COMPACT #23 - Mai 2002 - A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z -

1 Giant Leap
(Palm Pictures/Naïve) – 12 titres, 70m50s – Produit par Ducan Bridgeman et Jamie Catto – Disponible - www.1giantleap.tv
World electro. Façonné par Jamie Catto (Faithless) et Ducan Bridgeman, 1 Giant Leap forme une chaîne mondiale dont chaque maillon est un artiste. Des musicien sénégalais, turcs, anglais, kenyans, thaïlandais, américains et indiens, ont été enregistrés et filmés (car c’est aussi un film, sorti en DVD) aux quatre coins du globe, puis «mélangés» dans des compositions exprimant toutes ces influences, sur fond d’électro. Michael Stipe de REM chante ainsi avec l’Indienne Asha Bhosle et la Néo-Zélandaise Whiri Mako Black. Neneh Cherry, Brian Eno, Dennis Hopper, Robbie Williams, Baaba Maal, Maxi Jazz et bien d’autres, sont aussi du voyage. Cette célébration world planétaire engendre un disque magistral où instruments, voix et électronique, s’imbriquent avec une virtuosité exceptionnelle. Du grand art.
CV
5
A ranger à proximité de la platine

113
Fout la Merde
(Small/Sony Music) - 15 titres, 50m36s – Produit par 113 et DJ Mehdi – Disponible - www.113online.com
Rap. Les Princes de la Ville, leur précédent opus leur avaient valu deux Victoires de la Musique et s’était écoulé à pas moins de 450 000 exemplaires, ce qui est loin d’être négligeable. Ce second album,113 fout la merde, marque l’évolution du trio de Vitry qui ne tombe ni dans la facilité, ni dans la tendance du moment marquée par les renforts de chœurs R&B. Non, le 113 a su rester intègre et c’est toujours entourés de leurs frangins de la Mafia K’1 Fri (Manu key, Rohff et Karlito) qu’ils ont concocté leur deuxième galette. Beaucoup plus élaborées que dans Les Princes de la Ville, les musiques, que l’on doit pour l’essentiel à DJ Mehdi, ont été choisies avec soin et cela se sent. Dans leurs textes, les trois “gros” racontent ce qu’est leur vie maintenant, après le succès, et nous rassurent : elle n’a pas changé. Leur source d’inspiration se trouve toujours du côté de Vitry, mais aussi du chez les exclus dont ils se sentent toujours proches, la même “Familia”. Bref, le 113 est toujours là, n’a pas changé et… Fout la Merde !
DS-D
3,5
À ranger entre Kery James et Rohff

Africanesque
Momo
(React/M10) - 14 titres, 78m 40s – Produit par Mourad Mazouz – Disponible
www.react-music.co.uk
Compile. Après les compiles de lieux, voici les compiles à thèmes. Tantôt latino parfois arabisante, Africanesque, qui fait l’objet de cette chronique est… Africanisante. Projet réalisé par Mourad Mazouz à qui l’on devait les deux volumes d’Arabesque, cet opus rassemble différents artistes africains et allie aussi bien la production moderne à tendance électro que les instruments traditionnels. Ce que l’on peut reprocher à cet album, c’est le manque d’unité et de fil conducteur dans le choix des artistes proposés, notre préférence allant aux titres plus proches de l’esprit africain tel “Ndolassu” ou “Cadeau empoisonné”. Nous laisserons donc de côté l’électro tendance qui est surtout un joyeux fourre-tout et d’Africanesque, ne garderons qu’Africa en laissant le “nesque” aux branchés Parisiens.
DS-D
2
À ranger entre Tradition et Modernité

After The Playboy Mansion
Respect Is Burning Presents…
(Labels/Virgin) – 25 titres, 140m16s – Produit par Divers - Disponible
www.respectisburning.com
Oldies. De préférence dans le club le plus tendance, voire une soirée jet-set, le concept Respect Is Burning offre clés en main le petit plus garantissant le succès d’une party : un mix classieux, éclectique, collant toujours avec anticipation et douceur notre bpm. Si, comme beaucoup, vous n’avez pas passé la barrière du cerbère visant le droit d’entrée, voici une nouvelle façon de savourer «at home» ces soirées d’alcôves. Un double album que supervise Dimitri From Paris en nous dépoussiérant quelques perles du genre Maze, Imagination, De la soul, Lil Louis, Linda Clifford… Soit plus de deux heures assez groove d’où émanent de belles réminiscences disco/soul abordables, sans vouer forcément un culte au clubbing.
LE
3
À ranger entre Esther Phillips et Bob Sinclar

Alerte Rouge
Paradis, paradis
(M10) – 15 titres, 49m14s – Produit par B. Fresel – Sortie le 25 Avril
Ska Rock. Réunion de membres des Neurones en Folies, de Carré Blanc pour Série Noire et des très bons Washington Dead Cats, Alerte Rouge divulgue un ska rock survitaminé et mélodique. Côté texte, le quintet, armé de ses masques à gaz, nous avertit : «Stop The Violence», attention aux sectes, à bas la déprime, etc. Un discours qui se veut résolument éducatif à l’attention de ceux qui en ont besoin. On se demande vraiment pour qui ils nous prennent ! Heureusement qu’ils sont là, sinon… ! Mais bon, on leur pardonne, leur ska énergique, parfois mélancolique faisant passer la pilule. D’ailleurs ceux qui les auront vus sur scène seront du même avis. Mais attention les gars, ne prenez pas votre public pour ce qu’il n’est pas, et gare au carton rouge !
CD’O
2
A ranger entre la Ruda Salska et Washington Dead Cats

Alpha Blondy
Merci
(EMI) - 12 titres, 50m 37s – Produit par Alpha Blondy – Disponible
Reggae. Même si son Merci est moins revendicatif que le Françafrique de son compatriote Tiken Jah Fakoly, Alpha Blondy n’en reste pas moins celui qui a fait découvrir le reggae au peuple Ivoirien et au même Tiken jah, son cadet. Merci est son douzième album, auxquels s’ajoutent les différents live et best of qui parsèment sa carrière. Les Saïan Supa Crew et… Ophélie Winter, sont venus soutenir Alpha Blondy dans son entreprise avec des résultats probants pour les premiers, inintéressants dans le cas de cette dernière. “Lève-toi, bats-toi, va revendiquer tes droits, quatre-vingt pour cent de nos dirigeants sont des marionnettes dont l’occident tire les ficelles” : Alpha Blondy ne s’est pas assagi avec l’âge et garde ce côté rebelle qui a fait sa force. Mais hélas, son reggae possède une couleur hétéroclite qui peut dérouter. À noter une reprise du riff d’“All Right Now” de Free pour le titre “Hey Jack”, qui peut prêter à sourire tant elle semble décalée. Un album un peu inégal où l’écriture manque parfois de profondeur, s’attachant un peu trop à des poncifs.
DS-D
Note : 2,5
À ranger entre les vétérans

Keren Ann
La disparition
(EMI) – 11 titres, 39m19s – Produit par Benjamin Biolay - Sortie le 23 avril - www.kerenann.com
Pop folk. Petit rappel pour ceux qui l’ignoreraient encore : Keren Ann, c’est la fille qui a collaboré, avec Benjamin Biolay, au Chambre avec Vue triomphal d’Henri Salvador. Et cette fille-là est touchée par la grâce. Elle réussit, avec son filet de voix, des mots simples et quelques instruments, à nous téléporter dans une autre dimension. L’univers de Keren Ann est un nuancier en demi-teintes où l’émotion affleure par petites touches. Et pourtant… Pas de mélodies marquantes, une orchestration qui ne fait guère dans le superflu, un enchaînement de titres tout en douceur, pourraient nous pétrir d’un ennui mortel. Quand elle chante, Keren Ann semble nous raconter des histoires sous le sceau de la confidence. Avec son alter ego masculin Biolay, elle signe un deuxième album foisonnant, enraciné dans cette folk urbaine qu’elle affectionne, auréolé d’arrangements sublimes dont on accepte toutes les transgressions, de la chorale d’enfants sur «Le sable mouvant» et «La disparition» aux variations électro de «La corde et les chaussons». Si Keren Ann revendique l’influence de Suzanne Vega, sa palette musicale se colore aussi de pop nostalgique (dans l’esprit de ce que firent les Beatles avec «Penny Lane»), de ballades bluesy, de cuivres jazzy d’une autre époque. On a beaucoup dit, à raison, qu’elle était la digne héritière de Françoise Hardy. Porte ouverte sur un monde poétique patiné de mélancolie pudique, La Disparition est un trésor d’élégance, de créativité, attachant comme un souvenir d’enfance, qui hypnotise sans même que l’on s’en aperçoive.
CV
5
A ranger entre Françoise Hardy et Benjamin Biolay

Dick Annegarn
Un’ Ombre
(Tôt ou Tard/ Warner) – 12 titres, 43m34s – Produit par JP Mader – Disponible - www.annegarn.com
Chanson. Voici le quatorzième album de Dick Annegarn en vingt ans d’une carrière pour le moins atypique. Signé sur Polydor à ses débuts, Annegarn préfère revenir à des structures plus indépendantes afin de laisser libre cours à ses inspirations expérimentales. Hors format, Annegarn et sa voix traînante à l’accent décalé vont alors, d’année en année, imprégner la chanson française underground de textes surréalistes et de musiques aux arrangements audacieux. Avec Un’ Ombre, le chanteur s’offre comme à son habitude les services d’excellents musiciens qui viennent soutenir le jeu enlevé de guitare : accordéon, synthé, violon, tambour ainsi qu’une section de cuivres impressionnante. Un bel album en forme de carnet de voyage orchestré.
CD’O
4
A ranger entre Nougaro et Arno

Antimatter
Saviour
(United Musics Company / Icon Records) - 9 titres, 44m29s - Produit par divers - Disponible. www.icon-records.com
Metal atmosphérique. Anathema, du moins à ses débuts, possédait parfois ce don inimitable d'endormir l'auditeur malgré toutes ses bonnes intentions et sa démarche ambitieuse. Depuis, le groupe a rectifié le tir, ce qui ne semble pas être le cas de son ex-membre et compositeur, Duncan Patterson. Celui-ci nous propose avec Antimatter, son nouveau groupe, un florilège de somnifères non remboursés par la sécu. Malgré de beaux arrangements, des plages musicales étendues et souvent bien pensées, quelques poussées obligatoires dans le registre de la puissance, on finit systématiquement par trouver le temps long. Un peu comme un musée qu'on visite contre son gré, lorsque l'on n'aime pas la peinture. On reconnaît que c'est bien fait, mais on ne peut s'empêcher d'avoir envie de passer à autre chose.
HD
2,5
A ranger entre Anathema et Stygma IV

Johan Asherton
Trystero’s Empire
(Commotion/M10) - 14 titres, 57m21s - Produit par Patrick Chevalot - Disponible
Injustice criante. Comment ne pas (de temps à autre) avoir honte de respirer le même air que Joey Starr et Mireille Dumas ? Cela fait presque quinze longues années que le talentueux Johan Asherton nous régale de ses albums intimistes (parfois plus, parfois moins) dont les plus marquants s’intitulent God’s Clown (LE chef-d’œuvre absolu) Precious et The Night Forlorn. Cependant, voilà autant de temps qu’il reste ignoré du grand public, soit des gens qui auraient le besoin le plus urgent de sa musique raffinée et de ses textes poétiques ! Ce doit être vraiment lassant de s’époumoner dans un effrayant désert malgré toutes ses qualités et sa bonne volonté jamais prise en défaut ; il faut vraiment avoir une foi inébranlable en sa destinée pour ne pas jeter l’éponge et ouvrir une boutique de piercing ! Pourtant, quel régal une fois de plus… Vous êtes vraiment des crétins de vous en priver !
TS
4,5
A ranger entre Nick Drake et Syd Barrett

L’Attirail
La bolchevita
(Les Chantiers Sonores/Naïve) – 16 titres, 54m42s – Produit par A. Michel – Disponible
Musique de l’Est. Le grand public découvrait L’Attirail en 2000 avec Cinéma Ambulant, film imaginaire peuplé de visions exotiques. Pourtant, les cinq français oeuvrent depuis 96, date de Musiques des Préfectures Autonomes. Avec ce quatrième album, Xavier Demerliac et consorts transportent l’auditeur au travers des différents pays de l’ancienne URSS. Une traversée en première classe, car nulle facilité n’est ici de mise. Ne vous attendez donc pas à une musique qui servirait les clichés habituels. Non, ici les rythmiques sont finement travaillées, les cuivres jamais poussifs et les mélodies entraînantes. On vous conseillera donc très chaudement de vous attarder sur ce bel opus et mieux encore, vous rendre au concert si vous croisez la route de ce groupe tant ses prestations scéniques sont bouleversantes.
CD’O
4.5
A ranger entre le No Smoking Orchestra et Taraf de Haïdouks

Bad Religion
Punk Rock Songs
(Small/Sony) - 25 titres, 66m56s - Produit par divers - Disponible.
www.badreligion.com
Punk Rock Songs. Le titre à lui seul résume le contenu : du punk, oui, mais aussi des chansons. Des chansons punk, quoi ! Car Bad Religion a toujours canalisé sa hargne, mis sa rage en mots qui font tout aussi mal que ses coups de boutoir soniques, ce qui place le groupe finalement plus du côté d’un Husker Du que d’Offspring, même si sa musique a indéniablement un relief californien. Seul hic, cette compilation se base sur les années Sony du groupe qui, sans être totalement inintéressantes, sont très largement les moins défendables, car trop orientées punk passe-tout. Ce niveau assez peu élevé (et enlevé) par rapport à ce que Bad Religion peut délivrer, est compensé par l’ajout d’une dizaine de morceaux live fougueux et endiablés.
CG
2,5
À ranger entre The Gray Race et No Substance

Balling The Jack
The Birth Of The Nu-Blues
(Union Square/Next Music) - 21 titres, 67m44s - Produit par divers - Disponible. www.unionsquaremusic.co.uk
Nu-blues & co. Cette compilation est le fruit du travail passionné de Joe Cushley, un monsieur fort respectable (et respectueux) qui écrit pour Mojo, le meilleur magazine au monde ! C’est dire à quel point on se laisse guider sans trop de crainte par cet érudit. Le disque est censé condenser, en une vingtaine de morceaux, l’esprit radical et sans concession de ce que l’on nomme le Nu-Blues. On y (re)découvre ainsi Captain Beefheart, Tom Waits, Gary Lucas, R.L. Burnside, Bob Logg III, etc. Et si parfois la présence d’un Moby paraît incongrue, ou même celle d’un Billy Childish –qui vire plus garage rock- c’est surtout le choix des titres qui surprend. Pourquoi “Stagger Lee”, par exemple, pour illustrer le travail de Nick Cave, ce titre représentant assez mal l’œuvre du bonhomme ? Au final, une compil’ agréable mais pas exempte de défauts.
CG
3
À ranger entre rock post-moderne et blues rétro-fulgur

Le Bar à Thym présente
Sweety Lounge
(Nocturne) – 15 titres, 72m55s – Produit par divers – Disponible
www.barathym.com
Electro. Depuis Ky Funk N Stuff de Kevin Yost nous étions restés sur notre faim, l’album n’étant pas digne de Road Less Travelled. Rien sur le marché n’arrivait à émerger de ces compilations lounge, deep house ou balearic tendant à éduquer une clientèle branchouille, rarement pointilleuse sur ce qu’on leur donne en pâture. Il y a bien eu Llorca et son admirable New Comer. Puis, l’encéphalogramme plat de nouveau. Et voilà que de la rade de Toulon, nous arrive la sélection d’un dj (punk repenti) ayant aujourd’hui une nette préférence pour le donwtempo, ces atmosphères jazzy à savourer un verre à la main. Plus cosy que festif ce choix, assez original soulignons-le, alterne les compo de ce mélomane à celles de musiciens plus chevronnés, et ce tout en douceur…
LE
3,5
À ranger entre jazz et house

Battlelore
Where The Shadows Lie
(Napalm Records / M10) - 9 titres, 47m05s - Produit par divers – Disponible
www.battlelore.net
Metal gothic. Dans la grande ascension du metal gothic, un petit peloton a pris les devants. Battlelore n'est pas dans celui-ci. Derrière, un autre groupe de courageux, chasse énergiquement dans l'espoir de revenir sur les leaders. Battlelore n'y figure pas davantage. Il faut redescendre jusqu'au gros du peloton pour le retrouver, pas mal à l'aise, mais sans illusion de remporter l'étape. Brutal et gothic en même temps, doté d'un chant féminin et masculin alterné, agrémenté de claviers qui soutiennent bien les emballées des guitares, il présente quelques atouts mais ses compositions ne sont pas assez originales pour le distinguer. Et lorsque les récompenses seront décernées, nul ne se souviendra de ce participant méritant qui aura pris le même chemin que les vainqueurs, mais sans faire preuve de brio.
HD
3
A ranger entre Crematory et Tristania

Beseech
Souls Highway
(Napalm Records / M10) - 11 titres, 53m39s - Produit par divers - Disponible
www.napalmrecords.com
Metal gothic. Mesdames, messieurs, la cérémonie de remise des récompenses est ouverte. Pour le groupe le plus fin et délicat du moment, le vainqueur est donc… un quidam, et surtout pas Beseech ! Tant pis, celui-ci fera valoir d’autres qualités. D’abord un metal gothic pas vraiment révolutionnaire, assez lent mais toujours truffé de mélodies savoureuses. En ajoutant un chant féminin qui réplique au masculin, de bons arrangements, un son très correct, tout cela ne saurait que nous ravir. Mais la perle, c’est bien cette reprise de «Gimme Gimme Gimme» (Abba), à faire péter dans leurs moule-chattes les pomponnées demi-finalistes de la Star Academy, qui ne manqueraient pas de penser le plus grand mal de cette concurrence bien plus inspirée. Rien que pour ça, Beseech mérite respect et encouragements !
HD
3,5
A ranger entre Crematory et Type O Negative

Big Bad Love
B.O.
(Nonesuch/Warner) - 12 titres, 46m52 s - Disponible.
www.warnermusic.com
B.O.F. pas bof. Les disques tirés de musiques de film sont loin d'être passionnants. Pour quelques réussites notables, combien d'albums hétéroclites, à peine illuminés par deux ou trois titres, et remplissage pour le reste ? Mais c'est tout le contraire pour ce soundtrack de Big Bad Love, qui possède une vraie homogénéité, une cohérence intelligente dans sa conception bref, une personnalité. L'ambiance est très sudiste, le blues se languit et s'étire, les dobros glissent en couinant paresseusement et de bonnes grosses voix attirent la sympathie. En fait, ce disque vraiment superbe rivaliserait presque avec ceux de JJ Cale. Il faut dire qu'on trouve à l'affiche Tom Waits, Steve Earle, Tom Verlaine : on est en excellente compagnie. Pour une fois, cette BO nous fait un film à elle toute seule, quelque part dans un Sud écrasé de soleil et lourd de feeling.
HP
4
A ranger entre JJ Cale et Tom Waits

Perry Blake
California
(Naïve) -10 titres - 46m57s -produit par Marco Sabiu – Sortie le 23 avril 2002
Réveil salutaire. Si le précédent album de l’Irlandais mélancolique avait quelque peu tendance à sombrer dans une léthargie aussi envahissante que contagieuse, ce California semble, à l’image d’un titre évocateur de nouveaux horizons, annoncer un changement d’orientation bienvenu chez l’ami Blake. À image de «This life», qui ouvre l’album et que l’on croirait tout droit échappé d’un opus de Steely Dan, les rythmiques se font ici plus chaloupées, les guitares presque funky, la voix sensuelle et languissante à la Marvin Gaye ou à la Brian Ferry. S’entourant de pointures comme Neil Conti (Prefab Sprout, Bowie), Ben Blakeman (Cocteau Twins), Rick Carter (The Mission) ou Glenn Garrett (Dead Can Dance) et bénéficiant de la production luxuriante de Marco Sabiu (Kylie Minogue !), l’album baigne ainsi presque tout entier dans une ambiance chaleureuse qui tranche assez radicalement avec le côté grosse déprime d’antan. Si les fans de la première heure vont sans doute avoir des boutons à l’écoute de morceaux qui flirtent parfois dangereusement avec la variété pop, le talent de compositeur et la voix magnifique du bonhomme restent intacts. Après une carrière en demi-teintes qui ne semble rencontrer d’écho qu’auprès du public français, cet album audacieux pourrait enfin permettre à Blake d’obtenir le succès qu’il mérite. C’est tout le mal qu’on lui souhaite…
PR
4
À ranger entre Brian Ferry et Prefab Sprout

Billy Bragg and The Blokes
England, Half English
(Cooking Vinyl/Naïve) - 12 titres, 43m28s - Produit par Grant Showbiz – Disponible - www.billybragg.co.uk
Folk Alternatif. Sous ce titre énigmatique se cache une formule de l’écrivain C. MacInnes faisant référence au concept de citoyenneté britannique. Cette phrase permet au chanteur de reprendre sa réflexion sur l’identité, qu’elle soit personnelle ou politique. La musique conserve toujours un noyau folk et acoustique mais elle se permet des variations propres à, justement, vouloir la métisser. On y trouve alors des variations proches d’une gigue icockney ("St. Monday "), des climats jazzy-reggae "Jane Allen" ou un "Tears Of My Tears" rappelant Jonathan Richman et qui pourrait vraisemblablement être pris pour un clin d’oeil ironique au "Track Of My Tears" de Smokey Robinson. On peut déceler ainsi aussi certaines augustes mânes (Ray Davies, Ian Dury, Small Faces), comme quoi Billy Bragg demeure, toujours et encore, fondamentalement “British”.
CF
3
A ranger entre The Pogues et The Proclaimers

Michelle Branch
Spirit Room
(Warner) - 11 titres, 42m25s - Disponible. www.michellebranch.com
Folkrock vitaminé. Cette jeune Branch risque fort de devenir très rapidement la petite favorite du public amateur de jolis gosiers féminins et de donner un petit coup de vieux à Sheryl Crow ou Alanis Morrissette. Voici son premier album sur une major, après un premier essai indépendant, acoustique et vite fait, en 1999. Cette fille de l'Arizona propose un très séduisant mélange de folk éternel égrappé sur des guitares acoustiques et d'environnements sonores plus contemporains, côté rythmiques et samplings. Elle fait penser à une Suzanne Vega mais en plus effervescente, et donc plus communicative. En fait, ce disque bien positionné entre tendance songwriters et romances grand public, réussit ce que le dernier Jewel a un peu raté. On va beaucoup en reparler.
HP
4
A ranger entre Suzanne Vega et Jewel

Bumcello
Nude For Love
(Tôt ou Tard/Warner) – 18 titres, 55m46s – Produit par Bumcello – Disponible - www.bumcello.com
crossover groovy. Sous ce patronyme encore peu connu, se cachent deux grands musiciens dont les talents ont été dévoilés au grand jour au sein de M : Vincent Ségal, violoncelliste diplômé du conservatoire et le batteur baroudeur Cyril Atef. Après deux premières productions pour le moins expérimentales, ces «violons clochards» (traduction approximative) nous livrent aujourd’hui un Nude For Love bien plus abordable que par le passé. Au fil des dix-huit plages, on passe de balades aériennes à de belles plages groovy à résonances africaines et latines, sans oublier quelques incursions dans le domaine du dub, de la jungle et de la pop. Tourné essentiellement autour des instruments, ce nouveau disque, définitivement plus accessible, est à conseiller aux amateurs de musiques hybrides, entre modernité et traditions.
CD’O
4
A ranger entre Julien Loureau et Human Spirit

Chet
L’amour à la française
(Polydor/Universal) – 13 titres, 48m38s – Produit par Polydor - Sortie le 23 avril - www.chet.com.fr
Dérision gainsbourienne. Dès son premier album, L’Inébranlable, sorti en 2000, il avait été comparé à Gainsbourg. Comme l’homme à la tête de chou, Chet a un penchant insatiable pour les jeux de mots, des inspirations musicales éclectiques et une manière d’interpréter ses textes moitié chantée, moitié parlée. Des similitudes tellement poussées à l’excès sur certains morceaux qu’elles frisent le pastiche. Variété sixties désuète, reggae, zouk, rythmes cha-cha-cha ou mambo, arrangements de cordes hyper travaillés, trip-hop, ce cocktail original ne s’interdit aucune fantaisie et repose beaucoup (trop ?) sur le contraste entre ringardise et modernité. C’est un peu comme le «Goûte mes frites» de Valérie Lemercier, irrésistible pour les uns, vite lassant pour les autres...
CV
2,5
A ranger entre Serge Gainsbourg et Jacques Dutronc

Jay Clayton
Brooklyn 2000
(Sunnyside/Night&Day) – 8 titres, 60m49s – Produit par divers – Disponible
www.jayclayton.com
Jazz. Bénéficiant d’une distribution associée à une communication adéquate, le label américain Sunnyside annonce l’arrivée d’une dizaine de nouveautés sur lesquelles nous reviendrons dès notre prochain numéro. Cependant, devant un tel choix, nous ne pouvions manquer l’opportunité de vous en proposer un avant-goût. Aussi, cette première sélection se portera sur Jay Clayton. Jay, depuis les années 60, les new-yorkais en suivent le parcours, aux côtés de Bobby McFerrin, John Cage ou Steve Reich. Elle s’est illustrée également via son quartet d’improvisations, puis s’est éclipsée le temps d’enseigner en Europe comme aux USA. Avec Brooklyn 2000, elle revient sur le devant d’une scène atypique où le sens du mélodieux s’ouvre à d’extrêmes contrastes. Pour amateurs…
LE
3
À ranger entre Helen Merrill et Michele Hendricks

Alice Cooper
Welcome To My Nightmare
(Rhino/Warner Music) - 14 titres, 56m05s - Produit par Bob Ezrin - Disponible. www.alicecooper.com
Classique. Nous sommes en 1975, Alice Cooper-le groupe n’est plus et Alice Cooper-l’homme sort son premier grand classique en solitaire, orchestré par Bob Ezrin qui, depuis Love It To Death était déjà titulaire du son Cooper. L’album, conceptuel jusqu’au trognon, est parfait d’un bout à l’autre, entre chevauchées guitaristiques (ni plus ni moins que Dick Wagner et Steve Hunter aux manches), ambiances malsaines, climats gothico-fantastiques (Vincent Price en guest ténébreux). Sans le moindre morceau faible, hormis peut-être le pourtant classique “Only Women Bleed”, l’album défile en enchaînant les perles, du morceau-titre à “The Black Widow”, en passant par “Cold Ethyl” et bien sûr le superbe doublé “Steven”/“The Awakening”, à filer des frissons dans le dos des plus solides gaillards. En bonus sur cette remasterisation, pas de déluge live comme pour celle de Billion Dollar Babies, mais simplement trois morceaux supplémentaires et non des moindres, puisqu’il s’agît d’alternative takes de “Devil’s Food”, “Cold Ethyl” et “The Awakening”. Mais attention, pas la version parallèle avec un simple pet de lapin de différence. Non, trois belles raretés sorties par miracle du chapeau d’Alice… “Devil’s Food” est plus déclamatoire et dérape sans prévenir, avec une longue partie instrumentale finale (celle qui introduisait initialement “The Black Widow”, mais étendue et sans voix off) ; “Cold Ethyl” se présente en version punchy et ultra-jouissive avec sa guitare qui se néglige superbement ; et, enfin, “The Awakening”, pratiquement de deux minutes plus long que la version de l’album, nous secoue avec son piano maladivement déglingué et son ambiance encore plus glauque que sur la version conservée par Ezrin et Alice à l’époque.
CG
6
À ranger avec Goes To Hell et From The Inside

Billy Crawford
Ride
(V2) – 12 titres, 45m50s – Produit par divers – Sortie le 16 avril
www.billycrawford.com
RnB. Pas la peine de gaspiller de l’énergie à détailler le contenu de cet album, le deuxième de ce chanteur américain d’origine philippine, qui n’a pas encore vingt ans : ce n’est ni plus ni moins que du Michael Jackson mélangé à tous les groupes de R&B qu’on subit à longueur de journée. Très dansant, très guimauve, sans personnalité, tellement propret qu’il a dû macérer au moins trois mois dans un bain d’eau de Javel non diluée. Comme d’habitude, limitons-nous donc à supposer qu’il possède les atouts nécessaires pour séduire les amateurs (le single "Trackin’" fait déjà un carton) et à affirmer que, pour notre part, ce n’est assurément pas ce disque qui changera la piètre opinion que nous avons de ce genre musical.
1
CV
A ranger avec Michael, Janet et les autres

The Crown
Crowned In Terror
(Metal Blade/M10) - 11 titres, 43m04s - Produit par The Crown – Disponible
www.thecrownonline.com
Thrash/death metal. S'il est une chose que l'on ne pourra pas reprocher à The Crown, jadis repéré sous le nom de Crown Of Thorns, c'est d'avoir vendu sa musique aux éventuelles exigences d'une maison de disques avide de pognon. Carrément rouillé jusqu'aux os par sa passion pour le death et le thrash, voilà le groupe englué dans un anonymat dans lequel végète son style musical favori. Crowned In Terror est donc en complet décalage avec son temps, mais il se révèle plutôt bien foutu si l'on tient compte de ses objectifs réels. Furibard et enlevé, avec des tempos bien rapides et une voix enragée comme celle d'un mongol devant lequel les portes du métro viennent de se refermer, il claque fort dans toute sa désuétude. Les fans s'y retrouveront, les autres poufferont, le metal passera !
HD
2,5
A ranger entre Testament et Death

Curtis
Transfer
(Omnisounds/EMI) – 10 titres, 42m45s – Produit par Hugo Nicolson – Disponible - www.curtistranfer.net
New Pop. Le Curtis de l’époque Platinum (label sur lequel on retrouve Rubin Steiner) n’a plus grand-chose à voir avec ce Transfer chez Omnisounds : il a pris du poil de la bête, son album en est la preuve par dix. Pourtant notre élan de bonté s’arrête irrémédiablement au son de cette énième (belle) production revival. Si «You Spin Me ‘Round» de Dead Or Alive se joue chez vous en alternance avec New Order et les Pet Shop Boys, alors Transfer complétera à merveille votre discothèque. Sinon… Vous n’y échapperez pas de toute façon ! Car les titres se fredonnent, se sifflotent aussi machinalement qu’un jingle radio. Pire, l’album puise ses gimmicks parmi nos chers souvenirs 80’s… Seul inconvénient, notre mémoire ne l’imprime pas : aussitôt écouté, aussitôt oublié !
LE
2,5
À ranger entre Modjo et Sparks

Custom Blue
All Follow Everyone
(Barclay/Universal) – 12 titres, 56m13s – Produit par Steve Munsters – Disponible - www.customblue.com
Folks. La basse ancre efficacement Custom Blue au confluent des genres… Dénominateur commun de cet aller-retour vers les 70’s, voyages aux portes de Bristol en passant par les USA, elle endosse le premier rôle de cette production ambitieuse. Pedal steel, guitare acoustique et orgue Hammond en façonnent ainsi les plages où ponctuellement les empreintes de Neil Young, Waters ou 10 cc, se distinguent malgré le ressac dub. Tout ce petit monde a ouvert les yeux de ces Anglais, bien qu’ils se prétendent fana de Portishead ou Air. Quoi qu’il en soit, cette mixité assure la pérennité au projet (ni pop, rock ou folk) auprès de groupuscules exigeant son lot de mélodies paisibles et subtiles, menées sans prétention.
LE
4
À ranger entre The Verve et Zenzile

Dani
N Comme Never Again
(Gorgone) – 13 titres, 42m58s – Produit par Jean-Jacques Burnel – Disponible - www.gorgone.fr
Chanson Pop. Dani est la survivante de certaines épreuves qu'il n'y a pas lieu de mentionner ici. Ce disque est également inespéré dans la mesure où, enregistré et produit par le bassiste des Stanglers en 93, il avait échoué dans les fonds de tiroir d'une major. La faute à pas de chance est pourtant devenue une opportunité car l'on peut, enfin, découvrir le fruit de 13 collaborations avec Souchon, Arno, Minelli et même le journaliste Jérôme Soligny. Il s'agit ici d'une pop un peu décalée, plutôt classe et chic, servie par une voix touchante et évocatrice. On a souvent comparé la chanteuse à Gainsbourg, elle n'a pourtant rien de sa désinvolture. Restent des vignettes un peu vieillies mais toujours éloquentes par leur pertinence.
CF
4
A ranger entre Marianne Faithfull et Nico

Destroyer
Streethawk : A Seduction
(Talitres/Pop Lane) – 12 titres, 44m02s – Produit par JC/DC – Disponible
http://www.audiogalaxy.com/bands/destroyer/
Glam minimaliste. Sous ce nom se cache le projet de Daniel Bejar des New Pornographers. On retrouve donc, tout comme chez ces derniers, une musique fortement pétrie d’influences pop glam, mais l’option retenue est une production dépouillée où, schématiquement, le piano l’emporte sur la guitare saturée. Le résultat est bénéfique : plus d’espace et plus d’ampleur donnée à des compositions souvent mémorables (“The Sublimation Song”, “The Very Modern Dance”). On retrouve, surtout dans les vocaux, un apprêt précieux, inhérent au genre, mais celui-ci s’exerce sans affectation ni grandiloquence. Streethawk prouve ainsi, s’il en était encore besoin, que décadence peut rimer à la fois avec flamboyance mais aussi avec nuance.
CF
5
A ranger entre Bowie et Hawksley Workman

Deströyer 666
Cold Steel… For An Iron Age
(Season Of Mist/Tallitres) - 9 titres, 35m30s - Produit par divers – Disponible
www.season-of-mist.com
Black metal. Orage, ô désespoir ! Voici qu’on annonce un groupe de black metal australien et, franchement, ça fait froid dans le dos. Reste à savoir si l’écoute pourra faire chaud au cœur… Il ne faut pas bien longtemps avant de réaliser à qui l’on a affaire : il ne s’agit nullement d’une bande de grouks dégénérés, mais de vrais musiciens qui maîtrisent bien leur vitesse. À s’y pencher sérieusement, on finirait même par déceler quelques mélodies inspirées des 80s, incrustées dans une brutalité somme toute légitime et ciblée. Non, Deströyer 666 ne mérite pas d’être le paria de service, puisqu’il s’acquitte bien de sa tâche : gaver de riffs le fan de black metal. Au-delà de ce petit monde assez fermé et jalonné de codes inviolables, il n’est point de salut pour lui vis-à-vis du reste du monde.
HD
2,5
A ranger entre Morbid Angel et Impaled Nazarene

Diams
1980
(EMI) - 13 titres, 45m 38s – Produit par Diams – Disponible
Rap. Le fait est assez rare pour être souligné, Diams est une rappeuse française, et cette dernière n’a rien à envier à ses collègues masculins. Le rap a pourtant la réputation d’être misogyne, mais l’est-il plus que d’autres genres musicaux ? En tout cas, Diams avec 1980, remet les pendules à l’heure. Les thèmes abordés sont sans doute plus… féminins, mais la belle ne fait pas dans la dentelle : “J’suis crue, mais crue est la vie, j’suis pas la rue, j’suis pas comme elle, cruelle à vie… ”. Avec “Ma souffrance”, Diams aborde le sujet de la violence conjugale, au travers d’un texte poignant qui met à “mâle” ce sujet si sensible. Des instrus sont choisis avec intelligence et ne viennent à aucun moment perturber le flow de la rappeuse, qui a des choses à dire et tient à ce qu’on l’écoute. Un second opus qui pourrait bien lui apporter la reconnaissance qu’elle mérite.
DS-D
3,5
À ranger entre Rocca et NTM

Dolly
Plein air
(EastWest) – 13 titres, 61m42s – Produit par Clive Martin – Disponible
www.dolly-friends.com
Rock. Absent un an et demi de la scène, Dolly revient ressourcé comme au premier album. Un retour aux antipodes de l’expérience Al Clay dont la production d’Un jour de rêve a contribué à l’ampleur du phénomène Dolly, tout en verrouillant l’instinctivité du combo. En enregistrant dans la fraîcheur des marais, selon leurs envies, les quatre font ainsi sautés le cran de sûreté de leur rock en retrouvant la spontanéité et le punch qu’on leur connaît en concert. En fait, Plein air combine la rage d’une ébauche à l’expérience acquise, le meilleur de l’autoprod aux arrangements de belles factures. Que pouvait-on souhaiter de mieux pour trancher avec les textes toujours aussi romantiques de Manu ? Ce troisième disque devrait en réjouir plus d’un.
LE
4
À ranger entre deux écoutes

Dominoe
No Silence, No Lambs
(MTM/M10 ) - 12 titres, 45m43s - Produit par Robert Papst - Disponible.
www.dominoe.de
Pop remuante. Les allemands marrants de Dominoe jouissent d'un positionnement plutôt original, leur principal attrait d'ailleurs. En effet, si leur rock bénéficie de belles vitamines hard, ses bases ont été jetées du côté des eighties, par une nostalgie aussi inattendue que judicieuse. Aura-t-on bientôt un 80's revival ? Ce groupe, en réélectrifiant malicieusement un rock à la Simple Minds et en empruntant les voix mélodiques et agitées d'un Cheap Trick serait alors un prophète en son genre. Si ce qui est proposé ici n'a rien de proprement renversant, le plaisir est par contre indiscutable, celui qu'on trouve toujours à déguster à la sauvette quelques friandises pop, comme autant de fondants bonbecs électriques.
HP
3
A ranger entre Cheap trick et Simple Minds

Johnny Dowd
The Pawnbroker’s Wife
(Munic/Fairplay) - 14 titres, 45m16s - Produit par Johnny Dowd et Justin Asher - Disponible
wwww.munichrecords.com
Country Gothic. Êtes-vous prêts pour une excursion au fond de ce qu’il y a de plus dérangeant, pour une musique qui éveille des sens où voisinent refrains minimalistes et atmosphères, si ce n’est pernicieuse ou glauques, emplies de ces impressions qui semblent véhiculer malaise et inquiétude ? Si la réponse est positive, alors Pawnbroker’s Wife est fait pour vous. Tout au long de ses 14 titres vous allez vous embarquer vers des climats où le romantique semble toujours proche de la folie, où les couplets, même dansants, paraissent davantage animés d’une gigue infernale que de la volonté de vous faire taper du pied. Ajoutez-y une instrumentation biscornue, un phrasé vocal totalement déjanté et vous obtenez un voyage qui, s’il ne va pas au bout de la nuit, n’est guère éloigné de celle qui imprègne parfois les cerveaux. Jamais la déraison n’a sonné aussi envoûtante !
CF
5,5
A ranger entre Nick Cave et Pere Ubu

Dream Evil
Dragonslayer
(Century Media/M10) - 12 titres, 46m24s - Produit par Fredrik Nordström - Disponible - www.centurymedia.com
Heavy metal. Voici ce que beaucoup considèrent déjà comme la révélation heavy metal de l’année. Comme Hammerfall avant lui, Dream Evil apporte toute sa personnalité et son énergie à la cause. Juste ce dont les férus avaient besoin pour y croire encore davantage. Cepremier album déborde de refrains glorieux, de chœurs épiques, de belles rythmiques alignées, d’arrangements classiques exécutés par un véritable orchestre (et non sur ordinateur par un logiciel foireux) au point qu’on se retrouve au confluent d’Accept et de Queen et que les adjectifs positifs viennent à manquer. La production est sublime, digne des grandes œuvres heavy et l’on peut logiquement penser que ce Dragonslayer laissera une trace dans l’histoire du metal mélodique. Un disque à ne pas manquer, une vraie bénédiction pour tous !
HD
5
A ranger entre Hammerfall et Queen

Elegy
Principles Of Pain
(Locomotive Records) - 12 titres, 57m58s - Produit par Ian Parry - Disponible - www.locomotivemusic.com
Metal prog’. Gracieux comme le journaliste exécutant son fameux hakka à la mode néo-zélandaise devant l’ordinateur récalcitrant, Elegy passe pour un remarquable vrp de la cause metal prog’. C’est plutôt justifié si l’on en juge par son line up prestigieux, avec le chanteur Ian Parry et le guitariste sympathique, surdoué et français, Patrick Rondat. Les morceaux sont au niveau de la technique des intervenants. Ils présentent un chassé-croisé permanent de breaks et d’ambiances, sur des interventions heavy ponctuées par une base rythmique performante et propre à enchaîner les contretemps sans difficulté. Travaillé mais pas laborieux, ce nouvel album s’inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs, avec des compositions sans doute parmi les meilleures du répertoire. Une belle réussite, et ce n’est pas surprenant.
HD
3,5
A ranger entre Dream Theater et Vanden Plas

Elfy
Lisa sans son étoile
(EMI) – 14 titres, 62m22s – Produit par Jay Alanski -Disponible
www.elfylesite.com
Variétés pop. A mi-chemin du concept-album et du conte moderne, le premier LP d’Elfy brosse l’univers de Lisa, jeune femme en proie à d’épineux problèmes existentiels (c’est quoi l’amour, à quoi sert ma vie, etc.), déclinés sur quatorze titres. On retient deux choses : d’abord, musicalement, c’est impeccable, dans le style pop onirique teintée d’electro et d’arrangements assez créatifs. Mais, malgré l’habileté de Jay Alanski (auteur de Ambrosia sous le pseudo A Reminiscent Drive, ainsi que de nombreux tubes de Lio et Jil Caplan), tout ça manque d’ardeur et vire facilement à la soupe. Ensuite, il y a la voix bubble-gum d’Elfy, qui minaude telle une Vanessa Paradis (faut aimer) des paroles alambiquées et néanmoins puériles. Bilan : 50% attractif, 50% irritant. Dommage.
CV
2
A ranger entre Hooverphonic et Alizée

Elk City
Hold Tight The Ropes
(Talitres/Pop Lane) – 11 titres, 48m03s – Produit par Elk City – Sortie le 23 avril - http://www.inkoma.com/pages/interviews/elkcity.html
Indie Pop. Le groupe qualifie sa musique de prairie pop, comme pour souligner sa fraîcheur et son côté rupestre. Mais si celui-ci est indéniable, il n’en élude pas pour autant la sophistication et ne verse pas dans le champêtre. Les tonalités peuvent être inquiétantes (“Smile”) et si les guitares sont souvent carillonnantes, elles n’oublient pas de se montrer affûtées (“Football”, “Kmart”) voire saturées ou psychédéliques (“Rosemary”, “Crimson”). Si le trio demeure fondamentalement pop par son approche mélodique, il semble toutefois s’orienter vers des climats où le bucolique se teinte d’ambiances un peu gothic, telle une rencontre, improbable mais savoureuse, de Elf Power et de Mazzy Star.
CF
4,5
A ranger entre House Of Love et Yo La Tengo

Five for Fighting
America Town
(Aware/Columbia) - 12 titres - 45m41s - Produit par Gregg Wattenburg – Sortie le 8 juin.
Prodige ricain. Et encore un petit génie qui surgit sans prévenir et nous balance un premier disque assez renversant qui va assurément faire jaser dans les chaumières. Five For fighting (un terme de hockey faisant allusion à 5 minutes de pénalité pour baston et qui renvoie directement à la jeunesse sportive chaotique du bonhomme), c’est essentiellement John Ondrasik chanteur, pianiste, guitariste et bien sûr compositeur des 12 petites perles qui illuminent cet album. Matheux reconverti dans la musique, ce natif de Los Angeles et fils d’un astrophysicien, parvient à nous brosser en une succession de vignettes un portrait attentif et souvent désabusé d’une Amérique avec toutes ses contradictions. Passant de l’ironie («Michael Jordan») à la mélancolie («Easy Tonight» qui évoque un suicide) ou la vision sarcastique du monde («The Last Great American»), il nous offre une alchimie parfaite entre une pop mélodique à la Beatles et un rock américain goûtu à la Semisonic, avec des arrangements à la fois simples et efficaces qui mettent parfaitement en valeur des mélodies accrocheuses qui sauront vous émouvoir dès la première écoute. Beau, fort, émouvant, emballant et inoubliable : cinq bonnes raisons de se battre pour un tel disque !
PR.
5
À ranger entre Ben Folds et Dave Matthews

Flag Flown High
The best of Bobby Digital
(Maximum Pressure/Nocturne) – 19 titres, 69m37s – Produit par B. Digital – Disponible
Compilation reggae 90’s. On pourrait croire à une énième compilation des grands chanteurs jamaïcains actuels : Sizzla, Capleton, Morgan Heritage, Shabba Ranks… La liste des célébrités est longue. Et pourtant Flag Flown High est bel et bien une mise au point de la carrière exemplaire du producteur Bobby Digital, certes bien moins connu que Lee Perry, mais tout aussi talentueux dans son genre. Au fil de l’album, on découvre de vieux riddims issus du passé venus se soumettre à la production léchée et jamais surchargée de ce natif de Kingston, qui a fait ses armes dans l’équipe de la Waterhouse Productions, aux côtés de Lloyd James. Pour les curieux, le livret intérieur divulgue quelques infos intéressantes sur les artistes présents ainsi que l’histoire du label.
CD’O
4
A ranger entre 500% Dynamite et Reggae Championship

Frandol
Oulipopsongs
(Wagram) – 17 titres, 53m34s – Produit par Frandol – Disponible le 2 mai
Rock songs. On n’avait peu de nouvelles de l’ancien leader des Roadrunners depuis leur séparation. Le combo havrais avait écumé les salles de France et de Navarre distillant un rock’n’roll pur et efficace, avant de disparaître épuisé par des tournées marathons. Oulipopsongs est une heureuse surprise, car l’ami Frandol, s’il est désormais seul à la barre, n’a pas oublié sa sensibilité rock. Car c’est bien de rock dont il s’agit, à contrario de certains de ses congénères qui sitôt le groupe qui les a fait connaître disparu, se lancent dans une chanson française parfois de qualité, mais surtout infiniment plus rentable. Frandol ne renie rien des années passées et Oulipopsongs est la continuité de ses pérégrinations et c’est tant mieux. Méli-mélo des mots, Frandol travaille ses textes tel un Gainsbourg normand, cherchant le mot juste, celui qui fait mouche, à l’envers, à l’endroit, l’essentiel étant d’arriver au but. Il confirme avec son premier opus solo, l’excellent songwriter que l’on soupçonnait déjà. Certains ne s’y sont pas trompés puisque Bertrand Cantat a co-écrit “Partis d’une case” avec lui, et c’est un duo étonnant qu’il nous est donné de découvrir. Un excellent album, à tout point de vue.
DS-D
4,5
À ranger entre Road et Runner

Gallygows
Give It To Her
(Houston Party/Pop Lane) – 14 titres, 60m 02s – Produit par Jon Auer – Disponible - www.poplane.net
Soft Rock. Ce groupe nous vient d'Espagne et Give It To Her est son deuxième album. Produit par Jon Auer des Posies, il rappelle immanquablement les Beatles, Big Star ou autres Beach Boys. Mais plutôt que de véhiculer une pop chargée de riffs affûtés, les Gallygows ont choisi une option beaucoup plus sereine, faite de climats sereins lorgnant parfois vers un easy listening à la Burt Bacharach. Parfois les tempos s'accélèrent ("Live At Budokan") ou les guitares s'aiguisent, mais le disque reste toujours imprégné de ces tonalités cristallines et de ces mélodies quasiment sirupeuses, évocatrices de climats douceâtres et ensoleillés. Un disque estival avant la lettre donc, et qui survivra peut-être à la saison…
CF
3,5
À ranger entre Jim O'Rourke et High Llamas

Général Alcazar
Le Rude et Le Sensible
(Le Chant du Monde/Harmonia Mundi) – 16 titres, 55m01s – Produit par Verdier et Chenière – Disponible
Chanson. Pour son troisième album, Général Alcazar, alias Patrick Chenière au chant et Philippe Verdier à la composition, n’a pas changé les règles de son jeu musical : une liberté affichée que ce soit au niveau des textes ou de l’écriture des morceaux. Toujours assisté de son ami d’enfance Pascal Comelade, avec qui il jouait au sein de Bel Canto Orquestra, Patrick Chenière élabore des ambiances déconcertantes où les arrangements de Verdier ont la part belle. Aucune contrainte technique ou capitaliste n’ayant droit de citer, on se trouve face à un ovni de la chanson française où les mots s’apprécient sans souci racoleur, pour le simple plaisir du verbe. Particulier, le chant récitatif peut certes déconcerter, mais ceux qui apprécient le décalage sauront reconnaître la qualité.
CD’O
3.5
A ranger entre Bobby Lapointe et Pascale Comelade

Mich Gerber
The endless string
(Okular/M10) – 11 titres, 58m10s + une plage CD-Rom – Produit par Gert Stäuble, Luk Zimmermann – Disponible - www.michgerber.ch
Electro à cordes. Diplômé du Conservatoire de Berne, le contrebassiste Mich Gerber a déserté les orchestres symphoniques pour explorer le potentiel des musiques électroniques. Passant ses bases classiques à la moulinette des samples et des programming sophistiqués, il a créé un style novateur, vraiment unique et... beau, tout simplement ! Jamais rasoir ni tarabiscoté, son troisième album vous enveloppe d’une electro tantôt moelleuse, tantôt rythmée, aux sonorités envoûtantes souvent empruntées à l’Orient, aux harmonies subtiles qui subliment le chant mélodieux de la contrebasse. L’instrument, ainsi «recyclé», génère une palette d’émotions et de variations assez bluffantes. Et quand, en plus, la voix d’Imogen Heap (Urban Species) s’en mêle, l’Eden n’est plus très loin.
CV
4,5
A ranger entre Passion de Peter Gabriel et les suites pour violoncelle de Bach

Girlschool
Not That Innocent
(Union Square/Next Music) - 12 titres, 43m27s - Produit par Tim Hammill et Girlschool - Disponible. www.girlschool.co.uk
L’école est finie. Même si on est loin de la tournée commune avec Motörhead (le fameux “Overkill Tour” ! ) et même si Girlschool ne donne pas spécialement dans la douceur acidulée ou la broderie façon carte vermeille, il est surprenant de les entendre perdre leur belle énergie dans des hymnes heavy riffés et calibrés plus que dans d’ébouriffantes et juteuses rock & rolleries, comme ce fut le cas du temps des Demolition et autres Hit & Run. Ceci dit, l’album reste de bien belle facture, secoue assez le cocotier pour être pertinent, en dehors de rares passages un rien foireux (“A Love Too Far”, aussi insipide que son nom…). Vivement que les girls viennent nous rendre visite, histoire de nous montrer de quel bois elles se chauffent !
CG
3
À ranger entre L7 et Runaways

Gluecifer
Basement Apes
(SPV/Wagram) –12 titres, 39m04 s – Produit par Kare Verstrheim – Disponible .
www.gluecifer.com
Rock ‘n’ roll furieux autant que rigolo. Les norvégiens les plus drôles de la planète sont de retour avec un nouvel album rempli de guitares saturées (maman, les soli de « Reversed » et de Not Enough For You », quel régal !) et de déclarations à l’emporte-pièce (les paroles de « Powertools And Piss » resteront dans les annales rock, foi de Compact Man assermenté !) humoristiques à n’en plus pouvoir… Ils font leur possible pour bien faire comprendre à un monde incrédule qu’être signés sur SPV ne signifie pas NECESSAIREMENT jouer du gros hard qui tache dans de ridicules pantalons moule-burnes et ils y réussissent plutôt bien… Leur musique est certes sans prétention, mais bougrement efficace, le genre de disque idéal pour se vider la tête après une journée au bureau dépourvue du moindre intérêt, vous situez ?
TS
3,5
A ranger entre Get Your Wings (Aerosmith) et le dernier Gigantor

Gomez
In Our Gun
(Delabel/Virgin) – 13 titres, 50m29s – Disponible
www.gomez.co.uk
Indie. In Our Gun consacrera le groupe comme étant l’un des pivots du renouveau britpop. Si ce n’est pas immédiat, ça le sera prochainement car qui donc, à part Gomez, incarne le mieux la relève ? Radiohead s’est enclavé dans une autre dimension, Noel Gallagher végète… Blur ou Suede pourraient créer encore la surprise. Quoique. Ils ne sont pas si nombreux à se creuser les méninges, actuellement tout se ressemble plus ou moins si bien que les exceptions se comptent sur les doigts d’une main. Pourtant sur le papier, fédérer un background electro à un titre folk, n’a rien de sorcier, et sous l’égide de Gomez, le résultat blackboule les références. Au final, ces arrangements ornent délicatement cette fresque dont les voix de Ben Ottewel, Tom Gray et Ian Ball en sont les couleurs majeures.
LE
5
À ranger entre Five For Fighting et The Verve

François Hadji-Lazaro
Et si que… ?
(Island/Universal) - 16 titres, 50m 2s – Produit par Didier Le Marchand – Disponible
Chansons à boires et déboires. Les années Boucheries sont bien finies et pour son premier album chez Jean-Marie Messier, François Hadji-Lazaro a laissé de côté Pigalle et autres Garçons Bouchers pour signer Et si que… ? de son nom. Pourtant la filiation avec Pigalle est bien là, l’univers de François au travers ses textes néo-réalistes n’a pas changé, même si la voix s’est faite plus douce, plus en retrait, comme s’excusant d’être là. L’atmosphère qui se dégage de l’album est pour le moins morose. Histoires de départs, d’amours déçus et lorsque l’humour pointe son museau, il est noir. Musicalement, le folk multi-instruments (pas moins de vingt, joués par le sieur François) perdure mais la production est trop lisse, trop léchée. Et si que… ? manque d’aspérités, de coups de poings sur la table, de coups de gueules aussi. Bref, on s’ennuie un peu.
DS-D
2,5
À ranger entre VRP tristes et Pigalle au lever du jour

Richard Hell
Time
(Matador/PIAS) - 17 titres, 52m01s et 16 titres, 50m37s - Produit par divers - Disponible
www.richardhell.com
New York Punk. A l’inverse de son équivalent britannique, le punk américain s’est le plus souvent drapé de revendications intellectuelles. On peut, bien sûr, difficilement amalgamer musicalement Patti Smith, les Talking Heads ou Television mais l’approche qui sévissait sur la Côte Est bénéficiait d’une caution “arty” dont étaient dépourvus leurs homologues européens. Richard Hell ne dérogeait pas à la règle puisqu’il a publié de nombreux poèmes et ceci même si son approche musicale est toujours restée basique et rudimentaire. C’est d’ailleurs pour cette raison que, fondateur des Neon Boys puis de Televison avec Tom Verlaine, il s’était vite séparé du groupe pour s’acoquiner avec Johnny Thunders (ex-New York Dolls) puis fonder ensuite les Voidoids. Il devint ainsi une des figures emblématiques du CBGB et son premier album, Blank Generation, devint non seulement un album culte (ne serait-ce que pour “Love Comes In Spurt”), mais aussi un cri de ralliement. Ce double album se veut une rétrospective de la carrière du chanteur et il contient un disque auparavant uniquement disponible sur une cassette publiée par le label ROIR ainsi qu'un live inédit jusqu'à présent. Du deuxième, pas vraiment indispensable, on peut dire qu’il a valeur de témoignage documentaire tant il restitue avec vérité un concert de Richard Hell et son aspect chaotique. Du premier même si la carrière de Hell y est résumée avec à propos, on peut regretter l’absence de la version officielle de “Blank Generation” ou de “The Kid With A Reaplaceable Head”. On appréciera pourtant d’y trouver “Chinese Rocks” avec Johnny Thunders, quelques autres raretés ainsi que la présence d’un guitariste sous-estimé, Richard Quine, dont la carrière se confond avec celle de Hell.
CF
3,5
A ranger entre Ramones et Bush Tetras

The Hellacopters
Cream Of The Crap
(Mercury/Universal) - 18 titres, 59m58s - Produit par divers - Disponible.
www.universal.com
High Voltage. Ce disque, présenté comme le cinquième album des nordiques, est en réalité une anthologie de leurs faces B, ce qui permet de voir à quel point le rock basique des Hellacopters (ah qu’il est loin le temps des Supershitty To The Max et Payin’ The Dues ! ) s’est rapidement étiolé et usé. Enfin, au-delà de l’extrapolation gratuite du Compact Man de faction, assez déçu de voir ce groupe (et d’autres) se ramollire progressivement, il reste ici une belle brochette de barjeries, comme seule la scène Suédoise est encore capable de nous en asséner. Des cavalcades de guitares sur des rythmiques azimutées (parfois, ça part tellement dans tous les sens, que personne ne semble jouer ensemble ! ), le tout admirablement plombé et hautement énergétique. Idéal pour les réveils embrumés…
CG
3,5
À ranger entre Turpentines et Nomads

Chris Isaak
Always Got Tonight
(WEA) – 12 titres, 43m53s – Produit par John Shanks – Disponible
www.chrisisaak.com
Isaakery. Le moins qu’on puisse dire c’est que le bo gosse a oublié de se renouveler… Du moins il s’arrange pour que la première moitié du disque soit du même acabit que le reste de sa discographie. Le cap des roucoulades californiennes enjambé, Chris se dépatouille enfin avec ses peines de coeur lui collant à la semelle telle une saleté de sparadrap, puis va de l’avant plutôt que de se faire sauter le caisson. Des jérémiades, on passe à l’inimaginable, c’est-à-dire une variation du tempo immisçant un élan de modernité !Pas de quoi frôler le nervous breakdown, ni s’arracher le palpitant, la patte Isaak maîtrise la situation, tout rentre dans l’ordre un peu plus tard. Dommage pour nous, car hormis ce sursaut, on patauge dans la guimauve.
LE
2,5
À ranger entre Perry Blake déprimé et Tony Bennett in love

Jaded Heart
The Journey Will Never End
(MTM/M10) - 13 titres, 49m03s - Produit par Tommy Newton - Disponible.
www.jadedheart.de
Hard klassik. L'on ne s'en est quand même pas trop aperçu par ici, mais Jaded Heart existe depuis maintenant 12 ans et a produit quatre albums déjà. Ce groupe germain fondé par Michael Bormann, ex-chanteur-guitariste-compositeur de Bonfire, s'est surtout fait connaître par quelques covers fumants dans le genre métallopop chromé. Il poursuit dans cette voie avec un certain bonheur, ici uniquement sur des compositions personnelles de l'indispensable Bormann, le plus souvent en mid-tempo, avec un sens intéressant de la mélodie en fer forgé. Situé quelque part entre les rugosités d'un Whitesnake et les hymnes juvéniles d'un Bon Jovi, Jaded Heart fait partie de ces groupes qui sur le moment se consomment avec un vrai plaisir, et qu'on oublie ensuite très vite jusqu'à un prochain cd.
HP
3
A ranger entre Whitesnake et Bon Jovi

La Jam Session
Raggaspublica
(Créon/Virgin) – 12 titres, 63m53s – Produit par A. Lyden – Disponible
Reggae français. Groupe d’origine nantaise, la Jam Session passe enfin aux choses sérieuses avec un premier long format qui fait écho à deux EPs autoproduits. Surtout que La Session a su fidéliser un public de plus en plus large au fil de nombreux concerts dans sa région. Raggaspublica dévoile le reggae métissé de ces sept jeunes bretons qui semblent loin de vouloir coller à une quelconque étiquette : les lignes de basses, clairement roots jamaïcaines, sont mêlées de scratchs hip-hop et d’une dose de chant ragga cool assuré par Brice et Mat. Sans être trop violente et convenue, cette fusion donne un peu de fraîcheur à un style déjà éculé qui ne demande qu’à trouver une seconde jeunesse.
CD’O
3.5
A ranger entre les Neg Marrons et Mix Up

John Paul Jones
The Thunderfief
(Discipline Global Mobile/Musea) - 9 titres, 46m29s - Produit par John Paul Jones - Disponible
www.johnpauljones.com
Avant Rock. Bien qu’il ait été le bassiste de Led Zeppelin, John Paul Jones s’est depuis longtemps éloigné de l’univers du groupe. Tout comme son précédent opus, Zooma, The Thunderthief se distingue par une démarche hétéroclite qui le voit aborder aussi bien le jazz-rock que la musique progressive ou la world. L’approche est donc purement formelle, étayée par la virtuosité instrumentale de l’artiste, à l’aise aussi bien à la guitare qu’à la mandoline ou aux claviers. Les climats sont ainsi diversifiés, alternant tempos explosifs (“Leafy Meadows” où Robert Fripp apporte son expertise musicale sur un solo de guitare) ou plus modulés (“Ice Fishing At Night” et ses lyrics composés par Peter Blegvad). On peut trouver l’exercice un peu gratuit, voire daté ; c’est pourtant ce côté atemporel qui lui permettra peut-être d’avoir un impact qui transcendera étiquettes et modes.
CF
3
A ranger entre Robert Fripp et Adrian Belew

Norah Jones
Come Away With Me
(Blue note/EMI) - 14 titres, 45m11s - Produit par Arif Mardin -Disponible
www.norahjones.com
Variétés jazz/folk. Langoureux et intimiste : tels sont les adjectifs qui caractérisent le mieux le premier album de cette Américaine de vingt-deux ans. Fan de Billie Holiday, Norah Jones s'est mise à la musique dès son plus jeune âge et a suivi de brillantes études de piano jazz à l'université, avant de s'attaquer à la scène new-yorkaise et de fonder son propre groupe. Come Away With Me est un concentré de ballades feutrées aux influences très jazzy, un brin folk et blues, aussi agréables et transparentes que le répertoire d'un piano-bar de grand hôtel. L'ensemble est d'une délicatesse et d'une discrétion absolues, les musiciens font remarquablement leur boulot et la voix tout en retenue de la demoiselle, apaise davantage qu'elle n'émeut. Un joli fond sonore…
CV
2,5
A ranger entre Billie Holiday et Joni Mitchell

Damien Jurado
I break Chairs
(Sub Pop/Night & Day) - 18 titres, 37m50s - Produit par David Bazan - Disponible. www.subpop.com
Rock. Damien Jurado est de ces songwriters urbains, plus rock que folk ou blues, mais qui n’oublient jamais leurs racines. Sur ce nouvel album, son quatrième, il continue de distiller ballades rock noisy à la Husker Du et dissonances pop urbaines dignes d’un Jonathan Richman. Seul problème, il n’a pas la carrure de ses pairs et l’album ne décolle jamais, trop monolithique dans son chant comme dans son exécution. Trop répétitif aussi. Non pas que cette douzaine de chansons soient dénuées du moindre intérêt, mais il manque toujours un rien d’inspiration, cet éclair de génie qui fait la différence entre un Paul Westerberg et un songwriter lambda, par exemple. Plaisant donc, mais sans grand intérêt.
CG
2
À ranger entre Bob Mould et Ron Sexsmith

Cheb Kader
Mani
(Polydor/Universal) - 13 titres, 51m 42s – Produit par Cheb Kader – Disponible
Raï. Au moment où les ténors du raï semblent se faire plus discrets, Mami poursuivant une carrière internationale et Khaled s’étant égaré dans une variété française discutable, la relève arrive sur le devant de la scène hexagonale. C’est le cas de Cheb Kader avec Mani son premier opus. Si Kader est né près d’Oran, berceau du raï, au contraire de ses aînés, il quitte le sol algérien à l’âge de neuf ans pour Mulhouse. C’est donc en France qu’il fait ses premières armes et participe à de nombreuses compiles. Le raï de Cheb Kader est résolument moderne et, dans Mani, la production, soignée et de qualité. En deux mots, Kader nous gratifie de treize titres bien ficelés, dont “Selou”, ou le Sergent Garcia vient apporter une touche latino et prouver que les deux genres se marient parfaitement. Un artiste à suivre.
DS-D
3,5
À ranger entre Cheb Mami et Khaled

King Size
White Lies, White Beats
(Mosaïc Music) - 14 titres, 56m16s - Produit par Peter Deimel - Disponible.
www.kingsize.free.fr
Cœur de rock. Qui a réalisé six, maintenant sept albums irréprochables ? Qui a aligné sans faillir plus de 700 concerts torréfiants ? Qui peut se vanter d'avoir bâti une carrière exemplaire et de pratiquer le rock à cœur, au plus près de l'essentielle vérité de notre chère musique ? Pas Daft Punk, ni Air, ni tous les chouchous de la french touch, mais bien les tenaces Picards de King Size. Ce disque, peut-être leur meilleur, riche de judicieuses influences mais définitivement original, risque de réapprendre les fondamentaux du rock à ceux qui auront la saine curiosité de l'écouter. A cet égard, les treize minutes irradiantes de "July" sont le plus bel argument musical de l'extraordinaire vitalité de ce groupe impeccable. Mais trop modeste. Puisse ce cd charnu et goûteux venir à bout de l'injuste discrétion à laquelle le parisianisme ambiant voudrait le réduire.
HP
4
A ranger entre Neil Young et les Dogs

Lazarperry
Oriental Dub Acoustic
(Buda Musique/Mélodie) – 10 titres, 44m47s – Produit par Lazarperry – Disponible - www.budamusique.com
Grande musique aux accents dub. Attention, pas question ici de rythmes hérités de la Jamaïque ou de sons technologiques en provenance d’Angleterre. Lazarperry est un trio (accordéon, violon, contrebasse), désormais quatuor (P. Draï aux percus), qui se joue des références, à l’image de ses précédentes productions, malheureusement encore indisponibles où le tango et les musiques arabisantes servaient de fils conducteurs à des compositions au ton inédit. Ce troisième opus anéantit une fois de plus les frontières. Si le violon se fait par moments tzigane, si l’accordéon se déguise en cithare arabisante, aucune contrainte ne soumet ces musiciens qui ont décidé d’explorer l’intensité hypnotique du dub, navigant dans les profondeurs de l’instrumental tels des spéléologues idéalistes. Le résultat est tout simplement envoûtant.
CD’O
4,5
A ranger entre l’Attirail et Lab

Léoparleur
Revoir la mer
(Léoprod/PIAS) – 12 titres, 40m49s - produit par Leoparleur – Disponible
www.leoparleur.com
Chanson festive. Léoparleur, c’est le groupe de caf’conc du moment. Après de nombreuses scènes, les six musiciens commencent tout juste à voir leur nom atteindre une notoriété nationale méritée. Ceux qui auront assisté à une de leur prestation vous diront que ces p’tits gars là (sans oublier Mademoiselle Maya au saxophone et au chant en duo avec Josef ) ont de l’énergie à revendre. Entre chanson française de nos guinguettes et accents arabo-andalous, Léoparleur flâne dans le vaste registre de la musique festive pour rade sympa entre les Têtes Raides et le rock breton de Blankass. Ajoutez à cela un goût certain de la ritournelle efficace, la simplicité de la mélodie et vous aurez Revoir La Mer dans votre platine.
CD’O
3
A ranger entre Les Troubadours du Désordre et Armens

Let’s Skank vol.3
Let’s Skank vol.3
(Patate Records/Mélodie) – 21 titres, 71m23s – Compilé par Patate Rec. – Disponible - www.patate-records.net
Compil’ easy ska. Pour aborder les beaux jours du bon pied, rien de tel qu’une petite galette aux fragances reggae pour se mettre en jambe. Let’s Skank troisième volume arrive donc au bon moment afin de nous insuffler une bouffée d’air frais grâce à sa sélection éclectique de groupes français et jamaïcains qui aiment à jouer sur le registre de l’easy ska. Sur vingt-et-un titres, on retrouve les valeurs montantes signées sur le label du magasin parisien de la rue de Charonne : Jim Murple Memorial, ASPO… ainsi que certaines pointures tels que Doreen Shaffer (avec un morceau live inédit) ou U Brown. Petit plus, l’équipe a également pensé à conserver son sens de l’humour en incluant les Wampas, Marcel et Ceux Qui Marchent Debout. Une bonne compil’ sans prise de tête !
CD’O
4
A ranger près des deux premiers volumes

Lincoln
The Sound Of Lincoln
(Narwhal/PIAS) – 11 titres, 60m 26s – Produit par Bian O'Shaugnessy – Disponible - www.thesoundoflincoln.co.uk
Rock nocturne. Ce groupe anglais puise son nom dans le personnage d'un roman de Jim Thompson, Lincoln Fargo. Si le livre évoque l'inceste, la violence et la luxure, The Sound Of Lincoln tire plutôt son inspiration dans des climats qui, s'ils s'avèrent redoutables, se montrent beaucoup plus tamisés. Tempos paresseux, vocaux féminins et arrangements où prédominent trompettes et clarinettes, l'album concourt à suggérer paysages noirs, sons qui semblent surgis d'un désert de l'âme et atmosphères étouffantes propres aux régions Sud des USA. La production, presque minimaliste, amplifie alors avec justesse la notion d'espace ; c'est un joli emprunt à ce gothic sudiste qui semble si cher au groupe. Une appropriation pertinente certes, mais rien de plus…
CF
3
À ranger entre Calexico et Tindersticks

Manasseh
Dub Plate Style – 1990/1999
(Hammerbass/Nocturne) – 20 titres, 72m24s – Produit par N. Manasseh – Disponible - www.dubaction.com
Dub. Le Dub reprend du service, c’est une bonne nouvelle ! Après le succès des groupes français dont Zenzile, Improvisators, etc, le public aborde aujourd’hui les productions d’Outre-Manche avec une franche curiosité. Et c’est ainsi que l’on tombe parfois sur de petites perles, difficilement trouvables auparavant. La sortie de cette compilation des meilleurs tracks de l’Anglais Nick Manasseh en fait partie. Après avoir promu la scène roots dans son émission sur Kiss FM et monté son label RIZ, Manasseh est devenu l’un des producteurs Dub les plus courus (on le trouve sur le No Angel de Dido). Cet album rend compte de ses activités dans les années 90 et de ses collaborations avec Johnny Osbourne, Natty P, Earl 16 et Orville Smith. Plus roots qu’industriel, le travail de Manasseh est à découvrir sans attendre.
CD’O
4
A ranger entre Lee Scratch Perry et The Equalizer

Marillion
Anorak In The UK
(EMI) - 10 titres, 53m39s - Disponible - www.marillion.com
Pop prog’ classe. La principale vertu de Marillion est d’avoir su guider un public (injustement) réputé borné, au travers de toutes ses évolutions. Du progressif pur à la pop intelligente, le parcours des Anglais balaye un vaste spectre musical. Ce live consacre ce que l’on continuera d’appeler la période Hogarth, malicieux chanteur qui a réussi à insuffler au groupe l’énergie nécessaire à sa survie créative. Les compositions figurant sur Anorak In the UK témoignent d’une grande vitalité en public. Émouvant, attachant mais pas essentiel, cet album nous fait décoller des premières notes de «Separated Out» aux derniers accords d’un «Easter» devenu légendaire. Les réticences concernant le track listing (qui ne peut être qu’imparfait vu l’étendue du répertoire) s’effacent sans problème devant la qualité de l’œuvre.
HD
4
A ranger entre vos oreilles

Massif
Grooveyard
(Music Avenue/M10) –11 titres, 45m37s –Produit par Xavier Carion – Disponible . www.massif.com
Metal en fusion. Les cinq Néerlandais qui composent ce groupe dont le nom, une fois n’étant pas coutume, correspond parfaitement au style musical pratiqué, ont un sens inné du mimétisme (le titre final, « Outro » vous rappellera vos vertes années et les quatre premiers albums des pionniers jamais égalés Black Sabbath) et, paradoxalement, de la composition éléphantesque qui fait mouche (ou souris, c’est selon). Quand vous vous prendrez en pleine poire les accords graisseux et grinçants de « In The Long Run » (rien à voir avec les Eagles, nous ne sommes définitivement pas sur la même planète), de « Thanks For Nothing », ou bien encore de « Hesitate Communicate », vous comprendrez ce que souffrir signifie vraiment …
TS
3
A ranger entre les Deftones et nos Lysanxia nationaux

Masters Of Reality
Reality Show
(Cargo/United Music Company) - 10 titres, 48m53s - Produit par Chris Goss - Disponible. www.cargorecords.de
Rock psyché. On se calme, les amis, il ne s’agît pas d’un nouvel opus live de ce groupe génial autant qu’hirsute (même si la moitié des gars sont chauves, c’est du cerveau qu’ils sont hirsutes, si si !), mais la réédition sous une nouvelle appellation de How High The Moon, déjà publié avec une pochette différente. Malgré un son assez crispant car légèrement étouffé/étouffant, l’ambiance électrique de cette prestation, enregistrée intégralement au Viper Room, le club de Johnny Depp à L.A., est assez émérite. On y retrouve une dizaine de titres plus brûlants les uns que les autres, l’atmosphère devenant progressivement aussi moite qu’irradiante. À noter la présence de Scott Weiland des Stone Temple Pilots, en invité de choix. Du tout bon !…
CG
3,5
À ranger entre Kyuss et Queen Of The Stone Age

Mazhet’
Celles qui nous restent…
(Stibop) – 16 titres, 60m29s – Produit par D. Garcia – Disponible
www.mazhet.com
Chansons festives. Originaires du Val-d’Oise, les huit musiciens de Mazhet n’ont eu besoin d’aucune major company pour sortir leur premier album. Après maintes premières parties de prestige (K2R Riddim, Mes Souliers Sont Rouges, Mano Solo), les voici partis dans l’aventure discographique, pour le meilleur et pour le pire. Repéré par le supermarché du disque, Celles qui nous restent… fleure bon les influences récurrentes des jeunes formations à tendance festive : Marcel et son Orchestre, la Mano, Tryo, etc… Malgré ces quelques défauts, dont une production moyenne, Mazhet sort du peloton par ses prestations scéniques, ses textes drôles, parfois engagés, parfois légers et l’instrumentation enlevée des morceaux.
CD’O
2
A ranger entre Marcel et son Orchestre et Merzin

Moby
18
(Mute/Labels) – 18 titres, 71m27s – Produit par Moby - Sortie le 15 mai
www.moby-online.com
Moby zic. Un album de Moby est à la musique ce que Piège de Cristal est au cinéma. Pas un chef-d’œuvre mais un excellent divertissement, un moment qui fait du bien, qui récure les neurones engourdis grâce à un puissant pouvoir revitalisant. Peut-on aimer à la fois le rock et Moby, auteur d’une musique commerciale, grand public, préfabriquée selon un moule immuable ? Si on avait du commercial comme ça tous les jours, on pourrait s’estimer rudement vernis. 18, c’est du Moby estampillé, dans la même veine que Play, plus proche toutefois de «Why Does My Heart Feel So Bad ?» que de «Machete». Pas de délires techno, moins de titres dansants et, en contrepartie, des mélodies chantées qui ne se limitent plus à sampler la même phrase ad vitam æternam, des échappées vers d’autres horizons musicaux, avec la pop bowiesque de «We Are All Made Of Stars» ou la lascivité psychédélique et dooresque d’un «Harbour», interprété par Sinead O’Connor (deux crus réjouissants). Et, toujours, ces nappes de synthé qui n’en finissent pas, ces ambiances aériennes qui chassent la grisaille. Moby n’est pas Mozart, il est simplement un créateur d’harmonies qui confectionne tout lui-même, joue tous les instruments, compose, mixe, enregistre et produit tous les morceaux, qui est capable de réaliser un disque de soixante et onze minutes où rien n’est à jeter. Il est vrai qu’on ne bondit pas de surprise à l’écoute de ce Replay (euh... pardon, 18), sans être déçu pour autant. L’illusionniste sait y faire : il a du talent et, ce coup-là encore, on marche.
CV
5
A ranger juste à côté de Play

Morifade
Imaginarium
(Hammerheart records / M10) - 11 titres, 53m38s - Produit par Andy La Rocque & Morifade - Disponible - www.morifade.com
Heavy symphonique. Morifade… hahaha ! Pourquoi pas "mort" et fade" ? Ou plus exactement "mort parce que fade" ? Pourtant, l'album précédent avait été accueilli très favorablement par la critique. Preuve de l'incroyable pouvoir d'une demi page de pub chez les uns, de trois autocollants et de quelques jours de vacances sous forme de voyage de presse à Gratboules-Les-Bains pour les autres… Cette fois, le groupe se retrouve face à sa réalité : honnête représentant de la vague speed symphonique nordique. Rien de plus. Mais rien de moins non plus. Car il y a tout de même sur Imaginarium de bons morceaux bien mélodiques, un chant plutôt agréable, des arrangements médiévaux vraiment très bons et des idées épiques à saisir, malgré une production un peu légère. Plus qu'honnête dans le genre, mais pas transcendant.
HD
3,5
A ranger entre Stratovarius et Hammerfall

Motörhead
Hammered
(Steamhammer/Wagram) - 11 titres, 45m46s –Produit par divers - Sortie le 8 Avril 2002 - www.spv.de
Rock vrai de vrai. J'en vois déjà qui bâillent à l'écoute de ce nouvel épisode des aventures de Lemmy l'Increvable au pays des rifkitus : "Ouais, c'est du Motörhead, pas de surprise, bof.", qu'ils vont dire. D'abord, pourquoi changer quelque chose à un rock auquel on n'a rien à reprocher ? Ensuite, si en soi ce disque n'est pas une révolution, une fois qu'on l'a écouté, on se dit qu'il rend fade, creux, artificiel, sans motivation ni intérêt une bonne partie de la production actuelle. Voilà du vrai rock, du piment sonore qui embrase la gueule et le reste, un jalapeno vital qui vous donne vraiment l'impression d'exister et non de consommer. Tous les Blink xxx et les Sum yyy devraient apprendre par cœur ce disque et se faire rembourser par la sécu, tant il fait du bien à la musique et à ceux qui l'aiment.
HP
4
A ranger entre marc et TNT

Myriads
Introspection
(Napalm Records/M10) - 9 titres, 74m16s - Produit par Ahti Kortelainen - Disponible - www.napalmrecords.com
Metal actualisé. Le saviez vous ? La Castafiore, Bianca de son prénom, n’est pas morte. Elle officie désormais au sein de Myriads, groupe dont elle partage les vocaux avec un collègue masculin dont l’organe est inversement proportionnel aux envolées exagérément lyriques de la douce ! Musicalement, Myriads propose un recueil d’influences très diverses : heavy, classique, un brin de folk, quelques folies indus, des renvois gothic, le tout présidé par maîtresse heavy. Sur un paysage sonore fort chargé, ça part dans tous les sens et, pour le coup, ça manque un peu d’unité dans le ton. En fait, tout dépend de la faculté que l’on a de pouvoir encaisser successivement un chant suraigu et un autre, franchement guttural. Un album davantage à ranger du côté des curiosités que des incontournables.
HD
3
A ranger entre Candlemass et Theatre Of Tragedy

N&SK
Kosmopolit
(2 more music/Naïve) - 10 titres, 39m 07s – Produit par Bruno Di Placido et Stéphane Piot – Disponible
www.nomadesetskaetera.com
Rock Ska. Si vous n’aimez ni les fachos, ni les idées noires, suivez les traces du kangourou nomade, il vous emmènera sur les rivages de N&SK (Nomades & Skaetera). Kosmopolit est le second opus de ce combo stéphanois qui pratique le mélange des genres. Violon, cuivres et accordéon, rythmique ska puissante et efficace qui n’est pas sans rappeler celle de leurs aînés de la Ruda Salska, clins d’œil en coin à Zebda, composent le menu de Kosmopolit. Emmené par Karim Slouani dont la voix se rapproche de l’organe d’un Mano Solo sous amphétamines, N&SK donne un coup de pied aux coups de cafard et semble avoir faite sienne cette devise : «positivons» ! Tout en restant lucide car : “S’ouvrir aux gens, aux choses, aux idées qui s’opposent, se méfier toujours, toujours des plus forts qui imposent”, et là, on est d’accord !
DS-D
3,5
À ranger entre La Ruda Salska et Marcel et son Orchestre

Willie Nelson
The Great Divide
(Lost Highway/Universal) - 12 titres, 53m41s - Produit par Matt Serletic – Disponible - www.willienelson.com
Country Progressive. Peu connu en France, Willie Nelson est pourtant une des plus grandes stars country aux States. Cette étiquette lui rend d’ailleurs peu justice puisque, chef de file du mouvement “outlaw country”, sa versatilité musicale l’a fait s’éloigner depuis toujours des sentiers battus. A 68 ans, le bonhomme prouve sur The Great Divide qu’il n’a rien perdu de ses ressources artistiques puisque son inspiration le fait aborder avec bonheur atmosphères western ( "Last Stand In Open Country "), rock ("Maria") ou une pop psychédélique assez étonnante, ("I Just Dropped In") . Le ton reste pourtant éminemment personnel, élégiaque, le plus souvent nourri par une voix claire et synonyme de ces grands espaces mythiques. Les collaborations (Sheryl Crow, Kid Rock…) sont top et pertinentes. Bref, voilà un bien bel album.
CF
3,5
A ranger entre Johnny Cash et Kris Kristofferson

The New Pornographers
Mass Romantic
(Matador/PIAS) – 12 titres, 40m58s – Produit par David Carkswell – Sortie le 29 avril - http://www.thenewpornographers.com
Rock indépendant. Voici un groupe basé à Vancouver dont le moins qu'on puisse dire est qu'il s'est fort intelligemment emparé des schémas power pop et glam. Les compositions sont plus qu'addictives et évoquent tour à tour les Beatles ("The Mary Martin Show"), Todd Rundgren ("The Fake Headlines") ou même les Zombies ("Jackie"). Les riffs sont virevoltants, les vocaux délivrés avec justesse et panache sans verser dans le flamboyant, bref Mass Romantic évoque avec merveille les mânes qu'il est censé invoquer. Penser que dans son line up figure une star de la country alternative, Neko Case, fait penser que ces nouveaux pornographes sont plus que de vulgaires imitateurs juste experts dans l'art de sauter de T. Rex à Bowie. À suivre de près !
CF
4
À ranger entre The Posies et The Wondermints

Nojazz
Nojazz
(Lully/Warner Jazz) – 16 titres, 66m44s – Produit par Teo Marceo – Sortie le 16 avril
Jungle jazz. Ceux qui penseraient trouver en Nojazz une espèce de soupe electro jazzy lounge n’en reviendront pas !Car la formation made in France chamboule toutes les règles du jeu : point de sample standard (mais un inédit de Buena Vista Social Club) pour un producteur en mal d’inspiration. Ici les machines de Philippe Balatier jouent franc jeu avec les trompettes et sax de Nicolas Folmer et Philippe Sellam. Le résultat semble tellement équilibré qu’on ignore quel genre l’emporte : jungle break beat high quality ou solos impétueux ? Deux des publics les plus fermés vont peut-être enfin se rencontrer ! Précisons que ce n’est autre que Teo Marceo, producteur légendaire qui officia au service de Miles Davis, qui est à la production.
CD’O
4
A ranger entre Julien Loureau et Cosmik Connection

North Mississippi Allstars
51 Phantom
(WEA) - 11 titres, 43m30s - Disponible.
Rock'n'gnôle. Ainsi donc, c'en est fini des Black Crowes. Heureusement, les fans soudain sevrés de leur dose salvatrice de rock'n'roll vital, vont pouvoir aussitôt trouver leur réconfort auprès de ces fracassants nouveaux venus. Pas de doute, voilà un groupe de première grandeur qui possède d'instinct (et en toute simplicité), toute la magie du vrai rock éternel. Ce disque fantastique, rugueux, régénérant, élémentaire et inventif à la fois, quintessencie en lui tout ce qui nous fit adorer les Allman Bros, Lynyrd Skynyrd, Dan Baird ou George Thorogood. Oui, la boussole indique plein sud et cet album roboratif va régaler les lecteurs de Crossroads. Et dans le genre, ces gaillards sans prétention atteignent d'emblée les sommets. Sueur électrique et riffs tord-boyaux : pas de doute, c'est du grand vrai beau rock.
HP
5
A ranger entre Allman Bros et Dan Baird

Nu Soul
Masters
(Sony Music) – 11 titres, 75m23s – Produit par divers – Disponible
R&Soul. Nu metal, nu soul… Tout est niou, mais rien ne change ! Là, on ne peut faire plus explicite quant au contenu aussi soul que R&B de cette compilation. Pas plus originale qu’une autre, ni pire, elle réunit nouveautés et vieilleries (du genre le «So Good» de Davina) puisées parmi les valeurs que sont entre autres Alicia Keys, Babyface, Jill Scott, Eryka Badu, Aretha Franklin et, tenez-vous bien : Sade ! Si jusqu’à présent vous hésitiez à mettre des ronds dans l’un de leurs albums, voilà une occasion de jeter votre monnaie dans les poches de Sony tout en complétant vos archives. Tant qu’à faire, autant que ce soit pour une brochette de singles. Et puis, dans une soirée, y en a toujours un pour demander ce genre de soupe.
LE
2,5
À ranger entre En Vogue et Kelis

Orishas
Emigrante
(EMI) – 16 titres, 58m24s – Produit par Orishas et Niko Noki -
Sortie le 22 avril - www.emi.fr/orishas
Rap cubain. Du hip-hop sur fond de salsa ? L’idée peut sembler curieuse et pourtant, ces rappers de la Havane maîtrisent à la perfection leur petite affaire. Après un premier album, A Lo Cubano, chaleureusement accueilli, ils poursuivent sur leur lancée, associant avec un réel talent rap urbain et musiques du pays (son, salsa, rumba… ), jusqu’à les rendre complémentaires. Le rap apparaît pour une fois mélodieux, créatif, renouvelé, tandis que les influences cubaines gagnent en modernité. Alors oui, c’est spécial, mais même si l’on n’aime pas, saluons l’originalité de ce groupe et la qualité de son travail, auquel ont collaboré le producteur Niko Noki (Passi, Bisso Na Bisso), le mixeur Mario Rodriguez (Public Enemy, Fonky Family) et d’excellents musiciens cubains.
3,5
CV
A ranger entre Cypress Hill et Compay Segundo

O Sister !
O Sister !
(Rounder/Metisse) - 19 titres, 55m48s - Compilation - Disponible.
www.continental.nl
Bluegrass au féminin. Depuis 30 ans, le label Rounder s'est spécialisé dans la publication des musiciens de bluegrass, et n'a jamais hésité à promouvoir les artistes féminines du genre, pourtant regardées de travers dans cet univers d'enchapeautés plutôt machos. Cette compilation précieuse feuillette plusieurs décennies de bluegrass au féminin, des premières divas du genre des années 50 à la toute fraîche Alison Krauss. C'est donc bien plus qu'une compil pour consommateurs pressés, mais un véritable témoignage de l'histoire de la music américaine, à prendre avec tout le respect qu'il se doit, mais aussi avec un formidable plaisir car c'est un régal de découvrir ces voix enjôleuses ou aigrelettes sur fond de banjo et de mandoline.
HP
3,5
A ranger entre Claire Lynch et Alison Krauss

Phantom Planet.
The guest
(Epic) -12 titres - 42m56s - produit par Mitchell Froom et Tchad Blake. Sortie mai 2002. ww.phantomplanet.com
Rock ricain sous bonne influence. Puisant leur nom dans un film de SF des années 60, les cinq joyeux loustics de Phantom Planet sont issus de Californie, mais pratiquent sans complexe un rock à la fois énergique et mélodique sous haute influence anglo-saxonne à la mode Elvis Costello, Crowded House et autre Squeeze. Après un premier album passé totalement inaperçu, sorti chez Geffen il y a plus de quatre ans, et quelques occupations diverses (le chanteur Alex Greenwald apparaît notamment dans des pubs Gap et surtout dans l’excellent «Donnie Darko» sorti récemment sur nos écrans), le groupe s’est attelé à l’enregistrement de cet excellent album qui, produit par Mitchell Froom (Crowded House, Costello, McCartney… Tiens, tiens…) et doté de quelques tubes en puissance («California»), devrait lui permettre d’atteindre les sommets des charts pour peu que ce genre de musique y ait encore sa place, ce qui n’est pas encore gagné ! Utilisant judicieusement instrumentation classique, samplers et orchestrations de cordes, Phantom Planet surpoudre ses textes d’une bonne dose d’humour et de dérision («Anshan» qui semble se foutre gentiment des Oasis, Embrace et autres prétentiards de la brit pop). Alternant harmonieusement morceaux rentre-dedans et tempos plus lents, voilà de quoi satisfaire amplement les amateurs d’un rock certes classique mais toujours plaisant à l’écoute. Que demande le peuple ?
PR
4
À ranger entre Squeeze et 54-40

Pitchshifter
PSI
(Sanctuary/BMG) - 12 titres, 53m39s - Produit par Machine - Disponible
www.pitchshifter.com
Metal actualisé. Depuis de longues années de carrière, Pitchshifter tente l’impossible pour paraître en avance sur son temps. Au finish, il parvient honnêtement à donner le change, à défaut de briller par son ingéniosité, ce qui n’est déjà pas si mal. PSI marque une nouvelle fois la faculté du groupe de gérer ses redondances avec succès. Inclure des bidouillages électro à la furie électrique est devenu commun, mais Pitchshifter le fait, il faut le reconnaître, avec pas mal de réussite. On repèrera même une petite touche d’inédit au détour d’un refrain bien soigné ou d’une transition amenée avec talent, mais l’ensemble n’a rien de révolutionnaire. Le metal, guidé par les machines fonctionne bien, et même si rien de décisif n’est présenté, l’écoute cet album procure du plaisir. Important, non ?
HD
3,5
A ranger entre Incubus et P.O.D.

The Posies
Success + Nice Cheekbones And Ph.D
(Houston Party/Pop Lane) – 17 titres, 66m43s – Produit par The Posies – Disponible - www.theposies.com
Power Pop. Success est un titre bien ironique pour ce cinquième album du groupe, paru en 98 aux States et réédité aujourd'hui. Nul besoin d'énumérer les tristes raisons qui ont fait d'un des groupes de pop les plus prometteurs, un éternel sujet de nostalgie. Cet album est plus laid back que ses prédécesseurs. Il constituait d'ailleurs une tentative pour se rapprocher d'une sorte de country pop et lorgnait par conséquent plus du côté des Byrds que de celui des Beatles. Le deuxième, paru en 2001, nous révèle la facette acoustique du groupe et accentue encore la direction qu'il semblait vouloir prendre Sur les deux, on retrouve harmonies vocales imparables et compositions ciselées. Voilà donc une réédition qui ne peut qu'amplifier nos regrets… et alimenter nos espoirs ?
CF
4,5
À ranger entre Buffalo Tom et Teenage Fanclub

The Promise Ring
Wood/Water
(Anti-/Epitaph/Pias) - 12 titres - 51m56s - produit par Stephen Street - sortie le 23 avril 2002. www.tpr-online.fr
Mélancolique frénétique. Après trois albums quelque peu confidentiels (30° everywhere en 1996, Horse Latitudes et Nothing Feels Good en 1997 et Very Emergency en 1999) The Promised Ring pourrait bien décrocher la timbale avec ce très beau Wood/Water, dans la mesure où la tonalité nostalgique qui baigne l’ensemble, tombe pile dans la nouvelle vague pop folk mélancolique qui prévaut actuellement outre-Manche. Mais ne vous y trompez point, le quatuor n’est en aucune manière issu de la perfide Albion mais bien de Milwaukee, USA, où il pratiquait un rock nettement plus déglingué à la Pavement. Il aura ainsi suffi que Davey, le guitariste se retrouve avec une tumeur au cerveau pour que le groupe se remette en question, change totalement d’orientation et franchisse l’Atlantique pour nous sortir cet album magnifique, dans la lignée des Coldplay, Elbow et autre Lowgold. Porteur de hits en puissance ( «Stop Playing The Guitar», «Say Goodbye Good» avec sa montée en puissance à la «Hey Jude») Wood/Water produit par le légendaire Stephen Street (The Smiths, Blur), l’album nous entraîne dans un univers rupestre en camaïeu où la beauté déchirante des chansons le dispute à la tristesse introvertie des textes. A l’image du nom de ce groupe ressuscité et régénéré, un album qui tient pleinement ses promesses…
PR
4
À ranger entre Coldplay et Lowgold

Bonnie Raitt
Silver Lining
(Capitol/EMI) - 12 titres, 55m22s - Produit par Bonnie Raitt, Mitchell Froom et Tchad Blake - Disponible.
www.bonnieraitt.com
US rock pur jus. La rouquine slideuse en est arrivé ici à son seizième album. Sacrée carrière. Aux States, Bonnie Raitt jouit d'un immense respect, sans doute parce que sa musique ressemble presque idéalement à son pays, entre blues acide et country sucrée, rustique et ultraproduite, comme ce miel un peu rude qu'on coule au Kentucky sur les pancakes. Cet album déroule son savoir-faire et son talent sans aucune surprise, mais cela a toujours belle allure. Il s'apparente beaucoup, dans l'esprit comme dans la réalisation, au Reptile d'Eric Clapton - ce qui ne sera peut-être pas pour certains la plus prometteuse comparaison qui soit… Parmi les grands moments, signalons un duo superbe avec Roy Rogers, et deux magiques virées du côté de l'Afrique. Beau boulot.
HP
3,5
A ranger entre Melissa Etheridge et Eric Clapton

Rice, Rice, Hillman & Pedersen
Running Wild
(Rounder/Metisse) - 12 titres, 35m29s - Produit par RRH&P- Disponible
www.continental.nl
Bluegrass bien vert. Les frères Rice, Chris Hillman et Mr.Pedersen, tous quatre sommités de la country music, se sont associés depuis quelques années dans ce quatuor qui en est ici à son troisième ouvrage. Ils s'étaient rencontrés au creux des sixties, bien avant de se faire connaître dans les Byrds, Flying Burrito, Manassas, New South ou Desert Rose. Leur premier amour musical fut le bluegrass, cette forme de country qui ne se joue qu'en string band, évidemment acoustique (guitare+dobro+mandoline+banjo+fiddle, rien de plus normalement ). Ils y sont revenus après d'électriques infidélités, et ce disque, comme ses prédécesseurs, va régaler les - quand même rares - amateurs de ce genre particulier. Les autres découvriront comme un fruit exotique, presque de la world music, cet album impeccable à tous points de vue, mais très typé.
HP
3,5
A ranger entre Dillards et Flying Burrito Bros

Rollerball (B.O.F.)
(Virgin) – 18 titres, 59m13s – Produit par Eric Serra + divers -Disponible
www.rollerball-lefilm.com
Soundtrack. Pas facile de se laisser accrocher par une succession de séquences musicales essentiellement destinées à soutenir l’ambiance d’un film. Pour ce remake du cultissime Rollerball, Eric Serra, en collaboration avec Nicolas Fiszman, signe une bande originale à la fois aérienne et oppressante, entre electro et new age. On reconnaît sans mal la patte du compositeur attitré de Besson et, même si sa musique est un peu plus variée que d’habitude, reste à savoir si on a envie de se taper du Serra pendant une heure, car c’est quand même très, très, très répétitif. Il y a bien un rap de Rappagariya et trois rocks massifs de Hardknox, Slipknot et Beautiful Creatures, mais ils déboulent comme des cheveux sur la soupe et ont pour principal effet de nous réveiller en sursaut.
CV
2,5
A ranger avec les autres B.O.F. d’Eric Serra

Rude Boy System
Take Your Time
(Small Axe/Tripsichord) – 13 titres, 47m40s – Produit par P. Créac’h – Disponible
Rocksteady. Le créneau de Rude Boy System ? Le traditionnel, du bon vieux rocksteady de derrière les fagots, du ska old school, avec un zeste de roots évidemment. Vous aurez sûrement déjà rencontré le phénomène sur les différentes compilations de la maison mère Tripsichord (It’s a French Ska Reggae Party 3, Small Axe 100% Indépendant…), ou sur la scène d’un caf’conc près de chez vous. Car si les Rude Boys n’apportent rien de bien nouveau au genre, n’est-il pas assez complet comme cela ? Force est d’avouer que les gars maîtrisent bien leur sujet depuis le temps. Take Your Time, quatrième album du groupe, s’aventure dans de nouvelles explorations de métissages où les instruments prennent tout leur essor. Un album frais à consommer sans modération.
CD’O
3.5
A ranger entre The Melodians et Desmond Dekker

S
Le charme discret de la middle class
(Hydrophonics/PIAS) – 10 titres, 36m29s - Produit par S et P. Destijl – Disponible - www.hydrophonics.org
Pop délicate. Le Charme Discret de la Middle Class ou plutôt le charme assuré de la chanson discrète de S. Voilà qui qualifie au mieux ce nouveau duo né de la scission du groupe toulousain Sofia qui, en 99, avait déjà remporté l’estime de la scène pop frenchy. Pas une pop rose bonbon, lourde à digérer, mais davantage un amuse-bouche délicat et subtil qui se mange sans faim. Plus de deux ans ont passés, et S nous séduit cette fois avec des poésies douce-amères signées Van Devyver qui aiment à marcher sur le fil du second degré. Jouant la carte de l’humour noir, on retrouve dans ces textes la fraîcheur qui font le prestige des artistes français qui ont conservés le goût de la plume acerbe mais légère.
CD’O
4
A ranger entre Mobiil et Ignatus

Saez
God Blesse
(Island/Universal) – 29 titres, 138m39s – Produit par Teo Miller - Disponible
www.damiensaez.com
Rock Press Club. Deux disques pour mieux découvrir l’univers de Saez. Encore faut-il être intéressé par le garçon… En voilà un, jouissant d’une assez belle notoriété, dont les ventes feraient pâlir n’importe quel groupe français de sa génération. Pourtant la presse d’opinion le méprise, les mensuels rocks l’admonestent… On lui reproche son racolage («Continue de lécher / Que j’aime quand tu fais ça»), sa naïveté («Trop d’inégalités / Trop d’argent, trop de banques»), la provoc à deux balles («J’veux du sexe et du sang / Des bombes dans le R.E.R.»), etc. Que l’on aime ou non, que l’on soit concerné ou pas, plus de 250 000 têtes blondes font battre son cœur de cible, s’arment de patience en attendant ce God Blesse…Et se foutent de la critique. Saez aussi. Cet album, il en a dessiné chaque recoin tout en coupant le cordon nourricier qui le liait à son label. Enfin, on aimerait le croire. Il matérialise également son mépris, ça nous n’en doutons pas. Alors tant pis si l’addition est trop salée, Saez paye son tribut à la société en livrant 29 titres pas toujours au top, mais souvent étonnants. Tels ces instrumentaux au piano, les parties pop intimiste où Damien se décide enfin à laisser sa gouaille au vestiaire et chante. Nous sommes loin de «Jeune et con» ! Ainsi se détache au fur et à mesure de l’écoute, un troisième album synthétisant le meilleur des deux autres. Celui-ci, aucune radio ne le jouera, aucun média n’en parlera à moins de s’asseoir sur ses griefs. Si son histoire avait commencé par là, ce consensus médiatique serait tout autre…
LE
2,5
À ranger entre deux conflits

Stevie Salas
ShapeShifter
(Surfdog/Socadisc) - 15 titres, 59m10s - Produit par Chris Goss – Sortie le 15 avril. www.steviesalas.com
Rock funky. Qui se souvient encore des débuts de Stevie Salas, dans l’ombre des Dan Reed Network et consorts ? Et de ce premier album, Colorcode, d’où ressortait notamment “Indian Chief”, un morceau écrit sur/pour son père ? Depuis, Stevie continue son bonhomme de chemin, et si ce ShapeShifter n’est que son troisième album sous son nom, on se souvient encore de Hardware, projet mené à bien avec Bootsy Collins et Buddy Miles, ou encore du fait que le chanteur, surtout guitariste, a bossé avec Mick Jagger, Rod Stewart ou encore George Clinton. On retrouve ici une bonne rasade de rock funky et enlevé, de grattes qui démangent et des tempos boule de gomme. Un univers fracassant et haut en couleurs comme on n’en entend malheureusement bien peu en ces jours de formatage à tous les étages…
CG
4
À ranger entre Fishbone et Bootsy Collins

Silence
Utopia
(MTM/ M10) - 13 titres, 67m17s - Produit par Bruno Levesque - Disponible.
www.silenceprod.free.fr
Metal d'art. Silence, c'est en fait le duo du chanteur Jérôme Cazard (très bon vocaliste… ) et du multinstrumentiste Bruno Levesque, guitariste pyromane, compositeur doué et excellent arrangeur. Voici leur troisième album, cette fois réalisé pour l'Allemagne (nul n'est prophète, etc). Et ces deux p'tits gars d’chez nous ont décidément du talent à revendre. Ils proposent un metal rock plein d'ampleur et d'élan, quelque part entre les architectures magistrales de Boston, l'allant heavy pop des premiers Bon Jovi et le sens symphonique d'un Stratovarius. Que de bonnes références donc, et sans exagération chauvine en plus. Le degré de mise en place impressionne et relève un peu plus le niveau, à présent joliment en hausse, des productions chromées françaises. Puissent-ils contredire longtemps leur nom !
HP
3,5
A ranger entre Boston et Stratovarius

Simple Minds
Cry
(Eagle/BMG) - 12 titres, 47m29s - Produit par Jim Kerr et Gordy Goudie – Disponible.
www.simpleminds.com
Pop. Simple Minds fait partie de ces groupes qui n’ont jamais eu à forcer leur talent, qui pourraient transformer la moindre cochonnerie pour balloche de fête nationale en tube incontournable. La voix de Jim Kerr y est pour beaucoup, admirablement malléable, déformable, transformable, et toujours reconnaissable. Ainsi, la chanson-titre, qui ouvre les hostilités de ce qu’on peut d’ores et déjà considérer comme un vrai come-back, est un hit en puissance. Et l’album de se dérouler avec la même fraîcheur retrouvée. Si Jim et les siens utilisent autant les machines pour composer, chaque chanson n’est cependant pas dépourvue d’âme et de corps, hormis un “Floating World” final louchant trop sur l’électro pure pour satisfaire vraiment. Welcome back, guys, et vivement l’olympia !…
CG
4
À ranger à côté de New Gold Dreams

Sinsemillia
Sinsé part en live…
(EPIC/Sony) – 13 titres, 62m48s – Compilé par Sinsemillia – Disponible
www.sinsemillia.com
Reggae. Que vous soyez fans ou néophytes, ce premier album live en dix ans de carrière reste le meilleur accès à la musique des grenoblois : en plus de l’énergie évidente déployée sur scène, cet opus se présente sous la forme d’un best of idéal. Tous leurs tubes sont là, de « Douanier 007 » à « Tout C’Qu’On A » extrait de leur dernière production, en passant par l’excellent medley de Première Récolte, pour beaucoup encore considéré comme le meilleur album. On retrouve également deux versions, dont une acoustique, de la reprise de «La Mauvaise Réputation» de Brassens. Pas grand chose à ajouter, l’enregistrement est propre et le choix des titres, certes peu audacieux, ne décevra personne.
CD’O
3
A ranger entre leurs albums studio

Soilwork
Follow The Hollow
(Nuclear Blast/M10) - 10 titres, 35m30s - Produit par divers - Disponible
www.soilwork.com
Punch metal. Cette fois c’est certain, Soilwork approche vraiment la perfection. Si le black album consacra Metallica, Follow The Hollow devrait procurer à cette tardive révélation, la récompense que son œuvre mérite. Rarement le metal n’aura été aussi pur et percutant dans ses intentions comme dans sa réalisation. Sauvage et moderne, mélodieux et puissant, produit sans faille et bourré de conviction, festival de virilité musicale, il accumules les qualités pourvaincre et convaincre. On découvre une nouvelle orientation fédératrice, au croisement des époques que le style a traversé. Chaque métaleux devrait sortir de sa chapelle pour communier à l’aube du renouveau. Et si le metal peut encore produire de tels albums, c’est qu’il se porte à merveille. Indispensable, incontournable… génial !
HD
5,5
A ranger entre Metallica et In Flames

The Specials
Specials (2-Tone/EMI) 5
More Specials (2-Tone/EMI) 4
In The Studio (2-Tone/EMI) 3
http://members.tripod.com/~the_specials/
Ska. Nous sommes en 1977 et l’Angleterre vit à l’heure de l’explosion punk. Phénomène essentiellement blanc, celui-ci va trouver son pendant avec la fondation d’un groupe multiracial formé, entre autres, de Jerry Dammers, Neville Staples, Terry Hall et Lynval Golding. The Specials, tout en s’identifiant avec l’agenda contestataire de Clash et consorts, vise à ressusciter une attitude plus fun, véhiculée par le ska, genre précurseur du reggae. Specials (1979), mélange des classiques et des originaux de Prince Buster. Les morceaux parviennent à concilier satire politique et virulence punk à des rythmiques très dansantes. Des titres phares (“A Message To You Rudy”, “Too Much Too Young”, vibrant plaidoyer pour la contraception et interdit par la BBC), une production d’Elvis Costello lui-même, ce disque demeure un classique du mouvement 2-Tone. Celui-ci allie imagerie en noir et blanc et voit l’émergence de groupes comme The Selecter, Madness ou The Beat. En 1980, The Specials sort un nouvel album, More Specials, qui le voit s’éloigner des racines ska et s’orienter vers un son beaucoup plus lounge. Si elles semblent virer dans plusieurs directions, les compositions restent cependant suffisamment fortes pour que le disque demeure recommandable. Il en va autrement de In The Studio (1984). Entre-temps, Golding, Hall et Staples sont partis pour former Fun Boy Three. La conception du disque, avec Dammers aux commandes et un nouveau vocaliste, Stan Campbelle, prendra 3 ans. Il ne conserve que peu de traces de ce qui a fait la force du mouvement 2-Tone (en pleine déconfiture d’ailleurs). Les titres (“Racist Friend”, “Nelson Mandela”) restent politiques, mais ont perdu de leur virulence. Si ces rééditions sont par conséquent bienvenues, on eut aimé qu’elles s’accompagnent de Singles Collection, où figurent la plupart des hits, en particulier l’extraordinaire “ Ghost Town ”.
C F
A ranger entre Madness et The Selecter

Rubin Steiner
Wunderbar Drei
(Platinum/BMG) – 13 titres, 41m49s – Produit par F. Landier – Disponible
Electro. Méfiez-vous des apparences, Rubin Steiner et son Wunderbar Drei sont bel et bien made in France, de ce pays où quelques activistes underground convaincus ont encore la possibilité d’exposer au grand public leurs créations. Ancien animateur de Radio Béton où il divulguait les perles secrètes du free-jazz et de la disco, DJ, fanzine maker, Frédérick Landier est hyperactif. Après un premier album, Lo-fi Jazz Vol.2, sous forme de collage rythmique, le voici de retour avec une formation contrebasse, trombone, guitare où les explorations électro de Rubin Steiner trouvent leur terrain de jeu favori. Entre hip-hop abstract, cosy music et jazz réinterprété, ce second opus révèle une nouvelle face du Rubin Steiner 2002.
CD’O
3,5
A ranger entre Llorca et UHT

Subsonic
Subsonic
(Rebel/Musea) - 9 titres, 35m15s – Produit par Subsonic – Disponible.
www.musearecords.fr
Rock. Ils sont trois, mais ils font du bruit comme douze ! Au-delà des clichés, Subsonic pourrait bien être la probable réponse au cruel manque de leader dans la nouvelle génération de formations frenchies (mince, encore un cliché, sorry). Si seulement… Car il y a toujours des “si” ! S’il change de chanteur (pardon pour lui) surtout, vu qu’hormis ce chant un peu trop barré heavy-tremolo-proutesque, le groupe allie maîtrise technique, envie de tout faire péter et, de fait, une belle énergie communicative. Et quand le courant se fait alternatif (“Zaia”), c’est pour mieux nous défenestrer par la suite (“Ce Petit Monde”). Car Subsonic est avant tout un groupe à guitares, un groupe qui cogne, qui baisse la garde et bastonne à tout va. Ne manque donc plus &agrav