "Help Me To Make Myself" dont on peut tout à fait aussi se dispenser. CF

2 - À ranger entre Mind Games et du mauvais Mac Cartney

Les Hurlements d'Léo
La belle affaire
(Madame Léo/Pias France) - 14 titres, 38m59s - Produit Les Hurlements d'Léo - Sortie 13 novembre

Rock acoustique. Entre rock et java, Les Hurlements d'Léo ont retenti sur les scènes hexagonales pendant deux ans, se taillant une popularité qui n'est pas sans évoquer celle de groupes comme La Tordue ou Les Têtes Raides. Formations dont ils sont proches aussi bien dans l'esprit que dans la démarche. Ce deuxième album, plus abouti que le précédent a su garder la fraîcheur et l'enthousiasme des débuts, dans les bars Bordelais. Ponctués de textes graves qui peuvent rappeler le façonnage des mots d'un Mano Solo. Inventives, tirant leur inspiration de par le monde, leurs mélodies puisent dans les répertoires de musique traditionnelle (notamment le folklore Roumain), ce qui insuffle un air de fête à un univers plutôt sombre. L'alliance des cuivres et de l'accordéon donne à l'ensemble une couleur particulière. La belle affaire ne peut que combler les amoureux de cette chanson française venue du rock alternatif des années quatre-vingt, qui, sans déferlement médiatique a su trouver son public et remplit les salles à longueur d'années. N & D S-D

3 - À ranger entre Les Têtes Raides et La Tordue

Hello Pig
Hello Pig
(China Records/Eastwest) - 13 titres, 47m35s - Produit par Mark Wallis - Sortie le 12 septembre 2000

Rock libre. Le plagiat de "Happy Birthday Revolution" des Beatles qui ouvre l'album met en joie, étrangement. Les Levellers, qui sortent là leur sixième album, ne tombent dans aucun piège et agrémentent même ce titre d'un violon "à la" Waterboys d'autant plus ironique ! Et puis, il y a aussi le break pianoté de "Invisible", qui évoque instantanément Queen, et puisÉ Rappelons-le, les Levellers sont de grands agents digestifs devant l'éternel rock et pop. La voix splendide et vibrante de Mark Chadwick et leur sens aigu de la mélodie (et ce sont ces mélodies, accrocheuses et inventives, qui les font décoller très au-delà des pastiches d'arrangements, hommage permanent aux aînés) font de Hello Pig, dans sa transgression jouissive de la liberté de pillage, un disque passionnant ! MEK

4,5 - À ranger entre les Beatles et The The

Lilium
Transmission Of All The Good-Byes
(Glitterhouse,  PIAS, GRCD 509) - 12 titres, 39m14s - Produit par Pascal Humbert - Sortie le 25 septembre 2000

Space Music. Si l'adjectif spatial s'applique à Lilium, il n'a rien à voir pourtant avec les rythmiques saccadées de la musique techno. S'il fallait y chercher une analogie avec ce qui se passe aujourd'hui, ce serait plutôt du côté de la transe qu'il faudrait chercher et donc se remémorer plutôt la mouvance ambient rock du début des années 70. La musique est le plus souvent instrumentale, traversée par des cadences paresseuses fort proches parfois de la musique concrète. Étrangement pourtant, l'atmosphère se fait accessoirement rupestre quand une guitare acoustique semble prendre le pas sur les claviers, c'est alors que Transmission évoque bien plus qu'un agrégat sonore ; et c'est dans ces moments que le disque dépasse le cadre dangereux de l'abstraction formelle. CF

3 - À ranger entre Nick Cave et Klaus Schulze

Linoleum
The Race From The Burning Building LP
(Fierce Panda/PIAS, NONG 15 CD) - 11 titres, 41m17s - Produit par Dave Allen - Sortie le 02 Octobre 2000

Pop rock gentillet. Ceci n'étant nullement péjoratif, ou alors tellement peu que cela ne vaut pas le coup d'en parlerÉ Si la mémoire du Compact man n'est pas trop défaillante, nos vaillants petits cireurs de parquets en sont à leur troisième album et l'on attend toujours le coup de baguette magique, l'étincelle divine qui fera déborder le vase et les propulsera tout en haut des charts, Cela semble pourtant être leur préoccupation majeure. Non pas que leurs disques soient mal foutus ou que Caroline Finch chante comme une patate, loin de là. Mais il y a comme un défaut, aurait dit le regretté Fernand Raynaud. Une fois que vous serez arrivé à la fin de l'écoute de ce The Race, vous ne vous souviendrez absolument plus des trois ou quatre premières chansons, c'est quand même fort en chocolat ! Il y a tellement d'albums quasiment semblables à se mettre entre deux indulgentes oreilles, vous ne le croiriez pasÉ Que sommes-nous sensés faire, dans le cas présent ? Vous conseiller d'acheter ce disque relèverait de la malhonnêteté intellectuelle, mais le passer sous silence, ou le démolir, serait tout autant injustifié ; alors, débrouillez-vous! TS

2,5 - À ranger entre Drugstore et Salad

Little Feat
Chinese Work Songs 
(SPV/Wagram, 085 71002 ) - 11 titres, 61m28s - Produit par Bill Payne et Paul Barrère - Sortie octobre 2000. 

Dentelle Sudiste. Dans le courant southern rock auquel on a bien été obligé de le ranger, faute de mieux, Little Feat a toujours fait bande à part. Certes, que ce soit du temps béni de Lowell George ou plus récemment, ces gens-là faisaient couiner leur slide sans équivoque possible sur leurs origines. Pourtant ce groupe fut toujours différent des Lynyrd et autres : moins traîne-la-burne, moins patauge-bitume, plus élégant, plus subtil, et parfois même un peu tropÉ Californien, faut dire. Ce nouvel album ne fera en tout cas pas déshonneur à ses auteurs, car si les gens de Little Feat portent visiblement leur âge, leur musique, elle, se porte toujours gaillardement, la jambe alerte et le teint frais. Mélodies impeccables, piano sautillant de bonheur, voluptueux glissendi de dobro, richesse des voix, tout dans ce disque ravit l'amateur de ce genre de musique, portée ici à son plus haut degré de finesse et de maîtrise. HP

3,5 - À ranger entre Ry Cooder et Tom Petty

Los Amigos Invisibles
Arepa 3000 (a venezuelan journey into space)
(Lueka Bop/Virgin) - 19 titres, 52m02s - Produit par Phillip Steir pour MCT - Sortie octobre 2000

Dance latino. "Nous sommes un groupe de dance music" annonce José Luis Pardo, le guitariste de Los Amigos Invisibles. Ces Vénézuéliens branchés sur la culture groove, sont présents sur la scène musicale internationale que ce soit à Tokyo, Londres ou Détroit, grâce à Internet notamment et aux innombrables tournées qui les conduisent à parcourir le monde. Les Amigos Invisibles ont su tirer la quintessence de la dance, en y ajoutant une forte touche latino et salsa ainsi qu'un côté funky qui confère à ce groupe une identité singulière. Incontestablement, il est difficile de rester immobile à l'écoute de cet Arepa 3000, tout dans cet album inspire à danser, à remuer, à balancer, bref à transpirer. Ce qui fait l'originalité de L.A.I. est d'avoir gardé des instruments traditionnels (guitare, basse, batterie, percussions) plutôt que de faire appel aux machines et aux samples qu'ils incorporent de façon discrète. Notons leur lucidité et leur sens de l'humour à travers les propos de José Luis, concernant le morceau le plus hard de cet opus, "Masturbation Session". "la vie en tournée, n'est pas tant un truc avec plein de groupies, que beaucoup plus une histoire de branlettes, de magazines et de films porno que l'on regarde dans les chambres d'hôtels". Bon et bien dansez maintenant. N & D S-D

3 - À ranger entre Kool & The Gang et Groove Armada

LSK
Mosaïc
(Small/Sony) -13 titres, 56m29s -  Sortie le 24 novembre 2000

Blackerie. On ne peut douter un seul instant de l'amour que Leigh Stephen Kenny porte à la soul, au reggae et à la pop. Son premier album s'appuie sur un large éventail de rythmes pêchés dans un océan musical qui s'étend de l'Amérique Latine aux abords du vieux continent en passant par l'Afrique. On est d'emblée frappé par la voix soul, le ton et l'attitude élégante. Mosaïc est conçu avec de belles mélodies, des basses lourdes et chaudes des pianos jazzy, le tout enveloppé par le son des vieux synthés moog des années 70. On balance entre soul proche des premiers Prince et Michael Jackson et refrains fédérateurs pop à base de grosses guitares. "Cubana Anna", "U" ou le magnifique "The Biggest Fool" possèdent un potentiel énorme. Cet album appartient déjà à l'histoire de la variété internationale contemporaine. JCM

3 - À rangerÉ où vous voulez

Gary Lucas
Level The Playing Field
(Last Call/Wagram, 3063132) - 15 titres, 66m16s - Produit par Gary Lucas - Sortie le 20 septembre 2000

Guitar Maestria. Penser qu'un type qui a bossé avec Captain Beefheart, Iggy Pop, Patti Smith, Bryan Ferry, Graham Parker, Nick Cave ou Allen GinsbergÉ soit inconnu sous nos latitudes est tout bonnement invraisemblable ! Ajouter qu'il a composé "Grace" pour Jeff Buckley renforce encore le scandale entourant cette absence de notoriété. Voilà un bonhomme qui semble être né avec des cordes de guitare à la place des doigts, à l'aise dans tous les styles de la musique populaire (rock, pop, country, folk, électrique, acoustiqueÉ) et chez qui pourtant rien n'est démonstration gratuite tant son interprétation, toujours sidérante, est constamment mise au service de compositions rageuses. Cette compilation, plus que bienvenue, brisera-t-elle le silence ? On ne peut que le souhaiter ! CF

5 - À ranger entre Jimmy Page et Leo Kottke

Lynyrd Skynyrd
Christmas Time Again 
(SPV/Wagram, 085 71022) - 11 Titres, 36m05s - Produit par Rossington, Van Zant, Medlocke & Thomasson
Sortie le 25 septembre 2000. 

Marron électrique. Vous pensez, bien évidemment, qu'il n'y a aucun rapport entre le rock gras de la grappe de Lynyrd Skynyrd et "Petit Papa Noël" ? Détrompez-vous, éléphanteaux. Les increvables rockers sudistes ont osé l'inosable : faire un album de chansons de Noël. Si, si. Et des vraies comme "Santa Claus Is Coming To Town". Vous redoutez évidemment le pire, façon Tino Rossi back to Alabama. Détrompez-vous encore, éléphantins. Ces joyeux porteurs de stetson sont malgré tout parvenus à faire un sacré foutu bon album de rock'n'roll, électrique, hargneux, aussi boogie que woogie, et marrant en plus. Si l'on excepte quelques pittoresques guirlandes musicales mises çà et là pour donner une atmosphère Xmas, tout le reste pétarade joyeusement et vous donne votre content de décibels remuants. Il faut dire que mine de rien le groupe a reconstitué un fabuleux line-up en associant l'historique Rossington, le Blackfoot Medlocke et l'Outlaw Thomasson. Un gang pareil ne peut pas rater grand-chose, même un album de chansons de Noël. La dinde à leur façon est farcie aux marrons électriques, qu'on se le dise. HP

4 - À ranger entre Call Me The Breeze et White Christmas

The Magnetic Fields
69 Love Songs
(Circus/PIAS, 941.0069.25), 69 titres, 190m 01s - Produit par Stephin Merritt - Sortie le 25 octobre 2000

Indie Pop. Comme en témoigne l'ampleur effrontée du titre, 69 Love Songs est le projet le plus ambitieux et le plus accompli de Stephin Merritt. Voici en effet une épopée de 3 disques, contenant des "pop songs" soigneusement ciselées explorant les promesses et les pièges de la romance moderne. Ce catalogue de chansons d'amour, doux-amer et touchant, explore donc toutes les gammes des émotions amoureuses, les habillant de ballades tendres, de chansons folk piquantes ou d'improvisations bluesy. Elles permettent surtout à Merritt de faire converger sur cet opus toute la variété de ses alias musicaux : vocaux immaculés comme sur The 6ths, romantisme fataliste suggérant The Gothic Archies ou mélodies majestueuses tirées de The Future Bible Heroes, ces quelque 3 heures de sérénades dépouillées représentent plus que la somme de ses parties. Si on retrouve, en effet, l'ironie mordante et le détachement glacial du chanteur, s'y ajoute une profondeur et une sensibilité absentes de ses productions précédentes. 69 Love Songs est un ensemble de compositions qui maîtrise avec perfection l'art du songwriting pop et qui en même temps le subvertit subtilement. Il combine introspection et malice, causticité et honnêteté ; ne serait-ce que pour cela il fait déjà figure de Classique ! CF

4,5 - À ranger entre Cole Porter et Jonathan Richman

Man D'dappa
Mama Mombala
(ARB/Musidisc) - 12 titres, 52m02s - Produit par Man D'dappa - Sortie 23 octobre 2000

Afro Fusion. Créé en 1992 par deux français Will Maës et Thierry Cassard, et Marlène Ngaro, musicienne d'origine centrafricaine, Man D'dappa s'est adjoint le percussionniste libanais Peter Cushin et le sénégalais François Amadou Corea à la basse pour un deuxième CD. Un album coloré et chaleureux, s'inspirant de Mama Mombala, vieille conteuse africaine portant en elle la mémoire d'un continent meurtri dont le peuple a su garder espoir et joie. Chanté en Sango, la langue dominante en Centrafrique, Man D'dappa nous raconte la colonisation, période douloureuse encore présente dans tous les esprits, le combat pour la liberté et les problèmes liés à la polygamie, par la voix agréable de sa chanteuse. Se revendiquant multiethnique, la formation puise son inspiration essentiellement en Afrique, même si pointent çà et là de petites touches jazzy. Un album qui se laisse écouter mais auquel il manque un petit quelque chose dans les arrangements, et la production reste un peu désuète. N & D S-D

2,5 - À ranger à côté du précédent.

Manchild
Untied States
(Virgin/Labels, 7243834989125) - 12 titres - 54m30s - Produit par Manchild - Sortie le 19 septembre 2000

Big Beat. Même Mike Champion, manager de Prodigy, est resté les quatre fers en l'air en écoutant la démo envoyée par ce nouveau duo. Une aubaine pour le business man qui voyait son poulain s'essouffler. Manchild tombait à pic dans sa besace et les jeunots montraient suffisamment d'arrogance pour mettre en boîte un premier album punchy, aux studios Raezor. Assez pour inviter quelques guest à venir passer dans la moulinette d'une créativité expansive, voire nous convaincre (juste le minimum) de se laisser tenter par ce labo tonitruant, d'où s'échappent les riffs de Kelly Jones (le chanteur de Stereophonics) mais également une volée de décibels administrée, à gorge déployée, par Andy Cairns, brailleur en chef de Therapy ?. Bien entendu, du côté de Londres on profite des bienfaits de Manchild depuis des lustres, ce qui laisse un arrière-goût de réchauffé à cette galette. LE

2,5 - À ranger entre Prodigy et Leftfield

Bob Marley & the Wailers
Climb the ladder
(Studio/Heartbeat) - 17 titres, 50m56s - Produit par Clement S. Dodd - Sortie octobre 2000

Reggae/Ska. Inutile de présenter ce grand monsieur qu'était Bob Marley, légende internationale dont les albums sont écoutés aux quatre coins du globe. Climb the ladder, malgré ce que tente de nous faire croire la pochette, n'est pas un album de Bob Marley, mais bien des Wailers, formation où firent leurs premières armes, outre notre homme, Peter Tosh et Neville Livingstone, plus connu sous le nom de Bunny Wailer. Ces enregistrements datant des années 1964/1966, sont réalisés au prestigieux studio One, ils témoignent des débuts du reggae, qui envahira la planète quinze ans plus tard. Climb the Ladder est un document indispensable pour qui veut comprendre les origines du ska et du reggae. Accompagnés par les Skatalites ou les Soul Brothers, nos trois compères auprès desquels on retrouve également Rita Marley et Marlène Gifford nous font découvrir des classiques comme "Dancing shoes" et "(I'm gonna) put it on" ainsi que quelques raretés comme "Lemon tree" et "The jerk". Cet album est une page d'histoire du reggae et de la Jamaïque qui ne pourra que vous étonner par son côté très "sixties".N & D S-D

3,5 - À ranger avec les autres Marley

The Marquis De Tren & Bonny "Prince" Billy
Get On Jolly
(Domino/Labels, RUG109CD) - 6 titres, 21m53s - Produit par les deux lascars - Sortie le 12 septembre 2000

Poésie hindoue mise en musique minimaliste. Mais si, vous les connaissez, et ces deux-là étaient destinés à se rencontrer un jour ou l'autre : Will Oldham (Palace Brothers) et Mick Turner (Dirty Three) ont tellement de choses en commun. Notamment la recherche de la pureté et de la simplicité faite chanson. Il est même étonnant qu'ils aient attendu l'an 2000 pour joindre les deux bouts ; c'est à présent chose faite. Ils ont choisi d'illustrer de fort belle manière quelques versets d'un recueil de prières du poète bengali Rabindranath Tagore intitulé Gitanjali qui, même s'ils ne versent pas vraiment dans la franche rigolade, ont au moins le mérite d'ouvrir nos oreilles occidentales habituées à trop de confort sonore à d'autres cultures et d'autres ethnies musicales. Ha, c'est sûr, il va falloir faire un effort, hein, ce n'est pas le nouveau et insupportable Corrs que nous vous proposons là ! De toute façon, un peu de changement vous fera le plus grand bienÉ Ce ne sont pas des chansons au sens traditionnel du terme, mais vous pouvez écouter les yeux fermés (c'est fortement recommandé, d'ailleurs) "2/15", "86" ou bien encore "64' si vous désirez vous évader un peu de la grise monotonie ambiante TS

3,5 - À ranger entre.... Pour le coup, je ne sais vraiment pas quoi mettre !!!

Mekon
Relax with Mekon
(Virgin/Labels, 724384987923) - 11 titres - 47m37s - Produit par Mekon - Sortie le 11 octobre 2000

Big Beat. Touche-à-tout vertébré, John Gosling a traversé les 80's en goûtant à tous les plaisirs que lui offrait la scène underground anglaise. De la came en passant par beaucoup d'autres dérivés technoïdes, ce psychopathe du sampler devint vite accro du clubbing, au point de mixer pour Madonna ou Peter Gabriel, de bidouiller avec William Orbit. Rien de bien sérieux, selon l'auteur (nous confirmons), qui s'acharne à terminer un projet depuis longtemps dans les starting-blocksÉ Mekon. Une sorte de recueil dans lequel Gosling consigne, sur le fil du rasoir, ses lignes de coeur, à savoir le culte de l'électro, du hip-hop et du breakbeat. Malheureusement, ni la présence de Marc Almond, Jacques Lu Cont ou Roxanne Shanté n'évite l'idée de tournerÉ en boucle. Usant ! LE

2 - À ranger entre Les Rythmes Digitales et Sofa Surfers

Midget Handjob
Midnight Snake Break At The Poodle Factory  
(Epitath/PIAS -  86569-2) - 11 titres, 65m31s - Produit par Tom Grimley - Sortie le 16 Octobre 2000

Bizarrerie de la nature. Vous prenez un ancien Black Flag, un ex-Circle Jerks, vous ajoutez cinq autres membres ne bénéficiant pas de beaucoup plus de santé mentale que les deux presque susnommés. Vous mélangez furieusement, vous attendez que les têtes de ces sept énergumènes aient fini de tourner et qu'obtenez-vous ? La version moderne du Kevin Ayers venant juste de claquer la porte de son Soft Machine et commençant à enregistrer des disques solo complètement barges et sans vraiment d'équivalent dans le pourtant vaste monde du rock & roll , à croire que le temps se replie sur lui-même au bout d'un moment ! Pour une fois, le nom du groupe, le titre presque imprononçable de l'album et la pochette représentant un hideux caniche rose (oui, vous avez bien lu/vu, rose !) sortant tout juste d'une éprouvante séance de toilettage ne trompent pas sur la marchandise. Ces mecs-là ne tournent pas rond et ce, pour notre plus grand plaisir auditif ! Impossible de vanter les mérites de telle ou telle "chanson", il faut absolument appréhender cet ovni dans son ensemble, sous peine de passer à côté de quelque chose de vraiment décoiffant. N'en avez-vous pas marre de vos confortables charentaises et de tous ces disques qui se ressemblent ? TS

4 - À ranger entre Soft Machine et Underneath What ?

MOLLY HATCHET 
Kingdom Of XII 
(SPV/Wagram, 08572062) - 12 titres, 57'40" - Sortie le 23 octobre 2000. 

Rock Sudiste. Sudatoire Personne n'aura la peau des tontons flingueurs de Floride. Increvables, les Lynyrd des Everglades viennent de sans faillir mettre en boîte leur douzième rondelle de feu. Avec toujours ce son épais comme stout et goudron, et ce buisson ardent de trois guitares entrelacées jouant les rattlesnakes sur tout ce qui passe. Certes, ce n'est plus tout à fait notre Molly Hatchet millésimée depuis que Danny Joe Brown a décidé de rendre les armes pour raison de santé. Leur nouveau ténor est un peu empâté-emprunté, et son gosier n'a pas autant de feeling. Par contre, l'album contient une bonne brassée de grands moments épiques comme seul le Southern Rock sait en offrir, façon "Free Bird", avec non seulement une reprise cinglante de "Tumbling Dice" mais aussi trois folles cavalcades pour guitares évadées, notamment "One Last Ride" le bien nommé, sorte de western apocalyptique qui vous met le Stetson à l'envers. Ca, c'est vraiment du rock, mes princes, vous savez, ce truc qu'on n'arrête pas de dire mourant et qui remue, crache et mord pourtant bien. Avec un bon verre de Rye et cet album sur le phono, il y a de quoi survivre à l'hiver sans modération. HP

4 - A ranger entre Lynyrd Skynyrd et Outlaws

Morgan
Organized
(Source/Vital)- 13 titres, 54m30s - Produit par Morgan Nicholls - Sortie septembre 2000      

Pop Funky. Billy Nicholls, manager des Rolling Stones a eu des rejetons, auxquels il a communiqué l'amour de la musique. L'un d'entre eux, Morgan, multi-instrumentiste, a donné naissance à un premier opus. L'un des fait d'armes de Morgan a été de racheter l'orgue Hammond de Pete Townsend, pour une bouchée de pain, grâce à sa maman qui fit les beaux-arts avec la femme du leader des Who. Cet orgue auquel il a ajouté une pédale wah-wah donne une couleur funky à cet album qui a des difficultés à trouver un style bien défini. L'ensemble de la famille Nicholls est mis à contribution, le père tout d'abord qui chante quatre titres, puis le petit frère (quatorze ans) pour deux autres puis vient la soeur et même la cousine, et c'est donc toute la tribu qui se partage les vocaux. Pete Townsend, pas rancunier, est même venu faire une partie de basse sur "Something he said". D'inspiration très mid-sixties, cet album ressemble à tout, sauf à quelque chose de très Organized et s'apparente plus aux élucubrations d'un enfant gâté, somme toute très talentueux. Il faut bien que jeunesse se passe. N & D S-D

2 - À ranger entre Sinclair et Alex Gopher

Morphine
Bootleg Detroit
(Ryko/Harmonia Mundi, RCD 10495) - 18 titres, 40m13s - Produit par Mark Sandman - Sortie octobre 2000

Post (Mortem)Rock. Le leader de Morphine, Mark Sandman, tenait, paraît-il, à sortir un album "live" ; voilà qui est fait, même s'il s'agit finalement d'un testament plutôt que d'autre chose. Les plages ont pourtant été sélectionnées et remastérisées par Sandman lui-même, ce qui est suffisant pour ôter tout soupçon d'exploitation à la chose. Reste que le disque porte de façon appropriée son appellation de "bootleg" tant le son y est imparfait. On s'interroge donc sur le choix de ce concert de Detroit, d'autant plus qu'on avait connu, de son vivant, un Morphine plus perfectionniste. Bootleg Detroit ne rend pas justice au post rock du groupe, c'est dommage et ça ne satisfera que les inconditionnels du trio. CF

2 - À ranger entre ses comprimés

Mount Florida
Arrived Phoenix
(Matador/PIAS, OLE 401-2V) - 12 titres, 68m37s - Produit par Lancaster/Mac Ivor - Sortie le 8 novembre 2000

Rock cosmique à tendance lénifiante. Et encore est-ce un doux euphémisme destiné à amadouer le duo de Glasgow un peu trop porté sur l'électronique... En fait, il s'agit plus de dance que de rock. Mais comme le terme dance évoque immanquablement ces horribles compilations dont les spots publicitaires ornent nos jolis écrans de télévision et que Mount Florida mérite quand même mieux, on les rangera dans cette étroite et fantomatique bande passante qui relie la musique qui nous passionne, nous autres gens de bonne compagnie, à celle du bas peuple, forcément beaucoup moins glorieuse et inventiveÉ Enfin, il semblerait que les sieurs Twitch et MP Lancaster possèdent quelques fans, vu le succès remporté par leurs trois maxis précédents. Ces rares personnes peuvent se réjouir : elles vont passer une bonne heure en compagnie de leurs synthétiques héros et ils pourraient sagement aller se coucher immédiatement après, à moins qu'il ne soit déjà trop tard et qu'elles  n'aient piqué du nez depuis déjà un momentÉ TS

2,5 - À ranger entre le moins réussi des Depeche Mode et une plaquette de Rohypnol .

Jean-Louis Murat
Muragostang
(Virgin Labels, 72438503712) - 13 titres, 105m42s - Produit par Murat - Sortie le 10 octobre 2000 

Shampoo-pop. Jean-Louis Murat est un branleur, on pourrait même dire que tout son travail est établi sur une stratégie de la branlette assez sophistiquée. Si sophistiquée même que cela en devient un art et que, du coup, toute notion péjorative inhérente au terme "branleur" disparaît pour en faire le plus racé des compliments. Le plus approprié surtout. Immédiatement adulé par la presse à tics qu'est toc (Inrocks et Magic), presse qui s'empresse de placer haut dans les cieux la pop floutée et truqueuse de ce beau parleur manipulateur. Car il s'agit bien de manipulation et ne sont dupes que ceux qui rentrent dans son jeu. Et nous n'en faisons pas partie. Non pas que le personnage soit dénué d'intérêt, mais tout simplement parce qu'à Compact, on parle d'abord musique, et que la musique du monsieur nous laisse totalement de glace. Tant mieux crie le Murat, car c'est ce qui fait sa force vitale : rebondir sur ses détracteurs pour mieux se jouer de ses adorateurs potentiels. CG

1,5 - À ranger entre castration et érection molle

Nadine
Lit Up From The Inside
(Glitterhouse/PIAS, GRCD308) - 12 titres, 41m41s - Produit par Nadine - Sortie le 30 octobre 2000

Folk rock tranquille mais beauÉ Comment se fait-il qu'en l'an 2OOO, avec tous les moyens de communications mis à notre disposition, des groupes aussi talentueux que ces Nadine puissent rester dans un semi-anonymat, dites ? C'est qu'ils en sont à leur troisième album et que personne ne nous avait prévenus ! Enfin bon, il est toujours temps de rectifier le tir et de clamer haut et fort que cette formation, même si elle pratique un genre musical dans lequel on ne prend pas trop de risques, triomphe dans ce qu'elle fait. Les trois garçons et la jeune fille, tous originaires de St Louis (Missouri), qui forment Nadine cisèlent leurs compositions jusqu'à ce qu'elles brillent de mille éclats, certes discrets mais bien réelsÉ Exactement le genre d'album qui ne décevra pas l'acheteur potentiel, si ce dernier désire une quarantaine de minutes de pureté, de calme olympien et de bruissements des arbres élevés et centenaires dans un vent amical et chaud. TS

4 - À ranger entre Cowboy Junkies et Red House Painters

NINE DAYS
The Madding Crowd
(550/Epic)  - 12 titres, 53m45s - Produit par Nick DiDia - Sortie le 24 octobre 2000

Rock US. Même s'il prétend vouloir s'en démarquer, Nine Days aura du mal à échapper à l'étiquette post-grungy qu'on a tendance à vouloir accoler à tout guitar group formé dans les années 90. Il est vrai que le choix du producteur (Pearl Jam, Rage Against The Machine) y est pour quelque chose tout comme ces refrains que l'on a l'impression d'avoir (trop ?) entendus depuis déjà 10 ans. La seule originalité du groupe résidera, dira-t-on, dans ses vocaux s'extrayant de la gangue vindicative à la Cobain et une utilisation des claviers plus emphatique qu'à l'ordinaire. Pour le reste, l'auditeur sera confronté à des mélodies assez convenues et peu mémorables, bref à une copie qu'il conviendra de revoir lors d'un prochain album, si album il ya ! CF

2 - À ranger entre Our Lady Peace et Creed

Oasis
Familiar To Millions
(Epic/Sony) - 18 titres, 97m44s - Sortie le 14 novembre 2000

Pop pop pidou. De qui se moque-t-on ? D'abord, on a voulu nous faire croire que les faux frères ennemis d'Oasis étaient les sauveurs de la pop (on en rigole encore !) ; et maintenant on voudrait nous rentrer dans le crâne que cet ersatz brinquebalant de tout ce que l'Angleterre a donné de mieux -et donc de pire- en matière de pop music, est une bête de scène. Arrêtez de nous faire rire, les gars, on va finir par s'étouffer. Bien sûr, le son est correct (ça sent pas mal l'overdub aux entournures, soit dit en passant), les passages tubesques bien présents ("Go Let It Out", "Wonderwall", "Supersonic"É), mais ce double live n'en demeure pas moins à l'image de ses interprètes sur scène : poussif, suffisant, sans cohésion ni intérêt particulier. Si encore il s'agissait d'un live posthume, on pourrait au moins se consoler de savoir qu'ensuite on n'aurait plus à supporter ces lourds bûcherons de la mélodie hachée en gros morceaux, du chant nasal insipide et de l'humour au ras des pâquerettesÉ CG

1 - À ranger entre suffisance et flatulence

Eliades Ochoa
Tributo al Cuarteto Patria
(Yerba Buena/Virgin) - 13 titres, 63m05s - Produit par Eliades Ochoa -Sortie octobre 2000 

Latino Soul. À l'occasion du soixantième anniversaire du Cuarteto Patria, formation dont il assure la direction depuis bientôt vingt-deux ans, Eliades Ochoa enregistre ce tribute de Cuba, son île natale. C'est l'opportunité pour lui d'exprimer toute sa considération à Francisco Cobas La O, fondateur du groupe, désormais à la retraite. Plus qu'un hommage, ce Tributo al Cuarteto Patria est une véritable lettre d'amour à la musique cubaine qui existait bien avant l'apparition du phénomène "Buena Vista Social Club" qui remporta le succès que l'on sait en Europe et dans le monde. "Sans l'apport de la musique noire, les genres cubains seraient insipides" déclare Eliades Ochoa qui, dès qu'il prit la direction musicale du Cuarteto Patria, mit ses paroles en actes en accentuant le rôle de la percussion, et tout au long de cet album, les rythmiques africaines se mêlent aux cuivres et aux guitares pour notre plus grand bonheur. Certains des titres de cet album datent des années cinquante, mais n'ont pas pris une ride, parlant essentiellement d'amour, c'est également un tribut aux femmes cubaines, pour preuve "Clara Bella" qui clôture ce disque et qu'Eliades Ochoa interprétait en duo avec Compay Secundo à l'époque où ce dernier était l'invité particulier du Cuarteto Patria. À posséder, ne serait-ce que pour comprendre d'où vient l'inspiration d'un Sergent Garcia. N & D S-D

4 - À ranger entre Compay Secundo et Cuarteto Patria

The Offspring
Conspiracy Of One
(Columbia/Sony) - 13 titres, 38m16s - Produit juste ce qu'il faut  - Sortie le 14 novembre 2000 

Punk. Ah, que ça fait du bien, d'écouter un peu de dévergondage sonique en ces périodes de lavages de cerveau au R&B sac à prouts et à la variétoche avariée ! Enfin, du riff qui se néglige, de la rythmique qui pue du bec ! Aujourd'hui, c'est la grande braillerie, profitez-en, c'est pas toujours la fête aux cages à miel ! Nos Offspring (oui, ils nous appartiennent à nous aussi, y'a pas de raison que ce soit toujours les ricains boutonneux qui régalent), malgré la rapidité d'exécution de ce nouveau boulet de canon (pas même 40 minutes) ont mis les grandes sauces piquantes dans les petits plats qui arrachent, si vous voyez où je veux en venir ! Alors, chaussez vos pompes les plus affreusement puantes, bouffez du Munster, collez-vous les restes de croûtes sous les bras, profitez-en pour vous refaire la crête au saindoux et envoyer paître n'importe quel quidam qui ignore l'existence salutaire des toujours aussi bien barrés membres d'Offspring. Enfin, un peu de brutalité dans un monde de ramollos de la citrouille !DB

4 - À ranger entre Green Day et Samiam

Will Oldham & Rian Murphy
All Most Heaven
(Domino/Labels, RUG117CD) 4 titres, 15m47s - Produit par Rian Murphy - Sortie le 29 août 2000

Chansonnette pop. Ce bon vieux Will est décidément sur tous les fronts : sa collaboration avec Mick Turner ne lui suffit pas, voilà qu'il en fait autant avec Rian Murphy, le célèbre troubadour du label Drag City ; le moins que l'on puisse écrire, c'est que ces deux expériences musicales n'ont strictement aucun rapport ! Autant Get On Jolly est d'un accès austère, autant cet All Most Heaven respire la joie de vivre et la décontraction -à croire que Mr Oldham aime à varier les plaisirs et nous serions bien ingrats de nous en plaindre, vraiment ! Pour réaliser cette aimable pochade, les rois du gag se sont assuré les services de Jim O'Rourke, de Bill Callahan (des rigides Smog) et de Laetitia Sadier, issue de Stereolab ; le résultat de cette association de bienfaiteurs fait du bien par où il passe, surtout les titres "Fall And Raise It On" et "Song Of All", deux véritables petits bijouxÉ Avis aux fans transis de Palace/Palace Brothers et autres pseudonymes utilisés par ce stakhanoviste du rock and roll qu'est Will Oldham : passez votre chemin, si vous ne voulez pas commencer à douter de la santé mentale de votre idoleÉ TS

4 - À ranger entre Lee Hazlewood et Divine Comedy

Mark Olson & The Original Harmony Ridge Creek Deepers
My Own Jo Ellen
(Glitterhouse/PIAS, GRCD512) - 10 titres, 38m21s - Produit par everyone there (sic) - Sortie octobre 2000 

US folk-rock. Mark Olson a quitté les Jayhawks quand le groupe était au sommet, juste après le fabuleux Tomorrow The Green  Grass, en 95. Dire que sa patte manque au groupe serait un affront au talent indéniable de Gary Louris, mais force est de reconnaître que depuis son départ les Jay ont tendance à légèrement dévier de leur trajectoire initiale. De la à savoir si c'est pour notre bien ou non, seul l'avenir nous le dira. De son côté, échaudé par les mouvements de masses agglutinantes, Olson s'est exilé dans le désert du Joshua Tree où, en compagnie de sa femme Victoria Williams et de quelques poteaux, il enregistre bon an mal an sa collection de folkeries poussiéreuses. Ainsi, My Own Joe Ellen est son quatrième album en quatre ans, une belle productivité et surtout un rare équilibre entre respect des traditions et petits ricochets dans la mare du rock US. On attendait mieux, car on attend toujours mieux d'artistes au potentiel si évident mais, en définitive, on ne lui en veut pas de vouloir rester en retrait, ni de freiner du médiator quand il sent qu'il tient la mélodie à paralyser l'auditeur lambda, car finalement on peut se contenter de ce type de productions modestes à la dimension humaine plus qu'à l'ambition hautaineÉ CG

4 - À ranger entre Jayhawks et Russ Tolman

OVERKILL      
Bloodletting      
(Steamhammer/SPV/Wagram,      085 72082 ) - 10 titres, 51m30s - Produit par Overkill - Sortie le 23 octobre      2000. 

Doom rock. Depuis les nombreuses lunes noires qu'il existe, Overkill n'a pas franchement changé de vocation : il a opté une fois pour toutes pour le heavy trash le plus bourru-bourrin qui soit, le tout pimenté par la voix inimitablement gargouillante de Bobby Blitz Ellsworth. Comme on ne change pas une recette qui régale, point de modification notable ici, on continue sur la même lancée, celle qui vous met le feu au joufflu et vous balance direct sur Venus. On appréciera quand même la présence percutante du nouveau guitariste Dave Linsk, s'activant comme Gabin au fourneau de sa loco dans La Bête Humaine, genre, je fais des pelletées de braise à faire exploser la chaudière. Bon, tout cela ne révolutionne guère le monde musical ambiant, c'est juste un disque pour s'allumer les tympans et s'éclater le bulbe ces soirs de haine où on en veut à tout le monde. Genre tord-boyaux ultime. Mais cha fait du bien par où cha passe, crénom d'un bazooka. HP

3 - À ranger entre Horroscope et From The Underground And Below

Panache Culture
Roots expérience
(Runn records, RN0064) - 21 titres, 73m55s - Produit Hamra Hassan et Hamra Sidi Mohamed

Reggae. Panache culture comme son nom l'indique est un melting-pot. Le concept de base qui soutient leur projet est que non seulement différentes cultures peuvent cohabiter, mais qu'en plus il peut exister une véritable communion. Une idée généreuse, qualité qui vaut son pesant d'or à une époque comme la nôtre, et qu'ils justifient puisque l'on a droit à pas moins de 21 morceaux. C'est un album tout à fait surprenant, au gré des pistes, on passe du reggae, au rap, en faisant un détour par la musique orientale. Tous ces genres trouvent leur place dans cet opus et l'ensemble s'assemble sans discordance. Les styles et les langues se mêlent harmonieusement, dans roots experience, on chante indifféremment en Français, Anglais, Arabe, et ça sonne généralement bien. À noter, une reprise de Vassilu «Qui c'est ce mec-là ?» devient «complètement rasta» une version plutôt sympa. Le pari est gagné au final un album agréable par lequel on se laisse emmener en voyage et l'on se prend à espérerÉ N & D S-D

3 - À ranger entre Tell Them et Travel In a Dream

Pearl Jam
Paris
(Epic/Sony, 499644) - 27 titres, 126m59s - À peine produit - Sortie octobre 2000

Rock US. L'idée est originale, inédite même, à savoir sortir un live (double) pour chacun des concerts de la tournée (européenne), mais malheureusement l'entreprise comprend quelques inconvénients. En dehors du parti pris évident de respecter le son de chaque concert, et de ne pas avoir recours aux overdubs, un choix audacieux mais peu surprenant chez Pearl Jam, qui sait rester vrai dans un monde où trucages et préfabriqué sont de plus en plus le lot quotidien de l'amateur de musique, surtout quand il s'agit d'enregistrements live ; il y a le son, assez moyen ; et, surtout, le fait que, pas de chance les frenchies, le concert parisien était loin d'être le plus intéressant de la précédente tournée. Parmi les possesseurs des 25 double-CDs live (et oui, 25 !), beaucoup penchent en faveur du concert de Lisbonne, décrit comme le plus excitant du lot à bien des niveaux. Vous n'avez plus qu'à surfer sur Internet et vous faire tout ou partie de la collec. Mais ne prenez pas de retard, car le groupe a déjà déclaré qu'il sortirait également chaque concert de la tournée américaineÉ Et il y en a 45 !É DB

3 - À ranger entre Bruxelles et Londres

Pierpoljak
Je fais c'que j'veux
(Barclay/Universal) - 14 titres, 59m21s - Produit Clive Hunt - Sortie 21 novembre

Reggae. Un troisième album est toujours un passage difficile pour un artiste, c'est un peu là que se décide un avenir parfois incertain. Avec Je fais c'que j'veux, Pierpoljak passe le cap haut la main et nous offre ici, peut-être son meilleur album à ce jour. Une production dépouillée de tout artifice a su garder aux quatorze titres de cet opus une sobriété et une fraîcheur qui ne peut que nous enchanter. Une rythmique reggae que l'on doit aux pointures Jamaïquaines dont Pierpoljak a su s'entourer depuis ses débuts, agrémenté du sax de Dean Frazer qui se promène le long des plages de cet opus. Plus confidentiel que ces prédécesseurs Je fais c'que j'veux nous fait découvrir les facettes cachées de son auteur. Des morceaux tel Maman ou Elle nous font rentrer dans l'intimité de Pierre, sans que l'on sombre dans le mélo. Puis vient «Né dans les rues de Paris» la perle de cet album, dans lequel il revient sur son passé et où l'accordéon très Parisien s'accorde magnifiquement avec cette base Jamaïquaine. Les mots nous manquent un peu pour dire tout le bien que l'on pense de cet album, avec lequel l'ami Pierre prouve s'il en était besoin qu'il est un grand artiste. Un superbe album qui nous permettra, à nous pauvres européens, de passer "Un hiver au soleil". N & D S-D

5 - À ranger entre Kingston Karma et À la campagne

Pizzicato Five
Pizzicato Five
(Matador/PIAS, OLE425) - 14 titres, 68m18s - Produit par Yasuharu Konishi - Sortie le 30 octobre 2000

Pop bigarrée. Des Japonais qui rendent hommage au modernisme lounge des années 60 ainsi qu'au design italien, voilà qui n'est pas commun. Il y a comme une incongruité à entendre des refrains grandiloquents (cuivres et cordes à la James Bond) chantonnés en Japonais, mais cette bizarrerie n'est pas déplaisante. Les rythmes sont enlevés, les arrangements impeccables et virevoltants, bref voilà un album au doux parfum d'exotisme, temporel et géographique, un retour en arrière vers une inconscience pop assez exaltante servie par une interprétation plus que sidérante. Pizicatto Five s'avère être ni plus ni moins qu'un exercice de style, mais celui-ci est fait d'une perspective si originale qu'on ne peut qu'être séduit par ce son original et irrévérencieux. CF

4 - À ranger entre Ben Folds Five et Michel Polnareff

Polak
Swansongs
(One Little Indian/Labels, 724384941826) - 10 titres, 42m12s - Produit par Pete Fijalkowski - Sortie le 26 septembre

Pop. Swansongs a la particularité d'avoir été enregistré entre 22 heures et 10 heures du matin. Cela explique sans doute la coloration décalée dont la pop de Polak semble imprégnée. Sur fond de tempos moyens, les plages déroulent une atmosphère maussade et désabusée servie par la voix mélancolique de Peter Fijalkowski. Si les climats oscillent entre tonalités rupestres ("Cowboy Song") et désespoir le plus glauque ("Storm Coming", "Impossible"), jamais l'auto-apitoiement ne franchit néanmoins le territoire du larmoyant. Cette mélancolie a le mérite en fait de rester sobre et positive, elle s'écoutera même avec un certain bien-être les soirées de solitude. CF

3,5 - À ranger entre REM et Madrugada

Portobello Bones
Eden On Earth
(Crash Disques/PIAS) - 10 titres, 40m37s - Produit par Pascal Ianigro et PB - Sortie octobre 2000

Hardcore metal. Plus remontés que jamais, les Bones passent un cran au-dessus dans leur combat contre ce monde occidental qui les dérange tant, Amérique en tête. On avait apprécié leur sens de l'engagement sur Refuse To Keep Silent, il y a un peu plus d'un an. Ils y dénonçaient, notamment, les abus féminophobes en tout genre, un débat trop rare et bienvenu. On est moins convaincu, cette fois, par leur lutte "dans le ton" contre toute forme de capitalisme, lorsqu'on se rappelle les ravages humains (toujours d'actualité) d'un "collectivisme révolutionnaire" qu'ils semblent apprécier (soutien aux thèses marxistes de Marcos). La musique, elle, est toujours belle, forte et poétiquement agressive. Une tournée massive permettra aux fans et aux autres de découvrir ce grand groupe de scène. MEK

3 - À ranger entre Lofofora et Silmarils

Emmanuel Puglia
Vous êtes ici !
(Il y a des gens, HNM 201-01) - 12 titres, 48m11s - Produit Emmanuel Puglia

Chanson française. C'est le premier album de cet auteur compositeur multi instrumentiste. Cofondateur et voix masculine du groupe Kimono, en 85, une aventure qui durera jusqu'en 88. Il collaborera ensuite à des musiques de films en tant que clavier, s'ensuivra une période ou il entreprendra de nombreux voyages dont il tirera la matière pour cet album solo. Revenons en a ce qui fait l'objet de cette chronique, ce Vous êtes ici, un opus intimiste et sombre, on plonge dans un univers romanesque et un peu nostalgique. Un univers poétique dans lequel son auteur n'hésite pas à mêler sampler harpe et violoncelle, qui mettent en valeur ses états d'âme. Tout cela fait un album qui se laisse écouter, un artiste talentueux et singulier, à qui il manque un petit quelque chose comme s'il se prêtait, sans complètement se donner.Affaire à suivre car n'oublions pas qu'il s'agit là d'un premier album et que le manque de moyens est peut-être la raison majeure pour laquelle on a l'impression de rester un peu sur sa faim. N & D S-D

3 - À ranger entre Miossec et Jean-Louis Murat

Radiohead
Kid A
(EMI) - 10 titres, 49m57s - Produit par Nigel Godrich & Radiohead - Sortie le 2 octobre 2000

Bad trip. NOTE DE LA RÉDACTION : Chez "Compact", nous sommes plutôt pour la diversité d'opinions et le libre-arbitre. La rédaction étant assez partagée concernant le nouvel album de Radiohead, voici après une interview (#5) et un article + couverture (#7), une chronique beaucoup moins enthousiaste. À vous de choisir votre camp, si ce n'est déjà faitÉ

Il y a plusieurs façons de disjoncter après un succès aussi exceptionnel et autant célébré que OK Computer. Certains enchaîneraient illico sur un album direct, sans fioriture, histoire de prouver qu'ils se rappellent qu'ils ne sont "qu'un" groupe de rock (certes majeur). D'autres se perdraient les uns après les autres dans des albums solo sans sens. D'autres encore accoucheraient d'un OK Computer 2, ce que, sans le dire explicitement, 99 % des fans attendaient. Kid A est autre chose, soit au choix : méga branlette du siècle, chef-d'oeuvre expérimental dans la lignée des premiers Floyd, punition non justifiée des guitaristes (privés de guitare, donc), caresses dans le sens du poil des critiques rock branchés (plus c'est chiant, plus ils aiment et trouvent ça "courageux", là ils sont servis). Un vrai nouveau disque est, parait-il, attendu dès l'année prochaineÉ MEK

1 - À ranger avec Mark Hollis

RHAPSODY
Dawn Of Victory
(LMP/NTS/Wagram, 08541322) - 10 titres, 49m31s - Produit par Sasha Paeth et Miro - Sortie le 31 octobre 2000 

Verdi Metal. Désormais sûrs de leur fait, de posséder un son bien reconnaissable, les Italiens énervés de Rhapsody n'ont plus qu'à approfondir leur sillon de feu : ils ont donc continué à élaborer dans ce nouvel album la suite de leur remuante Saga de l'Epée d'Emeraude. Les fans peuvent se tranquilliser -si tant est qu'un fan de Rhapsody peut être quelqu'un de tranquilleÉ- ils vont retrouver ici tout ce qu'ils adorent chez ce groupe : les chants exaltés, les choeurs guerriers, les batailles rangées de guitares tourbillonnantes, les intermèdes classiques et l'atmosphère heroïc & fantasy. Cela dit, nos chers heavyvaldiens ont cette fois insisté davantage sur les aspects classiques, sonorités symphoniques, séquences vieux temps et belles dentelles, ce qui pourrait agacer un tantinet les purs amateurs de pugilats hypermétallisés. L'équilibre entre réminiscences classiques et bousculades électrifiées n'est pas si évident à trouver, Deep Purple et Uli Roth en ont fait la délicate expérience, et l'on est ici vraiment à la limite. Mais ce sera là la seule restriction à ce grand moment de rock épique et colégramme qui va sérieusement vous éventer la mèche. Rhapsody, c'est vraiment l'armure d'Ivanhoé de la musique métallisée. HP

3,5 - À ranger entre Verdi et Angra

ROSE TATTOO 
25 To Life
(SPV/Wagram, 085 72092 ) - 2 Cds : 17 titres, 86m38s - Produit par Rainer HSansel - Sortie le 30 octobre 2000 

Rock flibustier. Pour fêter leurs 25 années d'existence et de rock'n'roll canaille, les joyeux tatoués australiens ont profité d'une virée allemande l'an dernier pour enregistrer ce double live au festival de Wacken. Une chose est certaine, ces 25 années de beuverie, de franche rigolade et de rock à haute pression n'ont absolument pas entamé le moral ni la force de frappe de cet équipage de pirates des mers du Sud. Ils reprennent ici avec un inébranlable entrain leurs hymnes voyous les plus magistraux, de "Nice Boys" à "Rock'n'Roll Outlaws", et l'on se dit à l'écoute de ces inoxydables riffs barbouillés de graisse que Rose Tattoo est vraiment un groupe exemplaire, un de ceux qui magnifient de la façon la plus brute et la plus sincère ce qu'est l'essence même du rock. La slide salace de Pete Wells dérape toujours avec autant de verve, et la voix de cette fine crapule d'Angry Anderson, mi-Marriot mi-Stewart, reste une des meilleures qui soient. D'ailleurs, les fans d'AC/DC qui écouteraient ces disques intenses repartiront 1/ ravis et gavés du rock qu'ils adorent, 2/ persuadés que Casquette Braillarde n'est définitivement pas le chanteur que les Young devaient élire. Cet album est un régal. HP

4,5 - À ranger entre Humble Pie et AC/DC

Uli Jon Roth
Transcendental Sky Guitar 
(Steamhammer/Wagram, 089 72032 ) - 25 titres, 121m10s - Produit par Uli Roth - Sortie le 11 Septembre 2000

Mozarto Rock. Bon, Uli Jon Roth est un type qui mérite un énorme respect. D'abord parce que c'est un monstrueux guitariste, le meilleur que les Scorpions aient jamais eu. Ensuite parce que sa sincérité, son mysticisme postpsychédélique, sa bonne foi étoilée attirent la tendresse. Enfin parce que c'est un mec adorable doublé d'un vrai musicien (deux espèces en voie de raréfaction, surtout la deuxièmeÉ). Donc, s'il mérite tout notre respect, on va quand même se permettre d'être irrespectueux. Là, le Uli s'est franchement égaré à nous rejouer sur sa guitare magique du Bach, du Mozart, du Vivaldi et autres enterrés classiques, tout au long de deux disques live certes brillants, virtuoses, je te dis pas, mais emmerdant au possible. C'est comme si Maurice André et sa trompette magique s'attaquaient pêle-mêle à Hendrix, Dylan et King Crimson ! Heureusement, les choses s'arrangent un peu sur le second CD quand Roth fréquente surtout Hendrix et son propre répertoire. M'enfin, tout cela est peut-être transcendental, mais n'a rien de transcendant. Mêmes les fans d'Electric Sun pourraient se sentir gênés. On oublie donc. Mais on te respecte, Uli, beaucoup. HP

1 - À ranger entre Nigel Kennedy et Yvette Horner

Jack Ruby Presents
Black Foundation
(Heartbeat/Musisoft)- 17 titres, 70m26s - Produit par Lawrence "Jack Ruby" Lindo - Sortie octobre 2000

Reggae Roots. Né Lawrence Lindodans les années 40 en jamaïquain, Jack Ruby a commencé à enregistrer, il y a plus de 30 ans. Il créa son propre studio et label et développa un son qui fut la marque des grands producteurs en provenance de l'île. The Disciples fut l'un des rares groupes du reggae roots qui compta en son sein autant de musiciens prestigieux. Imaginez : Horsemouth, Robbie Shakespear, Earl Smith et Burning Spear ensemble, Jack Ruby, l'a fait ! Ce combo, composé essentiellement de requins de studio, fut l'un de ceux qui furent le plus employé en Jamaïque dans les années 70's. On réécoutera avec plaisir "African Children" des Heptones et l'excellent "Decent Citizen" de Prince and The Seraphim parmi les 34 autres titres qui valent autant le déplacement. JCM

3,5 - À ranger sur votre étagère roots & vintage

Sad Rockets
Transition
(Matador/PIAS, OLE 463) - 13 titres, 66m23s - Produit par Andrew Pekler - Sortie le 30 octobre 2000

Electro World. Décidément, les métissages sont à la mode puisque Sad Rockets se révèle être Andrew Pekler, un multi-instrumentiste Ouzbèke élevé en Californie et résidant à Berlin. Sa musique, instrumentale, conserve les traces de ce cosmopolitisme et elle oscille entre jazz, fusion, hip-hop, rock et électronica. Souvent à base d'orgues Hammond et de réverbération, Transition évoque films noirs et moments romantiques, atmosphères minimalistes et laid-back et tonalités plus urgentes. L'ensemble ne pêche pourtant pas par perfectionnisme, la plupart des titres ayant été enregistrés sur quatre pistes, ce qui confère à l'album un côté brinquebalant assez sympathique. Reste que l'on a l'impression d'avoir entendu tout cela quelque part et même un peu partout ; souhaitons alors et tout simplement que Transition porte bien son titre et augure d'autre chose de plus excitantÉ CF

2,5 - À ranger entre Sun Ra et Orbital

Seven Dub
Bricks
(Pro-Zak Trax/Barclay, 5492162) - 11 titres - 49m57s - Produit par Seven Dub et Prince Emmanuel - Sortie le 11 octobre 2000

Electronica. Inspiré par les révolutions musicales des 70's, qui ont frappé le funk Outre-Atlantique, puis le reggae à Portobello Road, Seven Dub tisse un lien temporel entre un passé culturellement riche et un futur sous le signe de l'électronique. Autour de samples, d'architectures programmées en respectant un cahier des charges dont Coldcut, Kevin Yost ou St Germain pourraient très bien se satisfaire, le duo pénètre d'un pas timide, mais décidé, dans l'antre du cercle assez fermé de la French Connection. En effet, ce premier album mérite les éloges de la presse et du public, non seulement parce que la deep house qui s'en écoule dénote un goût certain pour le raffinement, mais aussi à cause d'un éclectisme agrémenté de vocaux féminins enchanteurs. Enfin, un disque qui déloge de son carcan, le dub trop souvent inexploré. LE

3,5 - À ranger entre Mad Professor et Coldcut

Seven Hate
Some Fourteen Or More Things Seven Hate Never Dared To Tell You 
(Vicious Circle/PIAS) -14 titres, 66m38s - Production diversifiée - Sortie le 2 Novembre 2000

Punk rock à la française. Ceci n'étant nullement péjoratif, bien entendu ! Quelques mois à peine après la sortie de Is This Glen ?, Seven Hate, le combo angevin qui monte qui monte, offre à ses nombreux fans ravis cette compilation de titres rares et inédits ; plus d'une heure de bonheur électrique et bien énervé quand même, la tête vous tournera et, vous verrez des petits points rouges quand vous fermerez les yeux à la fin de cette fiesta ! Pas à dire, les Seven Hate connaissent leur affaire et ils ont l'art de vous (dé) (re) trousser une mélodie moderne en moins de trois minutes (sauf cas de nécessité extrême) chrono : n'oubliez pas que leurs idoles de jeunesse étaient (et sont toujours) les regrettés Thugs, ceci vous marquant un jeune groupe à jamaisÉAu menu, donc, des chansons devenues introuvables, parce que données dans un élan de générosité à des compilations sans lendemain ou des magazines un peu trop underground (à noter l'acoustique et désarmant titre "Big Trasher", offert avec l'exemplaire correspondant de Jade (?), un véritable petit bijouÉ), des faces B de 45 tours retrouvés en même temps qu'un mammouth entier et congelé, un tribute aux obscurs Upstairs People, ce genre de choses, quoiÉAmusant, attendrissant, réjouissant, multivitaminé, les qualificatifs ne manquent pas pour désigner cette rondelle argentée un peu moins idiote que la moyenne. TS

4,5 - À ranger entre le premier Thugs et le dernier Burning Heads

Stefie Shock
Presque rien
(Mohican/EMI, 5290610 PM 806) - 12 titres, 44m24s - Produit Hamra Hassan et Hamra Sidi Mohamed

Chanson française (canadienne). Quand on pose sur la platine le disque de Stefie Shock, on comprend pourquoi la presse canadienne a été dithyrambique. Un album inventif, un univers très personnel que l'on a souvent comparé à celui de Gainsbourg. Excusez du peu ! Ce jeune dandy urbain nous vient de Montréal, à 20 ans il abandonne ses études de graphisme pour se consacrer à l'écriture et à la composition musicale. Il lui faut 10 ans pour peaufiner son Presque rien, un savant mélange groovie aux accents de disco acidulée et de techno pop. Il manie les mots avec une aisance déconcertante mêlant images crues et délicatesse au moyen d'une voix sensuelle et caressante. Il se définit lui-même comme étant un «raffiné trivial» ce qui le décrit parfaitement. Ces textes sortes de cut-up élaborés, parlent de sexe et de révolte sur un ton badin. «Il faut maintenir notre droit de protester, signifier notre désaccord, nous exprimer à contre courant s'il le faut, mais s'exprimer !». Un album homogène, qu'il a choisi d'enregistrer à Londres, une production impeccable, en un mot Un presque rien qui en dit long sur le talent de ce CanadienÉ N & D S-D

3,5 - À ranger entre Gainsbourg et Daho

Sonata  Arctiva
Successor
(NTS/Wagram, 3063022 ) - 7 titres, 30m53s - Sortie le 29 septembre 2000

Volcan Nordique. Sans doute pour ne pas laisser retomber la vague d'enthousiasme suscitée par leur trépidant et prometteur premier album, les jeunes Finlandais volants de Sonata Arctica se sont empressés de nous offrir demi-album, plus grand qu'un mini-album, et donc plus petit qu'un entier. On y retrouve évidemment leur prog metal ciselé et leur communicative fougue de gamins voraces pour quelques émoustillantes nouveautés (ce "Full Moon" qui vous recoiffe vite fait dans le sens du blizzard), deux covers bienvenus (un de Helloween, et un autre, très surprenant, du mythique "Still Loving You" des Scorpions, revisité à coups d'uzis rageurs - si Meine entend ça, les cheveux vont lui repousser d'excitationÉ) et une séquence live finale de deux titres, sans doute moins convaincante que le reste car la post-production n'a pas su grossir le son et le groupe y montre qu'il n'a pas encore la carrure live des gros monstres du heavivaldi, mais cela va venir, il faut laisser le temps au métier de rentrer. HP

3 - À ranger entre Europe et Malmsteen

Spandau Ballet
Gold - The Best Of
(EMI) - 18 titres, 76m35s - Produit par divers - Sortie octobre 2000

Variéto-pop. Spandau Ballet représente, avec quelques congénères comme Duran Duran ou Culture Club, l'horreur absolue pour le critique rock dans le (bon) ton. Ils cumulent les pires défauts : années 80, belles gueules, tubes en cascade. À l'écoute de ce "best of" (après celui de 91É), on est, certes, assez consterné par autant de guimauve sur un même disque et dès le premier tiers, on a déjà la nausée. La cause n'est pourtant ni l'époque de fabrication de ces anciens hits, ni leur succès, ni le physique des cinq gars, mais plutôt leur désir propre de flirter, comme beaucoup d'Anglais de beaucoup d'époques, avec un certain easy listening, une pop sans aspérité qui plaît à toute la famille. Un choix qu'on n'est pas obligé de suivre, mais qui a le mérite d'être clair et assumé !MEK

1 - À ranger entre ABC et Human League

The Specials
Stereo-Typical
(2 Tone Records/EMI, 724352715428) - 46 titres - 193m49s - Produit par Nigel Reeve - Sortie octobre 2000 

A's, B's Rarities. C'est en 1977 que le combo fusionne son reggae (qu'il prodigait dans les bistros) au punk rock sévissant en Grande-Bretagne. Le ska naissait sous leurs yeux, mixant convictions politiques et inspirations musicales. Deux ans plus tard, "Gangsters" entre dans les charts pour y rester un bout de tempsÉ Puis l'aventure commence chez Chrysalis. Produits, entres autres, par Elvis Costello, les singles s'enchaînent, "Nite Klub", "Rat Race" et "Rude Boys Outa Jail"É 1981, "Ghost Town" dépasse le million d'exemplaires vendus, certains membres quittent le groupe, qui rebondit en 84 avec un nouveau single "Nelson Mandela". Autant de moments forts que propose ce coffret de trois disques réunissant une flopée de singles, de faces B, de versions instrumentales ou revisités par le combo en 91. Indispensable pour tous les nostalgiques des 80's. LE

5 - À ranger entre Madness et The Selecter

Springsteen (A Tribute To)
Badlands
(Sub Pop/WEA) - 13 titres, 55m22s - Produit par Jim Sampas - Sortie le 7 Novembre 2000

Tribute facultatif. L'intention était louable, mais le résultat est malheureusement assez décevant. Quitte à reprendre l'album le plus sombre et le plus dépouillé du Boss (ex-aequo avec The Ghost Of Tom Joad, qui eut quand même droit à une production un peu plus ambitieuse), il aurait fallu insuffler dans les chansons concernées un peu plus de nerf et de vitalité. Mais non, les artistes contactés pour ce projet (deux exceptions : les inusables Los Lobos qui nous gratifient d'une version endiablée de "Johnny 99" et les Crooked Fingers -?- dans un "Mansion On The Hill" presque supérieur à l'original) se sont contentés de coller le plus possible aux compositions écrites par Brucie voici déjà 15 ans (mon Dieu) et presque personne n'a cherché à innover, à pousser le bouchon un peu plus loin, ce qui fait qu'écouter "My Father's House" par Ben Harper, "Nebraska" par Chrissie Hynde & Adam Seymour ou même "I'm On Fire" (l'un des trois bonus tracks) par le respectable Johnny Cash n'est guère enthousiasmant. En exagérant un peu, nous pourrions parler de corvéeÉ Il semblerait que les tribute albums ne plaisent guère qu'à ceux qui les enregistrent, ce qui est quand même frustrant pour le reste de la population.TS

2 - À ranger entre Nebraska, of course et le double tribute consacré à Springsteen voici Supershine

Supershine
same
(Metal Blade/M1O) - 12 titres, 49m14s - Produit par Bruce Franklin & Doug Pinnick - Sortie le 11 Septembre 2000

Des guitares, des guitares et encore des guitaresÉEt, Bon Dieu, cela fait du bien aux oreilles, vous pouvez en croire le Compact man harassé ! Ce qui n'était, au départ, qu'une idée lancée en l'air par Bruce Franklin & Jeff Olsen (du groupe Trouble, la meilleure imitation de Black Sabbath à avoir foulé le sol de cette Terre), un projet sans lendemain sérieux, a vite pris de l'ampleur et de la crédibilité quand le duo a été rejoint par Doug Pinnick et Jerry Gaskill des sous-estimés King's X. Même Ty Tabor, le troisième membre de KX est venu leur filer un coup de main pour le mixage de l'album, à défaut de faire vraiment partie de ce SupershineÉOn serait en droit de douter du bien-fondé de cette association quelque peu contre-nature : c'est vrai quoi, un match King's X/Trouble, personne n'aurait parié une vieille chemise déchirée dessus et pourtant, cela fonctionne à merveille, la voix (et surtout la basse) de Doug Pinnick se mêlant plus qu'agréablement aux très lourdes guitares de Bruce Franklin. On se croirait revenu aux bonnes vieilles années 70, aux super groupes qui ne duraient jamais bien longtemps et aux soli de six-cordes qui prenaient tout leur temps avant de rentrer stoned à la maisonÉ TS

4 - À ranger entre Disraeli Gears (Cream) et Survival (Grand Funk Railroad)

Teenage Fan Club
Howdy
(Beast) - 12 titres, 48m03s - Produit par TFC - Sortie le 2 octobre 2000

Pop. Sur le précédent album, la pop délicate de TFC s'était essayée avec succès à un country rock qui conjurait les mânes de l'Ecosse et des Byrds. Howdy (une manière familière de dire "bonjour") voit le groupe retrouver une approche plus européenne. La finesse est toujours là, étayée par ces tempos moyens et ces vocaux subtils et presque sucrés ; une distinction qui semble s'insinuer sur ces mélodies frêles et comme ajourées. C'est peu de dire que TFC manie l'élégance comme s'il s'agissait d'un don inné, Howdy respire ainsi l'amertume virevoltante et la mélancolie exubérante. Il faut n'y voir aucune contradiction, juste un paradoxe qui voit les guitares acoustiques nous parler, les claviers légers ou l'harmonica impalpable nous séduire et ces délicieuses harmonies vocales nous charmer. CF

4 - À ranger entre Squeeze et Big Star

Thou
Put Us In Tune
(Pias/Pias France) - 15 titres, 46m57s - Produit par John Parish - Sortie octobre 2000

Pop expérimentale. Ce groupe belge n'en est pas à ses débuts. Son troisième opus, Put Us In Tune, est toutefois le premier à passer les frontières wallonistes. Attachés à l'expérimentation, on compte parmi le quintette Hans Rabaey, alias Boy, bidouilleur en titre, qui s'amuse à travailler voix et instruments dans une direction assez inattendue, mais néanmoins efficace. Entre trip hop incongru, rock underground, avec quelques coups d'oeil vers les structures jazzy, Thou innove en recyclant ses multiples influences. Does de Wolf (chant), Bart Vincent (guitare/chant), Kurt De Vylder (batterie) et Bart Depoortere (basse), ont également invité quelques amis sur cet intrigant album : le violoniste de PJ Harvey, Richard Hunt, ainsi que le bassiste Si John (Roni Size). CD'O

3,5 - À ranger entre Papas Fritas et les Pixies

Tupamaros
Non è cambiato niente
(Gridalo Forte records, GFR 039) - 11 titres, 45m10s - Produit Kaba Cavazzuti

Chants contestataires. L'engagement social est la marque de fabrique des Tupamaros. Un album essentiellement acoustique, même si on entend une batterie qui marque la cadence et qui lui donne des couleurs de rock alternatif. Non è cambiato niente alterne d'intenses ballades avec des chansons aux accents populaires et urbains. Leur première galette Gente Distratta voit le jour en 97, elle paraît sous la bannière du label indépendant Gridaldo Forte Records, auquel ils demeurent fidèles pour leur deuxième opus. L'album obtint l'approbation du public et les honneurs de la presse spécialisée, mais c'est la participation à une compilation de soutien à l'association Ya Basta ! qui marque un véritable essor discographique. Les textes sont militants, traitant du monde du volontariat et du travail, ils portent sur les drames de la vie et du tiers-monde. Un groupe attachant, un album qui a la pêche, à écouter les jours de blues où l'on a envie de baisser les bras après avoir écouté le dernier bulletin d'information, il vous redonnera la niaque. N & D S-D

3 - À ranger entre Motivés et Les Pogues

Type O Negative
The Least Worst Of Type O Negative
(Roadrunner/Sony) - 14 titres, 76m45s - Produit par Josuah Silver & Peter Steele - Sortie le 02 Novembre 2000

Quintessence du rock gothique. Les Type O ont toujours eu le sens de l'humour. Leur première compilation à ce jour se voit affublée du titre de "Moins Pire", la première chanson répond au nom compliqué de "The Misinterpretation Of Silence And Its Disastrous Consequences (Wombs & Tombs Mix)" et ne dure que 39 secondes. Leurs reprises de Black Sabbath (le titre et le groupe) et de Neil Young ("Cinnamon Girl") sont quasiment impossibles à reconnaître et certains de leur T-shirts vantent les bienfaits du suicide. Cela dit, c'est de plus un sacré bon groupe qui a su redorer le blason d'un rock gothique en perdition depuis l'abandon de la bataille par les Fields Of The Nephilim (vous ai-je signalé qu'ils revenaient ?), grâce aux feux croisés de la voix sépulcrale à souhait de Peter Steele, des guitares ultra aiguisées de Kenny Hickey et de la longueur inhabituelle de bon nombre de compositions. Si vous êtes nouveaux dans le quartier et que vous voulez vous faire une idée de Type O Negative avant de sortir votre poussiéreux porte-monnaie, arrangez-vous donc pour écouter le treizième morceau, ce "Insuccessfully Coping With The Natural Beauty Of Infidelity" (plus connu des habitués en tant que "I Know You're Fucking With Someone Else") qui dure 12 minutes et demie et qui passe en revue tout ce dont cette association de frappadingues est capable. Je ne vous en dit pas plus, vous comprendrez très vite de quoi il est questionÉ TS

5 - À conserver précieusement entre World Coming Downet le prochain déjà attendu impatiemment

U2
All That You Can't Leave Behind
(Island/Universal) - 11 titres, 49m26s - Produit par Brian Eno et Daniel Lanois - Sortie le 30 octobre 2000 

Irish Coffee. Le sempiternel single envoyé en éclaireur ("Beautiful Day") avait donné le ton d'un U2 à nouveau rock et enfin débarrassé de son surplus de paillettes et de grandiloquence nombriliste. Un nouveau disque de la maturité, en quelque sorte, pour un groupe qui en a déjà produit au moins un (Joshua Tree). Malgré quelques semi-ronfleries passables ("Stuck In A Moment ", "Kite", "Peace On Earth", "Grace") ce All That You Can't Leave Behind (le titre est-il révélateur de cette envie de cogner à nouveau ?) surprend par son habile et intelligent dosage de rythmes plus ou moins soutenus, de production racée ("When I Look At The World", du travail d'orfèvre) et d'auto-dérision en filigrane. Un morceau comme "Elevation" par exemple est l'évidente synthèse de ce que peut proposer de mieux le U2 cuvée 2000, au-delà même de tous nos espoirs.  Et puis, il y a, enfin, cette touche de grâce et cette magie qui avaient été celles de U2 dans les années 80, éléments garantis à forte teneur en frissons qu'on retrouve sur le très beau "Walk On", le joliment brinquebalant "Wild Honey", la montagne russe que constitue "New York" ou encore le faussement anodin "In A Little While")É Évidemment, un disque de cette teneur réservera encore bien des surprises, dans les jours, les semaines et les mois à venir ; et il est fort à parier que les morceaux qui paraissent les moins importants après trois écoutes se révèlent en définitive de purs joyaux entêtants. Anyway, le message a retenir est que contre toute attente U2 revient à son meilleur niveau, sans toutefois jouer la carte du flash-back ou du revival 80's, à savoir que ce disque ne reprend aucunement de vieilles recettes mais ajoute un nouveau chapitre à une saga dont on pensait avoir déjà entendu l'épilogueÉ CG

4,5 - À ranger là où vous aviez arrêté l'histoire U2

Van Morrison & Linda Gail Lewis
You Win Again
(Pointblank/Virgin Roots, 724385025822) - 13 titres, 42m05s - Produit par Van Morrison - Sortie octobre 2000 

Rock & roll. Mais que se passe-t-il dans la tête de Van Morrison ces temps-ci ? Jamais il n'a été aussi prolifique (trois albums consécutifs en à peine deux ans !) et surtout aussi ouvert d'esprit. Après l'excellent Back On Top (qui porte donc bien son nom) et le Live à Belfast en compagnie de Chris Barber et Lonnie Donegan, voilà qu'il signe un album 100 % rock & roll en compagnie de la fille deÉ Jerry Lee Lewis qui, d'ailleurs, pianote fort joliment (sans mettre le feu à son instrument) à défaut d'avoir une voix réellement agréable. Curieusement, parmi les 13 titres de cet album, une seule reprise de Lewis père ("Old Black Joe") et pas moins de trois covers d'Hank Williams qui, on le sait, est une des idoles de Van Morrison qui, au passage, ne signe qu'un seul titre, "No Way Pedro" qui s'inscrit admirablement dans l'ensemble très rythmé de cette rondelle énergique à défaut d'être réellement originale. DL

3 - À ranger entre Hank Williams et Jerry Lee Lewis

Patrick Verbeke
Y2K Blues
(Dixiefrog/Night & Day, DFGCD8510) - 15 titres, 55m57s - Produit par David Farrell - Sortie octobre 2000 

Blues. Le Verbeke nouveau est arrivé et le moins que l'on puisse dire est qu'il se pose (là) comme l'un de ses meilleurs enregistrements à ce jour. Un blues de proximité, foisonnant, dans lequel la notion de famille n'est jamais écartée (tant la famille musicale que la famille tout court !). Tout démarre par une reprise du "Maybellene" de Chuck Berry ultra vitaminée et de circonstance, les autres reprises de l'album s'orientant davantage vers le songwriting pur (Dylan et Carole King), à l'image d'un Patrick Verbeke qui irradie bien au-delà du carcan blues habituel. Le disque porte ainsi à merveille son patronyme, Y2K Blues ("le blues de l'an 2000") en proposant une visite guidée de ce que le genre a apporté de mieux ces dernières décennies, mais aussi une vision euphorisante et communicative de ce que représente aujourd'hui le blues. Un blues qui, de ce point de vue, reste bel et bien plus vivant que jamaisÉDL

4 - À ranger entre Paul Personne et Clarence Gatemouth Brown

Virago
Premier Jour
(Vicious Circle/PIAS) - 13 titres, 45m15s - Produit par Dave-Id - Sortie le 31 Octobre 2000

Rock superbement énervé. Les Virago (aucun rapport avec le sobriquet dont on affuble les belles-mères un peu trop acariâtres) n'en sont pas à leur coup d'essai, loin de là. Si, récemment, vous avez eu deux heures à perdre et que rien d'autre ne vous a tenté au cinéma de votre quartier, vous êtes peut-être allés voir le "film" de Virginie Despentes, ce Baise-Moi (non merci, sans façon) dont le seul intérêt résidait dans la présence de quelques groupes costauds sur la bande sonore, notamment, vous l'aurez compris, nos Virago. Plus passionnant, cette formation a sorti un 6 titres initial fin 1997, suivi d'un véritable premier album nommé Introvertu l'année d'après. Logiquement, leur Premier Jour devrait casser la baraque remplie de queues de Mickey, tant il est plein de chansons constamment sous tension mais n'oubliant jamais d'être mélodiques, un peu à la manière des Noir Désir première époque, sans pour autant les taxer de vils copieurs, heinÉ Les compositions musclées que sont "Le Premier Jour De Mai", "Les Pôles", "Hélène" et/ou "La Condition" vous mettront en appétit, mais il vous faudra attendre leur faramineuse reprise du célèbre "Love On The Beat" de Serge Gainsbourg pour apprécier leur délicieux savoir-faire à sa juste mesure ; sûr que l'Artiste mentionné apprécierait leur version, aucun doute à avoir là-dessusÉTS

4 - À ranger entre Veuillez Rendre l'Ame et leur Introvertu

Cristian Vogel
Rescate 137
(Novamute/Labels, 724384970321) - 10 titres, 54m35s - Produit par Cristian Vogel - Sortie le 26 septembre 2000

Intellotronic. C'est vrai que l'Anglais nous bombarde de disques depuis qu'il a retrouvé la foi en la musique électronique. À tel point que le label Magnetic North (le même qui avait édité le néanmoins intéressant Infra) ne pouvait plus suivre le scientifique, en proie à une suractivité débordante digne des Temps Modernes. Des kilomètres de bandes plus loin, il sort de son officine pour répandre son nouveau breuvage hallucinatoire, Rescape 137, disponible chez Novamute. Un contrat exclusif qui lie le chercheur à cet éditeur, convaincu que Vogel oeuvre pour parfaire ce futur patrimoine electro dans lequel nos futurs bambins pourront puiser allégrement, si toutefois ceux-ci sont en quête d'ésotérisme. De là à dire qu'il s'agit d'une initiative salutaireÉ LE

1 - À ranger entre Science et Expérimental

The Weakerthans
Left And Leaving
(Bad Taste Records/Tripsichord, BTR 41) - 12 titres, 51m44s - Produit par Ian Blurton - Sortie octobre 2000

Indie Rock. Combo canadien dont Left and Leaving est le deuxième album, The Weakerthans tentent et parviennent à naviguer entre différents genres. Que ce soit le punk, le folk, la country ou les hymnes plus engagés, ils se révèlent d'ardents et brillants représentants d'un rock dont les préoccupations sont aux antipodes de celui représenté par les majors. Cela produit un album qui, s'il reste virulent et acerbe lyriquement, module ses effets par un rendu toujours maîtrisé où la guitare acoustique remplace avantageusement l'électricité et où le phrasé du chanteur John Samson n'a pas son pareil pour rendre suave ce qui pourrait sonner fielleux. Voilà un disque tout en demi-teintes qui parvient à éveiller de la manière la plus subtile qui soit, la perversion douce plutôt que la persuasion fastidieuse. CF

4 - À ranger entre Go-Betweens et Dramarama

Where Blues  Meets Rock IV
(Provogue/MSI,  PRD 71232 ) - 11 titres, 50m10s - Compilation - Sortie Octobre 2000

Blues rock et l'inverse. Votre petit neveu, qu'est un sacré original, vous a dit comme ça : "Pour mon anniversaire, mon tonton à moi, j'aimerais bien une bonne compil de la mort qui tue de blues rock, mon tonton, à moi, là". Sacrément embêté, le tonton, hein ? Vous voilà sauvé, car ce disque est justement ce qu'il vous faut, une bonne compil pleine de blues rock joliment brassé au malt et au houblon doré, un bonheur pour le novice qui fera ainsi la connaissance d'Omar & The Howlers, les Austiniens de la mort qui tue ; Dave Hole, le funambule de la slide schumachesque ; Walter Trout, un des inoxydables du genre ; Michael Katon, moins fin, pas futé, mais qui chauffe quand même ; ces Texans prometteurs de Bobby Mack et Jay Hooks ; l'élégant Carl Verheyen, guitariste-suppléant de Supertramp par ailleurs ; avec en bonus Lance Keltner et Rob Tognani. Rien que du blues rock de la mort qui tue. Seule déception, le roquefort promis par le titre n'est pas au rendez-vous. HP

3 - À ranger dans la catégorie de la mort qui tue

Robbie Williams
Sing When You're  Winning
(Chrysalis) -  13 titres, 75m58s - Produit par Guy Chambers et Steve Power - Sortie début octobre 2000

Pop extra-large. Il y a sur ce disque vantard deux morceaux (les deux singles) corrects, sympas et dansants et onzeÉ trucs. Le garçon est sympathique dans son arrogance ironique de "lad" (= petite frappe) britton, le livret très rigolo (plein de photos super fun avec que lui plein de fois qui fait le con dans plein de décors différents), mais il y a l'option, à savoir la musique et là, le bât blesse profondément. Il ne s'agit presque que de mélodies insipides, d'évocations maladroites (restons polis) d'Oasis et donc des Beatles, de slows de camping et d'orchestrations sirupeuses et surchargées. À peine sorti, déjà démodé. Son précédent (et premier) album avait surpris, le bonhomme sortant tout droit de son boys band transparent. Il chante pas mal, d'ailleurs, le Robbie, mais il va falloir qu'il se trouve rapidos un style, s'il en a les moyensÉ MEK

0,5 - À ranger entre Geri Halliwell et Kilie Minogue

Xen Cuts
Xen Cuts
(Ninja Tune/PIAS,      ZenCD49) - 32 titres - 154m50s - Produit par Ninja Tune - Sortie le 19 septembre 2000

Ninjatronik. Le label Ninja Tune fête ses dix ansÉUne entreprise dont un informaticien et un professeur d'art, Matt Black et Jonathan More alias Coldcut, sont à l'origine. En quelques années, ils ont réussi l'incroyable pari, celui d'envahir la planète de leur armée constituée par une troupe avant-gardiste, devenue en un rien de temps la référence électronique en matière d'expérimentations mélodiques. Parmi les soldats, on dénombre Mr Scruff, Kid Koala, Clifford Gilberto, Funki Porcini, Amon Tobin, The Herbaliser, Dj Food, tous invités sur ce double CD. Tout comme Mo'Wax, Wall Of Sound ou Warp, Ninja Tune a su tirer son épingle du jeu en amorçant les tendances, toujours avec une longueur d'avance sur les autres, notamment avec le trip hop. Et cela, en conservant un esprit farouchement indépendant ce qui a permis à ces défricheurs d'articuler leur quête autour de découvertes majeures, exploités avant que l'étau de la popularité étouffe le phénomène. Ainsi, s'additionnent dans leur patchwork d'innombrables collages où se mêlent jazz, fusion, electronicaÉ LE

4 - À ranger au rayon référence

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