COMPACT #26 - Septembre 2002 - A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z -

20 Miles
Keep It Comung
(Epitaph/PIAS) - 15 titres, 45m42s - produit par Tim Conklin - Disponible
www.fatpossum.com
Blues pateux.
Quand Judah Bauer, guitariste du Jon Spencer Blues Explosion, a une idée, il l'a garde pour 20 Miles, son autre groupe, et il l'étire sur quatre minutes sans aucune vergogne. Ainsi, "Well, Well, Well", le premier titre, n'est pas encore fini, qu'on a déjà envie de passer à autre chose. Le solo strident sans queue ni tête, vers la fin, finit presque d'achever le sérieux du critique qui cherche désespérément la télécommande pour mettre fin à ses souffrances. Et puis, dans un subit accès de masochisme incontrôlable, on écoute la rondelle jusqu'au bout, et plutôt deux fois qu'une, histoire d'être bien certain que le disque a inventé le non-mouvement perpétuel, qu'il mérite a peine le droit d'exister, et qu'on a les bollocks comme des pastèques de supporter sans broncher une heure et demie de pareil calvaire. Putain, Sarkozy, elle fait quoi ta Police ???…
CG
1
À ranger entre Mother Tongue et JSBE

30 Seconds To Mars
30 Seconds To Mars
(Immortal/Virgin) –12 titres, 51m59 s – Produit par Bob Ezrin ! – Disponible .
www.thirtysecondstomars.com
Glam rock mal digéré.
Une biographie délirante essaie désespérément de nous faire croire que les Californiens de 30 Seconds To Mars constituent la huitième merveille du monde, mais ils peinent déjà à être la sensation du moment, alors… Leur rock sans éclat, bidouillé et couplé avec de scandaleuses machines sans âme, n’est franchement pas très appétissant, à part les exceptions que sont «Buddha For Mary», «Welcome To The Universe» et le délirant «93 Million Miles» : une somme quand même pas très importante, vous en conviendrez !!! C’est dommage, car être enfermés dans un studio d’enregistrement avec le légendaire Bob Ezrin (Pink Floyd, Alice Cooper, Kiss… ) n’arrive qu’une fois –et encore- dans la vie d’un jeune groupe : tant pis pour eux. Ils laissent passer cette occasion unique de nous démontrer leur talent ! A noter que Mr Ezrin se fait moins regardant sur le choix de ses collaborations.
TS
2
A ranger entre Sigue Sigue Sputnik et un Sweet des mauvais jours .

Amaran
A World Depraved
(Listenable Records) - 10 titres, 41m24s - Produit par Jacob Hansen - Disponible
www.amaran.net
Heavy dur.
Avant, la Suède était peuplée de petits blondinets tout mimis qui jouaient du hard FM. Comme Europe par exemple. Mais les temps sont durs, la cabane est tombée sur le chien et plus rien de sucré n’arrive des pays froids. C’est donc rageur que se pointe Amaran, groupe de heavy oscillant entre classicisme et modernisme, empruntant au premier ses mélodies et au second ses roulements furibards et ses guitares acérées. Au beau milieu de ce maelström, se débat une chanteuse tout à fait puissante, qui sait se faire chatte ou chienne, suivant qu’elle est en colère ou non. Ce premier album recèle quelques bonnes trouvailles, des titres solides qui s’écoutent avec grand plaisir et un niveau d’intérêt général appréciable. La séduction par la force, en somme.
HD
3,5
A ranger entre Lullacry et In Flames

André Andersen
Black On Black
(Frontiers Records / XIII Bis) - 9 titres, 45m 49s - Produit par André Andersen - Disponible.
www.frontiers.it
Metal raffiné.
Visiblement, la production pourtant prolifique de Royal Hunt ne semble pas suffire à assouvir la créativité débordante de son multi instrumentiste et producteur André Andersen, puisque le Danois en est déjà au second album d'une carrière solo parallèle engagée en 99. Il faut dire que ses albums personnels sont plutôt réussis, surtout celui-ci, et se démarquent suffisamment de Royal Hunt pour mériter un intérêt particulier. Andersen propose un metal néoclassique vraiment raffiné et plein de conviction, où ses claviers amples et luxueux font vraiment jeu égal avec les guitares, ce qui le distingue des habitudes du genre. En fait, ce disque nous offre un peu ce que serait Deep Purple s'il venait à naître à présent. Le chant enthousiaste de Ian Parry (Elegy) constitue un bonus de poids à cet album qui ne manque pas d'atouts.
HP
3,5
A ranger entre Deep Purple et Yngwie Malmsteen

Arca
Arca
(Disques du Soleil et de l’Acier/Chronowax) - 10 titres, 42m 47s - Produit par divers - Disponible.
www.chronowax.com
rock trip-hop abstrait.
Projet de Sylvain Chauveau (voir la chronique de son disque solo Nocturne impalpable par ailleurs) et de Joan Cambon, Arca est une référence au poète Fernando Pessoa (qui déposait ses écrits dans une malle, «arca» en portugais). Imaginez la bande originale du film Requiem for a dream remixée par DJ Shadow, et vous aurez un aperçu des ambiances sombres avec lesquelles le duo tisse sa toile sonore. Ou imaginez Madredeus qui aurait fait bien plus que d’écouter Cocteau Twins. Le mythique groupe Ecossais est une influence majeure de Madredeus, eh bien imaginez que les portugais se soient mis aux machines. «1957» ressemble à du fado futuriste, agrémenté d’extraits de discours. Des extraits d’ambiances urbaines, de discours également sur «L’organisation» ou «La zone», en anglais ou en russe, donnent un air cosmopolite à cet album hors - normes. À conseiller à tous ceux qui aiment s’aérer les oreilles.
JMG
4,5
À ranger entre Tricky et le Kronos Quartet

Argile
The Monotonous Moment Of A Monologue
(Holy Records) - 10 titres, 47m50s - Produit par Jean-Jacques Moreac - Disponible
http://argile.darkriver.net
Extrême profond.
Au royaume de l’extrême, les Français n’ont rien de manants. Ils sont même plutôt bien placés, proches des seigneurs qu’ils côtoient parfois. Et le très précieux S.A.S de l’Argilière s’est taillé une juste réputation dans ce domaine. Avec son compère Jean-Jacques Moreac, il s’est décidé à une petite escapade parallèle, et ça lui réussit franchement bien. Cet album explore assez bien les abysses du metal extrême car il peut être considéré comme le vecteur de l’imagination débordante de ses instigateurs. Ce qui frappe, c’est la profondeur des morceaux, qui vous renvoie sans cesse comme une balle de flipper sur des bumpers, lesquels dégagent à chaque fois une pléthore d’idées nouvelles. L’expérience reste, certes, réservée aux initiés, mais ceux-ci la trouveront savoureuse.
HD
4
A ranger près de Misanthrope et sa suite

Craig Armstrong
As If To Nothing
(Melankolic/Delabel) - 15 titres, 69m01s - Produit par Craig Armstrong - Disponible
www.craigarmstrong.com
trip hop symphonique.
Il a beau être très beau cet album, on l’aimera toujours moins que The Space Between Us, le premier de l’Ecossais Craig Armstrong, compositeur de musiques de films et arrangeur de Massive Attack. Parce que la plupart des gens qui ont découvert cet album en 1997, ont eu la plus grosse claque de leur vie et que cette claque, on ne la prend jamais une deuxième fois. Ce n’est donc plus vierges de l’univers sonore d’Armstrong (ses cordes, ses envolées lyriques) qu’on plonge dans As If To Nothing, pour constater que le talent est toujours là. Bono, Mogwai, Photek et l’ex-Lemonhead Evan Dando, ont été invités, chaque titre est une réussite. Le deuxième album n’a pas à rougir de la comparaison avec son prédécesseur : un titre comme «Waltz», d’inspiration symphonique sur lequel une femme récite ce qui ressemble à des codes informatiques en allemand (!), a tout pour devenir une drogue musicale douce.
JMG
4,5
À ranger entre Portishead et Alpha

Arthur H
Piano Solo
(Polydor/Universal) – 11 titres, 68m43s – Produit par Arthur H - Disponible
www.arthurh.com
Lonely song.
Cette fois, c’est sans le Bachibouzouk Band qu’il revient d’une tournée entamée par Madame X, qui ensuite évolua vers une configuration plus intime : lui et son piano. Ambiance cabaret, piano bar, tels ces lives en petit comité programmé à l’Hôtel du Nord. Arthur y évoque ses amours, rêves et reprises pour un public que l’on imagine sage comme une image car extrêmement respectueux du one man show. Le musicien quant à lui jubile car ce poids léger de l’audience lui laisse carte blanche, révèle le meilleur de l’artiste habituellement atteint d’une timidité maladive. Entre private joke et texte iconoclaste, son répertoire s’installe ainsi dans l’atmosphère cosy de Paris, Lille, Tours, Sète où sur le vif furent capturées d’autres reprises de Serge Gainsbourg, le «Nue au soleil» de Bardot, Brigitte Fontaine ou Mary Poppins…
LE
3
A ranger entre nouvelle variété et classique alternatif

Daniel Ash
Daniel Ash
(Psychobaby/M10) - 13 titres, 70m53s - Produit par Daniel Ash et Richard Bradford - Disponible
www.danielash.org
Rock Alternatif.
Après la séparation de Love And Rockets, son leader s’est peu à peu orienté vers une musique teintée d’électronique, ce que les dernières productions de son groupe laissaient présager. Sur ce nouvel album solo, le premier depuis de nombreuses années, il continue à agglomérer musique techno/dance sans pour autant délaisser la guitare. Mais c’est le premier élément qui prédomine ici puisque les compositions sont essentiellement basées sur des schémas rythmiques et que la guitare n’apparaît qu’en contrepoint, un instrument d’accompagnement comme un autre. Ajoutons que les vocaux sont plus déclamatoires qu’articulés et l’on obtient ici le prototype d’un album hybride dans sa forme, ni spécialement exécrable ni particulièrement convaincant.
CF
3,5
À ranger entre The Jazz Butcher et Peter Murphy

Asian II
(Apricot records) – 2 CD, 28 titres, 126m32s – Produit par divers
Disponible
www.incamusic.com
Lychees au sirop.
Dans la lignée des compils attitrées des fiefs de la branchitude gastronomique parisienne, voici le nouvel assortiment aux cinq parfums du restaurant Asian qui avait déjà mitonné une première fournée l’année dernière. La recette est connue : un double album, composé d’un CD de musique d’ambiance (le meilleur ici) et d’un autre plus dansant. Ça commence avec de l’électro douce, agrémentée de sonorités japonaises, chinoises ou thaïlandaises, ça s’achève avec une house ordinaire qui peine à vous faire décoller de votre siège sauf si vous avez vidé une bouteille de saké au préalable, pour vous mettre en forme. Un menu inégal, trop fade dans son ensemble, à réserver aux collectionneurs acharnés des volumes Buddha Bar et autre Cafe Del Mar.
CV
2
A ranger entre les compils Buddha Bar et Cafe Del Mar

Barclay James Harvest
Revolution Days
(M Records/Pop Lane) - 11 titres, 63m06s - Produit par Andy Mac Pherson et Les Holroyd - Disponible.
www.bjharvest.co.uk
Prog Pop.
Du temps de sa - relative - splendeur dans les années 70 et 80, Barclay James Harvest passait pour le plus inoffensif des groupes progressistes, car il manquait des accès de folie et des audaces architecturales dont ni Genesis ni Yes ni les autres ne se privaient. On le sentait capable mais pas assez tonique. Aujourd'hui, alors que John Lees a laissé à son ancien complice Les Holroyd la direction du groupe, cette proverbiale douceur de BJH serait presque devenue sa force à présent qu'il propose une musique qui lorgne visiblement davantage du côté des séductions de Mike & The Mechanics. Voilà qui a le mérite de la netteté et qui permet du coup de déguster cet album sans arrière-pensées, juste comme le très réussi juke-box diaphane qu'il est. Cela s'écoute avec le même bonheur qu'un ELO et bien mieux qu'un Supertramp récent. Ce mélodiste vétéran se porte bien.
HP
3,5
A ranger entre Mike & The Mechanics et Jeff Lynne

David Bowie
The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars. 30 th anniversary. 2CD edition
(EMI) – CD1 : 10 titres - 38m35s - CD2 : 12 titres- 41m03s. Produit par Ken Scott – Disponible.
Disque de légende.
1972 : David Bowie, alias Ziggy Stardust, et ses musiciens (Mick Ronson à la guitare, Trevor Bolder à la basse et Mick «Woody» Woodmansey à la batterie) alias The Spiders from Mars, enregistraient sous la houlette de Ken Scott aux studios Trident de Londres cet album au titre quasi éponyme qui allait consacrer l’avènement du glam rock et marquer à jamais l’histoire du rock... 2002 : à l’heure où l’ami Bowie sort Heathen, un album diversement apprécié même par ses fans les plus fervents de la première heure (cf la chronique de Claude «Starman» Freilich dans le précédent numéro), EMI a la bonne idée de ressortir ce disque magnifique sous la forme d’un luxueux package collector avec livret de 36 pages, photos inédites et cerise sur le gâteau, un deuxième CD comportant des démos, de l’époque, des faces B rares (dont le fameux «Velvet Goldmine» et la non moins fameuse reprise du «Amsterdam» de Jacques Brel), des remixes et même un inédit intitulé «Sweet Head» ! Ce qui frappe à la réécoute de cet album, outre la beauté intemporelle de chansons comme «Starman», «It Ain’t Easy» et bien sûr «Ziggy Stardust» ou «Suffragette City» devenues avec le temps des classiques faisant partie de notre quotidien (et toujours utilisées par la pub notamment), c’est son incroyable modernité. Il y a trente ans, le beau Bowie avait déjà tout compris à l’essence même du rock contemporain : simplicité et concision de morceaux aux mélodies inoubliables, intelligence et beauté énigmatique des lyriques, soins apportés dans le packaging etc, etc. Alors vous l’aurez compris : si votre budget skeuds est plutôt serré, délaissez la dernière production de Bowie et investissez plutôt dans Ziggy. Satisfaction garantie à tous les niveaux…
PR
6
A ranger entre incontournable et indispensable

Goran Bregovic
Tales And Songs From Weddings And Funerals
(Mercury/Universal) - 15 titres, 54m48s - produit par Goran Bregovic - Sortie fin juillet 2002
www.umusic.com
Underground Tango.
Quelle différence entre une B.O. signée Goran Bregovic et cet album, le premier, sous son nom ? Les images, en fait, qu'on cherche éperdûment, désespérement, qu'on essaye en vain d'imaginer, mais qui n'existent évidemment pas. C'est la seule différence et, curieusement, elle est de taille, car même si Bregovic joue à fond sur le lien étroit entre cet album et ses productions précédentes -jusque dans le titre qui rappelle son désormais mythique orchestre des mariages et enterrements- il manque une substance organique, celle de l'univers d'un Kusturica par exemple, car c'est avec lui que s'exprime au mieux la sensibilité du monsieur, et la mise en sons de ses origines. Restent cependant des moments de grâce pouvant rappeler "Ederlezi" ("Te Kuravle"), voire quelques passages plus enlevés rappelant -en moins puissants- le fumant "Kalasnjikov" ("Polizia Molto Arabiatta"). On pouvait espérer mieux, attendons la suite…
CG
3
À ranger entre 3 mariages et 1 enterrement

British rhythm services
Gravity
(Cyclo/Discograph) – 11 titres, 71m40s – Produit par Ben Vacara, Mr Mulatto & Rob Evans - Sortie le 23 août
www.brsmusic.co.uk
Electro.
C’est au début des années 90 que Ben Vacara, Mr Mulatto et Rob Evans ont créé British Rhythm Services (réduit au sigle BRS sur la pochette), collectif de DJs et de musiciens de l’ouest de l’Angleterre. Après une série de singles et de remixes, le trio sort son premier album, définitivement enraciné dans la deep house. Au final, onze compositions élastiques d’électro mid-tempo, aux sonorités conformistes et à l’ambiance vaporeuse, dans laquelle on ne décèlera aucune aspérité. L’ensemble est lisse, soigné, joli, apaisant, et terriblement rasoir. Hormis la voix de Cher sur un titre puis, sur un autre, l’apparition soudaine d’un saxo qu’on n’espérait plus, il ne se passe rien de spécial, ça se résume à de la groovebox améliorée, pas désagréable en fond sonore.
CV
2
A ranger avec les CDs d’électro d’ambiances

Solomon Burke
Don’t Give Up On Me
(Fat Possum/PIAS) - 11 titres, 51m35s - Produit par Joe Henry- Disponible
www.solomonburke.com/
Soul.
C’est d’un pionnier de la musique soul qu’il s’agit ici, d’un chanteur qui depuis près de 40 ans a toujours régalé son audience de sa voix veloutée mélangeant gospel, soul, pop ou même musique country. Même s’il n’a jamais eu de véritable hit, Solomon Burke est une figure incontournable de la musique américaine. Si incontournable que ce nouvel album est constitué de 11 titres composés pour lui. Leurs auteurs ? Rien de moins que Dylan, Nick Lowe, Costello, Van Morrison, Tom Waits ou Brian Wilson ! Chacun de ces artistes a su, avec pertinence, adapter son style à celui de Burke, lui-même capable d’explorer le road song (“Fast Train” de Morrison), le negro sipritual (“Flesh And Blood”, “None Of Us Are Free”) ou le blues/soul dans son expression la plus pure (“Don’t Give Up On Me ”). “Soul Seachin’”, composé par l’ex-leader des Beach Boys est un joyau de soul/pop sur lequel le phrasé du chanteur atteint des sommets wilsoniens et les arrangements dépouillés du “Judgement” de Costello, conjugués à la voix vibrante de Burke, transcendent par leur intensité dramatique les frontières entre musique noire et blanche. Le chanteur déclare que la musique soul n’est pas affaire de couleur de peau, mais peut se manifester par l’émotion que chacun est capable d’imprimer à ce qu’il exprime. À cet égard, le bluesy “Step-Child” de Dylan en est un exemple parfait tout comme la ballade countrysante de Nick Lowe, “The Other Side Of The Coin”. Entre mélancolie doucereuse et accents charnels, celui qui a été surnommé The King Of Rock And Soul nous délivre ici un album... incontournable, tout simplement !
CF
5
À ranger entre Otis Redding et Sam Cooke

Bussy
Poe Session
(Evermore/Night & Day) –10 titres, 50m33s – Produit par Lyonel Naya – Sortie le 13/09/02
www.nightday.fr
Concept album pas très folichon.
Nous sommes loin de Peter Hamill et de sa Chute De La Maison Usher, là ! Bon, l’environnement littéraire est intéressant, pas de problème, mais la musique est quand même assez lourdingue, quoiqu’elle fasse le maximum pour marcher dans les traces de Tanger, sans y arriver une seule seconde ! Peut-être faut-il faire partie de la clique des intellectuels de gauche (rires) pour en apprécier tout le sel ? Bussy, le groupe, s’est formé autour de Bussy (Xavier) le musicien (clarinette, saxophone et chant) et bien que ce sextet fasse preuve d’un évident savoir-faire, l’auditeur s’ennuie quand même poliment… La biographie parle d’une soirée durant laquelle Barry White flirterait avec des Beatles en villégiature chez Gill Evans, mais le magnétophone n’a pas dû fonctionner ce jour-là !!!
TS
1,5
A ranger entre les Dix Commandements (en moins niais) et Légitime Démence .

Candidate
Tiger Flies
(Snowstorm/Pop Lane) - 14 titres, 48m43s - Produit par Ian Painter & Alex Morris- Disponible
http://www.candidatesite.co.uk/
Folkadelic.
Combinant une approche lo-fi propre à la musique folk et une sensibilité plus pop et psychédélique, cet album est avant tout le fruit de deux frères, Joel et Alex Morris. Ce nouvel opus jouit d’une production plus sophistiquée qui, tout en restant mesurée, vise à suggérer une certaine emphase en dépit d’un choix privilégiant l’acoustique. On pourrait trouver ce raffinement un peu monotone, tant il est vrai qu’une telle volonté de délicatesse est parfois gâchée par des compositions où les climats semblent suppléer l’inspiration. Reste que ce qui dénaturait un premier album et quelques singles décevants est ici absent : quelques efforts supplémentaires suffiraient donc pour que les mélodies pop et soyeuses se hissent à la hauteur d’ambiances se voulant rêveuses.
CF
3
À ranger entre Grandaddy et Turin Brakes

The Capitol City Dusters
Rock creek
(Dischord Records /Chronowax) - 1 CD, 10 titres, 41 m 30 s - Produit par - Disponible.
www.dischord.com
Rock.
Non, le rock n’est pas mort. Rassurons les croulants : le rock va bien (cf The Libertines, nouvelle sensation british dont on attend l’arrivée). Il bouge encore, le bougre, merci pour lui. Il est encore parcouru de convulsions frénétiques et il dit m… à ceux qui veulent sa peau. Le trio de Washington D.C. (Ben Azzara, Alec Bourgeois, Jesse Quitslund) Capitol City Dusters aime faire parler la poudre et c’est tant mieux. Son rock est enragé, tout à l’énergie et ça fait toujours du bien par où ça passe. Ne cherchez pas de crossover ici, de mariage improbable entre des influences contre-nature. On peut aimer les crossover, mais le brut de fonderie, c’est pas mal non plus : ce groupe marie électricité et furie, c’est déjà pas si mal. Ce «Rock creek» est tout à fait roots. Pas de tromperie de sur la marchandise.
onc.
JMG
3,5
À ranger entre Sonic Youth et Black Rebel Motorcycle Club

Vanessa Carlton
Be not nobody
(Polydor/Universal) – 11 titres, 45m59s – Produit par Ron Fair - Disponible
www.vanessacarlton.com
Variétés pop.
Il y en a, du violon et des bons sentiments, dans le premier album de cette jeune songwriter américaine qui revendique l’influence de Neil Young, Pink Floyd, PJ Harvey et Mozart. Mais qu’elle s’essaie à la pop ou au rock, on a surtout la sensation d’entendre un ersatz des vieux tubes eighties les plus commerciaux de Carly Simon, Stevie Nicks ou Linda Ronstadt. Comme cette dernière le fit avec «Tumbling Dice», Vanessa Carlton s’attaque aussi à une reprise des Stones, ce qui nous vaut un «Paint It Black» très politiquement correct. Et quand elle s’oriente vers la ballade, ça tangue entre Whitney Huston et une B.O. de Disney. Principale coupable, l’orchestration démodée à souhait, dont la mièvrerie engloutit tout sur son passage.
CV
1,5
A ranger entre Fiona Apple soupeux et Tori Amos kitsch

Sylvain Chauveau
Nocturne Impalpabe
(Disques du Soleil et de l’Acier/Chronowax) - 19 titres, 46m41s - Produit par Sylvain Chauveau - Disponible
www.chronowax.com
pop instrumentale.
Difficile de résister à un bel album aux ambiances mélancoliques avec viole, violoncelle, clarinette ou piano. Sylvain Chauveau, par ailleurs moitié de Micro Mega, frappe fort : ce disque pourrait donner à plus d’un l’envie de tourner son premier film triste. Mais une tristesse belle à voir. Ce disque est triste, mais beau. Lent. Mais très beau : c’est d’une tristesse belle à entendre, noire à en crever. Les pièces musicales de Chauveau, souvent courtes, sont empreintes d’un lyrisme sidérant. Les cordes ont un je-ne-sais-quoi de l’Américain Philip Glass, du Polonais Henryk Gorecki ou de Craig Armstrong. En littérature, on dirait qu’il s’agit d’élégies : des hommages à des choses disparues, qui ressuscitent un instant parce qu’on en parle. Chauveau signe de la nostalgie avec des notes. Il conduit les arrangements du spleen pour le magnifier, lui donner corps et finalement, réussit le rendre beau. Un disque fort, émouvant, qui vous colle à la peau.
JMG
5
À ranger entre et Craig Armstrong et Steve Reich

Cinematic Orchestra
Every day
(Ninja Tune/PIAS) - 6 titres, 60m12s - Produit par J. Swinscoe - Disponible.
www.ninjatune.net
jazz électronique.
Dès les premières notes de harpe de cet album, on sait qu’on entre dans un univers feutré, soyeux et musicalement irréprochable. Luxe calme et volupté : tout un programme. Les violons qui suivent et la voix de la jazzman Fontella Bass (présente sur deux titres) nous en donnent confirmation. Derrière les Cinematics, il y a Swinscoe, véritable maître d’œuvre de chaque morceau, qui dirige ses instrumentistes, lance des boucles rythmiques et des samples. Chaque morceau a donc une vraie pulsion organique (le batteur Luke Flowers est présent sur chaque titre), les machines n’étant là que pour aider à l’accouchement de chaque morceau. Un accouchement miraculeux auquel peu résisteront. Giles Peterson, patron du label Talkin&Mac226; Loud, qui signe un texte de pochette laudateur, est un conquis de longue date.
JMG
4
À ranger entre Moby et Bugge Wesseltoft

Coldplay
A Rush Of Blood To The Head
(EMI) - 11 titres - 54m14s - produit par Ken Nelson/Colplay et Mark Phythian - sortie le 21 août 2002)
www.coldplay.com
Mélancholique frénétique.

Après quelques millions de son Parachutes vendus de par le monde, Coldplay aborde donc le cap souvent difficile du second album et il y a fort à parier qu’attendu au tournant, le groupe subisse une volée de bois vert d’une certaine partie de la critique toujours prompte à démolir ce qu’elle a adoré. Foi de Compact Man, surtout ne pas écouter ces fâcheux potentiels car cette deuxième livraison est tout simplement superbe. Nettement plus introverti, introspectif que le premier opus, A rush se situe en grande partie dans le domaine de la simplicité et du dépouillement. Mais attention : le sens mélodique, l’intelligence et la beauté limpide des compositions sont toujours au rendez-vous et les morceaux tubesques abondent. Invitant l’auditeur à «ouvrir ses yeux» dans l’impeccable «Politik» qui débute l’album à grands renforts de guitares beatlesiennes, le combo s’envole ensuite dans une succession de balades toutes plus graciles les unes que les autres. Que ce soit le fluide «In My Place», l’élégant «God Put A Smile In Your Face» avec ses arpèges aériens et son refrain irrésistible ou l’émouvant «The Scientist» (le préféré de ma chérie) avec son harmonie parfaite piano/guitare, l’ample «Clocks», j’en passe et des meilleurs, Coldplay confirme son talent incontestable à composer des morceaux qui entrent instantanément dans l’oreille pour ne plus en sortir. Dominé par la belle voix triste de Chris Martin, A rush… s’enrichit à chaque écoute, révèle sa froide beauté et dévoile ses trésors en vous collant tout plein de frissons dans le dos... Bouleversant, magnifique et indispensable !
PR
5
À ne pas ranger pendant un bon moment

Ansel Collins with Sly & Robbie
Jamaican Gold
(Moll-Selekta) - 15 titres, 52m56s – Produit par Ansel Collins – Disponible
Reggae.
Encore un morceau d’histoire musicale dévoilé par cette réédition d’Ansel Collins accompagné par la mythique formation de Sly et Robbie, The Revolutionaries. Collins, chanteur reconverti en batteur et clavier de talent, connaît un succès incontestable en tant que producteur dès les années 70. Cette compilation de morceaux enregistrés en 1979 chez Coxsone à Studio One, est un exemple caractéristique de sa technique de production appelée jamaican stereo style : le mix est fait de telle façon (voix à droite, instruments à gauche) que le DJ peut utiliser ce qui l’intéresse. Une technique peut connue au rendu inattendu. En plus des plages instrumentales, la voix suave d’Ansel Collins offre aux plages dub une couleur chaleureuse et love des plus agréables.
CD’O
3.5
A ranger entre Lee Perry et King Tubby

The Coral
The Coral
(Small/Sony) – 11 titres, 43m03s – Produit par XXXX – Sortie le 22 juillet
www.thecoral.co.uk
Loufoque Rock.
Tout, dans The Coral, ne peut que surprendre : la composition de son line up (un sextet où figurent trompette et saxo), ses influences revendiquées (le psychédélisme des années 60, les Yardbirds, les chants maritimes, la musique folklorique russe, la country ou Django Reinhart) et bien évidemment la musique. Celle-ci mélange allègrement ces différents genres sans se préoccuper de ce que d'aucuns pourraient qualifier d'anachronismes ou de fautes de goût. Le résultat est tout bonnement confondant tant on a plaisir à écouter un alliage dont l'hétéroclisme est justement la force. Le staccato se mêle au jazz sur "Bad Man", les Stranglers semblent voisiner avec Syd Barrett sur "Skeleton Key" et "Simon Diamond", les mânes des Doors sont évoquées sur les vocaux d'un "Dreaming of You" infernal. Le groupe s'est, paraît-il, formé sur la base de personnalités soigneusement excentriques, le moins qu'on puisse dire est que le hasard a eu la main heureuse ce jour-là-là. Ajoutons-y également une pointe d'humour très British, un sens de la dérision permanent, une production qui intègre à merveille approche bricoleuse et désinvolte à un son à la fois plein et corrosif et l'on obtient, sur ce premier disque, un objet rockant si identifié qu'il en devient non-indentifiable. Si vous avez rêvé un jour de la rencontre improbable entre un solo de guitare à la Jeff Beck et un air de ragtime, si vous avez vainement cherché un éventuel successeur à Captain Beefheart et que vous avez été déçu par The Beta Band, la porte de ce corral proche de Liverpool ne peut que s'ouvrir à vous !
CF
5,5
À ranger entre Captain Beefheart, Miles Davis, Beach Boys et Ian Dury

Dafataïgazz
Neorganic
(Polydor/Universal) – 13 titres, 56m28s – Produit par Dafataïgazz
Disponible
www.universalmusic.fr
Electro world grand public.
Il y a fort à parier que ce disque va faire fureur dans les boîtes pendant l’été. Avec son cocktail d’électro, de musiques afro-caraïbéennes et de funk, Neorganic est résolument conçu pour les dance floors. Victor O. et Walter Wallace pourraient être présentés comme les Jamiroquai de la world, ce qui n’est ni un reproche, ni un compliment : leurs compositions sont entraînantes pour ne pas dire commerciales, remarquablement chantées en français ou en anglais, dopées par des arrangements habiles sans verser dans la surcharge. La deuxième partie de l’album dévoile quelques morceaux plus originaux, comme ce «Braziphop» qui nous incite à souhaiter que DafataÏgazz s’aventure à l’avenir vers un style moins variétisant.
CV
3
A ranger entre electro world et R’n’B

Danzig
777 I Luciferi
(Spitfire/BMG) - 12 titres, 54m33s - Produit par Glenn Danzig - Disponible
www.danzig-verotik.com
Sombre hero.
Avec son body complètement buildé, ses guitares ayant suivi le même traitement aux hormones et une attitude scénique souvent risible (le genre boxeur mimant subir une attaque de chauve-souris), ce cher Glenn Danzig arpente les méandres du heavy metal et touche au but dans de nombreux pays. Sa gloire resplendissante n’illumine cependant pas le nôtre, toujours assez réticent au metal d’inspiration obscure. Car le propre de Danzig est bien de proposer des climats inquiétants et d’une lourdeur faramineuse, purgés de tout complexe. Ce nouvel album s’inscrit parmi les meilleurs du bonhomme et démontre de sérieux arguments heavy stylés et relativement bruyants. On peut déguster de bout en bout ou finir avec une insupportable migraine. Tout dépend de la constitution et des éventuelles aspirations de chacun.
HD
3,5
A ranger entre Black Sabbath et Cathedral

DEF LEPPARD
« X »
(Mercury/Universal) - 13 titres, 47m15s - Produit par john Woodroffe - Disponible
www.defleppard.com
Hard rock mélodique.
Que doit-on attendre de Def Leppard à l’orée du nouveau millénaire ? Qu’il nous ponde l’album de punk ultime ? La dernière révolte grunge ? Les prémices du réveil glam rock ? Point de tout ça, le groupe a mieux à faire en cultivant son identité remarquable, du genre de celles qu’on apprend dans les écoles. Un bon hard rock FM inné, des refrains pour radio en pagaille, des astuces de production (toujours aussi grandiose d’ailleurs, un excellent test pour vérifier l’état de votre vieille chienne stéréo ! ) par pelletées, un son futuriste délibéré et une démarche toujours «larger than life». Une fois de plus, Def Lep a vu les choses en grand et même s’il ne réserve aucune surprise, il assure toujours ce qu’il faut pour être à la hauteur de sa réputation. Un peu trop cliché pour les uns, certainement assez bon pour les autres.
HD
4
A ranger entre Pyromania et Slang

Dianogah
Millions Of Brazilians
(Southern Records/Chronowax) - 10 titres, 35m49 s - Produit par John Mc Entire - Disponible
www.speedsite.com/~dianogah
rock instrumental.
Ceux qui aiment l’énergie de Mogwai, de Sonic Youth ou de Fugazi, devraient apprécier le rock abstrait et luxuriant de Dianogah. Une basse ronde, une batterie métronomique avec beaucoup d’attaque et des guitares abrasives, forment le terreau de cette musique : beaucoup d’énergie, mais tout en retenue. Et si certains titres sonnent un peu comme du Tortoise, c’est sûrement parce que John Mc Entire est venu aider le groupe à travailler le son. Les titres sont plutôt pêchus, et il faut attendre le troisième tiers de l’album (les quatre derniers titres) pour que les compos se fassent moins abrasives. Dianogah part alors dans des directions plus soft et chatoyantes. Sur le papier, l’équation de Dianogah (formule abrasive + pas de paroles + des digressions sonores) n’était pas facile à résoudre. A l’écoute, elle séduit.
JMG
4
À ranger entre Papa M et Fugazi

Dio
Killing The Dragon
(Spitfire/BMG) - 10 titres, 45m08s - Produit par Ronnie James Dio - Disponible
www.ronniejamesdio.com
Heavy metal hamster.
Le nain chantant du heavy metal est de retour, et il n’a pas fini d’en découdre avec ses ennemis de toujours : les (jolis ? ) dragons ! Le décor est planté et rien sur ce nouvel album ne pourra surprendre ceux qui ont suivi, le long parcours du monsieur. Son amour du heavy classique confine à la dévotion, seule son inspiration peut varier suivant les périodes. Il se trouve que, pour le bien de tous, celle-ci est assez développée actuellement, ce qui fait de Killing Dragon une surprise positive. Un bon chant, des morceaux qui accrochent bien, une production à la hauteur : voilà qui devrait faire l’affaire de beaucoup d’initiés, même si les hymnes ne sont pas forcément au rendez-vous. Ceux qui n’en sont pas, auront de toute façon tout compris rien qu’en reluquant de loin la pochette…
HD
4
A ranger avec sa collection heavy metal de base

Discharge
(Sanctuary/NTS) –13 titres, 31m34 s – Production inconnue et sortie imminente .
Punk et dur.
C’est effectivement une vraie décharge de fureur contenue et de décibels assourdissants qui déferlera dans vos oreilles poilues, pas de doute à avoir là-dessus ! Les disques de Discharge se suivent et restent d’une étonnante probité : quand tant d’autres formations auraient ajouté du sucre à leur punk, histoire d’élargir leur audience, les teigneux de Discharge ne veulent pas en entendre parler et continuent sur leur vindicative lancée. C’est brutal et agressif à souhait, mais personne ne pourra nier une certaine attirance pour leur amer constat d’une société atteinte de déliquescence précoce : «Corpse Of Decadence», «Accessories By Molotov» (tous deux dotés d’un étonnant remix) et «Hell Is War» resteront dans votre Top 10 trimestriel.
TS
3
A ranger entre The Exploited et les premiers Bad Religion .

Doc gynéco
Solitaire
(Virgin) – 12 titres, 47m42s – Produit par Doc Gynéco - Sortie le 27 août
www.docgyneco.net
Rap...lapla.
Doc Gynéco s’est trompé de spécialisation. Il aurait dû faire Doc Anesthésiste. Personnage d’allure fort sympathique au demeurant, il est, avec MC Solaar, le fer de lance du rap de salon pour jeunes filles en fleurs. Le premier morceau étonnamment punchy de ce troisième album, «Flash», un tube en puissance avec la gratte de M, cède vite sa place à des bluettes hip-hoppantes aux frontières du R’n’B commercial («Solitaire»), de l’inévitable funk-disco («Funky Maxime») ou même d’une espèce de zouk synthétique aux côtés de Stomy Bugsy ( ! ). Cela étant, Doc Gynéco ne mérite pas qu’on s’acharne sur lui, il n’est qu’une goutte d’eau dans un océan très pacifique de productions rap-variétoche aux lapalissades pseudo contestataires, et il joue son rôle à merveille.
CV
2
A ranger entre MC Solaar et Ménélik

Donzella
Donzella
(Island/Universal) – 13 titres, 38m07s – Produit par Jacques Ehrhart- Disponible
www.donzella.net
Chanson française.
Emmanuel Donzella a beau être corse, c’est la musique brésilienne qui l’interpelle. Humoriste, il a sévi au sein du duo Collier de Nouilles et dans l’émission «Fous d’humour». Musicien et chansonnier, il signe un premier album entre exotisme et dérision : «J’écris mes chansons comme des sketchs», confie-t-il. Et devinez de quoi il parle... Des femmes, des moeurs, des rapports humains, sur des airs de bossa-nova placide. Dans l’esprit, ça peut évoquer un mélange de Salvador, de Brassens et des vieux Gainsbourg. Les textes poético-déconnants prêtent parfois à sourire, mais ils n’ont pas la subtilité et la petite touche de génie qui font la différence. Les amateurs de reprises insolites seront, eux, comblés par un «Just An Illusion» à la sauce latine.
CV
2
A ranger pas loin de Gainsbourg, Brassens et Salvador

Florence Dore
Perfect City
(Slewfoot/Next) - 10 titres, 33m58s - Produit par Eric Ambel - Disponible
www.slewfootrecords.com
Folk Pop.
Née à Nashville, Florence Dore a pourtant joué dans de nombreux groupes punks avant de s’orienter vers un schéma plus roots. Ce premier album se caractérise par une stylisation assez étonnante qui mélange la country, le rock et des références littéraires (Le Bruit Et La Fureur de Faulkner en particulier). La chanteuse a également cet accent (le “twang”) si caractéristique de la musique du Sud ce qui lui permet d’imprimer des connotations à la fois fortement locales et de donner à ses compositions plus charpentées une tonalité plus nuancée. La production de Eric Ambel (Steve Earle) ainsi que la participation des Smithereens s’imbriquent parfaitement à une artiste qui prouve que l’on peut être crossover et simultanément originale et aventureuse.
CF
4
A ranger entre Loretta Lynn et Lucinda Williams

Down From The Mountain
(Lost Highway/Universal) - 12 titres, 44m53s - Produit par T. Bone Burnett - Disponible.
www.losthighwayrecords.com
Party de campagne.
L'épatant O Brother, le film jouissif des frères Coen, avait séduit non seulement par son récit picaresque et son formidable trio d'acteurs, mais aussi par sa bande-son soigneusement compilée par T. Bone Burnett. Son succès avait été tel que cela donna l'idée aux différents artistes présents sur cette B.O. de monter une tournée et de prendre la route. Ce disque live campagnard à souhait est tiré de cette virée rustique. On y retrouve les Fairfield Four, ce mythe vivant du gospel américain, Alison Krauss et toute une flopée de superbes artistes de blue grass, musique des cordes et des champs majoritairement représentée ici. Pour prolonger le bonheur de la rediffusion du film, voilà un complément live indispensable. Il faut évidemment apprécier le charme très "banjo et chemises à carreaux" de ce genre de musique, particulièrement dépaysante. Goudronneux et mange-bitume s'abstenir.
HP
3,5
A ranger entre Alison Krauss et Chris Hillman

E-French Sound.com
House Session
(E-FranchSound.com/M10) – 14 titres, 78m02s - Compilé par Javier de Galloy
House.
On aurait pu croire que tout avait été fait autour de la compil’ avec des morceaux-de-house-pour-danser dedans. Mais non, c’est le rocher de Sisyphe de l’amateur de bonne house music, tout est à refaire encore une fois. Alors qu’une poignée d’artistes cherchent à rendre plus subtile cette musique pour dancefloor, la multitude qui reste s’évertue à donner raison aux détracteurs du genre. E-FrenchSound.com n’est pas une compilation entièrement mauvaise : on peut sauver peut-être trois titres, les trouver moins étouffe-chrétien que les autres, mais franchement, mieux vaut demander à votre disquaire de vous orienter vers des galettes plus digestes que cette accumulation de musique pour boîtes de nuit de campagne. On se demande vraiment comment FG peut soutenir une telle initiative.
CD’O
1
A ranger entre les compil’ NRJ et Voltage

Stefan Elmgren’s Full Strike
We Will Rise
(Spitfire/BMG) - 11 titres, 41m49s - Produit par Stefan Elmgren - Disponible
www.fullstrike.net
Heavy mélodique.
Pour les béotiens, Stefan Elmgren n’est autre que le guitariste qui turbine sec au sein de Hammerfall. Beau pedigree, à peine écorné par la courbe descendante prise par le groupe ces derniers temps. Cet album solo surprend… parce qu’il n’a rien d’un album solo ! Full Strike a des allures de véritable groupe tant sa cohésion semble grande, et l’on se prend à tomber des nues à l’écoute de refrains magnifiques aux allures légendaires, qui vous restent coincés dans le ciboulot des heures durant. En plus, We Will Rise a une pêche d’enfer tant et si bien qu’au bout du compte, il enfonce littéralement les dernières productions de Hammerfall dont les fans de la première heure (la meilleure) risquent de mieux se reconnaître ici. Une référence doublée d’une formidable surprise. Greeeeaaaat !
HD
5
A ranger entre Accept et Hammerfall

Rachelle Ferrell
Live In Montreux 91-97
(Blue Note) – 12 titres, 77m19s – Produit par Rachelle Ferrell – Disponible
www.bluenote.com
Performer.
Premier album disque d’or, un deuxième longtemps dans les charts du Billboard et maintenant ce live à Montreux, concert que beaucoup considèrent telle une consécration dans la discographie de la chanteuse. L’évocation même de Montreux suffirait à donner de l’élan à ce disque, si toutefois celui-ci en avait besoin. «My Funny Valentine» retiendra plus particulièrement notre attention parmi ce set de 1991, alors que le titre fut maintes fois repris (par des monuments du jazz). Ici, il serait presque jovial, méconnaissable. C’est ainsi que Rachelle se distingue des autres interprètes, en offrant de nouvelles perspectives aux classiques jazzy. Autre surprise, les enregistrements de sa venue en 97, toujours à Montreux. Là, elle participe à un hommage à Aznavour. «Me voilà seul» et «On se réveillera» jouissent d’une tout autre saveur…
LE
3,5
A ranger entre Dee Dee Bridgewater et Natalie Cole

The Flaming Lips
Yoshimi Vs. The Pink Robots
(Warner) - 11 titres, 47m 25s - Produit par Dave Fridman - Sortie le 16 juillet
http://www.flaminglips.com/
Dream Pop.
Même s’il n’est pas un album conceptuel, Yoshimi Vs. The Pink Robots est basé, de façon informelle, autour de ce que le leader des Flaming Lips, Wayne Coyne, appelle des sound stories. De ce point de vue, et puisqu’il s’agit de pouvoir évoquer le Japon, un usage assez flagrant est fait de l’électronique. L’effet en est curieux puisqu’il mélange volutes psychédéliques déstructurées ou bruits de foule (“Yoshimi Part II”) aux climats beaucoup plus oniriques propres à Soft Bulletin, le précédent opus des Lips (“Morning Of The Magicians”). C’est sans doute le fait de se situer à la charnière de ces deux idiomes qui rend le disque si décousu. Ni franchement propre à induire contemplation, ni totalement capable d’introduire avec pertinence “bruits technologiques”, il semble pêcher par ce qu’il professe : un alliage qui ne prend pas.
CF
3
À ranger entre Mercury Rev et Julian Cope

Flogging Molly
Drunken Lullabies
(Burning Heart Records) – 12 titres, 45m15s – Produit par Flogging Molly – Disponible
www.floggingmolly.com
Dubliners.
The Pogues, toujours et encore, ne cessera donc jamais de tarauder notre cervelle ou faire des émules all around the world. Bien sûr que Shane MacGowan n’a jamais détenu le monopole du banjo punk, violon rock ou de l’accordéon ivre, seulement si on vous le ressert en joker c’est que le bougre a inscrit son heure de gloire sur une scène indé en fin de règne No Futur. Comptez les survivants, ils ne sont plus nombreux. Flogging Molly reprend dignement le flambeau de l’édenté imbibé, ou plutôt rattrape le cours d’une Pogues story juste avant son déclin. La tentative arrive à une drôle d’époque certes, et surtout en transitant par les Etats-Unis, puisque les FM se sont exilés dans un pub irlandais de Los Angeles !Peu importe, le septuor sonne comme au début des 80s, baigne dans le jus d’une prod minimaliste punchy et électrique à souhait.
LE
5
A ranger entre The Pogues et The Popes

Fort Lauderdale
Time is of the essence
(Memphis industries/La Baleine) – 12 titres, 48m49s – Produit par divers
Disponible
www.memphis-industries.com
Electro-pop aérienne.
Derrière ce nom d’une ville de Floride, se cachent deux petits génies britanniques, Steve Webster et Toby Jenkins, imbibés des musiques de séries sixties. Après s’être fait la main sur deux maxis, voilà qu’ils nous pondent un LP digne des deux premiers albums de Air ! La ressemblance est frappante, même si Fort Lauderdale a su créer son propre style. Imaginez des thèmes musicaux à la Star Trek ou à la John Barry sur fond d’electro, galvanisés par des intrusions psychédéliques et des bidouillages synthétiques. Time Is Of The Essence distille avec finesse douze compositions riches, créatives, aux atmosphères moelleuses et oniriques, tirant le meilleur parti des sonorités actuelles et de l’easy-listening kitsch. Une excellente surprise.
CV
4,5
A ranger à côté de Air

Isaac Freeman And The Bluebloods
Beautiful Stars
(Lost Highway/Universal) - 11 titres, 44m57s - Produit par Kieran Kane - Disponible.
www.losthighwayrecords.com
Chapel Blues.
Isaac Freeman a 74 ans. Aux USA, ce vieil homme jouit d'un respect considérable, c'est même un mythe dans le monde du gospel depuis qu'en 1948, il devint le chanteur basse des Fairfield Four, le quartet fameux du Tennessee. Ceux qui ignorent de qui il s'agit les ont entendu dans la bande-son de O Brother. Dans ce disque, le patriarche s'est associé avec le plus subtil des blues bands de Nashville, ces jeunes surdoués des Bluebloods, pour réaliser une superbe fusion entre blues et gospel, la musique du diable et celle du bon dieu réunies pour la bonne cause : celle de notre plaisir. Franchement, on ne croirait pas pouvoir se délecter autant de ces traditionnels chantant la gloire du Jésus-en-chef. Et pourtant, quel grand moment de fine musique et de profondeur d'âme. Bon, ce n'est définitivement pas à la mode, ce n'est pas de la musique de lofteur : deux raisons supplémentaires pour apprécier...
HP
3,5
A ranger entre Fairfield Four et Muddy Waters

Gerard
Sighs Of The Water
( Muséa ) - 7 titres, 46m35s - Produit par Numero Ueno et Gerard - Disponible.
www.prazall.mbn.or.jp/_gerard
Claviers futés.
Gerard s'est imposé depuis quelques années comme le fils le plus futé d'Emerson, Lake & Palmer. Pour ce nouvel album, le trio nippon s'éloigne pourtant un peu de sa chère référence, et se situe ici beaucoup plus du côté de Patrick Moraz et d'Eddie Jobson (version UK). Personne n'ira se plaindre de ce renouvellement, et l'on continue à admirer pareillement la virtuosité de Toshio Egawa et de ses deux comparses. Leur tonicité également, car il s'agit vraiment bien d'un power trio, si ce n'est qu'il n'y a point ici de guitariste. On regrettera par contre quelques passages chantés franchement dispensables et même ratés, qui viennent ternir les beaux paysages musicaux que Gerard est à présent capable de peindre.
HP
3
A ranger entre Patrick Moraz et Ars Nova

Gerling
Headzcleaner
(Infectious/Pias) – 14 titres, 58m20s – Produit par Gerling, Magoo, Josh Abrahams, Steve Foster - Disponible
www.gerling.net.au
Electro pop.
Trois zigotos affublés de masques bizarroïdes sur une pochette jaune poussin... Se prendraient-ils pour Daft Punk ? S’ils avouent être influencés par ces derniers et par la french touch à la Super Discount, les Australiens iconoclastes de Gerling surfent avec la même aisance joviale sur la pop, le disco, le hip hop, le post-punk, la folk, l’ambient, et tout ce qui leur passe par la tête. House ardente interprétée par Kylie Minogue, délire sixties hargneux aux échos de BRMC, trip atmosphérique inspiré par Björk et chanté par Solex, hip-hop planant rappé par Kool Keith, Headzcleaner est une passerelle conviviale entre l’électro et le rock, échafaudée avec adresse et cohérence. Un album créatif, énergétique et séduisant en diable.
CV
4,5
A ranger entre Daft Punk et Beck

Gilberto Gil
Kaya n’gan daya
(Warner Jazz France) – 16 titres, 70m11s – Produit par Gilberto Gil et Tom Capone - Disponible
www.gilbertogil.com.br
Reggae light.
L’empereur de la musique populaire brésilienne a voulu rendre hommage à son idole de toujours, Bob Marley, en lui consacrant un album complet de reprises. On retrouvera ici beaucoup de classiques du grand Bob («Could You Be Loved», «No Woman No Cry»), quelques titres moins connus, tous restitués avec une fidélité exemplaire. L’interprétation est sans faille, la qualité de la production irréprochable, et la voix de Gilberto Gil se plie à merveille à cet exercice. Le seul ennui, c’est que ce décalquage millimétré a par malheur gommé l’esprit rageur, rebelle et passionné qui constituait l’essence de la musique de Marley. D’où un reggae édulcoré, sans relief, aux résonances de pâle copie. Autant réécouter l’original !
CV
1,5
A ranger entre Bob Marley et UB40

Miguel Graça
Monkey Mass
(Bombay Records/M10) – 15 titres, 79m09s – Produit par M. Graça – Disponible
www.bombayrecords.com
House.
On pourrait croire que la house n’a plus d’avenir, que le tour de la question a déjà été fait. Si l’engouement français s’est aujourd’hui estompé, les anglophones aux n’ont pas dit leur dernier mot. Pour preuve ce nouvel opus du producteur canadien d’origine portugaise, Miguel Graça qui impose au style une délicatesse d’arrangeur indéniable. Aux côté de ses vingtaines de maxis, de ses remixes pour nul autre que les Master At Work de l’époque flamboyante («Voices In My Head») ou encore récemment pour le français Llorca («Indigo Blues»), Graça assume sa place à part sur la scène house avec désormais deux longs formats irréprochables. Ne délaissant pas les platines pour autant, le DJ montre ses talents également lors des soirées au travers de la planète et parfois à Paris. A ne pas manquer
CD’O
4
A ranger entre Roy Davis Jr. et Chari Chari

Hamlet
Hamlet
(Locomotive/M10) –11 titres, 40m34 s – Produit par Colin Richardson – Disponible .
www.locomotivemusic.com
Thrash hispanique.
Bon sang, ce disque décrasse excellemment les oreilles les plus bouchées ! Les Madrilènes qui composent Hamlet (il fallait oser, un nom pareil !) ont fondé ce groupe en 1987, mais il s’est passé tant de choses –changement de personnel, virage musical à 180°, ce genre de choses– dans leur vie depuis, qu’on peut presque parler de formation flambant neuve pour la sortie de Hamlet l’album. Nous avons à faire à du metal brutal, extrême comme se plaisent à le dire certains et la production de l’efficace sorcier Colin Richardson n’a pas vraiment arrondi des angles qui le regardaient d’un sale œil, anyway. Pourtant, les onze chansons gravées se laissent écouter avec plaisir et sans que l’auditeur ne taxe le thrash metal classique de Luis Tarraga & Paco Sanchez (les deux maîtres d’œuvre) de bouillie pour chat supersonique ou, l’insulte suprême, de simple bruit sans intérêt.
TS
3
A ranger entre Napalm Death et Electro Hippies (remember ?) .

Honeymoon Suite
Dreamland
(Frontiers Records/XIII Bis) - 12 titres, 47m49s - Produit par Everett Ravenstein et HMS - Disponible.
www.frontiers.it
Pop chromée.
Les Canadiens de Honeymoon Suite étaient apparus en 1984 en pleine vague du hard FM, autrement appelé AOR. Positionnés entre Foreigner et Bon Jovi, ces gaillards s'y entendaient pour délivrer d'excellents petits hits chromés qui vous frisottaient joliment le nerf sciatique. Amenés par la vague platinée, ils furent remportés pareillement après quatre albums studio dont certains vraiment très réussis. Et voilà que deux de ses membres, Johnny Dee et Derry Grehan, ont rouvert la suite nuptiale. Cet album est une version européenne de leur récent Lemon Tongue seulement paru au Canada pour leur retour à l'activité. Désormais, leur rock est devenu une sorte de pop chromée proche de Bryan Adams et manque sérieusement de personnalité, sinon de compétence. On se demande vraiment qui cette résurrection pourra passionner...
HP
2
A ranger entre Bryan Adams et Rick Springfield

Les Hurleurs
EP
(Barclay/Universal) – 4 titres, 17m 34s - produit par Ian Caple – Disponible
www.hurleurs.com.fr
Chanson électrique.
Comment expliquer que Ciel d’Encre, le deuxième album des Hurleurs, en 2000, soit passé inaperçu ? La question reste posée, alors que Jean-Charles Versari et sa bande publient un avant-goût de leur futur opus, appelé en toute simplicité EP. Une simplicité qui n’a d’égale finalement que la profondeur des morceaux qui nous sont ici offerts. Quatre titre en forme de mises en bouche débouchant sur une véritable fringale ! Ouvert en français par « L’épreuve du feu » et «Dans ton sommeil», Jean-Charles prouve que la chanson frenchy n’est pas un obstacle pour lui. Mais c’est sur cette reprise de Curtis Mayfield, «The Other Side Of Town» et «Sailor Song» que toute l’intensité des Hurleurs éclate au grand jour. Musicalement d’une incroyable densité, entre cuivres et électricité, cet avant-goût nous promet une rentrée sur les chapeaux de roue !
CD’O
4.5
A ranger entre Tom Waits et Tindersticks

Idaho
We Were Young And Needed The Money
(Retrophonic/Pop Lane) – 17 titres, 60m03s – Produit par Dale Stewart – Sortie le 3 septembre
www.idahomusic.com
Inédits.
On ne connaîtra jamais vraiment les critères de sélection pour que tel titre figure au final sur un album ou que d’autres finissent dans un tiroir. À ce jour, aucun groupe ne m’a fourni la même explication sur ce départage légitime aux yeux des musiciens, injustifié aux oreilles des fans. Puis, au cours d’une réédition, d’un EP, une ou deux chutes de studio s’offrent comme du pain béni à tous les adeptes. Sans doute rongé par les remords et conscient de sa non-objectivité, le combo revenait sur sa décision. Tout cela pour en venir à cet album magnifique fait de raretés, d’inédits piochés de 1992 à 99 et qui soudainement refont surface. Jeff Martin confie qu’il attendait le moment propice à la sortie de ces morceaux poppy. Du délire pur et simple, vu le calibre de cet opus, plus proche de la matière brute que du produit fini. Et si c’était le meilleur album d’Idaho ?
LE
5
A ranger entre un Coldplay moins ampoulé et un Grandaddy pop

Idlewild
The Remote Part
(EMI) –11 titres, 38m18 s – Produit par divers - disponible
www.emimusic.fr
Pop énervé.
Troisième album pour ces anglo-saxons qu’on devine dépités par le succès grandissant de Travis et des Stereophonics, et troisième occasion de se familiariser avec leur univers électrique mais attachant (tonnerre, ces guitares distordues à la fin de « Stay The Same», proprement incroyable !), au moins autant que celui des formations précitées. The Remote Part est moins mignon que Hope Is Important, leur jet initial, mais il est bien plus abouti que 100 Broken Windows, celui d’après, qui souffrait (et nous faisait souffrir en même temps) d’un manque d’unité un peu trop flagrant. Ils se lancent même dans la longue composition à double embranchement, le temps d’un In Remote Part/Scottish Fiction final qui rassurera ceux et celles qui commençaient à se demander s’ils n’avaient pas misé toutes leurs économies sur le mauvais cheval : les paris vont enfin commencer à rapporter.
TS
3,5
A ranger entre The Big Dish et le premier mini-lp de Travis (bien avant le chiant « Sing ») .

Etta James
Burnin’ down the house
(Private music/RCA/BMG) – 12 titres, 72m46s – Produit par John Snyder - Disponible
www.privatemusic.com
Blues/rhythm’n’blues.
Au panthéon du blues, Etta James est une rescapée. Les années et les excès n’ont pas eu raison de sa voix rauque dévastatrice, comme en témoigne ce live, enregistré en décembre dernier à la House Of The Blues d’Hollywood. A 64 ans, la tornade James signe une performance décoiffante dans un registre blues-soul, funky à l’occasion, entourée de son Roots Band où s’illustrent d’ailleurs ses deux fils. Au programme, ses grands succès, de «I Just Want To Make Love To You» à «At Last» («Tell Mama» manque à l’appel) et divers titres cultes revisités («Born To Be Wild», «You Can Leave Your Hat On», «My Funny Valentine»...). Un concert sans grandes surprises mais interprété avec une effervescence et une dextérité succulentes.
CV
4
A ranger entre la collec Etta James et les live de BB King

Kanjar’oc
L’Ame de Feu
(Small Axe/Tripsichord) – 13 titres, 44m12s – Produit par P. Beneytout et P. Bruguière – Disponible.
Groove méditerranéen.
Les marseillais de Kanjar’oc n’en sont pas à leurs débuts. Pour leur septième album, toutes les influences majeures du groupe sont présentes à l’appel : ragga, dub, hip hop, rock, quelques boucles électro, rien ne manque ! Et pourtant on regrette le temps de Kamino Real, plus roots et moins sermonnant. Reste que le collectif Kanjar’oc peut revendiquer une base de fans si dense que l’on aurait du mal à lui reprocher ses prises de positions. Avouons qu’en concert, aucun doute ne subsiste, les occitans sont incomparables pour mettre le feu, offrant à leur musique une dynamique incontestable, moins évidente sur disque. Vous pourrez vous-même le constater grâce au petit bonus vidéo inclus sur le CD. A voir et à écouter donc.
CD’O
2.5
A ranger entre Positive Roots Band et Mister Gang

Killkenny
Killkenny
(Kosmic/Mosaïc) – 12 titres, 31m34 s – Produit par Nerves Wos – Disponible .
www.kosmic@club-internet.fr
Pop Rock du plus bel effet.
Attention, formation talentueuse en vue ! Les frères Marmoz et leurs trois petits amis sont originaires de Salon De Provence et cette magnifique région les a sûrement aidés à peaufiner leur rock pas trop énervé et merveilleusement mélodique : leur premier album fait partie des premières bonnes surprises de ce caniculaire été 2002. Leur anglais chanté passe l’épreuve du groupe français pas très doué pour les langues étrangères, haut la main, et les compos tiennent bien la route, une fois n’étant pas coutume ! Définitivement un combo à suivre de près, car il n’a certainement pas encore donné le meilleur de lui-même ; il ne nous reste plus qu’à lui faire de la place sur nos étagères.
TS
3,5
A ranger entre les français de Dirty Hands et les écossais de Ash .

Korn
Untouchables
(Epic/Sony) - 14 titres, 40m49s - Produit par Michael Beinhorn - Disponible
www.korn.com
Leader of the pack.
Korn est de nouveau en route, paré à dégager les croûtes ! Pas mal de suiveurs se sont inspirés du son unique des incontestables leaders de cette frange metal qui en veut, diaboliquement ancrée dans son époque, à la fois violente et «pacondutout». The Untouchables est décontenançant à plus d’un titre. D’abord parce qu’il montre que Korn ne capitalise nullement sur ses acquis. Ensuite parce qu’il démontre les réelles capacités du groupe à créer des atmosphères et à les implémenter durablement dans les neurones de l’auditeur. Enfin, il fournit la preuve formelle que Jonathan Davis n’est en rien un beuglard forcené et qu’il sait moduler quand le besoin s’en fait sentir. Propulsés par une production aussi profonde que percutante, les quatorze titres, d’une densité émotionnelle rare, proposent une succession de trouvailles, tant au niveau des riffs que des arrangements ou des sonorités. Les transitions sont nombreuses et magnifiquement gérées, les ruptures mélodiques, splendides, claquent comme des feux d’artifices sonores et l’on se plait à penser qu’on aborde le concept de metal total, ouvert à d’autres influences, calibré pour vaincre et convaincre. Pour résumer, on peut dire que jusqu’à présent, Korn faisait essentiellement headbanger mais qu’aujourd’hui, il fait aussi taper du pied et fredonner. Avec cet album certifié pure bourrasque, il risque de déboussoler ses fans les plus intégristes et bornés, mais également de séduire, sans se compromettre, un public encore plus large. Un vrai coup de maître !
HD
5,5
A ranger au top

The Langley Schools Music Projet
Innocence And Despair
(Setanta/PIAS) - 21 titres, 68m35s - Produit par Irwin Chusid - Sortie
www.keyofz.com
Chorale.
Le LSMP est un chœur de 60 collégiens de l’Ouest rural du Canada qui, en 76-77, enregistrèrent sous la direction de leur professeur de musique, des compositions de Mc Cartney, Beach Boys, Bowie, etc. Il n’y avait derrière nulle volonté commerciale, et ce “moment capturé” est émouvant à plus d’un titre. Il restitue en effet les conditions de l’époque (un deux pistes) et atteignent aujourd’hui une dimension quasi-spectorienne dans ce qu’on nomme par effet de mode le minimalisme “lo-fi”. Les voix impubères restituent une sorte de magie irréelle par leurs approximations, comme si la beauté se situait dans l’erreur. Il y a certes de l’innocence dans ces versions mais, plus que d’adjoindre au titre de cette réédition le terme “désespoir”, nous avons ici un témoignage pédagogique qui serait plutôt de l’ordre de la ferveur.
CF
4
À envoyer à Luc Ferry !

Loaded
Dark Days
(Locomotive/M10) - 12 titres, 48m34s - produit par Martin Feveyear - Disponible
www.locomotivemusic.com
Rock hard.
Duff McKagan est un peu partout ces derniers temps, ce groupe-là (et ce disque en particulier) étant sans doute ce qu'il a fait de mieux depuis l'ère Guns & Roses. Du bon gros rock visqueux et riffeur, endiablé et immédiatement accrocheur, malgré les éculés "fuck you" et autres gimmicks rock & prout. McKagan, qui chante, s'en sort plutôt assez bien dans le genre et l'on est même parfois surpris par la profondeur de certains textes, tel "Seattlehead", le titre d'ouverture, qui nous plonge dans les mauvaises vibrations de la cité des anges, ou encore la chanson-titre, qui ressemble plus à un passage sur le divan limite dépressif qu'aux sempiternelles hymnes rentre-dedans. Dark Days demeure cependant un disque qui cogne et qui claque, sans autre ambition que de faire passer un bon moment, ce qu'il réussit.
CG
À ranger entre L.A. Guns et Beautiful Creatures
3,5

Luna
Romantica
(Beggars Banquet/Labels) – 12 titres, 44m 26s – Produit par Luna et Gene Holder – Disponible
www.fuzzywuzzy.com
Dream Pop.
Voilà un disque qui semble concilier, de par son titre et le nom du combo, ce que tout fan de Luna était en droit d'attendre. Mélodies ciselées, atmosphères oniriques, écheveaux de guitares mêlant riffs clairs et couches ondoyantes ; Romantica est sans doute le meilleur album du groupe à ce jour. La production de Gene Holder (Dbs) apporte espace et luminosité alors que la collaboration partielle de Dave Fridmann y ajoute cette luxuriance et cette épaisseur propres à transfigurer le moindre arpège de guitare. Ajoutons que les compositions sont bien plus qu'honorables et l'on obtient un LP qui s'impose peu à peu à l'auditeur tant son immédiateté pop fait place progressivement à des climats autrement plus irréels et fantasmagoriques.
CF
4,5
À ranger entre Mercury Rev et Dbs

Mapstation
A Way To Find the Day
(Staubgold/Chronowax) - 11 titres, 40m34 s - Produit par Bernd Jestram et Stephan Schneider - Disponible.
www.chronowax.com
Electronica.
Bien sûr, ce genre de disque est de ceux qu’on ne passera jamais dans une soirée, ni en voiture et qu’on ne prêtera pas. Ces longues plages d’électronica désolées, concoctées par Stephan Schneider (To Rococo Rot) ne se dégustent qu’en solitaire. Certains artistes techno font des disques pour s’endormir : c’est le cas de M83, jeune duo d’Antibes, auteur d’un album superbe chez Gooom Disques. Un album pour s’endormir, on entend déjà les sourires et les références à la musique de relaxation et tout ce quelle a de caricatural. C’est dommage car endormir (quand c’est délibéré) est aussi honorable que faire danser l’auditeur. Un univers un brin aseptisé, que vient humaniser la présence du chanteur reggae Ras Donovan. Bernd Jestram, du groupe Tarwater, a fait se rencontrer les deux hommes. Les deux titres nés de leur collaboration («New Direction» et «Wake Up»), sont du dub sous Tranxène !
souhait.
JMG
3
À ranger entre Labradford et Plaid

Markant
Vice versa
(Markant Records/Chronowax) - 10 titres, 78 m 15 s - Produit par Markant - Disponible.
www.markant-records.com
electronica.
Markant aime prendre son temps pour installer ses atmosphères éthérées : le titre ouvrant l’album dure près de treize minutes, et les morceaux s’enchaînent parfaitement. C’est d’ailleurs une particularité de cette électronica qui lorgne parfois vers la drum and bass minimaliste de Photek ou de Source Direct. L’album s’écoute mieux dans la continuité. Les morceaux sont construits sur une base simple : une mélodie simple et douce sur des beats sombres et acérés. Si l’album n’était pas sorti sur son propre label, la musique de Markant, proche de celle d’Autechre ou de Plaid, aurait pu avoir sa place sur le label Warp, ou sur un label drum and bass.
JMG
3,5
A ranger entre Aphex Twin et Squarepusher

Lynn Miles
Unravel
(Continental/Socadisc) - 11 titres, 48m05s - produit par Ian Lefeuvre - Disponible
www.lynnmiles.com
Folk.
Lynn Miles est Canadienne, elle chante des chansons plutôt désespérées avec une grâce rare, ce qui rend son univers musical assez attachant, même s'il lui manque le piquant qui pourrait relever cette sauce un peu fade, à savoir essentiellement originalité et génie. Unravel est son troisième album, plus calibré et paradoxalement mieux écrit que les ceux qui l'ont précédé. L'instrumentation y est éthérée mais riche et assez bien dosée. D'ailleurs, les espaces entre les notes, les silences entre les mots, ont aussi leur importance. Il n'empêche que si le savoir-faire est évident et donc le talent indiscutable, le génie, lui, n'en demeure pas moins absent de cette galette mélancolique, plaisante et planante, mais jamais transcendante.
CG
À ranger entre Cowboy Junkies et Michelle Branch
2,5

Ming
Extérieur Remix
(Doxo/Pop Lane) – 10 titres, 47m 53s et 6 titres, 25m 09s – Produit par Divers – Sotie le 18 juillet
Électro-pop.
Le disque de Ming Intérieur/Extérieur et ses titres se voulant représentatifs d'une pop à la sauce post-Kraftwerk, ont inspiré plusieurs artistes de la scène électronique européenne. Chacun d’entre eux a donc remixé une chanson de son choix. L'exercice permet de voir que la scène électronique est versatile et, par conséquent, pas aussi figée qu'on pourrait le croire. La limite en est qu'un travail uniquement sur le son nécessite de bénéficier de compositions plus diversifiées que la sélection proposée. Ces remixes (parfois jusqu'à quatre du même morceau !) tournent donc un peu en rond ; autant se contenter de l'album initial. À condition déjà d'avoir été séduit par lui.
CF
2
À ranger entre Air et Rinôçerôse

Moon Juice
Moon Juice
(Plein Gaz/PIAS) –10 titres, 54m06 s – Produit par le duo – Sortie courant Juillet 2002
www.pias.com
Musique instrumentale dépaysante.
Patrick Goraguer et Philippe Le Baraillec, multi-instrumentistes talentueux et colonne vertébrale de ce Moon Juice, ont collaboré avec un tas d’artistes différents avant de se rencontrer et de se rendre compte qu’ils avaient les mêmes héros : Bill Evans, Thelonious Monk ou bien encore Herbie Hancock et Jill Scott. Depuis, ils ne se quittent plus et un premier heureux événement vient de consolider cette union : Moon Juice est un album assez aride à la première écoute, mais totalement passionnant une fois que cette barrière imaginaire est levée une bonne fois pour toutes ; pas une seule fois nous n’aurons à subir de voix nasillarde et les claviers (les claviers, hein, pas les synthés) règnent en maître sur cette terre qui n’a jamais entendu parler de compromission ou de facilité. Bravo !
TS
4
A ranger entre un Howe Gelb sous acide et le premier Orange Goblin

Shana Morrison
Seven Wishes
(Vanguard/Warner Music) - 13 titres, 55m56s - Produit par Steve Buckingham - Disponible
www.shanamorrison.com
Rouquine'roll.
Shana Morrison est la fille du Van. Et comme son père, elle se signale par ses boucles rousses et l'incandescence irlandaise de son caractère. Car il ne s'agit pas là d'un album de la fifille à son papa, de ceux qu'on produit bienveillamment par protection. Même si elle était la plus anonyme des débutantes, cette Shana se ferait obligatoirement remarquer, car elle possède talent et charisme à revendre. Bon sang ne peut mentir etc. Sa voix est belle, ferme, riche d'une appréciable diversité de timbre. Et elle s'attaque sans complexe à des morceaux de toutes sortes : pop, r'n'b, folk, tout lui réussit également. Comme de plus elle est splendidement entourée -daddy Van bien sûr, mais Sonny Landreth aussi- l'album s'impose comme une franche réussite et l'on se dit que cette petite très douée pourrait nous faire une sacrée carrière si l'ombre du père ne vient pas trop lui nuire.
HP
4
A ranger entre Texas et Natalie Imbruglia

Mus
El Naval
(Acuarela/Pop Lane) – 10 titres, 37m 53s – Prudit par Mus - Sortie le 16 Juillet
www.acuareladiscos.es
Slow-Core.
Mus est un duo constitué de Fran Gayo et de Mónica Vacas. Ce nouvel album (le 2ème après quelques EPs) les voit se détourner d'une voie électronique pour s'orienter vers une musique plus dépouillée à la fois cinématographique et nocturne. Arrangements minimalistes, guitares acoustiques ou pianos baroques, mélodies claustrophobes et voix gothiques ; on n'est guère éloigné d'un univers oscillant entre Dario Argento et David Lynch. Autres que ceux de Migala dont il emprunte pourtant certains procédés, les paysages suggérés par Mus sont ceux d'une violence intérieure plus que panoramique. Ils gagnent à être écoutés, ne serait-ce que par la mise à nu onirique qui s'y déploie.
CF
3
À ranger entre Goldfrapp et Low

Muse
Hullabaloo - Live At The Zenith
(Naive) – 2 CD 21 titres, 93m37s - Disponible
www.muse-official.com
Muserie.
Deux disques sinon rien. Muse nous gratifie donc de ce double live et d’une sortie DVD simultanée. Pour l’heure, seule la version audio passe sur le gril : qui aime bien, châtie bien. Cet événement, nous l’attendions depuis un moment, tremblant à l’idée de tenir entre les mains un live sans peps, sorte de mauvais best of au son cradingue dont les plus chevronnés ne sont pas à l’abri (voir Radiohead). Mais non, ces charmants bambins s’en sortent plutôt bien (l’enregistrement en concert révèle souvent les qualités techniques et musicales d’un combo, voire ses limites). Un sentiment cependant nuancé car les gars ne se montrent pas tout à fait à la hauteur de notre attente. Sans vouloir jouer le rock critic en mal d’os à ronger, le CD 2, celui du live en question, tient en équilibre un avis qu’on préfèrerait tranché. Certes, Muse joue fort, Matt recentre toute l’énergie du trio, quant à Dom, il parvient à ramener au premier plan une basse souvent noyée sur scène. Reste Chris, dont le punch n’a rien à envier au brutus nous ayant assommé lors du récent Bowie à l’Olympia. Le trio se lâche donc sans retenu, tant mieux, mais serait-ce au détriment de l’homogénéité du tracklisting ? Vraisemblablement. En privilégiant le son de ce superbe set (dont ils ont supervisé l’enregistrement), le trio vide ce gig d’une autre substance vitale : l’effet de surprise. Vous les aviez vus lors d’un festival (Evreux par exemple), vous les retrouvez à l’identique et dans les grandes lignes (“Showbiz”…). Sur le CD 1, une compilation de B-sides (version studio) ajoute un peu plus de piment au package. Et c’est justement certains de ces titres que l’on aurait aimé retrouver sur le côté Live At The Zenith de ce double. Ce risque pris aurait probablement rassasié les fans déjà en possession des singles justement pour ces raretés qu’ils comportent. Mais bon, Muse remplit néanmoins son contrat en nous invitant à patienter agréablement jusqu’à la prochaine sortie, un véritable événement cette fois.
LE
4
A ranger entre Origin Of Symmetry et Showbiz

Nina Nastasia
The blackened air
(Touch and go/Chronowax) - 1 CD, 16 titres, 43m53s - Produit par Steve Albini - Disponible
www.chronowax.com
Folk-rock.
A l’heure où tant de logiciels et de machines permettent aux musiciens en herbe de faire très vite de la mauvaise musique, certains s’acharnent à écrire de petites chansons, belles et miraculeuses, des petits bijoux, des mélodies simples et tendres qui iront toucher le cœur de l’auditeur. La new-yorkaise Nina Nastasia est de ceux-là : en moins de deux minutes, avec une chansons simple sertie d’arrangements majestueux, elle offre un petit instant de grâce taillé sur mesure. Certains mélomanes avertis se languissaient de ne plus voir le label Touch And Go distribué par ici, mais c’est fini. Cet album en apporte la bonne nouvelle et par le biais d’une artiste majeure, qu’on suivra de près.
JMG
4
À ranger entre Patti Smith et Joni Mitchell

Nebula
Dos EPs
(Sweet Nothing/UMC) - 11 titres, 47m37s - produit par divers - Disponible
www.nebulamusic.com
Stoner.
Nebula est considéré par beaucoup comme l'un des plus dignes représentants actuels de la dernière vague stoner. Il faut bien avouer que le groupe et son gros rock sans aucun compromis a tout pour lui : des tronches de bucherons malodorants, une richesse musicale de bon ton et des guitares (car le stoner c'est aussi et surtout une histoire de guitares) qui ne défoncent jamais les portes ouvertes mais préfèrent s'encastrer sur le mur d'à côté. Ce disque regroupe deux mini-albums sortis en 98, respectivement sur Mans Ruin Records (R.I.P.) et Meteorcity, soit huit titres remixés pour l'occasion, ainsi que trois compositions enregistrées tout spécialement et qui démontrent sans trop d'effort à quel point le groupe a progressé en quelques années. Vite, remettez-nous en une bonne tranche !…
CG
4
À ranger entre Demon Cleaner et Spiritual Beggars


Nightwish
Century Child
(XIII Bis Records) - 12 titres, 50m15s - Produit par T. Holopainen - Disponible
www.nightwish.com
Opera metal.
Un groupe pétri de talent comme Nightwish, n’a pas le droit à la stagnation. Ceux qui pensent, probablement avec juste raison, qu’Oceanborn fut le sommet artistique des Finlandais, omettent de mentionner que Wishmaster marqua leur apogée commerciale et l’avènement d’une grande popularité. Century Child semble une suite logique, une extension d’un répertoire toujours dominé par la voix sublime de Tarja, qui excelle une nouvelle fois sur des compos empruntant au metal progressif autant qu’à l’opéra. Les mélodies irrésistibles se succèdent, les arrangements sont énormes, le feeling coule à flots, l’inspiration, la technique… rien ne manque pour un orgasme sonore prévisible et tellement réalisé. Le vrai point G de l’opéra metal a désormais un nom pour l’éternité : Nightwish. Quoi qu’il puisse lui arriver…
HD
5,5
A ranger entre metal, prog’ et opéra

N.O.B.
The green sky experience
(Sergent major/M10) – 12 titres, 56m09s – Produit par N.O.B. et Sébastien Trouvé - Disponible
Esquisses electro pop.
Composé du guitariste Bruno Lasnier, du batteur Raphaël Chassin et du pianiste Ian Aledji, N.O.B. réalise un étrange bricolage électro parsemé accessoirement de pop et d’un soupçon d’influences world. Un coup d’essai à moitié réussi, malgré les nombreuses trouvailles et les atouts mélodiques de cet album. The Green Sky Experience porte en tout cas bien son nom, tant il ressemble à un vaste espace d’ébauches et d’expériences unicolores, qui frisent par moments le bordel sympathique et font du sur-place. Défauts de production, manque d’argent ou d’inspiration ? Toujours est-il qu’on garde l’impression d’avoir écouté une maquette prometteuse, dont les compositions mériteraient d’être davantage peaufinées et moins répétitives.
CV
2,5
A ranger entre Lamb et Coparck

Gary Numan
Exposure The Best Of Gary Numan 1972-2002
(Jagged Halo/Treize Bis) – 14 titres, 64m 09s et 15 titres, 70m 27s – Produit par Divers - Disponible
www.numan.co.uk
Electro Pop.
Longtemps décrié, Gary Numan est pourtant celui qui a permis d'incorporer les expérimentations électroniques dans un schéma plus pop. Il n'avait sans doute ni l'esprit d'innovation de Brian Eno ni la formidable intelligence ou faculté d'adaptation de David Bowie, mais sa vision, toute stéréotypée qu'elle ait été, a ouvert une brèche dans laquelle s'est engouffrée la new-wave. Même s'il n'a pas été un précurseur dans le sens d'inspirateur fondamental, les titres réunis et remasterisés sur ce double CD prouvent qu'il ne méritait pas l'opprobre critique qu'il avait, à l'époque, recueillie. Aujourd'hui des artistes aussi divers que NIN ou Beck s'en réclament ; raison de plus pour le reconsidérer à sa juste et non négligeable valeur.
CF
4
À ranger entre Kraftwerk et Orchestral Manoeuves In The Dark

Oasis
Heathen Chemistry
(Epic/Sony) 11 titres, 43m21s – Produit par Oasis – Disponible
www.oasisnet.com
Brit Pop.
Les dernières productions des frères Gallagher n'ayant pas eu le succès escompté, Heathen Chemistry peut presque être vu comme une session de rattrapage. Nouveau line-up, Liam composant trois des titres ; on était en droit de s'attendre à une évolution sonique. Celle-ci est peu perceptible même si le disque alterne morceaux plutôt carrés et titres plus éthérés. Les influences restent toujours les mêmes, mâtinées çà et là de quelques touches ethniques, mais l'essentiel reste toujours des chansons qui se veulent efficaces et immédiates. Le résultat n'est que partiellement réussi ("The Indu Times") et si l'album parviendra sans doute à remettre Oasis en selle, il n'en sera pas pour autant aussi mémorable que ses premiers opus.
CF
3,5
À ranger enter Beatles (sic !) et Cotton Mather

Eliades Ochoa
Estoy como nunca
(yerba buena/Virgin) – 11 titres, 48m46s – Produit par John Wooler - Disponible
www.eliadesochoa.net
Musique cubaine.
Guitariste virtuose, chanteur et arrangeur, Eliades Ochoa a été popularisé par sa prestation au sein du Buena Vista Social Club, qui réunissait en 1997 la crème des artistes cubains. Puisant ses influences du côté de la guarija, du son, du bolero et des chansons créoles, son nouvel album solo nous offre un pur moment de musique afro-cubaine traditionnelle. Ici, pas de mambo déchaîné : des guitares sèches, des percussions, des voix, quelques cuivres furtifs de temps à autre, et c’est parti pour onze titres au rythme modéré, sur lesquels on peut chalouper avec indolence en rêvant de sable chaud et de cocotiers. Précisons, comme d’habitude, que ce disque ne séduira que les aficionados. Pour les autres, sommeil profond garanti.
CV
4
A ranger entre Compay Segundo et Vieja Trova Santiaguera

The Orange Humble Band
Humblin’ (Across America)
(Laughing Outlaw/M10) - 15 titres, 52m 34s - Produit Mitch Easter - Sortie le 15 juillet
http://members.ozemail.com.au/~jangle/
Power Pop.
Formé, entre autres, par Ken Stringfellow (Posies), Darryl Mather (Lime Spiders) et Jody Stephens (Big Star), ce combo australien propose sur ce nouveau disque une sorte de road album à travers l’Amérique, conjuguant sensibilité pop et influences roots. Mélodies imparables, harmonies immaculées, lyrics intelligents et performances vocales impressionnantes, Humblin’ est un véritable trésor de riffs de guitares, qu’ils soient acoustiques ou plus électriques. Un son hybride, une inspiration cosmopolite mais un mélange pourtant détonnant. La recette, si simple pourtant, est toujours la même : lustre et enthousiasme se combinant pour nous inviter à une délicieuse odyssée à travers une Amérique à la fois fantasmée mais ô combien réelle. Rafraîchissant !
CF
4
À ranger entre The Byrds et The Posies

Beth Orton
Daybreaker
(EMI) - 10 titres, 51m13s - Produit par Ben Watt et d’autres - Sortie le 30 juillet
http://www.sing365.com/music/lyric.nsf/SingerView/beth+orton
Folk Alternatif.
Beth Orton a toujours essayé de combiner tradition acoustique folk et trip-hop électronique. Ce qui était flagrant et judicieux sur son premier album, Trailer Park, l’était moins sur le suivant, Central Reservation. Daybreaker accentue le trait car la chanteuse collabore ici avec Ryan Adams et Emmylou Harris et l’apport sur un titre des Chemical Brothers et, sur un autre, de William Orbit, semble plus filtré. Y gagne-t-on au change ? Pas vraiment. En effet une musique qui pouvait se satisfaire d’ambiances et d’humeurs semble ici bien dénudée, en partie faute de compositions véritablement mémorables. Ne surnage alors que le plus rootsy , “God Song” avec E. Harris, si extraordinaire qu’il fait apparaître les limites de la voix d’Orton en comparaison de celle de sa consœur.
CF
3
À ranger entre Sarah McLachlan et Hooverphonic

Ozzy Osbourne
Live At Budokan
(Epic/Sony) - 12 titres, 40m49s - Produit par Thom Panunzio & Ozzy Osbourne - Disponible
www.holymoses.de
Poussée mystique.
Le terrifiant teddy bear est aussi le pape du metal. Ozzy navigue depuis bien longtemps entre pathétique et sublime. Un album solo décevant et voilà que se pointe le live destiné à remettre les choses en place. Histoire de bien rappeler à chacun que la légende mérite respect déférence. Ça commence doucement, avec «I Don’t Know» (qui, suivit de «ask my wife», est la phrase préférée du monsieur lors des interviews ! ), ça monte bien avec «Mr Crowley», et ensuite, y’a Mozart qui s’emballe pour «Crazy Train», «Bark At The Moon» et «Paranoid». Des inoubliables qui gardent toute leur fraîcheur en live, le chanteur étant, il faut le dire, appuyé par une formation exceptionnelle (Bordin, Trujillo, Wylde et Sinclair). Seuls les morts ressuscitent aussi bien !
HD
4,5
A ranger entre Tribute To Randy Rhoads et Live & Loud

Over Kill
Wrecking Everything Live
(Spitfire/BMG) – 13 titres, 70m52s - Produit par Overkill - Disponible
www.wreckingcrew.com
Thrash.
Quoi de plus naturel pour un groupe comme Over Kill que de fêter son vingtième anniversaire sur scène ? Indéracinable tronc du thrash, la formation de Bobby Ellsworth se distingue par sa ferveur à jouer une musique pourtant bien passée de mode, mais qui conserve sur la durée toutes ses vertus initiales. Ce live est parfaitement représentatif, ne semble pas trop trafiqué, et distille sans se retenir une impressionnante succession d’éjaculations riffées, syncopées et puissantes. Une belle sauvagerie sautillante, réservée toutefois à ceux qui ont encore assez de sève pour réagir physiquement à ces attaques incessantes. Bref, de la musique pour jeunes d’hier par des jeunes d’hier, et qui sera certainement encore bien vivante demain. Comprend qui voudra.
HD
3
A ranger avec Testament et Anthrax

Paloma
Actresses Date Actors
(62 TV/Discograph) – 11 titres, 47m14s – Produit par Mathieu Davallet – Disponible
http://62tvrecords.infonie.be
Pop Acoustique.
Ce groupe français a déjà à son actif un E.P. ainsi qu'une reprise de "See Emily Play", pour un album hommage à Syd Barrett. Si l'on peut, en effet, trouver quelques nuances biscornues dans sa pop baroque, c'est plutôt par ses arrangements acoustiques que la musique de Paloma véhicule ses humeurs psychédéliques. On est, en fait, parfois même très proches d'atmosphères minimalistes tant les rythmiques paresseuses, les vocaux élusifs et les orchestrations spartiates, semblent contrebalancer tout effort vers l'irréfléchi. Au total, un curieux mais pas déplaisant amalgame de folk-rock plutôt tourné vers l'outre-Atlantique et de "psychedelia" à la sauce anglaise.
CF
3,5
À ranger entre Will Oldham et Sparklehorse

Paragon
Law Of The Blade
(Remedy Records) - 11 titres, 52m51s - Produit par Piet Sielck - Disponible
www.paragon-legions.com
Heavy metal izelo.
C’est en empruntant la route de glorieux aînés que Paragon a trouvé la voie du plaisir. Classiquement heavy metal dans sa démarche comme dans sa présentation, le groupe a rencontré Piet Sielck, producteur émérite et maître à bord du vaisseau Iron Savior, et a trouvé du même coup, un excellent moyen de se propulser vers les hautes sphères du style. Law Of The Blade avec son intitulé parfaitement cliché, étale onze morceaux de bon heavy, bien chargé en riffs saillants, éclatant d’unité et de refrains conquérants avec des chœurs guerriers appropriés, le tout posé sur une production sans faille. Un vrai régal, sans mauvaise surprise, car l’intensité ne faiblit jamais, couronné par une reprise de Saxon fort à propos. Paragon n’a certainement pas inventé la poudre, mais il la fait parler avec talent.
HD
4
A ranger entre Manowar et Hammerfall

John Parish
How Animals Move
(Thrill Jockey/Discograph) - 13 titres, 40m17s - Produit par John Parish - Sortie le 10 septembre
www.johnparish.com
Musique Alternative.
Entre les ambiances nocturnes qu’il avait su créer quand il collaborait avec Polly Harvey et les climats nés de ses productions avec Sparklehorse, John Parish a toujours suivi un itinéraire bien à lui. Sur ce nouvel album, pratiquement instrumental, il semble avoir voulu concilier l’essentiel de ses diverses facettes puisque sa musique oscille entre compositions étayées par ces cuivres presque “tex mex” et atmosphères plus oniriques et brumeuses. Soleil et obscurité serait-on tenté de dire à l’écoute de ces plages presque “ambient” et bruitistes, traversées parfois de rares vocalises (Polly Harvey, James Donahue). On est ici bien éloigné de l’univers du rock tant Parish semble se rapprocher de la démarche disciplinée d’un Roger Fripp. Une musique d’humeur que la participation de Howie Gelb rend plus immédiate et presque charnelle.
CF
3,5
À ranger entre Giant Sand et Goldfrapp

Gilles Peterson
Worldwide Programme 2
(Talkin’Loud/Mercury/Universal) – 14 titres, 60m42s – Produit par divers - Disponible
www.gillespeterson.com
Electro/acid jazz.
Boss du label Talkin’Loud, Gilles Peterson est aussi et surtout l’un des DJs les plus réputés en matière d’acid jazz. Animateur de l’émission hebdomadaire Worldwide sur BBC-Radio One, il avait déjà établi dans une première compil (parue en 2000) une sélection des meilleurs mixes d’artistes internationaux plus ou moins célèbres. Ce deuxième volume poursuit la même direction, avec des titres de Sun Ra, 4Hero, Nu Spirit Helsinki ou encore Seiji, et des inédits de Forss, Dwelle, Rachel Carradine et The Cinematic Orchestra. Dommage que l’album s’égare à deux ou trois reprises dans des fusions latinos sirupeuses qui cassent l’ambiance, car les morceaux jazz-électro tendance trip-hop, sont de vrais petits bijoux.
CV
4
A ranger entre 4Hero et Bugge Wesseltoft

Dominique Petitgand
Le point de côté
(Ici d&Mac226;ailleurs / Wagram) - 14 titres, 34m27 s - Produit par Dominique Petitgand - Disponible
www.icidailleurs.com
art conceptuel.
Bien embêté, le chroniqueur d’un magazine qui a pour devise «de la musique avant toute chose», face à ce disque. Car si c’est bien un document sonore, ce n’est pas de la musique. Bien que Dominique A, Yann Tiersen, et Marc Sens (un guitariste qui a fait la première partie de Noir Désir sur la dernière tournée) soient crédités, Le point de côté ne ressemble à rien de connu. C’est un recueil de sons, de bruits et de paroles captées et restituées sur des fonds sonores sans mélodie. Démarche arty s’il en est, l’œuvre de Dominique Petitgand est assez ésotérique. On a connu des albums très littéraires avec les ex-Diabologum Programme et Expérience, mais il s’agissait encore de musique. Bref, Dominique Petitgand pourrait décevoir amateurs de mélodies et de notes, ce qui lui vaut une si petite note. Un magazine d’art vous l’aurait peut-être chaleureusement conseillé, mais pas un mag musical.
JMG
1
A ranger entre deux livres

Philémon
Portraits Crachés
(La Souris Verte/ Next Music) – 10 titres, 45m59s – Produit par M. Navarra – disponible
Chansons ironiques.
Comme l’indique le titre même de son premier album, Philémon cultive un goût certain pour le portrait subjectif peint à l’encre de l’humour noir. Après avoir œuvré au sein de la formation acoustique Philémon Cyclone durant plusieurs années, Philippe Durel de son vrai nom, se lance il y a quatre ans dans l’aventure solo. Avec un line up plus électrique, comprenant basse/batterie/guitare/accordéon, ce lyonnais joue les funambules sur le fil de la valse, du rock et de la variété avec de multiples références aux héros de la chanson française, de Brel à Aznavour. Armé d’un ton décalé, Philémon fait évoluer un personnage minable et autodestructeur, autour de situations anecdotiques donnant naissance à des perles grivoises délectables («Des chansons et des nouilles»). Et s’il lasse quelque peu sur la longueur, l’écoute fractionnelle de Portraits crachés ne laisse pas indifférent. A suivre…
CD’O
3
A ranger entre Pussy et Hubert

Robert Plant
Dreamland
(Mercury / Universal) - 10 titres, 54m 42s - Produit par Robert Plant - Disponible.
www.robertplant.com
Covers luisants.
Quand on apprend d'abord que ce nouveau disque de Robert le Plant n'est qu'un supplémentaire recueil de reprises, on ne peut s'empêcher d'esquisser une moue, suivie d'un début de bâillement. Tout cela semble bien convenu. Et puis l'intérêt s'éveille à la lecture des titres sélectionnés. A part "Hey Joe" et "Morning Dew", déjà usés à cœur, le reste étonne par son originalité. Et puis l'on écoute, et c'est le ravissement le plus complet. Tout de suite on reprend la mesure de la grande intelligence musicale de l'ancien ténor de Led Zep. Il ne s'agit pas ici de simples covers mais d'un total travail de refonte, de reconversion, d'appropriation, de réinvention, et alors qu'on sentait déjà a priori le parfum entêtant de la naphtaline, on se retrouve étourdi par une musique d'une étonnante fraîcheur, une vraie lavande musicale. Pour les amateurs de référence, disons qu'on retrouve ici le Plant du Led Zeppelin III, celui de "Kashmir", ou des récentes aventures fusionnesques avec Page. Les effluves sonores dont Plant a entouré ces refrains d'un autre âge nous portent à l'Orient, aux plaines herbeuses, aux cieux opiacés, un vrai voyage musical, avec pour guide cette voix totalement épanouie qui ne tombe à aucun moment dans le tic et l'autoplagiat, comme on en connut parfois dans les périodes mécaniques du Zeppelin majeur. Au total, c'est une véritable et belle surprise que ce disque dont on n'attendait pas grand-chose et qui vous comble finalement.
HP
4,5
A ranger entre Tangerine et Kashmir

Melvil Poupaud
Un Simple Appareil
(Salam Aleikum Amusements/Naïve) – 11 titres, 56m47s – Produit par Yarol Poupaud – Disponible
Chanson.
Melvil Poupaud, jeune héros du cinéma d’auteur français et de ces demoiselles, n’a pas qu’une corde à son arc. On l’avait déjà croisé dans la formation rock Mud, vite abandonnée malgré des prémisses fort louables. Mais peu importe, notre beau brun revient aujourd’hui avec un album qui ressemble davantage à un duo familial. Yarol Poupaud, frère du monsieur mais surtout guitariste émérite et incontournable de FFF, vient aider son cadet à mettre en son cet album intimiste et jouer les parties de basse et de batterie. Une collaboration qui a pour effet de créer une atmosphère générale de décontraction favorable aux ambiances bossa, country ou folk de cette collection de onze morceaux qui sont autant de bouts d’autobiographie. Une expérience plutôt réussie.
CD’O
3.5
A ranger entre Bazbaz et Bob Dylan

Archer Prewitt
Three
(Thrill Jockey/Discograph) – 14 titres, 58m 02s – Produit par Archer Prewitt – Disponible
http://www.thrilljockey.com/bandpage.html?artistnum=44
Chamber Pop.
Après avoir fondé un groupe pop légendaire, The Coctails, Archer Prewitt vole maintenant de ses propres ailes depuis trois albums. Ce nouvel opus nous révèle un compositeur inspiré, capable d'évoquer des climats méticuleusement sophistiqués (arrangements majestueux, harmonies somptueuses) et de les mêler à des titres plus immédiats "Gifts Of Love"). À l'aise sur tous les registres, l'intimiste comme le grandiose, Prewitt se permet même des incursions ou dissonance se combine à lounge music ("I'm Coming Over"). Servi par une voix délicate et raffinée mais capable également de chaleur charnelle, Prewitt montre, avecThree, de quel éclat peut briller sa pop à la fois cristalline et robuste.
CF
5
À ranger entre Richard Davies Eric Matthews

Prince Alla
More Love
(Jah Warrior/Nocturne) – 14 titres, - Produit par Jah Warrior – Disponible
Reggae Roots digital.
Riche de plus de trente ans de carrière en tant que chanteur, Prince Alla est une des figures gravées dans la mémoire de la musique jamaïcaine. Rasta de conviction, il participe à son essor au travers de ses chansons roots produites par Joe Gibbs, Trappa Zukie et Bertram Brown. Il perd de sa popularité au sein de sa patrie lors de l’arrivée du Dancehall dans les années 80. More Love, dernier album en date enregistré entre 99 et 2001, est un bon exemple du style digital roots cher au monsieur : la batterie dub est mise en avant, les cuivres viennent apporter leur chaleur au traitement électronique, servant le chant évocateur de Prince Alla. Forme particulière de reggae roots, le travail de Jah Warrior reste ancré dans l’esprit Tubby et Perry des années 70 sans vraiment le dépasser.
CD’O
3
A ranger entre Bim Sherman et Jah Warrior

The Radar brothers
And The Surrounding Mountains
(Chemikal Underground/Pias) – 12 titres, 50m46s – Produit par Jim Putnam - Disponible
www.chemikal.co.uk/radar.html
Echos en montagne.
Ami lecteur, si tu aimes les Floyd, en particulier Animals et Meddle, ce disque est fait pour toi ! Ne dérogeant pas à leur ligne de conduite, les Radar Bros ont articulé ce troisième opus autour de mélodies planantes, d’arrangements sophistiqués et de réminiscences psychédéliques, quelque part entre Roger Waters et Brian Wilson. Certes, les talents de compositeur de Jim Putnam sont, pour l’heure, plus étriqués. Ces douze titres superbes, mais un peu linéaires, se confortent dans un style bien balisé et auraient supporté quelques pics d’intensité pour casser leur belle homogénéité. Reste un album magnifique, teinté de spleen et d’onirisme, à l’orée de «Pigs On The Wind», «Echoes», «Wish You Were Here», «A Pillow Of Winds» et «Us And Them». C’est déjà pas mal !
CV
5
A ranger entre Pink Floyd et The Beta Band

RED CARDELL
La Scène...
(Coop-Breizh) - 11 titres, 48m50s - Produit par Red Cardell - Disponible
Dolmen at work.
Après dix années de carrière et quatre albums studio formidables, Red Cardell nous offre aujourd’hui un album live restituant plutôt bien ses indiscutables qualités scéniques. Avec l’arrivée en son sein d’un nouveau batteur et de samples parfaitement intégrés, le rock aux entournures celtiques du trio breton a pris une nouvelle dimension et certainement gagné en profondeur. Ainsi, les versions proposées des classiques que sont “Rouge” ou “ We’ve Got To Be Alone” témoignent de l’atmosphère toujours survoltée qui règne lors des concerts du combo. Au gré d’un accordéon-midi virevoltant et d’une guitare tantôt acoustique tantôt rageuse, les onze titres de cet album live - que l’on devine enregistré dans une petite salle enfumée où planent des odeurs de houblon tiède - nous font seulement regretter que cela ne dure pas un peu plus longtemps.
TB
3,5
A ranger avec les albums studio

Rollerball
Rollerball
(Water Dragon/M10) - 14 titres, 47m14s - produit par Rollerball - Disponible
www.rollerballrock.com
Stoner
L'Australie, fort logiquement, est en train de devenir la nouvelle patrie du stoner. Il faut dire qu'avec ces antécédents high octane (Radio Birdman et tant d'autres), l'île du bout du monde demeure le repère idéal des riffeurs fous et des cogneurs les plus barbares de la planète. Rollerball, issu de Brisbane, représente le côté le plus heavy du stoner, à ranger définitivement dans la famille des enfants cachés (et allumés) de Black Sabbath. Cet album, leur premier long jet après deux mini-CDs remarqués dans le circuit spé, déroule tout ce qui fait le bonheur du stoner-addict de bases : chant illuminé, guitares plombées et rythmiques bulldozer. Manque encore au groupe le petit quelque chose qui fait qu'il passera un cran au-dessus du peloton. N'est pas Queens Of The Stone Age qui veut…
CG
3
À ranger entre Nebula et Monster Magnet


Rothko
A Continual Search For Origins
(Labels/Virgin) – 11 titres, 53m54s – Produit par Mark Beazley – Disponible
www.toopure.com
Bass line.
Nouveau line up pour Rothko. Auparavant cette formation triangulaire était composée des basses, là le combo est rejoint par un guitariste, clavier, trompette et percussions. Toujours aussi abstraite leur musique ferait dresser le poil des allergiques à l’instrumental : une heure de désuétude électrique pousse au crime ! Néanmoins, cet univers linéaire reste parfaitement cohérent avec ses auteurs. Rothko pourrait tout à fait être une version extrêmement dépouillée de Kat Onoma, un Cheval-Mouvement glacial et sans parole où la guitare ne serait plus qu’un écho. En Angleterre, on les désigne comme l’un des piliers de la scène expérimentale pop, celle contre laquelle les ballets contemporains s’appuient pour se produire. Dépaysement garanti.
LE
3
A ranger entre Kat Onoma et Lupine Howl

Frédérick Rousseau
Travels
(Inca) – 15 titres, 60m50s – Produit par FDC – Disponible
www.incamusic.com
World vibes.
On le retrouve sur quelques compilations du style qu’on vous épargnera (bar machin…), aux côtés de Vangelis (plus flatteur), ou d’autres musiciens moins connus. Ce qui devrait déjà vous donner une idée quant à la musique que nous évoquerons ci-après… Un fond sonore électro nappé d’instruments plus atypiques qu’un simple clavier à tout faire. A priori, la marotte de Frederick c’est de fusionner les univers que tout oppose, des sons authentiques, chant biélorusse, malais, japonais, wolof ou chinois. Effectivement, l’effet de cette sucrerie exotique se traduit par une séance de relaxation contre laquelle personne ne résistera, en dépit de la variation des intervenants. Plus zen, y a pas ! A écouter donc le soir de préférence, après une bonne journée de stress.
LE
2,5
A ranger entre Jean-Philippe Rykiel et Deep Forest

Salmonella Dub
Outside The Dubplates Remix
(Virgin) – 10 titres, 59m46s – Produit par Paddy Free – Disponible
www.salmonelladub.com
Dub en stock.
Non, on ne s’est pas trompé c’est bien Outside The Dubplates et non Inside The Dubplates album sorti l’année dernière, dont il est question aujourd’hui. D’habitude, s’attarder sur le remix du remix ne nous fait pas sauter au plafond, on connaît la musique : les morceaux se rallongent par enchantement, un peu drum & bass par ici, vocaux atmosphériques par là et le tour est joué. Eh bien cette version, accrochez-vous, elle est mille fois mieux que l’original ! Fallait l’faire… Comme quoi, un bon coup de Ripolin suffit à remettre sur les rails un album potentiellement viable pour ces bactéries néo-zélandaises de nouveau sur les routes cet été. Attention, l’opération n’est quand même pas due à l’opération du Saint Esprit, notez que Mad Professor vient, en autres, mettre son grain d’sel dans le tracklisting, d’ailleurs ça nous rappelle sa collaboration avec Massive Attack (No Protection)…
LE
3,5
A ranger entre Foot-And-Mouth Dub et Mad-Cow’s rock

Shirley M
Mistify
(Melectro/Mosaic Music) - 9 titres - 43m50s - Produit par Sebastien Lorho - Disponible.
www.mosaicmusicdistribution.com
Trip hop rennais
Pour tous ceux qui, après le silence pesant de Portishead et de Massive Attack, les changements de cap (opportunistes ?) de Morcheeba, Hoverphonic et autres Sneaker Pimps, pensaient que ce type de musique était moribond, l’excellent premier album de ce jeune trio rennais vient apporter un démenti cinglant. Production remarquable, instrumentation efficace, et arrangements bien vus, mettent parfaitement en valeur la jolie voix chaude et sensuelle de Shirley Marie. Bien loin de sombrer dans les clichés et les redites de ce style de musique, le groupe explore de nouvelles voies en y ajoutant quelques touches de rock par le biais de riffs de guitare abrasifs et surtout en surpoudrant sa musique de touches arabisantes qui apportent une fraîcheur et une beauté chaleureuse à l’ensemble. D’inspiration très cinématographique (Cf les remerciements à Ridley S., David L., et Wim W. et les paroles de «Extérieur nuit» qui font directement référence à Lost highway ) Shirley M. signe un album ambitieux et parfaitement réussi qui tient aisément la dragée haute à ses homologues grand-bretons. Laissez-vous «mystifier»…
PR.
4
À ranger entre trip et hop

Silverchair
Diorama
(Eastwest) - 11 titres, 57m27s - produit par Paul Mac - Sortie le 29 juillet 2002
www.silverchair.com
Pop melon.
La bio, délirante comme souvent, décrit Silverchair comme le groupe Australien contemporain le plus populaire au monde ! Ouarf ouarf, z'ont peur de rien dans les majors !Ce disque, d'ailleurs, le premier pour Atlantic, est dans la même veine d'autosuffisance et de congratulations à usage interne, avec production pompière, morceaux prétentieux (à ne pas confondre avec ambitieux, ce qu'était dans son intégralité l'album précédent, Neon Ballroom) et dérapages incontrôlés du côté d'une pop facile et liquéfiée que ne renierait pas un Elton John en piètre forme, avec de temps à autre, quelques forts relents grunge, vestiges d'un passé déjà ancien pour ce groupe jadis prometteur, puis surprenant et maintenant transformé en grosse baudruche. Mais que sont venus faire Jim Moginie (guitariste de Midnight Oil) ou encore Van Dyke Parks dans cette galère ?…
CG
2
À ranger sous Hanson

Simple Plan
No Pads, No Helmets, Just Balls
(Atlantic/East West) – 10 titres, 40m10s – Sortie en octobre 2002
www.simpleplan.com
Gamineries.
Le juteux succès remporté par les formations légères du type Blink 182 ou Sum 41 semble inspirer pas mal de monde ces temps-ci, témoins les Québécois de Simple Plan (qui besognaient auparavant sous le nom de code Reset) qui sautent sans gloire dans un train lancé à toute vitesse sur l’autoroute ( ?) du Billet Vert, sans se demander un seul instant si, à force, la trop forte concentration de groupes oeuvrant dans un même style répétitif ne va finir par tuer la poule aux œufs d’or. Ils ont 24 ans de moyenne d’âge, mais font semblant d’avoir les mêmes préoccupations que des adolescents pré-pubères de dix ans leurs cadets et cela devient franchement ridicule ! Musicalement parlant, ce n’est ni pire ni mieux que les gangs qui vont bientôt leur foutre un procès au cul : en fait, c’est quasiment sans intérêt.
TS
1
A ranger entre la première capote utilisée et les disques de Clash du grand frère

Sinema
Love Emulator
(Blackjack/Barclay/Universal) – 14 titres, 64m05 – Produit par Fab G. -Disponible
www.sinemamusic.com
House.
DJ issu de la scène techno de Grenoble, Kiko, alias Sinema, avoue puiser l’inspiration dans la new wave et le disco italien. Des influences qui sautent aux tympans sur une bonne partie de Love Emulator, album de house ludique et assez décoiffante, où planent les ombres de New Order, Joy Division, voire Erasure ou Pet Shop Boys. Sur «Fake Music», on jurerait entendre le synthé tout craché du «Fade To Grey»de Visage, tandis que les vocales de «In My Eyes» évoquent instantanément le chanteur de Depeche Mode David Gahan. Les titres davantage orientés électro-disco à la Georgio Moroder sont, eux, moins originaux et se fondent dans la masse des (bonnes) mi