COMPACT #7 - Octobre 2000

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

Ryan Adams
Heartbreaker
(Fargo/Wagram, FA20096) - 15 titres, 52m03s - Produit par Ethan Johns - Sortie septembre 200

Rock US - Petite discussion en début de disque. La bande tourne et Ryan Adams, pour l'enregistrement de son premier album solo sans son Whyskeytown (sans doute l'un des musts actuels en matière de rock US matiné de country alternatif, mais personne n'a eu jusqu'à présent la présence d'esprit de distribuer le groupe chez nous), semble détendu, sûr de lui... Ça ne l'a pas empêché d'avoir mis tous les atouts de son côté, dont une poignée d'invités dont Emmylou Harris pour un très beau duo. On pense successivement à tout ce qui s'est fait de mieux de l'autre côté de l'Atlantique ces trente dernières années, en matière de folk, de rock ou de country, pour finalement en arriver à la conclusion que Ryan Adams, définitivement, fait partie de cette race à part de songwriters qui ont ça dans le sang. Impossible de tricher, l'étalage de tripes se fait nécessairement dans l'effusion de sentiments (souvent contradictoires) et si l'inspiration se fait disparate, l'ensemble n'en demeure pas moins cohérent et homogène. Un talent d'écriture plus qu'une voix, Ryan Adams comble ses petites lacunes par ses grandes qualités, faisant de ce Heartbreaker davantage qu'une collection de chansons de plus, mieux qu'un album constat de rupture, à l'image d'Iggy Pop, dans un registre complètement différent, qui a su aller chercher au plus profond pour exorciser une séparation difficile, en la transposant sur disque. Entre orchestrations racées et épurées, mélodies enchanteresses, textes à la rage contenue ou totalement virevoltante, et de temps à autre juste ce qu'il faut de second degré pour éviter nombrilisme et lassitude, Ryan Adams se montre maître en la demeure. En d'autres termes, plus simples mais ô combien efficaces, on appelle ça un très grand disque... CG

5 - À ranger entre Whyskeytown et Paul Westerberg

Apollyon Sun
Sub
(Mayan Records, MYNCD2) - 10 titres, 45m55s - Produit par Roli Mosimann - Sortie le 10 Octobre 2000 

Trash électronique  - Rassurez-vous, les cinq membres de cette formation sont loin d'être aussi méchants qu'ils essaient de vous le faire croire, même si leur musique fait un peu mal aux oreilles et que certains de leurs textes sont peu ragoûtants. Anyway, il est parfois jouissif  de se laisser aller à écouter une bonne vieille grosse bourrinerie ; vous savez bien, ce genre d'album malpoli et même pas rasé qui vous saute à la gorge à peine engagé dans le triple faisceau laser de la poussiéreuse platine et qui vous inflige l'équivalent d'une rude levrette sonore qui, pour aussi primitive qu'elle soit et bien qu'elle vous fasse mordre l'oreiller jusqu'à ce que vos deux mâchoires se rejoignent à travers le tissu, vous laissera un arrière-goût de «revenez-y», aussi incompréhensible que cela puisse vous paraître... Une fois de plus, Sa Sainteté Roli Mosimann Premier Du Nom, grand prêtre de tout ce qui se fait de plus bruyant dans le milieu du rock, a fait des miracles et sa production est incroyablement aérienne, si l'on peut employer ce terme... TS

3,5 - A ranger entre Chemlab et le premier Nine Inch Nails

Arabiant
Arabiant
(High groove/MSI)- 12 titres, 59m38s - Produit par MSI France 

Ambiance Rebeu - Même si elle ne se démarque pas suffisamment des autres productions du genre, (et ce n'est pas ce qui manque dans nos bacs) on ne peut pas dire que ce ne soit qu'une compil raï de plus. Malgré tout Arabiant est à la recherche d'une singularité qu'elle n'a pas su trouver tout à fait. La moitié de cet album est composé de titres déjà connu et qui datent un peu (Salaam de Youcef Boukella, Bledi de Cheb Mami ou Lemouima de l'ONB), d'autant que ces artistes se retrouvent régulièrement sur des compils. L'autre moitié, par contre, est sensiblement plus intéressante. Certains morceaux comme Ya rayah ont été somptueusement remixés, et d'autres appartiennent au répertoire de gens moins connus comme Radar ou Mc Sultan qui composent une musique que l'ont peu définir comme de la transe orientale qui semble coller beaucoup plus au titre de cet opus. Un coup pour rien, dirons nous, mais une suite mieux ficelée pourrait sans doute la démarquer de ses concurrents.N & D S-D

2,5 - À ranger entre Digital Bled et Planète Raï

Arthur H
Pour Madame X
(Polydor/Universal)- 11 titres, 54m41s - Produit par N.C. - Sortie octobre 2000

Chanson française déjantée - C'est avec un plaisir non dissimulé que l'on acceuille le dernier né des petits H. Il a mis un an a en accouché dans la joie. « J'ai eu une extase soudaine et j'ai vu le disque et j'ai senti le plaisir que j'allais en tirer, et c'est vrai que j'ai souvent éprouvé une joie intense pendant l'enregistrement». C'est déjà son quatrième album que le temps passe vite. M. H revient pour nous parler de la solitude de l'internaute amoureux d'une «fille de pixel» accompagné par la voix de Sakai, une comédienne Japonaise dans www.com. Il nous raconte de sa voix chaude et indéfinissable, les couples qui se séparent tout en étant inséparables mais... sur fond de disco. Le pompon de la chanson délirante revient assurément à Haka Dada, un rap dadaïste qui commence dans la jungle avec un caïman qui mange des couilles de blancs et se termine à Hongkong dans la vitrine d'un Chinois obèse. Bon nous voilà rassurés l'Arthur H nouveau se porte bien et ce n'est pas nous qui nous en plaindrions. N & D S-D

4 - À ranger entre Tom N et Tom W

At The Drive In
Relationship Of Command
(Grand Royal/Source)- 11 titres, 46m27s - Produit par Ross Robinson - Sortie le 18 septembre 2000

Rock - Un véritable coup de semonce, une déflagration assourdissante, voilà à quoi ressemble cette séance en plein air, alors qu'avec un nom pareil on aurait pu s'attendre aux mièvreries sirupeuses pour fanas de la banquette arrière. Mais non, le gang d'El Paso n'a rien d'un soap opera et ne se frotte pas non plus au blues du quartier. L'ambition étant radicalement internationale, le son en adopte même les rictus anglo-saxons, plus précisément celui des années 70. C'est en partie pour cela que ce disque ressuscite une tonne de références, s'érige tel un pont entre un passé riche en jongleurs de guitares et cette nouvelle façon de gueuler (et non de chanter) du genre Rage Against The Machine. Alors, plutôt que de tenter une première écoute difficile, commencez par le duo avec Iggy Pop. Tonifiant ! LE

4 - À ranger entre Creed et Blink 182

Bar 7
The World Is A Freak
(Axe Killer/Wagram, 3062322) - 10 titres, 45m33s - Produit par Richie Wise - Sortie septembre 2000 

Heavy-rock - La rumeur nous était parvenu ces derniers mois... Jeff Keith et Tommy Skeoch, respectivement chanteur et guitariste de Tesla, avaient délaissé les enluminures heavy de leur groupe (15 millions d'albums vendus à leur actif, un score plus qu'honorable), pour revenir via Bar7, leur nouveau combo, formé entre autres avec deux ex-Flame, à un cocktail autrement plus énergique. Il y a toujours la voix de Jeff, plus vibrante ou éructante, selon les moments, que jamais ; mais musicalement c'est vraiment la grosse claque, à des années-lumière au-dessus des dernières productions de Tesla dans lesquelles le groupe tournait quelque peu en rond. C'est bien simple, l'alternance des morceaux heavy avec des ballades costaudes fait penser à un Aerosmith qui aurait pris une hallucinante cure de jouvence ou bouffer je ne sais quelle vache folle, les tics de Tyler & Perry en moins. En fait, il s'agît ni plus ni moins du meilleur album d'Aerosmith enregistré par un autre groupe qu'Aerosmith et la claque est si puissante et si complète qu'on en arrive à se demander si ce Bar7 ne servira pas dorénavant de groupe-étalon à la place d'un Aero fléchissant qui, décidément, a été trop cité dans cette chronique, en comparaison du degré de fraîcheur insufflé par Tommy Skeoch, Jeff Keith et leurs nouveaux acolytes. Sans contestation possible, l'album de heavy-rock de l'année... DB

5 - À ranger entre Tesla et Aerosmith

Big Yoga Muffin
Wherever You Go, There You Are 
(Echo/Roadrunner) 11 titres, 51m07s - Produit par Chris Allison - Sortie le 5 Octobre 2000

Excellente surprise  - Que les quelques personnes concernées se rapprochent : vous qui avez tant regretté le lamentable split de Eat, ce groupe hors du commun qui sévissait à la toute fin des 80's ; et qui avez usé jusqu'à la trame l'unique exemplaire vinyl en votre possession de leur fulgurant album Sell Me A God, il est temps de ranger cette relique dans son carton et de sortir respirer un bol d'air frais, car les nouvelles sont excellentes. Ange Dolittle, ex-chanteur et leader charismatique du combo précité, a trouvé l'âme-frère en la personne de Pim Jones, après avoir été l'unique participant de ses Atonal Cerebral Cleansing Classes, le manque de curiosité étant très répandu ; ils se découvrirent bon nombre de choses en commun, comme ce goût pour les chansons tordues et volontairement provocantes et ils décidèrent aussi sec de répondre désormais au patronyme hautement improbable de Big Yoga Muffin, tout fiers qu'ils sont d'avoir enregistré cet incroyable kalëïdoscope où chacun trouvera son bonheur, tellement les ingrédients présents sont nombreux et diversifiés. Bravo ! TS

4 - À ranger entre Eat (obligatoire) et un Residents

Björk
Selmasongs
(Universal/Barclay) - 7 titres - 32m08s - Produit par Divers - Sortie en octobre 2000

B.O. - Il aura fallu un an à Lars Von Trier pour, non seulement, convaincre la chanteuse d'incarner Selma, le premier rôle de Dancer In The Dark, mais aussi de composer cette bande originale. Élaborées au fil du tournage, ces scènes alternent l'ambiance froide et industrielle d'une symphonie orchestrée par un collage sonore, le duo avec Thom Yorke (peut-être le titre le moins réussi) ou ces comptines menées d'une candeur atypique, envoûtante. On parle d'inspiration proche de Ravel, Wagner, d'un exotisme hors du commun. C'est vrai. La chanteuse, quant à elle, voit ici une bouffée d'oxygène, une oeuvre néanmoins abstraite : «J'ai fait trois albums personnels et d'une certaine manière, égoïstes. Alors s'immerger totalement dans les joies et les peines de quelqu'un d'autre était très libérateur». Et ce, pour notre plus grand plaisir. LE

4 - À écouter en boucle

The Black League
Ichor
(Spinefarm/XIII      Bis Records) - 13 bis titres, 58m34s - Produit par T Jarva - Sortie le 22 Septembre 2000

Gothique metal progressif (en quelque sorte). Les nordiques frappent un grand coup, une fois de plus... Cette Ligue Noire nous vient directement d' Helsinki et les cinq membres (dont les noms sont presque aussi rigolos que ceux des défunts et regrettés Peer Günt) qui la composent ne sont pas là pour rigoler ou jouer de la musique de tarlouzes : le vocaliste/producteur, T Jarva, a du forger son timbre sépulcral en se gavant de «First And Last And Always» et autres «Dawnrazor» (l'analogie avec les Fields Of The Nephilim est on ne peut plus flagrante sur «We Die Alone») ; les guitaristes Maike et Alexi sont de fins orfèvres, quand ils ne se transforment pas en démons mal réveillés (comme dans la cavalcade finale de «Night On Earth») ; le bassiste Florida fait de son mieux dans son rôle ingrat ; et le batteur/percussionniste/claviériste (!) Sir Vttien (il fait du vélo, en plus ?) est l'homme à tout faire, discret mais indispensable à la bonne marche de l'entreprise, exactement comme son homologue Josua dans les Type O Negative ! Une excellente surprise pour tous les amateurs de ce genre musical tombé, hélas, en désuétude de nos jours...TS

5 - A ranger entre Sisters Of Mercy et Fields Of The Nephilim

David Bowie
At The BEEB
(EMI) - 54 titres (3 CDs) - Produit par divers - Sortie le 26 septembre 2000 

Bowie at the top - Comment vous faire comprendre de façon originale ce que vous savez tous déjà, à savoir que le meilleur des enregistrements de David Bowie sur l'antenne de la BBC de 68 à 72 (son époque la plus intéressante et prolifique), proposé ici sur 2 CDs (avec une version limitée comportant un troisième CD enregistré à Portland le 27 juin dernier, toujours pour la BBC) est une pure merveille à honorer comme il se doit ? Les mots peuvent-ils être assez forts pour faire étalage du flot de sentiments qui assaillent l'auditeur (plénitude, joie, excitation, etc.) à l'écoute des sublimes interprétations de «Ziggy Stardust», «Space Oddity», «Looking For A Friend», «Changes» et consorts ? Plus qu'un simple flash-back nostalgique, mieux que l'habituel live lambda, cette longue promenade dans l'univers bowien est une réussite essentielle doublée d'une nouvelle pièce à conviction du talent incommensurable de ce grand monsieur hors du temps (justement)... SL

5 - À ranger entre le sublime et l'encore plus sublime

Bozzio, Levin, Stevens 
Situation Dangerous
(Magna Carta /MSI MA 90492 ) - 8 titres, 48m15s - Produit par Bozzio, Levin, Stevens - Sortie Septembre 2000

Prog acrobatique  - Ce second album du grandiose triumvirat Terry Bozzio - Tony Levin - Steve Stevens sonne comme une cinglante confirmation des espoirs nés de la première rencontre entre ces trois monstres musicaux. Ils vont ici encore plus loin dans la construction d'une musique périlleuse, vertigineuse, où l'excellence instrumentale se fait oublier au profit de la pure ivresse rock. Mélange astucieux de hard (sans le cirque), de UK (sans le chant) et de King Crimson (sans l'hyperintellectualisme), BSL combine les genres dans une sorte de creuset incandescent d'où sortent de fulgurantes montées de rock nouveau. Ce disque, c'est un peu la F1 de la musique, une héroïque empoignade à la Schumacher-Hakkinen sur fond de technique maximale. Accrochez vos ceintures. HP

4 - À ranger entre King Crimson et UK

Bron-Y-Aur
Trop de Violence
(Nikol) - 7 titres, 4052 - Auto-produit (Sylvia : 01 42 85 10 98)

Rock français - Un combo originaire de l'Essonne ouvre des hostilités rock'n'rollesques de fort belle façon. Ils tournent depuis 3 ans et façonnent une musique expressionniste sur une société «trop violente». Ils entendent dénoncer ces excès de haine souvent passés sous silence, à commencer par les banlieues et, c'est ce qui les distingue, sans chercher à les justifier. Musicalement, ils passent sans heurts d'arpèges en douceurs à des accords plus lourds. «Cambre ton corps quand la sève/Par saccades te ronge sans remords» est une chanson d'amour plus résignée que ces mots pourraient le laisser croire. Un album complexe, à découvrir. MEK

3 - À ranger entre Saez et Silmarils

Buckley (Tim) Tribute
Sing A Song For You
(Manifesto/Tripsichord)- 17 titres, 86m39s - Produit par divers - Sortie le 6 octobre 2000 

Hommage vibrant - L'histoire se répète inéluctablement dans la famille Buckley... Pour le bien de nos oreilles, mais avec toujours la tristesse d'un parcours trop court qui nous laisse profondément sur notre faim. Tim, père de Jeff, aura néanmoins livré neuf albums studio (et trois albums live) avant de s'éteindre à 28 ans seulement. Une belle productivité à laquelle rendent hommage aujourd'hui quelques artistes triés sur le volet qui, pour une fois, collent vraiment tous à l'univers du monsieur, ce qui nous change de pas mal des tribute albums opportunistes où l'on vend avant tout le nom de l'artiste pillé. Ici, peu de déchets et de vrais beaux moments, vibrants à souhait, comme le «Café» repris par Mark Lanegan des Screaming Trees, Dot Allison qui propose un «Sweet Surrender» immaculé, ou encore Simon Raymonde des Cocteau Twins qui, accompagné d'Anneli Drecker, se fait une joie de redonner vie à «Morning Glory». Mëme les Czars, pour citer un dernier exemple, pourtant laborieux sur leurs propres disques et sur scène, arrivent à magnifier de la plus belle façon qui soit «Song To The Siren», à la toute fin du second CD, car deux CDs il y a... SL

4 - À ranger entre Buckley père et fils

Bumblefoot
Uncool
(Jaff/BMG) - 17 titres, 53m47s - Produit par un esprit malsain - Sortie le 26 Septembre 2000

Rock inclassable dans cette galaxie  - Une biographie pour le moins farceuse essaie vainement de faire croire au Compact man qui en a vu d'autres (des farces et des biographies) que les Bumblefoot en question sévissaient déjà dans les lointaines années 70 et qu'ils viendraient tout juste de se reformer, histoire de voir si, cette fois-ci, ils n'auraient pas un peu plus de chance que la fois précédente ! Personne n'est dupe, surtout en contemplant les photos de famille de ce trio qui prouvent, si besoin était, qu'ils n'étaient même pas nés au moment des méfaits ! Quelle est donc cette mascarade ? Et quels sont donc les joyeux plaisantins qui se cachent derrière cette histoire fabriquée de toutes pièces, tels des Dukes Of Stratosphear de l'an 2OOO ?  Peu importe, après tout : le fait est que ce Uncool est une bien agréable surprise, avec toutes ces compositions qui pourraient aussi bien venir des 70s, des 80s, des 90s que des 2300s ! Définitivement le genre de production qui ne se  prend jamais au sérieux, mais qui reste honorable des premières notes de «Go» au coup de cymbale final de «We Don't Care» ; nous finirons bien par connaître la vérité sur ces garnements un jour ou l'autre, nous avons tout le temps nécessaire... TS

4 - À ranger entre Dali's Car et My Sister's Machine

Chris Burroughs
Loose
(Last Call/Wagram, 3068222) - 10 titres, 42m04s - Produit par Chris Burroughs - Sortie le 15 Septembre 2000

Country moderne - Il existe dans les états du Sud des USA toute une gamme d'artistes qui se sont affranchis des canons traditionnels de la country pour offrir une musique, qui, si elle en conserve certains archétypes, renouvelle le genre. Chris Burroughs fait partie de cette mouvance et, sur ce Loose enregistré en Arizona, il nous propose une country déjantée et dépouillée. Ses compositions, remarquables et immaculées, sont servies par une voix tranchante et l'album égrène ainsi des histoires puissantes où le chanteur sonne comme marqué par le destin. Loose évoque en effet ces paysages désertiques où l'Homme ne semble être que le fruit d'un Hasard dépassé par le Destin ; mais c'est ce parfum d'inéluctabilité qui le rend si attractif et, on peut le dire, addictif. Recommandé ! CF

4 - À ranger entre 16 Horsepower et Lou Ford

Centro-Matic
All The Falsest  Hearts Can Try
(Munich Records/Musisoft, MRCD 208) - 14 titres, 42m12s - Produit par Will Johnson - Sortie le 11 Septembre 2000

Country alternative mais déglinguée. Centro-Matic a été bâti sur les cendres de Funland, le groupe précédent de Will Johnson, qui s'était forgé une petite mais solide réputation dans sa bonne ville de Denton (USA), à grands coups de singles incendiaires et de concerts bordéliques, avant de sombrer corps et âme et de laisser 48 fans sur le carreau ; que leurs larmes brillent et sèchent au soleil, à présent, car Centro-Matic fait dans le même genre, mais en plus abouti : m'est avis que Howe Gelb, le cramé en chef de Giant Sand, doit déjà être en train de frapper à l'immense porte d'entrée de la maison coloniale du Willou, histoire de voir si, des fois, une petite collaboration entre fous furieux serait à même de l'intéresser, hein, dis, laisse-toi faire, c'est moi qui régaleÉ Ce False Hearts est une véritable auberge espagnole dans laquelle chacun trouvera ce qu'il était venu chercher : cris d'amours désespérées, vues du monde assez psychotiques, instrumentations qui se barrent dans tous les sens sans vraiment savoir où elles se dirigent et, par dessus tout ça, la voix étrange de Will Johnson, qui était sûrement tueur en série, boucher ou bien gynécoloque avant de chanter. TS

3,5 - À ranger entre Giant Sand et Country Teasers

The Cigarres
Time will tell
(Burning heart records/Pias France) - 14 titres, 47m41s - Produit par Sami Korhonen & Gustav Horneman - Sortie septembre 2000

Reggae-Ska - Voilà un bien bel album de reggae, teinté de ska venu tout droit de... Suède. Eh oui, et même si cela peut paraître anachronique pour certains, les vikings Scandinaves, blonds à la peau translucide, ont tout pigé des vibes venus de la Jamaïque. Cela dit, la Suède n'est pas plus éloignée à vol d'avion de l'île où pousse l'herbe qui fait rire, que la France, et ce n'est pas les groupes de reggae qui manquent par chez nous. Pour ce premier album sur le label Burning Heart, les neufs membres de The Cigarres ont frappé un grand coup. Des mélodies accrocheuses (certains titres sont des tubes en puissance), une voix et des cuivres enchanteurs, et même si la production de cet opus reste résolument moderne, l'ensemble reste très roots, et casse la baraque. N & D S-D

4 - À ranger entre Hepcat et Skatalites

Lloyd Cole
The Negatives
(XIIIbis, preview)- 11 titres, 42m06s - Sortie le 6 novembre 2000 

Songs - Tiens, Lloyd Cole reprend «Where The Streets Have No Name» de U2 !... Ah non, c'est un nouveau titre à lui... Immédiatement reconnaissable, après quelques secondes de doute. La voix est là, immuable, aussi pure et bouleversante que lors de la sortie de Rattlesnakes, qui remonte pourtant déjà à l'an de grâce 1984. Fidèle à lui-même, après quelques égarements certes fort goûteux, mais quelque peu en deça de sa ligne de flottaison habituelle, Lloyd gratte à nouveau plus près de l'os. Ses textes, magnifiques, souvent de petites chansons d'amour pas tout à fait comme les autres (il nous propose même un «No More Love Songs») courent sur des mélodies élégantes et cristallines (avec orchestration discrète parfois, comme sur «Impossible Girl»), s'entremêlent, pour ne faire finalement qu'un. The Negatives passe ainsi à une vitesse démente (un peu trop court soit dit en passant), accroche immédiatement, vient se caler quelque part le long de notre épine dorsale pour finalement répondre aux meilleures productions du monsieur. Un retour qui nous fait d'autant plus plaisir que notre homme sera prochainement sur les planches du Café de la Danse (et nous sommes partenaires), seul avec sa guitare. On en frissonne d'avance... CG

4 - À ranger entre Lloyd Cole (1990) et Rattlesnakes

Daddy Fresh
Old School New School
(Third Eye Music/Hammerbass Records) - 15 titres - 57m55s - Produit par Goldfrapp - Sortie le 12 septembre 2000

Ragga - 506 syllabes à la minute... Un record inscrit au Guinness Book dont Daddy Fresh nous épargne ici la démonstration, bien que... Bref, l'anecdote fait sourire et pourrait laisser croire que le flow ultra speed du rapper n'est qu'un prétexte pour balancer tout azimut à la face du public n'importe quoi. Ce n'est pas toujours le cas, même si l'argument tient habillement en haleine un nombre croissant de fans accumulés depuis Body Lasher, premier bijou de l'auteur. Et ce titre un poil racoleur dont abuse la tribu rap : Old School New School, pourquoi pas ? La mixité n'est pas aussi flagrante que ça, le culte du reggae reste omniprésent mais certainement pas grisant. Seul le hip hop tire son épingle de ce dub system. Tant mieux. SW

2,5 - À ranger entre KRS One et Shabba Ranks

Craig David
Born To Do It
(Wildstar/Edel, 0107402WST) - 12 titres, 49m13s - Produit par Mark Hill - Sortie le 26 septembre 2000

R&B - Il est le plus jeune à avoir classé un single et un premier album à la tête des charts britanniques. En gros, cela représente 230 000 albums vendus en une semaine... Une performance honorable lorsqu'on a dix-neuf ans et qu'à son actif, figure un seul maxi sur le CV (sous la houlette de Artful Dodger), certes aussitôt accaparé par les clubs Garage d'Outre-Manche. Ce tel succès ne tient pas du miracle et bien qu'il soit difficile de retirer du lot des nouveautés LA perle rare -tout se ressemble- on discerne dès l'écoute les ingrédients indispensables pour sauver du naufrage l'entreprise : un tempo plus speed que la moyenne, une voix nourrit à coups de grands standards soul, mais aussi des arrangements d'une incroyable richesse pour le genre. Pour une fois que ça tient la route... SW

3,5 - À ranger entre R Kelly et Cunnie Williams

Daytona
L'heure De Vérité
(On Air Muzik/PopLane, ONROO2) - 11 titres, 52m14s - Produit par Daytona - Sortie le 29 Septembre 2000

Pop rock à la française  -  Ce qui est, parfois et plus précisement dans le cas présent, un gage de qualité : compositions bien torchées, guitares/basse/batterie parfaitement maîtrisées, chant qui navigue à l'aise entre la langue maternelle et l'anglais sans accent prononcé, etc. Un être meurt, un autre s'éveille : lorsque le quatuor lyonnais Surfer Rosa décida de se saborder l'année dernière et malgré les promesses de son «Strain Main» EP, beaucoup de monde ne donnait pas cher de la peau future de ces musiciens, vu que même l'un des membres fondateurs préféra renoncer et rentrer chez lui, la queue entre les jambes. Oui mais voilà, quelle belle résurrection que ce Daytona désormais réduit à un efficace trio et quel réconfort que cette Heure De Verité bien campée entre la tradition pop britannique (Blur, Supergrass, My Bloody Valentine) et les démons tentateurs d'outre-Atlantique, tous ces Sonic Youth, The Auteurs et autres Swell qui ont tellement marqué ces esprits jeunes et donc encore facilement influençables... Bravo et vivement la suite que l'on espère aussi aboutie. TS

4 - À ranger entre Subway et Da Wax

Downset
Check Your People
(Epitath/PIAS) - 14 titres, 53m - Produit par Roy Z (ZZZZZZZZZZZ) - Sortie le 2 Octobre 2OOO

Fusion à basse température  - Oui, je sais, c'est impossible, mais pas plus que de trouver deux albums pratiquant ce genre musical qui a tendance à devenir horripilant et que l'on a hâtivement baptisé fusion, vraiment différents l'un de l'autre, quoiqu'en prétendent les amateurs du genre... Ces «insurrectionnels» (rires) basés à Los Angeles en sont à leur troisième album et l'auditeur fatigué attend toujours la moindre trace de génie créatif, car on ne peut pas dire que ce tome III diffère de ses petits frères : on vous passerait, en douce et à la place, Downset ou Do We Speak A Dead Language ? que vous ne vous en apercevriez même pas ! Vraiment, il faut suivre à la trace les Faith No More depuis leur mythique et quasiment introuvable premier album vinyl tout de noir vêtu et/ou traquer le moindre single des Deftones pour apprécier à sa juste mesure ce Check Your People : il y a tellement de bons disques à écouter que ce serait vraiment stupide de gaspiller votre temps et votre argent pour semblable gaminerie mais bon, c'est à vous de voir, heinÉ TS

2 - À ranger entre We Care A Lot (FNM) et Adrenaline (D)

Dreams Of Sanity
The Game 
(Hall Of Sermon/EastWest,  HOS 7063) - 10 titres, 47m15s - Produit par Dreams of Sanity - Sortie Septembre 2000

Prog Metal Pensé Outre-Rhin - Dreams of Sanity s'est affirmé dans le courant du prog metal en se spécialisant dans les albums concepts bien pensés. Après s'être attaqué à la Divine Comédie de Dante et au Fantôme de l'Opéra de Gaston Leroux, le groupe s'embarque ici dans une histoire originale qu'il a conçue de toutes pièces. L'attraction principale du gang comme du présent disque reste la voix de la chanteuse Sandra Schleret. Mais l'on regrettera le côté trop ordonné de cette musique, trop propre sur elle, à laquelle il manque un vrai grain de folie pour enflammer tout cela, et aussi une vraie démesure instrumentale. De grandes idées dans une toute petite boîte, ce groupe manque un peu trop de carrure. HP

2,5 - À ranger entre Royal Hunt et Lana Lane

Echoboy
Volume 2
(Mute/Labels,  ACDSTUMM192) - 9 titres, 45m12s - Produit par Echoboy - Sortie le 26 Septembre 2000

Electro pop  - Il s'agit en fait du troisième album de Richard Warren, Monsieur Echoboy. Alors que l'opus précédent privilégiait l'électronique, celui-ci est plus axé sur le songwriting et la voilonté de construire des morceaux mêlant concision et immédiateté («Telstar Recovery»). On a droit ainsi à une musique moins aventureuse et plus accessible ; cela ne l'empêche pas de demeurer innovante et de cultiver avec élégance cet équilibre entre volonté expérimentale et sensibilité pop. En s'éloignant des conventions inhérentes aux deux genres, Echoboy trace ainsi une voie qui ne peut être que bienvenue et salutaire. CF

4 - À ranger entre Kraftwerk et Faust

Elevator Suite
Barefoot & Shitfaced
(Infectious Record/Pias)- 11 titres, 58m17s - Produit par Elevator Suite - Sortie le 2 octobre 2000

Electro Popland - L'album s'articule entre trois gus, dont deux bricoleurs ingénieux et un compositeur. Ce qui n'empêche pas le trio de piller des B.O. (décidément, c'est une vraie maladie), dont celle de L'affaire Thomas Crown. Au final, nous obtenons une succession d'idées traversant les écoutilles en un rien de temps, sans arriver à fixer une quelconque opinion. Essayez de retrouver votre patois lorsqu'un puzzle pareil squatte la platine, des centaines de références, un sentiment de déjà vu, gros comme ça, bloque tout transit intellectuel. Bref, c'est pas mal, pas très original, mais bien goupilléÉ Ça laisse encore une chance à votre tirelire de voir la fin de l'année. Merci qui ? LE

2,5 - À ranger entre bric et broc

Emak Bakia
Despues
(Acualera/Pop Lane, Nois 1014) - 12 titres, 44m44s - Produit par Abel Hernandez - Sortie le 22 Septembre 2000

Rock mélodique et vaguement progressif - Emak Bakia est une expression basque assez difficile à traduire, qui évoque la paix, la grâce et la tranquillité ; or, c'est exactement les sentiments que vous ressentirez à l'écoute de ce side project d'Abel Hernandez et Coque Yturriaga, respectivement chanteur et clavieriste du groupe Migala. Despues est le second album du groupe Emak Bakia  et tout en conservant l'audace, la fraîcheur et le lyrisme de son prédécesseur, à savoir Jane, il entaille encore plus profondément la veine mélodique dont le sang jaillissant et étonnamment rouge vif a tellement impressionné des rock personnalities aussi différentes et disparates que Bill Callahan (Smog) et Matt Elliott de la Third Eye Foundation qui devait d'ailleurs, à l'origine, produire ce disque mais qui en a été empêché par de stupides histoires de calendrier... Les textes en anglais et les nombreux instrumentaux dotés de titres plus exotiques sont prêts à emmener l'auditeur loin, très loin de ses petits soucis quotidiens ; à chacun de voir et de décider si un petit voyage ne serait pas le bienvenuÉ TS

3,5 - À ranger donc entre Smog et Third Eye Foundation

The Go-Betweens
The Friends Of  Rachel Worth
(Clearspot/Tripsichord, CS035/EFA05425) - 10 titres, 39m51s - Produit par The Go-Betweens - Sortie le 15 septembre 2000 

Pop-rock - Difficile de ne pas tomber dans les travers propres à la nostalgie à l'écoute de ce disque marquant le retour sur le devant de la scène (après une tournée de réconciliation et une autre -dont le festival Inrocks- de confirmation) de Grant McLennan et Robert Forster. De belles mélodies, habilement composées et subtilement produites, mais, malgré la présence de Janet et Corin de Sleater-Kinney ou de Steve Malkmus de Pavement en guest, rien de véritablement révolutionnaire. On écoute sans déplaisir, heureux de pouvoir faire tourner un disque tout neuf des Go-Betweens en l'an 2000 mais, finalement on lui préfèrera largement les albums solo de Grant McLennan (surtout ceux concoctés avec Steve Killbey de The Church) et, dans une moindre mesure, même ceux de Robert Forster qui de son côté se cherche plus souvent qu'il ne se trouve... Pire, ce Friends of Rachel Worth sent presque le disque à prétexte, fait à la va-vite. Il dure d'ailleurs à peine 40 minutes. On attendait mieux, maybe next timeÉ SL

3 - À ranger entre The Church et Sleater-Kinney

Goldfrapp
Felt Mountain
(Mute/Labels) - 9 titres, 39m38s - Produit par Goldfrapp - Sortie le 12 septembre 2000

Low Fi - Une sensation de mise en apesanteur due à ces nappes électroniques, ces phrases délicates aux sonorités rococo projetant l'imaginaire vers un bout de paradis hors du temps. Rien d'assourdissant, de frappadingue, non, seulement une réelle beauté pointée du doigt par Alison Goldfrapp, chanteuse au sens noble du terme, déjà aperçue aux côtés de Tricky ou Orbital. D'ailleurs, l'association de ces deux derniers éléments configure à merveille ce programme hypnotique du genre B.O. Celle d'un vieux James Bond par exemple. L'instant est furtif, puissant, disparaît aussitôt en traînant derrière lui, une réalisation féerique dont on pourra admirer chaque minute aux Transmusicales de Rennes. LE

3,5 - À ranger entre Archive et Emiliana Torrini

The Gourds
Bolsa De Agua
(Munich/Musisoft, MUSA508) - 15 titres, 52m42s - Produit par The Gourds & Mike Stewart - Sortie septembre 2000

Rock & roots - Le temps passe et, bon an, mal an, les Gourds sortent un disque. Jamais révolutionnaire, toujours simple et communicatif, comme leur amour pour les musiques du terroir. Country, rock, folk, des racines évidentes et particulièrement bien intégrées à leur vision propre d'un soft rock qui rappelle ces nuits qui n'en finissent pas, ces rades où la fumée est si épaisse qu'on distingue à peine les visages qui défilent, ces visages usés qui paraissent être ceux de fantômes bannis de toute vie diurne. Attention, point trop de morosité au menu non plus, même si les Gourds ne font pas dans la gaudriole bariolé. Juste cette impression agréable de déjà entendu, qu'une petite mandoline réveille, et qui crée instantanément chez chacun de nous des brèches spatio-temporelles où images d'ailleurs et sentiments d'ici se cotoient. Tout ceci pour en venir au fait que si vous êtes intéressé par cette scène US qui fleure bon le sable chaud et la Tequila bas de gamme, cet album des Gourds (peut-être leur meilleur à ce jour) se doit de figurer pas trop loin de votre table de chevet, en cas d'insomnies persistantes...  DL

3,5 - À ranger entre Russ Tolman et Alejandro Escovedo

Terry Lee Hale
The Blue Room
(Glitterhouse/PIAS, GRCD 493) - 8 titres, 37m14s - Produit par Chris Eckman - Sortie le 18 Septembre 2000

Folk rock intimiste  - Notre sympathique Terry Lee, américain de nationalité mais breton d'adoption depuis quelques années, a accordé un congé à son groupe français, les Blind Doctors, le temps pour lui d'enregistrer ces huit chansons douces et agréables à l'oreille dans un petit studio de Seattle, en compagnie de Chris Eckman des Walkabouts. Comme il le dit lui-même : «C'est mon premier album en solo, tout seul devant le magnétophone avec ma guitare, mon harmonica et mes quelques compositions, balisant et pensant fortement à tous ces gens qui m'ont influencé : les Violent Femmes, Richard Thompson, Peter Case, Luka Bloom, Michelle Shocked et tellement d'autres...». Qu'ajouter à ces quelques mots qui résument parfaitement bien la situation ? The Blue Room s'adresse aux amateurs de disques feutrés qui n'agressent pas l'auditeur, mais l'oblige à se concentrer bien comme il faut sur ce qu'il entend, un exercice qui se perd beaucoup de nos jours... TS

3 - À ranger entre Calvin Russell et Neal Casal

Hefner
We Love The City
(Too Pure/ Labels, 7243 8497 102 1) - 12 titres, 51m23s - Produit par Hefner - Sortie octobre 2000

Pop décalée - Ce nouvel album du trio continue avec verve  à nous proposer une pop minimaliste mais somptueusement réjouissante. Ce qui pourrait s'avérer être en handicap se révèle transfiguré par cette voix en falsetto délicieusement sarcastique évoquant les Violent Femmes, des arrangements inventifs (cuivres), un son à la fois ample et ramassé et des compositions où le groupe se joue de sa propre tonalité brinquebalante. Il faut se méfier de ce semblant d'amateurisme ; derrière ce qui s'apparente à  du bricolage sonore, se cache une désinvolture efficace car foncièrement travaillée! D'ailleurs, un groupe qui écrit un titre aussi rayonnant que «The Day That Thatcher Died» peut-il être mauvais ? CF

4 - À ranger entre Kinks et Robyn Hitchcock

Helicopter Girl
How To Steal The World
(Columbia/Sony)- 11 titres, 47m18s - Produit par l'homme sans ombre - Sortie le 10 octobre 2000

Trip-Pop - La voix oscille entre celles, peu supportables, de Eartha Kitt et de Gwen Stefani (No Doubt), la musique est un peu trip-hop, un peu pop, un peu jazz et un peu dance : madame Helicopter Girl, alias Jackie Joyce, écossaise de 31 ans aux racines ghanéennes (son père) ne choisit pas la facilité ! Dire que l'on entre instantanément dans son univers serait excessif, mais les meilleurs albums ne sont-ils pas souvent difficiles d'accès ?... Ici, néanmoins, on a beau insister, pas facile de trouver la porte secrète ou l'étincelle qui nous sortirait du demi-sommeil dans lequel l'auditeur sombre un peu trop rapidement.  MEK

1 - À ranger entre EBTG et Morcheeba

Hot Pants
Loco Mosquito
(Virgin) - 13 titres, 32m07s - Produit par Chinois - Sortie le 26 septembre 2000 

Pré-Mano - Souvenir, souvenirs... Il y avait une Mano avant Manu, mais peu se souviennent qu'avant la Mano, il y avait les Hot Pants, trio incendiaire qui, déjà, laissait augurer du meilleur des avenirs pour mister Chao. Beaucoup plus ramassé musicalement que Mano Negra, formation réduite oblige, on retrouve néanmoins dans ce groupe qui avait vraiment le feu au cul (désolé pour le jeu de mots facile) certains des ingrédients qui feront leur heure de gloire proche. Une certaine désinvolture, un penchant pour les hymnes latinos (ici, une reprise des Los Chungitos par exemple), le mélange des sons, des couleurs et des rythmes et, surtout, une fièvre sans commune mesure lors de prestations live légendaires. Les Hot Pants assureront en effet environ 300 concerts, notamment en compagnie de frères d'armes de l'époque (Chihuahuas, Calamités, Los Carayos, Bérus, Négresses Vertes, etc.), avant de sortir cet unique album hautement énergique, puis de disparaître pour mieux renaître sous l'appellation Mano Negra. La suite de l'histoire est plus connue, ce qui n'empêche pas ce juteux prologue trop méconnu de mériter une oreille attentive... CG

4 - À ranger entre Mano Negra et Kingsnakes

Jori Hulkkonen
When No One Is Watching We Are Invisible
(F Com, F129CD) - 11 titres, 72m27s - Produit par Jori Hulkonen - Sortie le 15 octobre 2000

Electronica - C'est en 96 que le premier album du Finlandais est sorti sous les couleurs de F Com. Depuis, il a écumé les clubs européens, produit la scène électronique suédoise avant de réitérer ici le coup d'essai marqué dans la presse spécialisée avec The Spirit Inside Me. Basé à Helsinki, Jori joue un rôle essentiel dans le développement d'une house organique, davantage tournée vers le down tempo que vers les dancefloors. Ce qui le met en marge des strass du top 10 des DJ les plus joués par les radios, sans pour autant réduire l'impact de ses sets. Autant dire qu'il s'agit là d'une valeur sûre mise en exergue par un goût immodéré pour le classicisme, le jazz ou la fascination de l'easy. À découvrir durant le warm-up de Laurent Garnier à Paris.  LE

3 - À ranger entre Kevin Yost et Nova Nova

Tim Hutton
Everything
(PIAS) - 10 titres, 44m01s - Produit par Tim Hutton - Sortie le 2 octobre 2000

Pop variée - Étonnant voyage. Bien sûr, il y a ces mélodies qui, d'emblée, vous collent à la peau et au coeur. Émouvantes, totalement, singulièrement froides et brûlantes à la fois. Et puis, il y a cette alternance tout aussi unique, d'un titre au suivant, d'arrangements trip hop et de guitares acoustiques, de machines et de folk. Et l'auditeur comblé de se dire qu'il est encore possible d'inventer des combinaisons nouvelles, que l'avenir est bel et bien un mot qui a du sens. Anglais, sir Hutton est multi-instrumentiste, se dit influencé par l'acid house (?) et le funk (??) ! Ce sont plutôt ses inspirations orientales que l'on peut, ici ou là, percevoir sur ce délicieux et solide premier cédé. MEK

4 - À ranger entre Elliot Smith et David Gray

Sebastien Izambard
Libre
(Odeon/EMI) - 11 titres, 40m50s - produit par Sébastien Izambard - Sortie été 2000

Chanson pop -  La voix et la poésie de ce jeune homme sont taillées dans la même veine que celle des groupes de britpop. Les chansons sont construites sur le mode imparable du couplet qui séduit, attire l'attention sans que l'on se méfie vraiment et du refrain qui décolle et vous scotche les oreilles pour le restant de la nuit. La voix est aérienne, puissante, et l'écriture sensible de Lionel Florence fonctionne aussi bien aux images qu'aux sensations. La grande réussite de ce disque est d'avoir réussi à trouver le juste équilibre entre montées d'adrénaline et moments d'accalmie. La musique est nourrie de guitares saturées, violoncelles et violons. Notons que les arrangements inventifs valorisent les titres au maximum. On assiste ici à la naissance d'un futur grand de la chanson. JCM

3- À ranger entre Daran et Dalcan

Jack Drag
Soft Songs LP: Aviating
(Shifty Disco/Pop Lane, ShiftyOOO3) - 12 titres, 37m09s - Produit par John Dragonetti - Sortie le 21 Août 2000

Pop expérimentale autant qu'électronique - Etonnant, le nombre de talentueux artistes solitaires qui éprouvent le besoin (ou un malin plaisir) de se retrancher derrière un nom de groupe : hier Mike Scott (Waterboys), Matt Johnson (The The) ou bien encore Stephen Fievet (LMNOP) ; aujourd'hui Neil Hammond (Divine Comedy) ou notre sujet d'étude d'aujourd'hui, John Dragonetti, qui se complaît à se produire sous le nom de scène de Jack Drag, alors qu'il ne vendrait strictement ni plus ni moins d'albums s'il les laissait sortir sous son véritable patronyme, sûr et certain ! Enfin bref et comme dit le proverbe : «Peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse» ; or, les trois grammes seront largement  dépassés à l'écoute de ces douze petites merveilles de précision diabolique enfermées sur une rondelle d'argent et de nitrate qui, si elle ne paye pas de mine avec sa pochette passe-partout, aura quand même bien du mal à être délogée de votre platine laser et à être remplacée par un disque forcément moins courageux... Un véritable patchwork assez psychédélique de tout ce que la pop peut engendrer quand elle s'en donne les moyens... TS

4 - À ranger entre Steve Kilbey et Petit Vodoo

Jazzmatazz Vol 3
Street Soul
(Virgin) - 15  titres - 58m24s - Produit par Guru - Sortie le 3 octobre 2000

R&B - Est-ce que ce troisième volet conclura une trilogie propulsée en orbite en 93 puis revisité en 95 ? Vu le carton outre-atlantique du tir groupé, Guru (celui qui tire les ficelles) n'a pas l'air décidé de mettre fin à la plus importante fusion en matière de hip hop, jazz, R&B. Et depuis le premier épisode de cette collaboration internationale, la liste des stars suscitées pour ce jam géant, ne cesse de croître : Macy Gray, Erykah Badu, Isaac Hayes, Herbie Hancock, Les Nubians, Kelis... mais aussi MC Solaar, Jamiroquai, Chaka Khan, Brandford Marsalis. Les habitués reconnaîtront ces invités illico, tandis que les néophytes y verront qu'une compil de plus. Difficile de faire le distinguo. SW

2,5 - À ranger entre Gangstarr et The Roots

k's choice
Almost Happy
(Sony/EPIC, 4999999) - 14 titres, 47m48s - produit par M. Bird et S. Burden - Sortie Septembre 2000

Pop Rock - Un nouvel album de K's Choice est toujours l'occasion de se rappeler leur premier tube « Not An Addict « et d'ajouter qu'en 98, Cocoon Crash fut peut-être leur meilleur album et pourtant moins médiatisé qu'il n'aurait du. Ce quatrième opus bénéficie d'une belle production, exécutée de mains de maître par les hommes du dernier Stereophonics. Un son neuf pour la formation qui nous avait habitué à quelque chose de plus frais et instantané, mais dont le changement ne nuit cependant pas aux mélodies impeccables écrites par Sarah et Gert Bettens. Le line-up lui est resté identique : Eric Grossman à la basse, Koen Lieckens à la batterie et Jan Van Sichem JR à la guitare. Autre innovation, la voix de Gert sur «Shadowman», un titre fait sur mesure pour celui à qui le groupe doit son succès, au moins autant qu'à sa charmante soeur. Ajoutons enfin que l'émotion propre aux chansons des flamands est toujours là, pour le plus grand bonheur des aficionados. CD'O

3,5 - A ranger entre Belgique et Angleterre

Kent
Cyclone
(Barclay/Universal) - 12 titres, 38m58s - Produit par Mitchell Froom & Tchad Blake - Sortie  septembre 2000

Chanson française - À travers vents, marées et modes diverses, Kent poursuit son petit bonhomme de chemin, ancré depuis près de quinze ans dans la chanson française de qualité. Pour qui suit la carrière du petit rouquin de la Croix Rousse depuis la fin de Starshooter, pas de surprise dans cette nouvelle livraison de douze titres. Cet album nonobstant son titre ne nous apparaît pas comme particulièrement décoiffant, ni révélateur d'une nouvelle direction de l'artiste. La permanence dans la continuité donc : des textes ciselés à souhait, poétiques sans tomber dans la mièvrerie, et se tenant à ses côtés son complice de toujours Jacques Bastello. Nous aurions aimé être un peu déroutés, mais, aux méandres des plages de ce nouvel album, l'on croise «Des roses et des ronces» dont on doit la musique à Romain Didier et, rien que pour ce morceau ce CD vaut le détour. N & D S-D

3 - À ranger entre Enzo Enzo (façile) et Francis Lemarque

King Kobra
Thrill Of A Lifetime
(Axe Killer/Wagram, 3057322) - 11 titres, 44m24s - Produit par Steve Hall - Sortie le 17 Juillet 2000

Rock FM acceptable - Mais sans plus, hein... Ces claviers à tous les étages sont, hélas, difficilement supportables pour le commun des rockers : avons-nous raison, sommes-nous dans l'erreur, personne ne le saura jamais vraiment... Enfin, King Kobra était tout de même le groupe de Mr Carmine Appice, grand frappeur de fûts devant l'Eternel et derrière des pointures telles que Ozzy Osbourne, Jeff Beck, Bo Diddley, Stanley Clarke ou Alice Cooper (pour l'impressionnant album Special Forces, en compagnie de son vieux copain et keyboard man Duane Hitchings, qu'il a d'ailleurs invité sur le disque dont nous parlons aujourd'hui) avant qu'il ne se rende compte qu'il en avait assez de jouer les mercenaires et qu'il se décide à franchir le cap en créant sa propre formation, qui eût son heure de gloire à l'occasion de la sortie (en 1986) de ce second album baptisé Thrill Of A Lifetime, vu qu'il contenait (et contient toujours, d'ailleurs) le mégahit «Iron Eagle (Never Say Die)», tiré du film pas trop génial du même nom mais bon, soyons donc indulgents. Les compos sont honnêtes, le chanteur et les deux guitaristes s'en tirent assez bien et la puissance de frappe de Carmine reste redoutable de précision. TS

2 - À ranger entre Warp Drive et Fisc

The Kingsbury Manx
The Kingsbury Manx
(City Slang/Labels) - 12 titres, 52m24s - Produit par Jerry Kee - Sortie le 5 septembre 2000

Pop US - Entre pop et musique folk traditionnelle américaine, d'ailleurs... C'est doux, limite soporifique sur toute la longueur, ça évoque, une fois encore ce mois-ci, l'époque super-méga top cool des amis de Simon & Garfunkel et ça vient de Caroline du Nord, USA. Un premier album dont la pochette, la maison de Psychose vue au travers d'un kaléidoscope (non ?), est faite maison par le bassiste/claviériste du groupe. Ça pue le patchouli à dix bornes («Cross Your Eyes») et ça se veut (c'est !) très psychédélique, esprit Pink Floyd d'il y a longtemps, cette période tant appréciée des rock kritiksÉ HeuÉ Et le nouveau Green Day, alors : y pète ? MEK

2 - À ranger entre John Cunningham et Labradford

Mark Knopfler
Sailling To Philadelphia
(Mercury/Universal, preview) - 13 titres 60m29s - Produit par Mark Knopfler - Sortie le 24 octobre 2000 

Rock mid-tempo - Voilà un disque qui fait du bien par où il passe ! Mark Knopfler, sa patte inimitable et sa voix flegmatique nous reviennent avec un disque équilibré, quoique sans surprise. «What It Is» qui ouvre la nouvelle salve, en dehors d'un violon en filigrane, est un condensé de ce que le monsieur fait de mieux : voix posé, guitare miaulant à la lune écarlate... Le disque s'égrène ainsi, solide mais jamais rapide, dans une danse de mid-tempos apparemment mûrement réfléchis, auxquels se joignent quelques morceaux plus lents, dans un équilibre qui peut rappeler certains albums de Clapton, en plus réussi. Car, au moins, quand Knopfler fait son tout mou, c'est à dire quand il se contente de tripatouiller gentiment sa gratte sur des morceaux bas du bide au lieu de faire étalage de tout son savoir-faire, il n'en reste pas moins captivant car, contrairement à celui qui fut jadis un Dieu en son monde, il ne pousse jamais le bouchon au-delà du mièvre rabougri, rattrapant toujours au vol ses titres les plus anodins par quelque pirouette guitaristique ou des textes bien amenés. Pour cela, et pour tout le reste, notamment de continuer à perpétuer un son et des atmosphères qui lui sont propres, ce disque, sans être un réel événement, n'en demeure pas mois une heure de pure plaisir. SL

4 - À ranger avec Dire Straits

Last Days Of  April
Angel Youth
(Bad Taste Records/Tripsichord,  BTR39) - 10 titres, 46m49s - Produit par Pelle Gunnerfeldt - Sortie le 3 Octobre 2000

Pop lancinante - Un groupe dont le précédent album s'intitulait Rainmaker est certain de s'attirer la sympathie de la rédaction de Compact au grand complet, sauf peut-être celle des bourricots qui sont restés de marbre aux concerts des Violent Femmes et de Sixteen Horsepower mais là, nous ne pouvons plus grand-chose pour eux... De quoi s'agit-il, avec ce quatuor suédois moins branché guitares vrombissantes que la plupart de ses compatriotes ? De chansons torturées et riches en distorsions de tous poils, d'ambiances sonores évoquant les fantômes de formations disparues, hélas, à tout jamais : les incompris Union Carbide Production (en moins sauvage tout de même), ces Porcelain Bus qui ont du en prendre un vite fait, de bus, pour rentrer chez eux panser leurs blessures d'amour-propre ; également un groupe de chez nous que l'on espère encore bien vivant, à savoir ces amours de Sheeloves dont le Year Of The Monkey fût l'une des meilleures productions franchouillardes de l'an passé, un vrai jardin des délices. Si vous restez sceptiques malgré ce lyrisme exacerbé, il vous suffira de vous passez les deux pièces-maitresse que sont «Two Hands And Ten Fingers» et, surtout, le splendide et long instrumental final dénommé «Make Friends With Time» pour vous faire une bonne idée du phénomène. TS

4 - À ranger entre Burning Tree et Salamander Jim

Lazy K
Life In One Day
(Amethyst/Pias, AMT006) - 10 titres, 37m57s - Produit par Keith Lofton - Sortie le 19 septembre 2000

Hip pop - Écrit, joué et réalisé par le même bonhomme multi-intrumentiste, ce brûlot contre la morosité balaye d'un revers de la main les frustrations d'une inspiration trop large pour être commercialisée sous le code barre pop. Parfois soul, limite funk, glissant çà et là son flow entre sitar et guitare, il construit un monde bariolé autour d'une vision plurielle du hip hop, que son doigt effleure par petites touches vinyliques que l'on décèle sous un scratch parasite. Furtif, mais récurant. Le cocktail n'est pas détonnant mais étonnant, relevé et comestible tout en laissant un arrière-goût de curiosité dont les cellules auditives tombent vite accro. C'est bon et recommandable. SW

4 - À ranger entre Tété et 1000 Clowns

Lemmy, Slim Jim, Danny B
Lemmy, Slim Jim, Danny B
(SPV/Wagram, 085-21982) - 18 titres, 42m22s - Produit par Lemmy, Slim Jim, Danny B - Sortie septembre 2000 

Rock & roll revisited - La pochette, petite merveille reprenant à son compte l'un des disques d'Elvis les plus connus, annonce le ton : Lemmy (oui, oui, LE Lemmy de Motörhead !), Slim Jim (ancien batteur des Stray Cats) et Danny B (non, non, ne vous enfuyez pas, rien à voir avec Danny Brillant !) s'offrent un petit tour d'horizon fifties avec des reprises respectueuses d'une bien belle brochette de classiques signés Cash, Holly, Perkins ou encore Reed... 18 titres en tout, de «Heartbreak Hotel» à «You Got Me Dizzy», en passant par «Peggy Sue Get Married» ou «Stuck On You», tous joués avec le moins d'artifice possible (on découvre en passant que Lemmy est plutôt un bon joueur d'harmonica), des orchestrations simples pour des chansons simples ayant déjà fait vingt fois le tour du monde. Plus qu'une récréation sympa, un véritable exercice de style mené à bien par trois musiciens complémentaires. À quand la tournée ? DL

3,5 - À ranger entre Buddy Holly et Elvis Presley

Lizzy Borden
Deal With The Devil
(Metal Blade/M 10) - 11 titres, 49m26s - Produit par Lucifer en personne, au moins... Sortie le 9 0ctobre 2000

Heavy Metal - Bon sang, un nouvel album des impayables Lizzy Borden, génial ! Où diable étaient-ils passés, toutes ces années et, encore plus grave, comment avons-nous pu les oublier à ce point, eux qui furent toujours là dans les coups durs ? Telles sont les pensées qui agitent le bocal de tous les apprentis Compact men de la Terre, leurs beaux yeux embués de larmes difficiles à retenir et serrant fortement contre leur coeur meurtri ce Marché Passé Avec Le Diable qui leur rappellera leurs vertes années, quand leur chevelure était assez fournie pour leur permettre de la secouer en tous sens à l'écoute d'un Lizzy Borden, d'un WASP ou d'un Stryper... Cet album est foutrement rassurant, en ces temps troublés durant lesquels même Alice Cooper (ou comment se fâcher avec son rédacteur en chef pour pas un rond) n'arrive pas à sa propre cheville, un comble inimaginable voilà 20 ans ! Ils n'ont pas varié d'un iota et c'est tant mieux : nous aurions moyennement apprécié qu'ils se mettent au rap, à la techno ou à toute autre cochonnerie en vogue de nos jours, non ? TS

4 - À ranger entre Ozzy Osbourne et un Kiss des grands jours

MacZ de Carpate
Discomouche
(Spirit/Wagram) - 11 titres, 49m58s - Produit par JP. Mocellin, B. Falque et mdC - Sortie octobre 2000

Rock décalé -  «Soupir, je me sème dans mes allées défectueuses (...) Je me tortue», chante Ben. Sur des rythmiques reggae, rock ou plus chanson française, ce groupe évoquerait également un post-rock à la française, mâtiné de Noir Désir («Le Manque»). Bidouillages organiques, guitares un peu dingues et faux cafouillage sonore, voilà, au moins, ce que propose macZ de Carpate. Discomouche est entraînant, ludique, déjanté, entêtant, toujours insaisissable, dit la bio, fort justement. Volontairement bizarres dans leurs choix artistiques (mise en sons comme mise en mots), ils pourraient bien, prochainement, se faire connaître d'un plus grand nombre d'amis des musiques libres. MEK

2,5 - À ranger entre les Négresses Vertes et Cornu

Mandalay
Instinct
(V2, VVR1012392) - 11 titres, 49m03s - Produit par Mandalay & Micheal Ade - Sortie le 3 octobre 2000

Easy Tempo - Dernier né du duo londonien, Instinct s'ajoute à la longue liste des albums downtempo du moment. Atmosphère éthérée, ambiance néo-romantique portée par les vestiges trip hop que représentent les arrangements complexes (mais un poil datés), ces lentes nappes synthétiques d'une formidable finesse. Ce deuxième opus est une véritable réussite, un travail d'orfèvrerie forgée par la voix sensuelle de Nicola, qui, comme son nom ne l'indique pas, est une femme. Certes, les compositions s'engouffrent dans l'imaginaire de la chanteuse, apportent une touche féminine qui déboutera bon nombre de machos, mais comblera ceux dont l'appétit musicale n'a pas de frontière, ni a priori. À découvrir. LE

3,5 - À ranger entre Hooverphonic et Cocteau Twins

Mardis Gras.BB
Super Smell
(Universal) -15 titres, 45m23s - Produit par Gordon Friedrich - Sortie octobre

Cuivres en folies - N'écoutez pas ce disque ou vous pourriez le regretter ! À mi-chemin entre le big band sous acide et la fanfare poliorcétique, les joyeux barrés de Mardi Gras.BB emmenés par le Doc Wenz, nous offrent là une bouffée d'oxygène qui, en ces temps où le trou dans la couche d'ozone s'élargit inexorablement, ne peut que nous être d'un grand secours. Venus de Mannheim, ces quinze allemands semblent pourtant issus directement des bayous de la Nouvelle Orléans, tant leur musique est inspirée de ce blues au rythme vaudou. Si, dès la première écoute, vos pieds commencent à s'agiter en cadence, et que vous avez laissé tomber votre boisson gazeuse favorite pour un champagne rosé millésimé, l'affaire est faite : les Mardi Gras.BB vous ont ensorcelés. Ce deuxième album ne semble avoir qu'un but, vous déjanter la tête. Et, si comme nous, vous avez eu le malheur de le poser sur votre platine, les effets secondaires ne vont pas tarder à se faire sentir. On vous aura prévenu ! N & D S-D

4 - À déranger

Mark D
The Silent Treatment
(Lunasound Recording) - 16 titres, 52m33s - Produit par les bons soins de l'artiste - Sortie le 16 Octobre 2000

Pop électrique, électronique et torturée - Mark D nous vient tout droit du Texas, auquel il emprunte, de temps en temps, l'appellation de Lone Star et il faut bien avouer que cela lui va comme un gant : en effet, sa musique est à des années-lumière de ce que ce gigantesque état nous propose habituellement, que ce soit Calvin Russell, ZZ Top ou bien les Delgados ; m'est avis que le Markounet doit souvent se sentir solitaire ou incompris de ses compatriotes... Vous croyez ne rien savoir de ce gars et, pourtant, vous vous trompez lourdement : il a longtemps fait partie des Melvins, qui tiraient une certaine fierté de leur appellation de «plus mauvais groupe de  l'Univers», à égalité avec les Meat Pupetts, comme quoi, il est prouvé une fois de plus qu'il ne faut pas accorder trop d'importance à l'avis des autres ! Mark a donc, un beau jour, décidé de quitter ses chers Melvins et de poursuivre sa carrière en solitaire ; vu l'accueil chaleureux réservé à The Silent Treatment, son premier travail en tant que seul maître à bord après Dieu, on peut supposer qu'il n'est pas prêt à réintégrer les rangs, même s'il ne rechigne pas à jouer les producteurs occasionnels pour ses anciens camarades de jeux. C'est ça, la grande classe. TS

4 - À ranger entre Terry Hall et Stephen Dorff

Maurane
Toi Du Monde
(Universal) - 16titres, 59m10s - produit par Maurane, Jean Dindinaud, Thomas Gubitsch, Nicolas Repac - Sortie septembre 2000

Chanson française - Depuis la sorie de son premier album en 1985, Maurane est l'une des rares interprètes qui ait rencontré ces dernières années un succès populaire sur le long terme. Certes, pour écrire de bonnes chansons, il n'y a pas de formule marketing miracle, mais des mélodies lisses et travaillées, de bons textes qui vont droit au coeur, mis en relief par des arrangements de cordes portés par une voix aérienne, y contribuent certainement. Ici, les compositions dominées par un esprit soul et bluesy osent aussi bien le dépouillement acoustique (voix, piano, guitare) que l'intensité électrique. Maurane chante l'amour sur des textes qui collent parfaitement aux musiques. Voilà un disque qui a toutes les qualités requises pour être l'album de la consécration. JCM

4 - À ranger après L'un pour l'autre

Paul McCartney
Liverpool Sound Collage
(EMI preview) - 5 titres, 58m21s - Sortie septembre 2000

Collage sonore - Voilà un titre d'album qui porte tout à fait son nom, puisque ces cinq plages ont été composées pour About Collage une exposition de Peter Blake à Londres. On y trouve des collaborations des Super Furry Animals et de Youth, lesquelles mêlent donc ambiances surréalistes, tripatouillages électroniques et expérimentations soniques réminiscentes des Beatles. Proche de la musique concrète, ce disque semble avant tout réservé aux inconditionnels, aux amateurs de Stochausen ou Edgar Varese, ou aux passionnés de musique ambient. Reste une question qui doit hanter tout ex-fan des Beatles : qu'est-il arrivé à Paul depuis son Oratorio ? Cf

2,5 - À ranger entre Pierre Henry et Frank Zappa

Tom Mc Rae
Tom Mc Rae
 (Arista/BMG) - 13 titres, 45m08s - Produit par Roger Bechirian - Sortie le 16 Octobre 2000

Chanson rock intimiste  - Impressionnant, le premier album de ce Londonien sûrement pas très vieux, mais déjà en proie aux tourments d'une âme trop pure pour espérer jamais devenir attaché de presse (ou rédacteur en chef, vous avez parfaitement raison)... On devine le type délicat qui a passé une morne enfance dans un minuscule village très éloigné des tentations de la capitale, crucifié par le divorce de ses parents advenu quand il était petit et resté avec son père pasteur (oui, la biographie prétend que c'est sa mère qui a obtenu la garde, mais n'oubliez pas que c'est moi qui raconte l'histoire) à s'emmerder profondément dans une campagne luxuriante qu'il a toujours détestée... Une fois établi à Londres, son voeu le plus cher depuis tellement longtemps, il s'est arrangé pour se faire remarquer (et signer) par la bonne et internationale fée Arista, ce qui nous permet de prendre l'air ahuri sans se faire rabrouer, devant les richesses déployées pour ce jet initial ; ces dernières années, bon nombre de nouveaux auteurs-compositeurs-interprètes ont vu le jour et Tom Mc Rae est certainement l'un des plus beaux bébés de la Couveuse. TS

4,5 - À ranger entre Perry Blake et Stephen Dorff

Mel B
Hot
(Virgin) - 11 titres, 44m42s - Produit par hollow man - Sortie le octobre 2000

Soul & Dance - Après la Mel C et sa pop sucrée et variée, le single de Victoria (en ce moment aussi) et les show TV british du bonbon blond Emma, voici l'album de Mel B. L'année dernière, son single «Word Up» sous le nom de Mel G avait convaincu. Cet album, lui, est fort sympathique et oscille gentiment entre dance, soul, R'n'B accessible et pop à la Spice Girls. Le nouvel et troisième album des quatre filles arrive d'ailleurs dans les bacs dès le mois de novembre, ce qui donne peu de temps à Mel B pour éventuellement imposer son travail perso. Pas mal des titres de Hot, dont «Feels So Good», ont pourtant la carrure pour cartonner rapidement en radio et en discothèque. MEK

3 - À ranger entre les Fugees et Jennifer Lopez

Menlo Park
Same
(Cutty Shark/PIAS) - 10 titres, 45m20s - Produit par Menlo Park - Sortie le 23 Octobre 2000

Rock folklorique  - Un peu sec comme définition, nous sommes bien d'accord, mais ce disque est aussi difficile à classer que le fût, en son jeune temps, le premier et inaltérable Violent Femmes. Comment parler et surtout quoi dire, des bizarreries musicales intitulées «Cochon Cochon», «Paraplegic Dancer», «le Butch» , ou bien encore le final, hallucinant et interminable «Double Trouble» ?  Sur les quatre membres de cette (dé)formation, deux sont anglais, le troisième écossais et le maître d'oeuvre de tout ceci, Chris Taylor, nous vient tout droit de Philadelphie, ce qui doit être bien pratique pour organiser des concerts ! Ces garnements ont joyeusement mélangé les genres, les langues (leurs quelques phrases en français sont proprement hilarantes) et les instruments (à noter la présence d'un violon qui sera toujours le bienvenu), sans trop se soucier de savoir ce qui en résultera. Heureusement pour nous (et pour eux, par la même occasion), c'est un délicieux gâteau qui est sorti du four, à déguster sans plus tarder.TS

4,5 - À ranger entre Violent Femmes et les Immaculate Fools période Woodhouse

Mix & match
Tout Est Permis
(Autoproduit)- 7 titres, 44m39s - produit par Mix And Match - Disponible

Mixture fruitée - L'étiquette musicale, pour étrange qu'elle puisse paraître, est du crû des messieurs de M&M et semble la plus adaptée à la musique qu'ils nous proposent. Ils parlent d'une fusion funk, reggae, ska, rock, d'accord. Le véritable argument de cette formation des Yvelines est la capacité à recycler ce fameux reggae qui est dans toutes les bouches branchées, en une vision toute personnelle, plus électrique et loin de vouloir à tout prix ressembler à Bob et consorts. Sept titres (plus une plage bonus) sur lesquels on retrouve une formation rock, agrémentée d'un clavier, qui s'amuse avec ses influences funk (voir le très bon « Egoïste «), sur cet EP très prometteur. À suivre... CD'O

3 - À ranger entre Mister Hot Groove et Sinclair

Steve Morse
Major Impacts
(Magna Carta/MSI, MAX 904202) - 11 titres, 51m13s - Produit par Steve Morse et Chris Varney - Sortie septembre 2000 

Guitar Tribute  - Magna Carta ayant demandé au grand Steve Morse de réfléchir à un projet de Tribute maison, celui-ci s'est dit que plutôt que reprendre des morceaux de ses chères influences, à savoir Cream, Hendrix, Beck, Led Zep, Mountain, Byrds, Yes, Allman, Kansas et autres, il allait composer des titres «originaux» à la manière de ces derniers, une série de pastiches reconnaissants reprenant leurs formules musicales typiques. Le résultat donne l'impression d'avoir le cul entre deux chaises bancales, puisqu'il n'est ni vraiment un tribute, ni tout à fait un disque de Morse. Plutôt une succession de plagiats autorisés qui finit par agacer plus qu'autre chose. On aurait finalement préféré un Tribute ordinaire, cela aurait été plus honnête et l'exercice de relecture aurait été plus excitant que celui de la copie. Cela dit, Morse joue toujours aussi bien. HP

2 - À ranger entre Photocopieur et Scanner

The Mustard Seeds
Red
(Inside Out/Wagram,  ECRCD002) - 12 titres, 41m30s - Produit par Mustard Seeds - Sortie septembre 2000 

Rock - Inside Out, label désormais connu par tous les amateurs de prog pour ces nombreuses sorties en la matière, vient de créer une division plus mainstream. C'est ainsi que paraît l'album des Mustard Seeds, dans la pure tradition des groupes US à guitare, tendance énervés mais pas trop quand même... L'album défile sans déplaisir, mais on n'accroche jamais vraiment. Souffrant plus d'un manque de conviction que de talent, les quatre Mustard tombent dans la facilité et, quand les rythmes se font moins soutenus («Coming Up Roses», juste après le très bon «Sylvia Beams» par exemple), l'on tombe rapidement dans le routinier. Heureusement, le quatuor dose plutôt bien ses efforts, ce qui nous empêche in extremis de tomber dans l'ennui à plusieurs reprises. Cela ne sauve pourtant pas ce Red qui, s'il ne tombe jamais trop bas, ne grimpe pas haut non plus... SL

2 - À ranger entre Live et Summercamp

My Ruin
A Player Under Pressure... Of Violent Anguish
(Snapper/Wagram, 3063862) - 14 titres, 45m53s - Produit par Nick Raskulinecz - Sortie le 18 septembre 2000

Hardcore - Voilà un album qui se situe dans la lignée de groupes tels que Jane's Addiction ou Marilyn Manson. Riffs pesants, ambiances funestes, phraséologie mystico-new age, A Player Under Pressure oscille entre incantation blasphématoire et dichotomie Amour/Haîne. Originalité, la seule !, du groupe, il revendique un line-up plus féminin que d'habitude. Pour amoureux des atmosphères gothiques, quant aux autres ils n'y verront que la confirmation du fait qu'il n'y a rien de bien nouveau sous le soleil (noit, bien sûr). CF

1,5 - À ranger entre Tool et Fields Of The Nephilim

Nuttea
Un Signe Du Temps
(Delabel) - 14 titres - 49m37s - Sortie septembre 2000

Ragga R&B Français - Qu'attendre de l'univers jamaïcain traduit de ce côté-ci de l'Atlantique ? Quelque chose d'un peu fade, décoloré et sans saveur ? Peut être, mais ce serait sans compter sur les ressources des maisons de disque hexagonales qui savent faire appel à des gens qui connaissent leur métier et leur musique. Un Signe Du Temps en est un bon exemple : la musique est soignée, on y entend les sonorités jamaïcaines du moment, du dancehall alimenté de R&B. Efficace. Les textes, eux, sont inégaux, et ne rendent pas le pouvoir fédérateur de leur modèle rasta. Nuttea est accompagné sur «N» par Akhenaton et de Luciano sur «The Key». Il poursuit son répertoire par des titres mous qui manquent de charisme avec toutefois quelques plages ragga, tel que « Le Monde Part En C... «, qui sauveront les erreurs recensées sur le troisième album du bonhomme. CD'O

2 - A ranger entre Fabe et Jacky et Ben J

The Original Turtle Shell Band
Yurumein
(Hipi Music/Mélodie Distr.) - 15 titres, 48m14s - Produit par Émilie Pianta - Sortie octobre 2000

Musique Garifuna - Venus d'Amérique Centrale, ces quatre Caraïbéens qui ont adopté la religion Rasta nous livrent ici leur deuxième opus, le premier produit en France. Ils sont les représentants de la culture Garifuna née du naufrage de deux bateaux espagnols chargés d'esclaves africains et de l'alliance entre les rescapés et les indiens Caribs Arawak. Ils vivent de la musique et des produits de leurs fermes dans ce petit pays qu'est le Belize. Leur musique, essentiellement acoustique est basée sur une rythmique Africaine et leur chants sont plutôt Amérindiens. Nos Béliziens s'accompagnent de percussions qu'ils fabriquent eux-mêmes à base de carapaces de tortues de rivières (turtle shell), les Shackas (maracas) ou les Conchs (coquillages leur servant d'instruments à vent). Ces artistes cultivateurs glorifient dans leurs textes Jah et le travail de la terre. Une musique pas très facile d'accès mais qui ravira les mélomanes aventuriers ! N & D S-D

3,5 - À ranger entre reggae et punta

Planet X 
Universe 
(InsideOut /Wagram 085 41212) - 11 titres, 56m21s - Produit par Planet X - Sortie Septembre 2000

Prog technique - Planet X combine notamment les remarquables talents de Mr.Sherinian, ex-clavier de Dream Theater, et de Tony Mac Alpine, guitariste exubérant dans la lignée de Satriani, Vai et consorts. Cela donne tout de suite une idée du haut degré du niveau technique et instrumental de l'ensemble. Le disque se situe d'ailleurs dans la lignée de ces albums instrumentaux nés de la mouvance jazz-rock, prolongée par des virtuoses rock généreux à la satrianesque façon. Cela dit, si la technique impressionne, l'imagination et la sensibilité ne sont pas vraiment au rendez-vous et ce disque souffre cruellement de la comparaison avec le Bozzio-Levin-Stevens qui, lui, manifeste un vrai sens créatif en plus du déballage technique de rigueur. Brillant mais vain, donc. HP

2,5 - À ranger entre Larry Coryell et Joe Satriani

Finley Quaye
Vanguard
(Epic/Sony Music) - 12 titres, 42m31s - Produit par N.C. - Sortie octobre 2000

Pop novatrice - Nous n'avons pas ici affaire à n'importe qui, ce monsieur avec son premier album Maverick A Strike a remporté un Brit Award dans la catégorie meilleur artiste masculin en 1998. Le revoilà avec un album intitulé Vanguard, ce qui signifie Avant-Garde, le bien nommé surtout si l'on se réfère au titre baptisé Chad Valley aux arrangements bizarroïdes et contemporains. On ne peut qu'être séduits par cette voix peu ordinaire qui se fait râpeuse et accrocheuse colorée d'accents urbains sur des morceaux comme Broadcast et Spiritualized, notre préféré. Elle se meut chaleureuse et langoureuse dans Burning pour en devenir déchirante sur The Emperor. Le propos de l'auteur dans cet album est de décrire sa «situation, ses textes et sa musique en ce moment dans son pays». Au final un CD agréable à écouter qui accompagnera vos longues soirées d'automne, eh ben oui l'été c'est fini.  N & D S-D

3 - À ranger pas loin de la platine pour pouvoir vous le repasser

Queensryche
Greatest Hits
(EMI/Capitol, 7243 8 49422 2 9) -16 titres, 77m1s - Produit par David Brown et Cheryl Pawelski - Sortie août 2000. 

Heavy Impérial - Vous pouvez interroger tous les groupes de la nouvelle vague du prog metal, immanquablement le nom lumineux de Queensryche reviendra dans leur conversation comme une influence majeure. Après Rush, le groupe de Geoff Tate et Chris de Garmo fut celui qui permis la naissance de ce beau monstre hybride né des épousailles contre-nature de Yes et de Blue Oyster Cult. Ce Greatest Hits est donc un mémorandum indispensable, qui récapitule les trois périodes du groupe, la maturation pas toujours évidente des trois premiers albums, jusqu'à Rage For Order, le temps magistral d'Operation Mindcrime et Empire, avant la maturité sereine de Promised Land et Hear In The Now Frontier. Le métal rock dans ce qu'il a de plus impeccable, de mieux profilé, la terrible beauté d'un cimeterre ouvragé et assassin. HP

4,5 - À ranger entre Rush et Dream Theater

Rageous Gratoons
Muy Chungo/Sick A Bah Wahwah
(High groove/MSI)- 12 titres, 47m41s - Produit par Rageous Gratoons

Ska-groove Franchouille - Les Bordelais sont essentiellement connus pour leurs vins et leurs désirs sombres. Mais de temps en temps nous arrive de Gironde quelque petit groupe fort gouleyant comme les Rageous Gratoons. Les Gratons Enragés forment avant tout un groupe de scène, et après avoir écumé les provinces de France et de Navarre pour affiner leur ska traficoté, ils nous servent leur première cuvée. Cet album qui regroupe diverses productions du groupe datant pour partie de 1996 et de 1995, témoigne de leur talent, mais ne rends pas compte de leur travail actuel. Utilisant avec brio des instruments incongrus pour le fan de ska, tel l'accordéon, l'harmonica et la mandoline, ils réussissent à emmener tout le monde derrière eux et c'est tant mieux. Des compos solides, malgré un accent anglais épouvantable, font de ce groupe un espoir pour les enfants de la Mano orphelins. On attend la suite ! N & D S-D

3,5 - À ranger entre La Ruda Salska et La Tordue

Raphael
Hotel de l'Univers
(EMI, 5293562) - 11 titres, 44m18s - Sortie le 10 octobre 2000 

Pop-rock - Pour ceux qui s'inquiètent à tort de la bonne santé de notre écurie nationale, l'arrivée du jeune poulain Raphael, devrait les rassurer, même si ce premier album comporte en plus d'une aura musicale on ne peut plus prometteuse les sempiternelles erreurs de jeunesse. Raphael est concerné par les problèmes de son temps et veut qu'on le sache (c'est surtout de ce point de vue-là qu'il se rapproche de Saez, auquel on pense dès l'ouverture de «Cela Nous Aurait Suffi» qui, soit dit en passant, a l'étoffe d'un grand single), il écrit d'ailleurs plutôt bien. Mais c'est sa faculté à composer des morceaux imparables qui surprend, car il compose tout et sa maîtrise, sa maturité et sa créativité sont impressionnantes. L'alternance du salé et du sucré, de l'électricité phosphorescente et de l'acoustique étayé sur plusieurs strates, fait ainsi plutôt bel effet ; reste à savoir maintenant si ce Raphael venu de nulle part tiendra la route, réussira le passage souvent difficile de la scène et se révèlera être le véritable homme à tout penser qu'il semble bien être. Si tel est le cas, il ne serait pas étonnant qu'il trouve rapidement une place dans notre horizon musical et qu'il la garde très longtemps... DL

3,5 - À ranger entre Saez et Eicher

Chris Rea
King Of The Beach
(East West Preview) - 12 titres, 55m46s - Sortie le 10 octobre 2000

Rock velouté  -  Après les incontestables et passionnantes audaces innovatrices de Road To Hell Part 2 qui nous avaient révélé un Rea inattendu, ce dernier a visiblement eu envie, par réaction, de nous offrir un bel album très classique bien typique de son auteur, à savoir mélodies soyeuses, frissons de guitare épidermiques, beat présent mais pas envahissant, voix suavement rocailleuse, bref le Rea éternel. Ce qu'il a parfaitement réussi ici, en retrouvant au passage sa mythique inspiration plagiste. Du coup, on prend un plaisir fou à déguster cette musique voluptueuse qui lézarde au soleil et prolonge délicieusement en automne les feux lascifs de l'été finissant. Aucune surprise donc à attendre de ce disque prévisible d'un bout à l'autre, mais ces retrouvailles avec ce Rea tel qu'on l'a toujours adoré constituent un bien bon moment de pure jubilation. HP

4 - À ranger entre Tennis et Wired To the Moon

Red Room
Red Room
(Trema) - 7 titres, 27m45s - Produit par Clive Goddard - Sortie le 17 octobre 2000

Trip-hop - Il va falloir choisir entre insupportable, hyper-chiant, splendide, envoûtant, mal pompé, prétentieux, post-rock ou, tiens : pas si mal pour un premier jet. Un album entier est attendu pour 2001 et ce genre de EP-teaser permet de se faire une idée assez précise de ce que deux DJs un peu bidouilleurs peuvent faire, surtout lorsque, comme on nous le dit dans une bio particulièrement inspirée, ils ont «le sens de la vérité acoustique et de l'instrument-roi». 5 morceaux + 2 remixes et une impression de déjà entendu un peu souvent dans des lieux branchés d'ici ou d'ailleurs (elle est trop cool, ton exta). Cerrone pourrait revenir avec ce genre de choses pour épater la galerie qu'on serait à peine surpris. MEK

1 - À ranger entre Björk et Archive

Reef
Getaway
(Small) - 11 titres, 42m28s - Produit par Al Clay - Sortie le 26 septembre 2000

Pop - Robuste mais courte en bouche, la nouvelle cuvée du quatuor s'avère néanmoins concluante. Les morceaux sont si punchy qu'on serait tenté de demander un verre de plus de cette potion non allégée en guitares empruntées à Soul Asylum. Et puisqu'on se lance dans les comparaisons faciles -mais si évidentes-, notons aussi que l'ombre de Pearl Jam plane perfidement entre les titres. Là, on ne va s'en plaindre vu que le combo assure et que le génie au muscle saillant sorti du carafon exauce le voeu contradictoire d'une pop trop rock pour briller chez les british ou trop pop pour satisfaire l'Oncle Sam. Bref, tout est possible, la preuve, Reef en est à sa quatrième galette. Pour ceux qui ont savouré Glow. LE

3 - À ranger entre Stereophonics et Idlewild

Regular Fries
War On Plastic Plants
(JBO/V2, 1013332) - 14 titres, 50m21s - Produit par Regular Fries -Sortie le 10 octobre 2000

House - Nouvel album pour ce groupe atypique de la scène anglaise. Mêlant pop music, sons électroniques et hip hop, War On Plastic Plants propose une musique hypnotique parsemée d'éclairs psychédéliques et d'atmosphères acoustiques plus insolites où semble régner l'ombre de Syd Barrett («London Eye»). On pourrait presque dire du disque qu'il est comme distillateur d'une «musique d'ambience» oscillant entre tonalités festives et relents beaucoup plus inquiétants. C'est ce dilemme qui le rend si malaisé à qualifier, c'est cette valse hésitation qui le rend si pénible à apprécier. CF

2 - À ranger entre Primal Scream et Happy Mondays

Seafood
Surviving The Quiet
(PIAS) - 10 titres, 45m50s - Produit par Ian McCutcheon - Sortie septembre 2000

Rock cru - C'est le premier album de quatre jeunes résidents londoniens, galette enregistrée «à la campagne, avec un âne et le mec de Mojave 3 aux manettes». Le goût de ces jeunes gens va vers une musique sans fioritures, entre bruitisme et silences, refrains répétitifs et mélodies classiques. Une inspiration plus conservatrice que la jeunesse des musiciens et la «spontanéité» de l'enregistrement ne pourraient/voudraient le laisser croire. La presse british évoque pourtant, à leur sujet, des Sebadoh et autres My Bloody Valentine et les loue comme étant d'authentiques «indies», sous-entendu : avant que les indies deviennent trop comme les autres.  MEK

2 - À ranger entre Coldplay et Belle & Sebastian

Seksu Roba
Seksu Roba
(Crippled Dick Hot Wax/EFA, 04421-2) - 12 titres, 52m27s - Produit par DJ Sukho - Sortie le 9 septembre 2000

Electro-Dance - Seksu Roba, groupe nippo-coréen basé à Los Angeles, propose une musique électronique basée sur des procédés aussi anciens que le mini-moog ou autre instrumentation du début des années 70. Comme il se réclame d'une idéologie post psychédélique («space music pour prendre de la drogue, faire l'amour et explorer l'Espace») leur musique fleure donc avec les longs freak-outs instrumentaux. Groovy ou retro-futuriste, l'album évoque les collages les plus éclectiques ; loin de représenter le son du futur, il rivalise tout au plus avec la plus moyenne des expérimentations d'aujourd'hui. CF

2 - À ranger entre Devo et Yellow Magic Orchestra

Sergent Garcia
Conneccion Latina Vol.1
(Labels/Virgin) - 5 titres, 21m29s - Produit par Eric Bobo et autres - Disponible

Salsamuffin remix - les hommes ne peuvent toujours pas circuler librement sur la planète, la musique, elle, traverse les océans et montre l'exemple !  Cette affirmation de Bruno Garcia alias El Sargento résume bien l'esprit de ce cinq titres de remixes. À l'occasion de sa tournée aux States, Sergent Garcia propose à Éric Bobo de Cypress Hill, Mellow Man Ace ainsi qu'aux Delinquent Habits de remixer certains de ses morceaux. Le résultat est là, enthousiasmant et augure bien de la sortie d'un album entier de remixes de Un Poquito Quema'o prévue dans les mois qui viennent. La Salsamuffin du Sergent a enflammé l'Europe et commence à s'attaquer au continent américain avec cette connection Paris-Los Angeles et l'on en est très fiers. Caramba, on a pas fini de danser ! N & D S-D

4 - À ranger entre Paris et Los Angeles

Shane Cough
Delight In Disorder
(Ultraviolet Records, UV ISSUE OO6) - 10 titres, 45m15s - Produit par David Fontaine - Sortie le 25 Septembre 2OOO

Electroniqueries diversifiées  - En tout cas, assez pour que l'auditeur lambda, plus habitué à de furieux soli de guitare qu'à être noyé sous des flots de claviers et de samples plus ou moins anonymes, ne perde pas trop pied et ne renonce à écouter ce disque, ce qui serait plutôt dommage, vu les qualités naissantes de ce groupe bien de chez nous, même s'ils essaient de ne rien en laisser paraître... Les Shane Cough ne respirent pas spécialement la joie de vivre (rien que la pochette vaut le détour : un paysage dévasté par une importante tornade, ou quelque chose dans ce style) et ils ont sûrement beaucoup écouté le prophète James Maynard Keenan, qui officie à présent dans A Perfect Circle, mais dont le groupe précédent a engendré bien des vocations d'oiseaux de malheur, à tort ou à raison... Album à écouter, donc, mais alors, pas un soir de déprime, hein, nous sommes bien d'accord : ce n'est pas parce que Compact est gratuit qu'il doit perdre ses lecteurs, OK ? TS

3 - À ranger entre Chemlab et Tool

Sizzla
Bobo Ashanti
(Greensleeves/PIAS, GRELCD259) - 13 titres, 49m10s - Produit par Philip «Fatis» Burrell - Sortie septembre 2000

Ragga Jamaïcain - La Jamaïque est une contrée où les légendes modernes naissent à un rythme effréné. Car au-delà de Bob Marley, les habitants de l'île ont l'art d'ériger des producteurs tels que les Lee «Scratch» Perry ou des chanteurs comme Buju Banton  au rang de héros nationaux à la hauteur de nos Abbé Pierre et compagnie. Et c'est dans cette effervescence qu'apparaît en 1995 Sizzla, avec Burning Up, produit par le célèbre Philip «Fatis» Burrell, encore de la partie pour ce septième opus. Entre temps, le jeune rasta c'est transformé en messager spirituel prêchant la bonne parole à l'aide des rythmes R&B, hip hop et de ses chants ragga. Bref, Bobo Ashanti est dans la droite lignée du reggae dance hall à la mode actuellement à Kingston,  mais toujours avec une force propre aux artistes de là-bas. Pas de déception en vue pour les amateurs. CD'O

3 - À ranger entre Anthony B. et Buju Banton

Slash's Snakepit
Ain't Little Grand
(Koch/Edel) - 12 titres, 58m36s - Produit avec des burnes comme ça - Sortie le 10 octobre 2000

Rock pur premium - Tandis que les restes même plus fumants des Guns & Roses nous font le coup de l'arlésienne, avec line-up interchangeable et date de sortie repoussée à l'infini, voilà que Slash se lâche avec un second album solo encore plus sévèrement burné que le précédent. Du bon gros rock qui cogne comme les américains n'en font quasiment plus eux-mêmes, garantie sans aucune chiure FM. Tous les clichés sont là, mais entre chevelures longues, tatouages, lunettes noires et top look brancho-prout, Slash et les siens balancent la sauce, sans aucune concession. Des guitares dans chaque clairière, en train de batailler en duel avec une batterie brutale de chez brutal, le tout sans aucun temps mort. Ça passe et ça casse et putain que ça fait encore plus de bien part où ça casse quand ça passe. DB

4 - À ranger entre Guns & Roses et Aerosmith

Spaccanapoli
Lost Souls (Aneme Perze)
(Realworld/Virgin) - 14 titres, 51m46s - Produit par Carlo Talamona & Peter Walsh

La lutta Italiana - Aller à la rencontre d'un groupe inconnu n'est pas toujours chose aisée. Le fait  que ce groupe soit originaire de Naples et puise son inspiration dans une tradition ancestrale qui date du f