COMPACT #2 - Avril 2000

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

AC/DC
Stiff Upper Lip Kiss

(Eastwest,755962494) - 12 titres, 47m07s - Produit par George Young - Sortie le 25 février 2000

AC/DC & roll -  Paco s'était joyeusement planté ! Ce n'est pas d'une pseudo station orbitale dont il fallait se méfier, mais bel et bien d'une rondelle australo-écossaise ! Quelle bombe ! Bientôt trente ans de carrière et le groupe semble rajeunir de plus en plus. Attention, haineux détracteurs du binaire qui vous mouline l'échine, nous ne sommes pas en train de vous expliquer que la bande de kangourous électriques régresse, mais bien au contraire que la cure de jouvence poursuit son cours et que l'on retrouve le groupe dans une forme éblouissante. Est-ce le retour de George Young aux manettes qui fait son office ? En tout cas, si certains d'entre vous ont regretté le côté bien trop produit de Ballbreaker, vous serez satisfaits et vous pourrez joyeusement faire le «duck walk» sur ces nouveaux titres empreints d'une énergie incroyable. AC/DC est le seul à pouvoir manier le groove de cette façon, Brian le seul avec cette gouaille inusable, Angus le seul à faire vivre chaque note comme il le fait !Bref, AC/DC reste et restera toujours un groupe unique et démentiellement enivrant. Un quintette ou plutôt une dreamteam qui est la quintessence même du rythme. Pour sûr, les générations futures épelleront le mot rock : A C D C… PLR

5 - À ranger entre Powerage et Back In Black

Air
Virgin Suicides
(Virgin/Source, 724384884826) - 13 titres, 40m31s - Produit par Air -
 Sortie le 29 février 2000

B.O. -  Séduite par Moon Safari, Sofia Coppola contacta les français afin de leur confier la bande originale de son long-métrage, The Virgin Suicides ou la vie de cinq adolescentes refusant les règles qui régissent la vie adulte, dans les années 70. Le décor est planté, Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel s'attellent à la tâche. Que reste t-il du premier album ? Peut-être les nappes synthétiques, une douceur quasi-palpable, voire des mélodies hippies hallucinogènes. Du côté des compos, on exploite au mieux ces basses rondes à outrance, la guitare folk ou l'écho d'une batterie survoltée. Apparemment, le duo semble s'épanouir dans ce nouveau rôle, lequel rappelle parfois l'expérience de Pink Floyd avec le film More, en 69. LE

3,5 - À ranger entre psychédélique et new age

Altan
Another Sky
(Virgin - 7243 8 4883828) - 13 titres,
48m57s - Produit par Altan - sortie en février

Folk Irlandais Grandiose - Alors là, nous sommes loin des Corrs et de leur épouvantable soupe populaire ! Altan est un groupe authentique, à la manière des Chieftains et pour eux, jouer de la musique gaëlique n'est pas un geste vain, histoire de prendre le train de la mode en marche. Non, ils ressentent leurs racines irlandaises au plus profond de leurs tripes et tentent d'exprimer l'amour de leurs terres embrumées par le biais de leurs chansons (ou parfois par celles des autres : «Girl From The North Country» est bien une composition de Robert Zimmerman) agrémentées de textes souvent à la lisière du Fantastique, comme il se doit dans ces contrées. Rien que la liste des instruments et intervenants utilisés vous communiquera l'irrépressible envie de cette bouffée d'oxygène vert : voix angélique et éthérée, violon, guitare, bouzouki, accordéon, violon, flageolet (si, si, c'est bien un instrument de musique), violon et invités prestigieux : Jerry Douglas (maître es-Dobro), la légende vivante Bonnie Raitt et le Quincy Jones de la musique irlandaise, à savoir Mr Donald Lunny en personne. Avouez que vous avez déjà connu pire, pas vrai ? TS

3 - À ranger entre Les Chieftains et Aslan

Amor Belhom Duo
Amor Belhom Duo
(D'ici D'ailleurs/Normandie Dream Records - IDA 014) - 15 titres, 60m28s - Produit par Naïm Amor, Thomas Belhom et Marianne Dissard Sortie - le 15 Mars 2000

Rock extrêmement expérimental  - Après avoir écouté attentivement ce disque, il est facile de comprendre les raisons qui ont fait craquer l'équipe de Giant Sand et de Calexico, au point de participer aux disques de ces deux francais exilés aux Etats-Unis depuis quelques années, quand ils n'en enregistrent pas un en entier, comme ce fût le cas pour Tête à Tête, fruit de la collaboration intensive Amor/Belhom/ Calexico, encore inconnu dans nos régions reculées, mais ne désespérons pas. Tout le spectre du rock moderne est donc balayé de part en part et la place est laissée libre pour une improvisation débridée mais menée d'une main de maître par nos deux franchouillards (qui sévissaient, du temps où ils étaient en France, dans le groupe de hardcore Witches Valley) reconnus à Tucson comme les meilleurs musiciens émigrés installés dans ce coin perdu -et ce ne doit pas être très facile de se faire accepter au pays des Rednecks, sûr ! C'est fascinant, même si un peu ardu et aride d'aspect : pour une fois, il va falloir écouter plus loin que le bout de vos oreilles et être très attentifsÉ TS

3 - À ranger entre le premier, Wavelab Performance, et un Can des grands jours

Ian Anderson
The Secret Language Of Birds
(Papillion/Roadrunner) - 15 titres, 53m49s - Produit par Ian Anderson -Sortie le 6 Mars 2000

Prog Pastorale - Ian Anderson, en plus d'être le leader de Jethro Tull et le paillard héron-flûtiste que l'on sait, passe l'essentiel de son temps dans la veste en velours côtelé d'un gentleman-farmer dans le sud-ouest de l'Angleterre. Cela lui a toujours donné un fort appétit d'ambiances rustiques et de musique unplugged. Il a donc mis à profit le troisième album solo de sa carrière pour laisser libre cours à ce penchant pastoral. Cela nous offre ainsi une petite heure de musique gracieuse et décontractante, superbement mise en son -c'est même l'attrait essentiel de cet album très rafraîchissant- mais les fans du Tull trouveront quand même tout cela bien léger, voire évanescent, tant tout ceci à force d'être charmant abdique toute ambition de densité. Joli mais un peu vide. HP

2,5 - A ranger entre Rousseau et Ronsard

Anouk
Urban Solitude
(BMG) - 13 titres, 49m20s - Produit
par Anouk Teeuwe - Sortie février 2000

Rock US pas US - Deuxième album, après Together Alone et le tube «Nobody's Wife» au début de l'année dernière. Anouk, charmante hollandaise (c'est CG qui le dit et, parait-il, il s'y connaît), jongle, non sans risque, avec les agaçantes manières d'une Fiona Apple, la grâce d'une Alanis Morissette, une hargne presque punk («U Being U») et un certain talent de songwriter. Excessivement gueulard parfois, son rock est pourtant convaincu, vécu et sincère, sur des textes très personnels et poignants. Les compositions et les arrangements, malheureusement, sont assez passe-partout et risquent de se noyer un peu vite dans la masse musicale rock du moment. L'esprit d'une Ani Di Franco à la tête d'un groupe visant, de façon un peu trop évidente, les grandes scènes des grands festivals, la jeune femme développe une schizophrénie qui est autant la qualité que le défaut de son travail. MEK

2,5 - À ranger entre Fiona Apple et Alanis Morissette

Asian Dub Fondation
Community Music
(Labels / dist. Virgin) - 15 titres - 73m
54s - Produit par ADF - Disponible

Asian World - Community Music est le troisième album de ceux dont David Bowie a dit qu'ils étaient « le meilleur nouveau groupe du monde. Ils prônent le respect et la tolérance et, immigrés Indo-Pakistanais de la seconde génération, nous font découvrir leur culture d'origine. Leur musique est un combiné de hard et de ragga-jungle, d'indo-dub, les sitars inspirent leurs guitares et ils ont glané des sons dans la discothèque de leurs parents. Ils dénoncent le racisme anti-asiatique chez les anglo-saxons,et réclament une justice sociale. Ce sont des textes magnifiques dont ils ont le secret "le racisme et l'impérialisme bossent en tandem et la pauvreté ils, la bâtissent de leurs mains". N&D SD

4,5- À ranger entre Zebda et de la musique Indienne traditionnelle

Autour De Lucie
Faux Mouvement
(Le Village Vert/Small) - 11 titres, 50m14s - Produit par Ian Caple et AdL
- Sortie le 21 mars 2000

Intello pop - Des textes tous signés Valérie Leulliot, un nouveau batteur etÉ ce troisième album. Immobile a très exactement trois ans et certains, semble-t-il, se régalent par avance de la néo-pop iconoclaste de ces français là. Alternant, non sans finesse, chant et talk over, V.Leulliot entraîne la musique de AdL vers des rives plus trip hop, plus dans l'air du temps. Doux, lents, éthérés, truffés de références au post rock nord-américain (autre concession à la mode musicale actuelle), plus d'un morceau flirtent, pourtant, plus ou moins consciemment, avec la variété française (expressionnisme facile et cordes vibrantes, «Chanson de l'arbre», par exemple) et, ainsi, peinent à se démarquer d'un courant réalito-jazzo-soporifique déjà sur-représenté (et sur-estimé par, hum, certains) dans le petit Hexagone. Pas mal de prétention(s) et trop peu de chansons, surtout lorsque «Le salon» nous rappelle qu'ils se sont d'abord fait connaître comme de fort doués trousseurs de pop songs efficaces «à la française». MEK

2 - À ranger entre Les Valentins et Playdoh

Larry Barrett
The Big Slowdown
(Glitterhouse/PIAS, GRCD 469) - 10
 titres, 42m30s - Produit par Tucker Martine - Sortie février 2000

Folk - Mine de rien, il s'agit du quatrième album solo de cet ancien Walkabouts. Celui-ci aura-t-il plus de chance, dans notre douce France, que les précédents ? On peut raisonnablement en douter. Bien sûr, l'interprétation est impeccable et la voix, nasillarde, s'intègre parfaitement à des compositions plus qu'honnêtes ; mais notre pays étant pour le moins fermé à ce type de répertoire, il aurait fallu plus de souffle, pour dépasser le cercle restreint des amateurs de "country-folk". Ajoutons que les places, bien chères, sont déjà occupées par quelques géants venus d'Outre-Atlantique et gageons que The Big Slowdown ne plaira qu'aux inconditionnels du genre. CF

2 - À ranger entre Dylan et Michael Nesmith

Blue Mountain
Tales Of A Traveler
(Roadrunner/Sony, RR8657) - 12 titres
 - 46m58s - Produit par Blue Mountain et Dan Baird - Sortie mars 2000

ROCK US - Entre country-dixie et folk-rock, Blue Mountain se pose depuis quelques années (et quelques albums) comme l'une des plus belles pousses d'un genre qui adopte les bonnes vieilles recettes d'antan pour mieux les pervertir de l'intérieur. On pense ainsi plus à un Giant Sand qu'aux Eagles, pour citer des exemples extrêmes. Attention, pas de totale révolution à l'horizon non plus, juste quelques bonnes lignes de slide dont on se gave goulûment, des restes encore humides du Mississippi d'où sont issus nos quatre lascars, et de permanents hommages à leurs héros, Neil Young, Hank Williams ou encore Bob Dylan, tous présents à un moment ou un autre en filigrane. Si vous êtes allergique à toutes ces sonorités US parfois proches d'un certain esprit sudiste, voire d'un esprit sudiste certain (vivaces, les gars du sudÉ Et bien, tant mieux !) passez votre chemin. Sinon, installez-vous quelque part autour de ce feu de joie et goutez à pleines oreilles ce très bon et beau Tales Of A Traveler qui, au-delà des évidentes qualités des membres de Blue Moutain, bénéficie aussi de l'aide évidemment précieuse de Dan Baird (ex-Georgia Satellites) qui co-produit la rondelle et apparait à la guitare sur trois morceaux. CF

4 - À ranger entre Blues Traveler et Jayhawks

Brute
Nine High A Pallet
(Trocadero/PIAS,
TR 20212) - 12 titres, 57m14s - Produit par John Keane - Sortie le 31 janvier 2000

Country/Rock - Brute, c'est ni plus ni moins que Vic Chestnutt et Widespread Panic enregistrant à Athens sous la houlette de John Keane (REM, Counting Crows). Si l'on ajoute que David Lowery (Cracker) s'est joint à la bande sur un morceau, on comprend tout de suite que ce super groupe sudiste nous a gratifié d'un album assez extraodinaire mélangeant country rock ("Blight"), jam sessions psychédéliques ("Protein Drink/ Sewing Machine") ou folâtreries humoristiques ("Good Morning Mr. Hard On", Bonjour Monsieur La Trique !). Tout l'album baigne d'ailleurs dans une humeur relaxante qui conjugue atmosphères laid back et tempos saccadés. On sait combien il est malaisé d'être simple, c'est pourquoi le résultat confondant de Nine High A Pallet est plus que réjouissant ! CF

4 - À ranger entre Neil Young et Pearl Jam

Buckethead
Monsters And Robots
(Cyberoctave/Virgin, 7243847499) - 12 titres - 50m56s - Produit par le Dieu Poulet - Sortie le 20 mars 2000

Godzilla vs Chicken - Amis nucléarisés, bonjour ! Notre sujet d'étude de ce soir n'est autre que le groupe (unicéphale, en fait) le plus barjo du moment, à savoir Buckethead (le nom, déjà, «tête de seau» parce que le monsieur se balade avec un seau sur la tête, qui lui permet d'après lui de canaliser l'énergie psychique des poulets sacrifiés !) qui mixe joyeusement machines (un peu, beaucoup, passionnément) et guitares vrombissantes (à la folie). Plutôt que de tenter d'expliquer ce mariage contre nature de rythmiques somme toute assez classiques, de bruitages incongrus et de cette guitare furibarde qui est partout ailleurs, contentons-nous d'expliquer, en guise d'étude psychologique, que le Buckethead en question a vécu son enfance dans un élevage de poulets en face duquel était situé un drive-in projetant des grands nanars de la SF avec tout plein de robots géants et de monstres à la Godzilla, des dessins animés bien secoués ou encore Massacre à la tronçonneuse. Forcément, ça laisse des tracesÉ DB

3- A ranger entre BD et Rock

Tommy Castro
Live At The Fillmore

(Dixiefrog/Night & Day, DFGCD8503) 11 titres - 62m26s - Produit par Tommy Castro et Edward Chmelewsk - Sortie fin février 2000

BLUES - En quelques années seulement et trois albums bourrés de bonnes vibrations, Tommy Castro s'est imposé comme l'un des nouveaux seigneurs d'un blues qui claque et swingue à la fois. Évoluant habilement entre tradition et modernisme, le sieur Castro est aussi et surtout une bête de scène, ce qui explique la parution de ce live alors que sa carrière en solitaire débute seulement. Il n'a d'ailleurs pas été la tête d'affiche du Bishopstock 99, l'un des plus grands festivals de blues européens, l'an passé en Angleterre, par hasard. C'est ainsi que le tour de la question blues est réglé en à peine onze morceaux, enregistrés au légendaire Fillmore Auditorium de San Fransisco, pour la plupart signés Castro, sans oublier une reprise vraiment bien torchée du «Can't You See What You're Doing To Me» d'Albert King et un «Sex Machine» final superbement enlevé. Du grand art. DL

3,5 - À ranger entre Albert King et Walter Trout

Cat Power
The Covers Record
(Matador Records/PIAS) - 12 titres, 41m06s - Produit par erreur - Sortie
 le 21 Mars 2000

Hommage légèrement soporifique - Sûr que les Inrocks doivent en raffoler et conseiller ce disque à tous leurs abonnés : la grande (sic) Chan Marshall qui se fend d'un tribute à quelques uns des groupes et artistes qui l'ont inspirée, cela ne se refuse évidemment pas ! Reste que, tout snobisme ou esprit revanchard mis de côté, le résultat n'est pas des plus bandants. Jagger & Richards doivent encore s'étouffer de rire en écoutant la version de leur célèbrissime «I Can't Get No Satisfaction». Bob Dylan, Moby Grape et Nina Simone ne sont guère mieux servis. Quant aux autres, qu'ils se débrouillent eux-mêmes pour venir rechercher leurs chansons maltraitées ! Vraiment, même avec la meilleure bonne volonté du monde, il est assez difficile d'apprécier cet album sans forcer sur la bouteille ou les substances nocives ; nous sommes désolés pour Cat Power qui nous a habitué à mieuxÉ TS

1 - À ranger entre les autres Cat Power et une plaquette de Rohypnol

Tracy Chapman
Telling Stories
(EastWest, 7559624782) - 11 titres 42'09» - Produit par David Kershenbaum et Tracy Chapman 

Song Writter - Fidèle à son style, sa musique, ses convictions pour lesquelles elle s'engage au cours des nombreux concerts de soutien, Tracy revient, sans l'once d'une variation. Un parcours millimétrique, rivé sur l'asphalte d'une highway jalonnée de succès. Évidemment cette renommée mondiale lui permet aussi de trier sur le volet ses interviews (une seule pour la presse écrite française), d'utiliser les médias tels des catalyseurs d'espoir dont regorgent ses télégrammes. Cet échange fonctionne, crée l'événement en touchant, avec élitisme, un public leader d'opinions, sensibilise les littéraires. Encore faut-il tendre l'oreille. LE

2,5 - À ranger entre Crossroads et New Beginning

HenryCooper
Slide Man
(Burnside Records/Night&Day, BCD 0036 2) - 15 titres, 50m20s - Produit par l'artiste
sortie février 2000

Blues-Rock - Slide Man, Henry l'est assurément à la folie : son premier album pour un label (il autoproduisit un certain Baby Please voici deux ans) en regorge tellement qu'on ne sait plus trop où donner de l'oreille. Elu «meilleur slide guitariste de blues d'Amérique Du Nord» par le respecté Real Blues Magazine, il a joué en compagnie du regretté Screamin' Jay Hawkins, ce qui devait être des plus savoureux à entendre, avant de rejoindre le Duffy Bishop Band pour deux albums et d'interminables tournées, le temps de comprendre que, finalement, s'il voulait vraiment ressembler à son héros de toujours Elmore James, il valait mieux repartir du bon pied et fonder son propre groupeÉUne fois de plus, un as de la six-cordes débarque dans notre beau pays d'attardés sans que quiconque n'ait été prévenu. Qu'importe, Mr Cooper a tellement de talent qu'il peut se passer de (presque) toute promotion et ce ne sont pas les sept instrumentaux incendiaires qui parsèment son disque qui viendront prouver le contraireÉTS

3,5 - À ranger entre Tino Gonzales et les Delgados

Cornu
A Trois
(Island) - 13 titres - 47m05s - Produit par Teo Miller - sortie mars 2000

Nouvelle Scène Française - Dès leur premier album éponyme, il était clair que Cornu, on aimait ou on détestait. Leur second opus n'échappe pas à cette règle. Les textes de Julie Bonnie restent d'une simplicité singulière, à la fois intimes et communs à l'expérience de chacun. Côté musique, on retrouve le violon de Julie, la basse de son frère Alex et le batteur Ben Bernadi, agrémentés d'une palette d'instruments auxquels ils ne nous avaient pas habitués. L'agréable surprise de rencontrer Yann Tiersen sur "Que Cet Amour" ne gâte rien à l'affaire. Autre satisfaction, et non des moindres, est le travail accompli par Teo Miller, à qui l'on doit notamment "Pure Morning" de Placebo. Bref, c'est comme tout, il faut goûter pour savoir si l'on aime. N'hésitez pas ! CD'A

3,5 - À ranger entre Louise Attaque et France Cartigny

D'Angelo
Voodoo
(EMI, 7243523373) - 13 titres - 78m59s - Produit par DJ Premier - Sortie le 25 janvier 2000

SOUL 2000 - Waouf, quel album ! Tandis que, tapis dans l'ombre, tous ses détracteurs l'attendaient avec leur sourire carnassier et leurs ricanements de petites frappes mal débouchées des oreilles, D'Angelo se permet le luxe de non seulement proposer un second opus tout aussi vivifiant et fort en bouche que Brown Sugar (2 millions de copies écoulées, quand même !), mais aussi d'y démontrer que si sa formule fonctionne à la perfection, elle tient aussi la longueur (dans tous les sens du terme, puisque ces nouveaux titres flirtent régulièrement avec les six ou sept minutes). Preuve supplémentaire qu'on peut faire du neuf (gros son, présence de Method Man, de Redman, mais aussi de Lauryn Hill avec qui D'Angelo avait déjà travaillé sur son album à elle) avec du vieux (voix d'Hendrix qui ouvre le disque et esprit soul inoxydable, dans la grande lignée de la famille Stone ou du Gang de Kool). Sans contestation possible, le rafraichissement du moment, c'est déjà l'été !ML

4,5 - À ranger entre Sly & Kool

Daran
Augustin & Anita
(EastWest) - 10 titres, 43m20s - Produit par Philippe Le Gourdiol
Sortie le 2 mars 2000

Chaise tournante - Davantage rock, sur le fil du rasoir, sans concession, voilà comment aurait dû être cet album. Au lieu de cela, Daran opte pour un discours moralisateur, joue la carte du politiquement correct ou l'alternative "tout public" en misant sur une critique acerbe de la société, en glissant ça et là ses messages d'espoirÉ Soit, le ton est donné. Le tout est sagement emballé, chanté avec les tripes, mis en boîte dans les conditions du live, à l'ombre d'un ancien ciné de banlieueÉ presque à la sauvage car l'album bénéficie néanmoins d'une production ultra clean. Un disque tiré à quatre épingles, mais peut-être pas à la hauteur de son ambition. LE

2 - À ranger entre les Innocents et Alain Souchon

Day One
Ordninary Man
(Epic) - 11 titres - 44m32s - Produit par Mario Caldato Jr - Sortie le 28 février 2000

NEW POP - C'est l'une des grosses sensations du moment et, dans un sens, quand on entend de belles ritournelles répétitives comme «I'm In Your Life», on comprend l'excitation de nos amis anglais (entre autres). Ce qui rend plus perplexe, c'est la pauvreté toute relative de l'ensemble des titres déclamés (la majorité de l'album, en réalité), tous construits sur un même moule : une rythmique réduite à sa plus simple expression, souvent une basse bien ronde et grasse, la voix qui raconte son histoire (les textes sont plutôt bien torchés) et quelques bruitages pour mettre en volume le tout (samples de films porno, sonnerie de téléphone, etc.). Et bien sûr, n'exagérons pas, une orchestration suffisamment variée (orgue, violon, etc.) pour que jamais nous ne soyons gagnés par la lassitude. Il est toutefois dommage que Day One tombe si régulièrement dans le ronronnant redondant et joue à cache-cache avec sa machine à créer des mélodies car, quand il ajoute ne serait-ce qu'un brin d'harmonie à son univers rectiligne, tout s'éclaire comme par miracle et les chansons prennent une dimension quasi-intergalactique. ET

3 - À ranger entre une tranche de Cake (low fat) et une part de Eels

Demon
Midnight Funk
(Small/2000ST, SMA4961442) - 14 titres, 69m36s - Produit Jeremie Mondon
Sortie le 8 février 2000

Electrofunk - Impossible d'identifier à l'écoute que le diablotin se cachant dans l'ombre du pseudo, n'a que 22 ans. Ou d'imaginer qu'il vit au pays du Camembert. Car déjà, il compte à son actif quelques joutes aux côtés de Gopher, Etienne de Crécy, des remix pour Murat, CassiusÉ Ainsi que son propre label. Ok, y a pas de quoi en faire toute une montagne, mais ne craignons pas d'estampiller nos produits lorsqu'ils le méritent. Et Midnight Funk fait partie des heureux prétendants à l'appellation contrôlée. Sans chauvinisme, le p'tit frenchy assure vraiment dans l'genre house old school, tracks en disco/funk trempées. À tel point que sur Nova, les pro-Demon contre les pro-Superfunk s'offrent en duel. Est-ce bien nécessaire ? LE

3,5 - À ranger entre Bob Sinclar et Superfunk

DEMONS & WIZARDS
DEMONS & WIZARDS
(NTS/Wagram 3055782) - 12 titres, 52m22s - Produit par Jim Morris - Sortie le 28 janvier 2000

Heavy Garanti - On pouvait attendre le meilleur d'un groupe qui commençait par se placer sous le patronnage respectueux d'Uriah Heep (le titre) et qui réunissait un duo plus qu'intéressant avec Hansi Küsch, le chanteur de Blind Guardian, notable représentant de la scène prog metal germanique, et le guitariste américain Jon Schaffer qui s'était illustré avec Iced Earth. Sommet d'autant plus prometteur que tout cela s'effectuait sous la houlette de Jim Morris. Espoirs déçus car l'album rassemble un tel nombre de clichés et de séquences déjà entendues qu'on s'ennuie bien vite, d'autant que les évidentes prétentions du duo empêchent de croire à une volonté de simple exercice de heavy bien basique. Talent et savoir-faire sont pourtant là, mais mis au service d'un plomb déjà mille fois fondu. Dos de mage. HP

2,5 - A ranger sans plus

Djamatik
Djamatik Connections
(Sony/Small) - 14 titres, 73' 52s Sortie le 22 février  2000

Reggae - Le clavier des Wailers, Tyrone Downie, signe pour Djamatik (issu du collectif sarcellois Neg Marrons), une poignée de compositions originales, chantées pour l'occasion en duo, par certaines figures emblématiques de la scène rap. À ses côtés, on retrouve Pit Baccardi, Kassav, Doc Gyneco, Perle Noire, Stomy Bugsy, Mc Janik, Passi et Hamed Däye, Arsenik, les Martiniquais Metal Sound, Kulu Ganja des Ruffneg', Joëlle Ursull, Steel Pulse et Buju Banton. Un élan jamaïcain roots musicalement bien ficelé, hormis l'intervention vocale de Djamatik. Le garçon n'est pas doué pour les vocalises ! Néanmoins, les invités redressent la barre en insufflant suffisamment de savoir-faire pour sauver du naufrage l'entreprise. LE

1,5 - À ranger entre Zouk et Reggea

Doves
Lost Souls
(Heavenly/EMI) - 12 titres, 56m38s - Produit par Jimi Goodwin - sortie début avril 2000

Funk Rock Pop - Les Doves (à ne surtout pas confondre avec les défunts Trashing Doves, devenus par la suite les Doves, qui officiaient dans la seconde partie des eighties et qui proposaient un rock beaucoup plus rentre-dedans) sévissaient, voilà quelques années, sous le nom passablement stupide de Sub Sub et ils connurent un succès, le hit disco «Ain't No Love (Ain't No Use)» avant de plus ou moins laisser tomber leur prometteuse carrière, suite à un incendie en studio d'enregistrement assez fâcheuxÉ Les revoici donc en l'an 2000, toutes cicatrices disparues et avec, au ventre, une furieuse envie de prouver à un monde incrédule qu'il faut encore compter avec eux ; pari des plus réussis, du moins si l'on en juge par leur album remarquable de classe et de savoir-faire, en fait une longue promenade qui vous conduira sur les bords scintillants d'une rivière certes synthétique, mais bien agréable à contemplerÉ Les chansons les plus abouties («Here It Comes», «The Man Who Told Everything»,»The Cedar Room» et «A House» (clin d'oeil ?)) sont celles qui se rapprochent le plus d'un funk blanc que le David Bowie de la période Heroes/Low/Lodger  n'aurait en rien renié. TS

3 - À ranger entre A House et Eastern Dark

Drivin' & Cryin'
The Essential Live
(Drivin' & Cryin' records/Fnac Import) 16 titres - 73m56s - Produit par Tim Nielsen - Sortie fin 99

ROCK US - Il y a du bon à préserver quelques raretés pas ou plus largement distribuées en Europe. On a l'impression de posséder son petit jardin musical secret, là où personne ne peut réellement rentrer. On peut même narguer quelques connaisseurs en laissant fleurir de temps à autre ses meilleures pousses, cultivées tard la nuit, à la lumière d'une pleine lune, la casque crachant secrètement et fugitivement ses décibels rebelles sans cause. Le seul problème à couver ces groupes devenus rares chez nous -et Drivin' & Cryin' en est un bien beau représentant- c'est qu'on ne peut pas profiter de toutes ces merveilles sur scène. Heureusement, ces formations tournent en d'autres contrées (souvent même dans des stades !), ce qui nous permet de temps à autre de profiter de quelque album live de circonstance. Dans le cas présent, après huit albums studio, ça frisait l'urgence. Qui plus est, le choix des titres est excellent et assez représentatif des différentes nuances du rock US du groupe. Quant au son, il est énorme, le panard !É  CG

3,5 - À ranger entre Gin Blossoms et Rave-Ups

Nicolai Dunger
This Cloud Is Learning
(Dolores/Virgin/Labels, DOL 062) - 12 titres, 41m08s - Produit par Ebbott Lundberg & Kalle Gustafsson
Sortie le 22 février 2000

Folk - Pour ceux qui aiment climats bucoliques et mélodies tamisées voici le premier album de ce jeune chanteur suédois. Guitares acoustiques, orgues légères, parsemés ça et là de quelques touches de banjo, de double basse ou de clavecin, This Cloud Is Learning explore introspection délicate et harmonies faussement tranquilles. Dire qu'il le fait avec originalité serait s'aventurer vraiment bien loin : voilà un disque qui prouve, une fois de plus, que compétence et voix chatoyante remplacent difficilement éclat et morceaux inspirés. La pochette de l'album affiche un "Introducing Nicolai Dunger" qui indique l'apprentissage avec à propos, il reste maints échelons à franchir avant d'atteindre la capacité. CF

2 - À ranger entre Jeff Buckley et Donovan

Eels
Daisies Of The Galaxy
(Universal/Polydor) - 15 titres 44m15s - Produit par Mark Oliver Everett - Sortie le 28 février 2000

À l'annonce du précédent opus, les aficionados ne tenaient plus en place. Faut avouer que d'entrée Mr E avait frappé fort avec Beautiful Freak, si bien qu'il semblait légitime d'espérer une suite aussi punchy. Malheureusement, frappé de plein fouet par un drame familial, le garçon coupa court à l'excès rock et coucha sur le papier musique Electro-Shock Blues, album perso, sombre, gorgé de nostalgie. Curieusement, ce troisième volet s'interpose entre les deux premiers, distille un doux cocktail aux accents pop, un sens de la mélodie-comptine captivant, même si l'écoute n'accroche pas illicoÉ Et l'on regrette toujours l'absence de cette gratte saturée, déjà prévue pour le prochain bébé, d'après le chanteur. LE

3 - À ranger entre Nada Surf et Ben Christophers

Enigma
The Screen Behind The Mirror
(Virgin/Labels, 724384861629) - 11 titres - 43m34s - Produit par Michael Cretu
Sortie  le 18 janvier 2000

Duplicata - Nous revoilà en 90 ! A priori, les fanatiques de la première heure (plus de vingt millions sur la planète) ne seront pas déçus. Soulignons a priori car cette fois, il ne faudra pas compter sur l'effet de surprise dont Enigma avait bénéficié. D'ailleurs, après un tel succès, c'est logique qu'un retour de manivelle reste à craindre, puisque forcément, on l'attend au tournant, l'alchimiste Cretu. Et, le résultat n'est pas triste. Aujourd'hui, il nous accommode à la sauce "Carmina Burana", sa vision du mysticisme, en abusant avec lourdeur des ingrédients du précèdent opus. Autant dire que le racolage risque de faire des adeptes. Quitte à choisir de la daube, autant écouter le dernier Art Of NoiseÉ LE

1 - À ranger en attendant la suite

FFF
Vierge
(V2) - 13 titres - 67m41s - produit par - Sortie le 28 mars 2000

Fusion ouverte - On l'attendait, et de pied ferme. Un album étiqueté FFF relève toujours de la (bonne) surprise. Au fil de leur quatre albums studio, ils ont su mobiliser des foules de plus en plus hétéroclites. Il en sera certainement de même avec Vierge, album éclairé d'une nouvelle lumière tant musicale que lyrique. Des sons ultra-travaillés, qui voyagent du trip-hop ("On Avance") à la fusion musclée ("I Want You"), s'aventurant dans des voies mélodiques qu'ils semblent maîtriser sans difficulté. Un sentiment de quiétude transpire de l'écoute, les textes quant à eux s'articulent autour d'un romantisme provocateur cher à Marco (cf. "Le Yaourt") qui tend à assumer sa condition masculine. Le tout fonctionne sans heurt aucun. Pas de prozac à prescrire donc, car l'esprit de la Fédération est là et demeure pour le plaisir de nos oreilles. CD'A

4,5 - A ranger entre le précédent et le prochain

Fish & Chips
B.O.F.
(EMI) - 16 titres, 53m27s - Produit par divers - Sortie le 31 janvier 2000

Melting Pot - ÉEt pas uniquement parce que le «pot», ça se fume. L'intérêt de cette bande-son réside dans son subtil équilibre entre les différentes tendances et influences de la pop anglaise, ce qui sert parfaitement le récit. Entre traditions pakistanaises importées sur le sol britannique et racines anglaises métissées d'influences world, on s'y retrouve non sans plaisir dans ce mix de sons, d'époques et de lieux. C'est le «Moving» de Supergrass qui dirige la promo de cette B.O., mais ce n'est que la cerise sur le gâteau, après des classiques de Jimmy Cliff, Latafat Ali Khan, Deep Purple (!) ou encore The Hollies. À noter que East Is East est le titre original du film, plus parlant (et pertinent) que le passe-partout F & C. MEK

3 - À ranger entre l'East End et le West End

Freedom For King-Kong
Citoyens du monde
(les messieurs production) - 16 titres50m23s - ressortie mars 2000

Fusion + Rock + Reggae - Avec un nom pareil, il fallait s'attendre à tout. Les FFKK (c'est plus court !) testent sur leur premier album le mélange des genres. Difficile de trouver une étiquette à mettre sur ce disque. On a le sentiment que la formation a le cul pris entre plusieurs chaises musicales. Reggae et fusion donc, mais aussi du hard ("L'Impasse") avec un peu de scratch ("Me Me, Me Me, Me Me"). Des choses déconcertantes, qui doivent plaire à certains, tel que "Mauvais Zélé Ment", écho affaibli du "Mauvais Garçon" de FFF (en tous cas pour le texte). De bonnes surprises néanmoins au travers de ce brouillard sonore, tant au niveau de l' humour de "Serial Looser" que de l'écriture engagée de "Révolution". CD'A

2 - À ranger entre tout et rien

¡ Fuerza 
!¡ Fuerza !
(Virgin) - 18 titres - 77m15s - Produitpar divers - Sortie le 7 mars 2000

BOMBES SPANISH - Ça continueÉ Après les succès de Manu Chao et de Sergent Garcia, pour ne citer que les deux exemples les plus flagrants, les signatures de nombreux groupes de la même veine expagnolisante et/ou ragga par toutes les majors, voici venir le temps des compilsÉ Pas mal de choses intéressantes sur ce ¡ Fuerza !, avec bien sûr les incontournables (Chao et Garcia justement ou encore un p'tit Mano Negra de derrière les fagôts, puisqu'on est chez Virgin), les groupes qui montent qui montent (Spook & The Guay, Color Humano, P18) et ceux qui ne manqueront pas de le faire dans les prochains mois/années (Macaco, Dusminguet ou encore King Chango qui reprend un titre de Sting d'une façon pour le moins surprenante !)É Au total, un aperçu assez juste d'un courant musical qui, s'il sera sans doute aussi éphémère que tant d'autres (mode oblige, et les modes passent, quoiqu'on en pense) reste néanmoins une des meilleures choses qui soient arrivées à nos oreilles depuis pas mal de tempsÉ ML

3 - À ranger entre les Pyrénées et la Méditerranée

FULSOME FATE
Kafka
(OVNI 001) - 17 titres, 65m26s  Produit par Fulsome Fate - Sortie fin 1999

Rock saturé - "Plus minimaliste, tu meurs" semblent nous dire ces deux opus de Fulsome Fate. Son étouffé, production chétive, vocaux récitatifs à peine esquissés sur fond de guitare saturées, cette suite (kafkaïenne donc) vise, vraisemblablement plus à créer des climats aliénants qu'à séduire. Elle parvient sans équivoque à la deuxième proposition tant la musique est rébutante ; quant au premier objectif induit, si on se sent effectivement dissocié de l'oeuvre, ce n'est pas parce qu'elle est parvenu à nous entraîner dans ces culs-de-sac de l'âme, mais parce qu'à aucun moment elle n'arrive à s'élever au-delà d'un embrouillamini sonore qui peine à passer pour une démarche. CF

1,5 - A ranger entre MC5 et WireFunk

Funk The Bug
Funk The Bug
(Follow Me Records) - 10 titres  43m00s - compilé par DJ Joh et Tito

Classical Funk - Le nouveau millénaire n'a pas connu le bug tant redouté, mais il devra encore compter avec le groove du siècle passé. Et cela grâce notamment à des fondus de zic tels que François Gonzalez, Jérôme et Julien Carlier, qui viennent de lancer leur label Follow Me Records. Funk The Bug est donc leur première sortie. C'est tout simplement une petite merveille de trésors soigneusement planqués par nos parents. Dix titres funk des 70's venus directement de quelques collections privées, ce qui veut dire que sans elles vous auriez toujours pu vous brosser pour les trouver. Ce premier essai annonce la venue prochaine -on a déjà l'eau à la bouche- d'un disque de latino/funk, ainsi que de beaucoup d'autres (on l'espère sincérement). CD'A

4 - À ranger entre vos vinyles

Geneva
Weather Underground
(Small/Sony Music) - 11 titres 51m57s - Produit par Sortie mi-mars 2000

Pop-Rock - Après un premier album magnifique passé quelque peu inaperçu, les cinq écossais d'Aberdeen remettent le couvert avec ce Weather underground toujours sous influence Smiths, Suede, Byrds et, bien sur, Buckley (fils) à travers les arpèges angéliques du chanteur Andrew Montgomery. Si, comme dans Further, premier opus du groupe, la demi teinte et la mélancolie dominent à travers une série de balades atmosphériques aux titres écocateurs («Amnesia valley»), les guitares de Steven Dora et Stuart Evans se font ici plus incisives et plus rageuses comme l'affirmation volontariste de la démarche cohérente d'un groupe possédant déjà son identité et affirmant son droit à l'existence. À l'heure des derniers soubresauts d'une britpop laminée par la déferlante techno, le rock alambiqué et insinuant de Geneva apporte bel et bien un véritable souffle de fraicheur et de spontanéité. Amateurs de bpm s'abstenir... PR

4 - À ranger entre Jeff et Buckley

The Get-Up Kids
Something To Write Home About
(Epitath/PIAS, 6587-2) - 14 titres, 52m22s - Produit par hasardSortie retardée

Pop Rock Maîtrisée - Et de main d'orfèvre, encore ! Nous ignorons tout de ces Get Up Kids, mais ils feront désormais partie de notre univers musical quotidien, pas de problème. Des groupes qui manient la Guitare et le Verbe Anglais comme d'autres la Poésie ou les Mathématiques Quantiques seront toujours les bienvenus à la maison ! Quelques poussières d'étoile parsèment ce disque d'une globale réussite : un «I'll Catch You» de toute beauté, un «Close To Home» tout de fureur contenue, un «Action & Action» qui résume parfaitement la situation, un «Red Letter Day» qui donne envie de reprendre les poussièreux cours de solfège, un «I'm A Loner Dottie, A Rebel» qui fera pâlir d'envie toutes les apprenties rock-stars de par cette vaste région parisienne, un «Long Goodnight» sans commentaire ; le reste, plus anecdotique, servant surtout de fil conducteurÉ Pour résumer : une formation rock de plus, mais pas n'importe laquelle, à confirmer sur scèneÉ TS

3 - À ranger entre les défunts Every Day People et les Burning Heads

Giant Sand
Chore Of Enchantment
(Thrill Jockey Records  THRILLO78)  16 titres, 60m moins 1 s - Produit par John Parish,
Jim Dickinson et Kevin Salem - sortie début mars 2000

Country Rock Des Temps Modernes - Les albums de Giant Sand se suivent à vive allure sans jamais se ressembler. Le petit nouveau joue la carte du dépouillement et de l'intimisme, à tel point qu'à côté, les disques de Palace sont des monuments de débauches sonores en tous genres ! Anyway, cela fonctionne parfaitement et jamais l'auditeur n'aura la désagréable impression de s'être fait plumer, tant est grand le talent de Howe Gelb (je vous défie de prononcer ce nom vite et à voix haute), seul maître à bord du navire Giant Sand (mais qu'est donc devenue la goëlette The Band Of Rocky Blanchette, qui naviguait naguère sur les mêmes eaux remuantes et avec le même capitaine ?) en compagnie de ses complices de toujours John Convertino (qui officie également chez les excellents Calexico) et Joe BurnsÉ Sur les titres «Raw» et «Dirty From The Rain», Howe laisse trainer sa voix à un point tel qu'on jurerait qu'il a invité Lou Reed à vocaliser et c'est du plus bel effet. Le reste du temps, les compositions coulent tel du miel dans des oreilles affamées et les guitares plus ou moins électriques se taillent la part du fameux lion dont on parle toujours, mais qu'on ne voit qu'en de très rares occasionsÉ TS

4,5 - À ranger entre les albums Swerve  et BBQ du même gang

GMT
GMT
(Outside records, OUT 580-005) - 13 titres - 52m 25s -Produit par GMT/Outside Records
Disponible

Pop - Quoi de plus émouvant que de tenir entre ces mains un CD que l'on espère depuis trente ans ? Et ce depuis qu'un blondinet de douze ans, fervent admirateur de Marc Bolan décide qu'il serait guitariste sinon rien. Après avoir officié dans diverses formations, il est devenu le lieutenant fidèle d'une des légendes vivante du rock et nous gratifie enfin de son premier opus. C'est un vrai bonheur, un recueil de petites perles ciselées avec précision, de guitares cristallines ou hargneuses selon l'humeur, et de textes poétiques. La référence, citée plus haut, est incontestable tout au long des plages, mais ce n'est pas la seule, c'est aussi un condensé de tout ce que le rock a pu nous apporter de satisfaction, depuis les 70's. C'est aussi  la découverte d'une personnalité manifeste et attachante. Maintenant, tous ces morceaux, on a hâte de les voir  sur scène ! On aurait souhaité qu'il débarque plus tôt, et  l'on ne voudrait pas languir trente ans, pour avoir l a suite, pour ne pas avoir à lui dire : « Eh, tu m'as manqué, j'étais à bout pourtant.» N&D SD

5 - À écouter impérativement !

The Green Mile
B.O.F.
(WEA) - 37 titres, 74m34s - Produit par Thomas Newman et Bill Bernstein Sortie le 15 février 2000

Amériques profondes - Figure de style et d'avant-scène de la musique de film US (Larry Flint, Recherche Susan Désespérément et American Beauty), T. Newman se retrouve pour La Ligne Verte à la tête d'un projet «blockbuster», avec le grand (?) Tom Hanks comme figure de proue. D'emblée, on est captivé par la douceur, presque le silence qui habite ces courtes et fines compositions, accompagnatrices non redondantes d'une histoire fantastique (d'après S. King) et émouvante. Intercalés entre les évocations sur partition de cette Amérique toujours plus complexe, quelques classiques parmi les classiques, de Fred Astaire, Billie Holiday ou encore Gene Austin. Efficacité et nostalgie ont souvent fait bon ménage, Louisiane et crocodiles aussiÉ MEK

3,5 - À ranger entre Bayou et banjo

The Trey Gunn Band
The Joy of Molybdenum
(DGM, DGM0001) - 9 titres, 46m55s Produit par Trey Gunn et Bob MullerSortie février 2000

Progressive Roc - Originaire du Texas, Trey Gunn est le prototype du pianiste prodige ayant reçu une éducation classique qui s'est aventuré "progressivement" vers d'autres instruments (basse, guitare et claviers), et d'autres horizons musicaux. Ayant tourné avec David Sylvian ou Robert Fripp, c'est sans surprise que son album fait la part belle à des instrumentaux qui combinent influences jazz, rock ou funk. Qu'est-ce qui fait la différence avec d'autres albums du même genre ? Peut-être une approche sonique différente grâce à une guitare à huit cordes ayant le registre d'un piano, sinon rien de bien nouveau sous les tessitures métalliques de la musique "globale".  CF

2 - A ranger entre King Crimson et John Paul Jones

Nina Hagen
The Return Of The Mother
(Orbit/Virgin Labels, 848869) - 10 titres - 45m08s - Produit par Nina Hagen - Sortie le 15 février
 2000

Daube - La foldinguo de la pop-sock-synthético-branchouille amusait peut-être la galerie du temps de sa splendeur (comprenez par là du temps où elle vendait des disques) mais ses élucubrations primales font à peine sourire aujourd'hui l'auditeur moyen qui vient de débourser 120 balles pour cette «chose» et que, franchement, non, c'est pas drôle du tout de faire des blagues aux ch'tites gens sans le souÉ Alors, bon, voilà, la Nina hurle des âneries, souvent en allemand, langue qui passe toujours aussi mal en chansons, faisant penser à une Castafiore sous acide qui refuserait de rendre son tablier pour on ne sait quelle pernicieuse idée. Ça passe parce que ça faisait des années qu'elle n'avait pas pondu de disque, la mère-machin, là, mais il serait temps de raccrocher maintenant. Même les pires choses doivent avoir une finÉ ET

0 - À ranger entre le diable de Tasmanie et Cruella

Hardknox
HardknoxSame
(Zomba/Jive  0524062) - 11 titres,63m45s - Produit par Hardknox - sortie début 2000

Hip-Hip Electronique - Si on part du principe que le lecteur moyen de Compact n'habite pas dans le Bronx, qu'il n'est pas forcément révolté contre la société, qu'il travaille (ou essaie, ou cherche à) plus ou moins honnêtement, qu'il ne porte casquette et survêtement qu'en de très rares occasions, que les demeurés (aïe, 567 345 ennemis d'un seul coup !) qui crachotent des trucs inaudibles dans des micros trafiqués ne le branchent que moyennement, qu'une musique relativement pauvre et passablement crétine le rebute plus qu'autre chose et, surtout, que son budget mensuel pour l'achat de disques ne lui permet certainement pas de se tromper dans ses emplettes musicales, alors le lecteur moyen de Compact passera son chemin sans s'attarder plus longtemps sur ces Hardknox d'une autre dimension et il emmenera avec lui le chroniqueur moyen de Compact, fatigué de devoir se taper l'écoute de neuf albums plus ou moins redoutables, avant de tomber sur un dixième qui le fera tomber sur le culÉTS

1 - À ranger entre les oeuvres de NTM et celles de Onyx (pas obligatoire)

ROGER HODGSON
Open The Door
(Epic/Sony) - 10 titres, 52m03» Produit par Roger Hodgson et Alan Simon - Sortie le 25 avril 2000

Super Trempe - Tiens, voilà le nouveau Supertramp. À ceci près que c'est Hodgson qui l'a fait. Supertramp nouveau, donc. Peu importe d'ailleurs les chicaneries d'héritage avec Rick Davies, les fans du groupe, eux, y trouveront leur compte, et quel compte : dix chansons magnifiques, superbement mises en son et interprétées, avec de ces mélodies magiques comme ils les aiment, et le bonus d'un son considérablement enrichi du fait de la collaboration d'Hodgson avec le touche-à-tout breton Alan Simon qui a élargi le spectre sonore de son complice en recourant à cent instruments divers. L'album se place dans la lignée pure et translucide de Rites Of Passage -dont il reprend d'ailleurs l'époumonant «Showdown» avec le renfort de Didier Lockwood- mais avec cette fois les fastes d'une superproduction qu'impose un retour sur une major. Production luxueuse qu'on oublie d'ailleurs, tant elle sert avec justesse l'art précieux de l'esthète anglais, et tant la communicative chaleur et la sensibilité épidermique du grand Roger transcendent le pur savoir-faire. Au-delà de la montagne de hits potentiels que renferme ce disque, c'est surtout un vrai grand beau moment de bonheur qu'on savoure ici. HP

4,5 - A ranger entre Logical Song et Jeopardy

John Lee Hooker
It Serves You Right Yo Suffer
(MCA/Universal, MCD12025) - 8 titres - 32m54s - Réédition produite par Andy McKaie
Sortie fin 1999

Blues - Des John Lee Hooker, on n'en fait plus et on n'en fera plus, le moule est cassé ! Imaginez aujourd'hui un artiste à l'aurore de sa carrière (car ce disque est originellement sorti enÉ 65 !) que vous placez là, avec son groupe, en plein mois de Novembre, à New York, et qui vous pond en une journée seulement un disque de cette trempe, impossible ! Composé de nouvelles versions de ce qui était dejà le passé de Hooker (qui chante depuisÉ 1948 !), déjà riche à cette époque, comme ce «Shake It Baby» ahurissant en guise d'introduction, mais aussi de nouvelles compos, cet album, court mais dense, propose aussi la meilleure version de tous les temps de «Money» (avec William Wells au trombone), bien au-dessus de celle des Beatles ou même de celle des Kingsmen's qui pourtant grimpa dans les charts UK en 64.DL

3 - À ranger à l'origine du blues électrique

Idlewild
100  Broken Windows
(EMI) - 12 titres, 38m45s - Produit par Dave Erringa et Bob Weston - Sortie le 10 avril 2000

Heavy rock - Dans Music Up !, il y a un peu plus d'un an, on appréciait le premier effort d'Idlewild, tout en regrettant un certain conformisme dans leur «rock punk gueulard» et en espérant officiellement qu'ils évoluent vers un style plus fin, plus personnelÉ Ce souhait se réalise aujourd'hui ! Toujours écossais et de plus en plus influencés par REM ou les Smiths -sans jamais les copier- les quatre jeunes gars s'éclatent sur des compos solides et mélodieuses, où la puissance des tempos ne le dispute qu'à la grâce des refrains. Ce (court) CD se déroule un peu comme le dernier Stereophonics, avec cette fort satisfaisante sensation d'avoir affaire à des musiciens doués, intelligents et fertiles. Qu'ils s'obstinent !MEK

4 - À ranger entre Manic Street Preachers et Foo Fighters

Al Jarreau
Tomorrow Today
(Universal/Verve, 5478842) - 11 titres -49m36s - Produit par Paul Brown Sortie le 15 février 2000

Lifting - On entend déjà les ayatollahs du rock cracher leur venin à la vue de cette poignée de lignes annonçant le retour fracassant (ben oui, faudra s'y faire) du crooner nasillard. Un come back mettant ainsi fin à six années d'absence (en studio), durant lesquelles le chanteur s'est bonifié tel un vin liquoreux, dont la douceur n'est pas s'en rappeler les stigmates du R&B. Al Jarreau s'offre donc une nouvelle jeunesse, va conquérir une autre génération de fans qui jusqu'à présent n'osaient pas fouiller dans les disques de papa. N'oublions pas qu'il s'agit, tout de même, d'une pointure jazzy, soucieux des moindres détails, à commencer par la qualité de l'écoute. À savourer. LE

4 - À ranger entre Look To The Rainbow et Breakin' Away

Jay Jay Johanson
Poison
(BMG) - 16 titres, 67m10s - Produit par JJJ & Erik Jansson - Sortie le 19avril 2000

Trip pop - L'agacement et l'overdose de préciosité, que l'on pouvait parfois ressentir à l'écoute des deux premiers albums (Tattoo et Whiskey) ont définitivement cédé la place à l'émotion, pure et forte comme une senteur d'amour fou. Car le jeune homme suédois ne quitte pas ses thèmes obsessionnels que sont l'amour toujours, l'amour déroute, l'amour trahison, l'amour impossible, l'amour briséÉ «Time Is Running Out», titre instrumental, n'est pas éloigné de ce que Joe Jackson propose depuis quelques temps (piano, tic tac, flûte, crescendos). Les mélodies sont tristes, viscéralement mélancoliques et, pourtant, l'espoir et la passion ne s'éteignent jamais. Étrange petit monde, que celui de ce musicien qui aime autant être seul qu'entouré de ses musiciens et qui ne conçoit une bonne chanson qu'accouchée dans un contexte d'angoisse et de solitude. Cliché ? À l'arrivée, en tout cas (avec en exclu pour la France deux titres supplémentaires), l'inspiration fait rarement défaut et la lenteur des tempos est souvent en parfaite adéquation avec la profondeur des trémolos. MEK

4 - À ranger entre George Michael et Jimmy Sommerville

Kelis
Kaleidoscope
(Virgin, 724384791124) - 14 titres61m45s - Produit par Pharrell Williams et Chad Hugo 
Sortie le 20 janvier 2000

Lifting - L'affaire submerge déjà les ondes US -souvenez-vous du "Got Your Money" aux côtés  d'Ol' Dirty Bastard- à tel point que le raz-de-marée sera prochainement signalé de ce côté de l'Atlantique. Là, Kelis a toutes les chances de réussir pour séduire : un minois à déclencher un micro climat permanent, des sérénades guimauves estampillées hip-hop et surtout des producteurs veillant au grain, The Neptunes. Amis du célèbre Bastard, les jeunes loups ont flairé le jackpot, ajoutent au traitement une surdose de R'n'B. Ça tient la route, sans pour autant révolutionner le genre, ni satisfaire les cérébralles. Quant aux textes, d'une mièvrerie suffocante, ils sont sûrement à mettre sur le compte d'une jeunesse grisée par le succès. SW

3 - À ranger entre mielleux et doucereux

Korn
Issues
(Epic/Immortal, EPC4963592) - 16 titres, 53m18s - Produit par Brendan O'Brien
sortie le 23 novembre 1999

Rock burné - Après Korn, Life Is Peachy et Follow The Leader, voilà le nouvel opus des Américains, produit par O'Brien, l'homme de l'ombre de Rage Against The Machine, Pearl Jam, Soundgarden, etc. De cette collaboration, il en résulte un arrière-goût de souffre, un nuage de terre battu par les Converse des milliers d'ado sous le joug de ces énervés, élevés au mille shakes. La recette de leur rock est loin du breuvage low fat prodigué par les bonnes ames du top 10, diffusés jusqu'à plus soif dans les chiottes aéroportuaires. Là, Korn tient l'auditeur par lesÉ (minute de vérification)É oreilles (en fait, tout dépend de la posture initiale), hurle, abuse sexuellement de la saturation sur les pauvres grattes, sans parler de la grosse-caisse qui bourine. On ne fait pas dans la dentelle, mais ça défoule. LE

3 - À ranger entre Creed et Metallica

Lambchop
Nixon
(City Slang/Labels, 72438489062-9) 10 titres, 49m40s - Produit par Mark Nevers & Kurt Wagner
Sortie le 8 février 2000

Country/Soul - On a tendance à oublier que Nashville, le temple de la country music n'est guère éloigné de Memphis, le berceau de la musique soul ; voilà pourquoi cet album est salutaire ! ll l'est dans la mesure où il réalise un hybride d'autant plus réussi qu'il était osé. Comment concilier mélodies à cordes et suavités grinçantes, comment mêler hymnes rednecks à climats gospels ? Voilà une gageure qui avait échappé aux tenant du alt.country qui visent à débarrasser cette musique de ses oripeaux conservateurs ; Lambchop réussit le prodige d'aller puiser dans ce mélange original sans que celui-ci ait l'air de sonner comme une pièce rapportée. On ne peut que goûter les mélodies délicates, les arrangements de cuivres et de cordes finement discrets ou les délicieux falsettos de Kurt Wagner pour se convaicre que Nixon est un pur joyau, si ce n'est un chef d'oeuvre ! CF

4,5 - A ranger entre Hank Williams et Wilson Pickett

Amel Larrieux
Infinite Possibilities
(Epic, 494879) - 11 titres - 49m50s Produit par Amel et Laru Larrieux Sortie février 2000

R&B - L'ancienne chanteuse de Groove Theory vole désormais de ses propres ailes. Si elle a gardé le mélange d'influences jazz, hip-hop, soul et funk au profit d'un R&B classieux, elle a toutefois pris bien soin de placer son joli brin de voix à l'épicentre de chacune de ces nouvelles compositions, multipliant parfois les «couches vocales» comme autant de plaisirs évidents. Au total, un parfait résumé de ce que peut proposer la musique black actuelle (hors rap), avec des textes positivistes vantant la foi, l'espoir et toutes ces belles choses qui n'existent que dans les chansons. Amel a co-écrit et co-produit l'album avec son mari Laru, dans un soucis de contrôle total ; c'est ainsi que nous retrouvons telles qu'ils les ont pensées quelques petites funky, avec parfois des emprunts au gospel («Even If») ou à la jungle («Down»)ÉML

3,5 - À ranger avec Groove Theory

Larry Garner
Once Upon The Blues
(Night & Day, 7559624782) - 11 titres - 42'09s - Produit par Larry Garner, Dick Shurman 

Song Writter - À l'inverse des certaines pointures (texanes ou non), Larry Garner a plongé tardivement dans la concoction blues. Dès 1990, ses foulées suivent à la trace les pionniers mélomanes, guitar heroes et autres géants du blues, dans la veine de Melvin Taylor. Des premiers pas alertes lui permettant d'imposer sa patte traditionnelle (mais d'une précision chirurgicale, ce qui ne gâche rien), sur des textes contemporains. D'où ce condensé bluesy, langoureusement ressuscité par le grain d'une voix marquée par les affres d'un long voyage. Un carnet de route écrit au cours d'une jonction entre Chicago et Memphis, ville dans laquelle fut enregistré ce Once Upon The Blues. LE

4 - À ranger entre Luther Alison et Albert Collins

John Lennon
Imagine
(Parlophone/EMi, 7243524858) - 10 titres - 39m29s - Sortie le 14 février 2000

Mince alors, «Imagine» n'est pas un morceau inventé par les publicistes qui travaillent pour les banques et les compagnies d'assurance, mais une chanson composée par John Lennon ; on avait presque oublié ! Livré tel quel, sans les sempiternels bonus-fonds de poubelle, simplement remasterisé (le «simplement» est employé ici à double-sens tant la remasterisation est subtile et discrète), avec néanmoins un beau livret 16 pages (paroles des chansons et photos inédites), cet album mythique passe avec succès le cap des 24 bits et par la même occasion du nouveau millénaire. «Jealous Guy» (oui, celui-là même que Roxy Music avait repris avec le succès que l'on sait), «I Don't Wanna Be A Soldier Mama», «Gimme Some Truth», «How Do You Sleep», le «Oh Yoko !» final ou encore le morceau-titre ; que des classiques pour ce classique, un must.SL

5 - À ranger dans votre imaginaire

Little Bob
Lost Territories
(EMI, 7890302) - 12 titres - 55m36s  Produit par Jeff Eyrich - Sortie mars

Du grand Bob - Il arrive parfois, pour des raisons inexplicables, et cela ajoute une aura mystérieuse à ces petites merveilles, qu'un artiste ou un groupe, pourtant reconnu pour ses qualités, sorte un disque littérallement renversant. Une concordance de lieu, de temps et de composants, quelque chose d'impalpable. Pour fêter les 25 ans de carrière du plus grand des petits Bob de la planète, et la tournée qui accompagne ce remarquable anniversaire (allez-y, bougez-vous, un peu !), EMI ressort intelligemment (mais il était temps, on songeait à le faire nous-mêmesÉ véridique !) ce Lost Territories en tout point parfait. Les compositions sont sublimes, les textes inspirés (même au bout de la centième écoute, le morceau-titre file la chair de poule !), la voix de Bob incroyablement vibrante, la production de Jeff Eyrich adéquate et le choix des musiciens on ne peut plus pertinent. Définitivement un grand disque, rien à redireÉCG

5 - À ranger avec Blue Stories, son digne successeur

Little Steven
Born Again Savage
(Renegade Nation/Eagle/Sony) - 10 titres - 61m04s - Produit par Little Steven - Sortie le 14
mars 2000

ROCK TOUCHÉ PAR LA GRACE - On savait le monsieur talentueux. Ses albums solos précédents, quoique inégaux, laissaient planer l'ombre d'un grand compositeur, et sa présence à l'épicentre du E.Street Band de Springsteen est sans aucun doute le meilleur gage de qualité possible, mais rien de tout ceci (et du reste d'ailleurs) ne pouvait laisser présager le feu d'artifices qui nous explose à la face aujourd'hui ! Bien sûr, des guitares, il y en a dans tous les coins, Little Steven n'a pas fait semblant, mais c'est surtout la bonne santé de l'ensemble qui surprend : beaucoup de rythmes différents et donc de changements de rythmes, des riffs qui claquent (on n'est parfois pas loin du Electric de The Cult, si si, juré !) et surtout une voix vraiment bien placée et des textes qui laissent de la place à un certain lyrisme débordant joyeusement sur la musique (6 minutes en moyenne par morceau !)É Ricain jusqu'au bout du médiator, le renégat du rock aligne ainsi dix compos carrées qui s'imposent d'elles-même sans excès de production. Certains ne manqueront pas de trouver l'album trop basique, ce à quoi les amateurs de bonnes vibrations soniques que nous sommes ne prêterons pas la moindre attention. Depuis quand nous faut-il plus qu'un trio et une bonne chanson pour nous faire taper du pied ? Que le dard du mépris perce votre carapace d'ignares, na ! CG

4,5 - À ranger entre l'infiniment petit et l'infiniment grand

Lord Kossity
Ever Lord
(Naive) - 16 titres - 55m55s - Produit par Clyve Hunt et Kool Chen - Sortie le 4 avril 2000

Ragga-ga - "Ma Benz" l'avait bombardé sous les projecteurs d'un plateau sulfureux, aux côtés de Kool Chen. 300 000 singles plus tard, le bô gosse (il a joué les mannequins pour Adidas, Nike, etc.) à la tchatche toujours aussi assassine, affinée, tranchante, du genre Shabba Ranks, souvent cité en référence par le Lord. Si bien que son nouvel album s'inscrit dans la même lignée, recoit les précieux conseils de Clyve Hunt (producteur de Jimmy Cliff ou Peter Tosh), la participation de l'actrice Victoria AbrilÉ Sans oublier la voix de NTM. À noter que deux titres se planquent derrière le dernier morceau : "J'accélère" sorti en vinyle en 99 et "A Who Dat". SW

3,5 - À caler entre les jambes d'une bimbo

Loudmouth
Engines Of Creation
(Hollywood/Edel/Sony, 01218112HWR) - 12 titres - 57m55s - Produit par Joe Barresi et John
Sullivan - Sortie mars

Metal - Tout Metallica a craqué sur Loudmouth, en se répandant élogieusement dans la presse américaine. Lars et James sont même venus les voir dans un club de Chicago, début d'une grande entente puisque Lars voulait les signer sur son label perso et que, lors d'un concert à Saint-Louis, tout Metallica a repris un morceau de Loudmouth en rappel («Not Fine») en invitant Bob le chanteur à les rejoindre sur scène. Un coup de pouce mérité pour ce gang qui manie le lourd, mais pas le balourd, avec la même réussite que ses aînés prestigieux. Grosse gueulante, rythmique en béton armé, parfois quelques grammes de finesse dans un monde de brut (le solo d'harmonica de «Not Free» par exemple) et ces riffs, putain, ces riffs ! De quoi se fracasser la tête dans la joie et la bonne humeur ! Enfin, une nouvelle révélation métal, ça commençait à nous manquerÉDB

4,5 - À ranger entre Metallica et Queens Of The Stone Age

Magnolia
B.O.F.
(WEA) - 12 titres, 47m14s - Produit par divers - Sortie le 29 février 2000

Pop & folk - Réalisé par Paul Thomas Anderson, Magnolia est la première collaboration entre le metteur en scène et Aimee Mann, qui signe l'essentiel des chansons présentes ici. Presque un nouvel album, en fait, ce qui confère à cette B.O. un attrait original. Deux superbes chansons de Supertramp (un groupe qui, du jour au lendemain, après plus de dix ans d'une carrière éblouissante, a été rayé par la critique bien-pensante des cartes de l'histoire du rock, mais la vengeance n'est jamais loin !É) accompagnent la pop délicate de la dame, femme de Michael Penn, auteur de la musique de Hard 8 et Boogie Nights, du même cinéaste. Depuis son départ de Til Tuesday (dans les années 80), Mann parcoure les scènes engagées, comme récemment celle du Lilith Fair, et développe une musique intimiste et mélodiquement fascinante. À découvrir.MEK

4 - À ranger entre Chrissie Hynde et Heather Nova

Mapuka
Métis
(2good) - 9 titres - produit par Mapuka sortie début 2000

Roots Reggae Dub - Voici enfin le premier album après cinq ans d'existence et de scène. Le reggae comme on l'aime, un retour aux sources bienfaisant qui nous donne envie de faire un petit tour dans les années 70. Neuf titres où se rejoignent les meilleurs ingrédients. La section de cuivres est remarquable ; elle s'était déjà illustrée pour son travail studio au côté de Saï Saï et Jeff de Paris. La basse sait être en osmose avec la batterie et dérouler des phrases impeccables. Moralité : il y a tout pour un dub de qualité. Ajoutez la voix de Cécile Nbebi, qui se mêle à l'harmonie musicale, chantant la justice et l'Afrique patrie d'origines et vous obtenez du reggae roots. Les fidèles de Bob Marley savent désormais à qui s'adresser ! CD'O

4 - À ranger entre Bob Marley et 38 Dub Band

Marcy Playground
Phaseshifter
(Capitol/EMI, CDLRL 027) - 12 titres 48m05s - Produit par John Wozniak  Sortie le 20 mars 2000

Rock post-grunge - Avec "Sex And Candy", ce trio de Minnéapolis est déjà fort d'un succès aux USA qu'il vise fort justement à renouveler avec ce nouvel album. Bien que les titres ne soient pas tous mémorables, certains sont raisonnablement forts : la mélodie infectieuse de "It's Saturday" ferait un single idéal, "All The Lights Went Out" combine accords puissants et air accrocheur et "Our Generation" s'essaie au commentaire social sur les années 90. Phaseshifter est pourtant un disque "wagabond" ; il navigue entre différents genres sans jamais s'impliquer, voire s'aventurer, dans l'un ou l'autre. C'est cela, sans doute, son problème ; ça et aussi une peine certaine à tenir la distance. CF

2,5 - A ranger entre Pearl Jam & Dave Matthews

Wynton Marsalis Septet
Live At The Village Vanguard
(Columbia/Sony, CXK69876) - 8 disques - Produit par Steve Epstein- Sortie le 29 février 2000

Jazz - Le Village Vanguard ; ce temple mythique a rendu ivre d'exaltation, révolutionné le genre, un nombre incommensurable de fois, fait vibrer le coeur des jazzmen du Greenwich Village. Le lieu est magique tout comme ce printemps 90, l'été 91 ou les mois de décembre 93 et 94. Les dates aux cours desquelles le trompettiste investit les murs, ajoute une nouvelle page à l'histoire nocturne d'un calendrier intemporel. Déclinés sous les sept jours de la semaine, les disques et le CD bonus, alternent les formations live (Wessell Anderson, Todd Williams, Wycliffe Gordon, Marcus RobertsÉ), diffusent l'humeur tantôt blues, swing et jazzy du maestro avant-gardiste, tout en prenant bien soin de ne pas laisser place au plus petit temps mortÉ On s'y croirait ! LE

5 - À ne pas ranger Helen Merrill

Helen Merrill
Jelena Ana Milcetic a.k.a. Helen Merrill
(Universal/Verve, 5430892) - 13 titres - 53' 19» - Produit par Helen Merrill et Daniel Richard
Sortie le 25 janvier

Jazz - D'un côté du miroir, Jelena Ana Milcetic, fille d'immigrants croates, née a New York dans les années trente. De l'autre, Helen Merrill, pseudo naissant d'une passion musicale exacerbée, brassée au sein de ce puzzle éponyme. Composé des pièces maîtresses d'un coeur partagé entre ses racines et son quotidien, ce nouvel opus jalonne la route de la chanteuse de musiques traditionnelles croates, de souvenirs d'exil, voire de blues lancinants. Tour à tour triste, émouvante, solennelle, sa voix adopte les affres et les joies d'une vie américaine, japonaise ou d'une reconnaissance française. Sa vie est ainsi, multiculturel, sans frontièreÉ LE

3 - À ranger entre jazz et blues

Pat Metheny
A Map Of The World
(WEA/Wagram) - 28 titres, 66m37s Produit par Pat Metheny et Steve Rodby - sortie fin 1999

Jazzy - L'univers visuel du long-métrage A Map Of The World de Scott Elliott (avec Sigourney Weaver) se métamorphose sur les frets du guitariste Pat Metheny, davantage coutumier des clubs jazzy que du septième art. Ceci n'est pas un nouvel opus proprement dit, mais davantage une succession de scènes acoustiques plus ou moins longues, replongeant l'artiste vers les méandres d'un jeu dépouillé, mais de précision, où seuls les passages liés aux ambiances, telles les intempéries, un sursaut dramatique ou transition mélo, deviennent barbants à la longue (bande originale oblige). À ses côtés, basse acoustique, animée par Steve Rodby ainsi qu'une formation philharmonique, s'organisent sous l'ombre d'une soixantaine de musiciens. Pas mal. LE

3 - À ranger entre Mike Stern et Khalil Chahine

Ministry  (Tribute)
Another Prick In The Wall
(Invisible/Caroline, INV163) - 12 titres - 56m13s - Produit par divers - Sortie janvier 2000

ORGIE INDUS - Fallait pas commencer par le Electric Hellfire Club ! Ces types-là sont tellement cramés qu'ils font passer l'univers de Ministry, pourtant déjà sévèrement pernicieux, pour des comptines enfantines. Plus qu'un hommage, il s'agit d'une nouvelle déflagration pour l'univers joyeusement maladif de Jourgensen. Parmi les figurants à cet album ressemblant plus à un habile jeu de massacres et attrapes qu'à une succession de reprises, on note la présence de Shining, Resident Phase Shifter, Dessau, The Aliens, Heavy Water Factory ou encore Meg Lee Chin, pour des remakes de l'impossible de chansons telles que «Land Of Rape And Honey», «You Know What You Are», «Just One Fix» (deux fois), «The Cannibal Song» ou encore «Jesus Built My Hot Rod». Monstrueusement jouissif !ÉDB

3 - À déranger les plus atteints

Joni MITCHELL
Both Sides Now
(WEA, 9362 - 47640 - 2) - 12 titres, 51m29s - Produit par Larry Klein - Sortie le 29 février 2000

Ballades swing - N'ayant depuis longtemps plus rien à prouver, la chanteuse s'attaque ici à un répertoire, des ballades des années 20 à 70, dont on aurait tort de penser qu'il s'inscrit à contre-emploi pour elle. Représentante d'une tradition qui a largement puisé dans le jazz, c'est sans complexes que Joni Mitchell reprend ici des titres de Sinatra, Ella Fitzgerald ou Billie Holiday. Sa voix chaude et émouvante convient donc à merveille pour épouser de luxuriantes orchestrations auxquelles ont participé Wayne Shorter, Herbie Hancock ou Peter Erskine et elle en profite pour donner des versions pour le moins originales de deux de ses classiques "A Case Of You" et "Both Sides Now". Un disque précieux, pour soirées langoureuses ou matins mélancoliques. CF

4 - À ranger entre Ella Fitzgerald et Linda Rondstadt

Molotov
Apocalyptshit
(Sufco/Universal, 163074-2) - 13 titres, 51m47s - Produit par Mario Caldato Junior
 Sortie février 2000

Tortillas Trash  - Avec les joyeux cinglés de Molotov, le dépaysement musical est garanti. Adieu les frontières bien déterminées de la santé mentale et de la chanson sagement et froidement découpée en rondelles technologiques de trois minutes et trente secondes chacune et bienvenue au dérèglement rthymique, aux compositions qui font comme chez elles, se vautrent dans le canapé, mettent des pieds malodorants sur la table basse tout en se grattant furieusement l'entre-jambe. Vous aurez compris que nous avons là affaire à un groupe et un disque pas comme les autres, remplis de joie de vivre et de je m'en foutisme communicatif, l' album étant constitué de titres étranges oscillant savamment entre le folklore mexicain le plus respectueux et le trash metal le plus débridé ! Le résultat de cette bizarre alchimie est parfois déconcertant, souvent amusant mais toujours digne d'une écoute approfondie : les musiciens bien barrés dans leur tête qui constitue le noyau central de ce Molotov sont beaucoup plus compétents que vous pourriez le soupconner. Allez, laissez-leur une chance de pénétrer votre discothèqueÉTS

4 - À ranger entre Le Jour De La Bête  (film espagnol) et Little Bad Dynamos  (groupe défunt ayant oeuvré dans le même registre)

Vinnie Moore
 Live !
(Shrapnel/MSI, SH11362) - 12 titres - Produit par Vinnie MooreSortie février 2000

GUITARE MASTURBATOIRE - Bon, OK, le Vinnie est un virtuose, il l'était il y a dix ans déjà ; mais, franchement, qui s'intéresse aujourd'hui à ces démonstrations barbantes déjà entendues à maintes reprises ? Même Steve Vai et Joe Satriani n'arrivent plus à nous surprendre et nous intéresser, ce n'est pas un Vinnie Moore quinze fois inférieur en inspiration et qualité technique qui va nous faire grimper aux rideaux ! En même temps, il nous est assez pénible de cracher sur ce pauvre gars qui, finalement, mène plutôt bien son truc. Son principal défaut consisterait en fait à ne pas avoir raccroché pendant qu'il en était encore temps, c'est-à-dire avant de tomber dans le ridicule dans lequel il stagne actuellement et d'où il ne se relèvera jamais. Paix à son âmeÉDB

1 - À ranger entre Malmsteen-le bouffi et les autres bouffons de la six-cordes

Morifade
Possession Of Power
(NTS/Wagram, 3056272) - 11 titres, 51m27s - Produit par Jan Strandh et Morifade - Sortie
 le 4 février 2000

Heaviking - Encore un groupe chaud qui vient du froid. Morifade est en effet le dernier brûlot que nous expédie la scène métallomélodique suédoise. Le groupe existe en fait depuis 1992, mais voici seulement son premier véritable album, d'ailleurs accompagné en bonus de la réédition en CD de leur première cassette, Across The Starlit Sky. Ce quatuor sévèrement lesté s'avère assez convaincant, même s'il ne va pas pour l'instant provoquer de commotion majeure. Une verve réelle habite ces riffs cuirassés et souvent racés tout court, et l'on se laisse emporter de bon coeur par l'allant de ces jeunes barbares. Il est certain que ce genre de métal symphonique serait plus excitant s'il bénéficiait d'une production plus chatoyante façon Rhapsody, mais le fond semble bon. HP

3 - À ranger entre Symphony X et Freedom Call

Morphine
The Night
(Rykodisc/Harmonia Mundi, RCD10499) - 11 titres - 50m10s - Produit par Mark Sandman et Morphine 
Sortie le 31 janvier 2000

POP ADDICTIVE - Évidemment, suite au décès de Mark Sandman, tête pensante de Morphine, groupe qui eut son gloire mérité à ses débuts, avant que ne retombe l'intérêt du public, à cause d'albums moins aboutis, on prend bien soin d'écouter attentivement ce disque, pour lequel il a travaillé d'arrache-pied pendant deux ans, assurant lui-même la production. Ainsi, plutôt que de tenter de refaire encore et toujours du Morphine calibré tel que le public l'avait demandé puis conspué, Sandman a élargi sa vision, son orchestration et ses arrangements, tout en favorisant l'expérimentation. Ainsi entend-t-on par exemple de l'oud (instrument du moyen-orient) sur «Rope On Fire», ou encore du violon et du violoncelle. Au total un beau disque, malheureusement le dernier pour Morphine dont la carrière aurait certainement pu être relancée grâce à cet intelligent mélange du (déjà) vieux (le Morphine du début) et de renouveauÉ ET

3 - À ranger avec les 4 autres

Murder Inc.
Locate Subvert Terminate
(Invisible/Caroline, INV158) - 19 titres - 88m34s - Produit par Murder Inc et Steve Albini
Sortie  janvier 2000

DARK ROCK - Comment avons-nous pu passer à côté de ce groupe sans même nous retourner sur son passage ! Rien que sa composition aurait du nous mettre la puce à l'oreille : Geordie Walker (Killing Joke), Paul Ferguson (Killing Joke), Paul Raven (Pigface et Killing Joke), Martin Atkins (Pil, Ministry, Pigface etÉ Killing Joke !), John Bechdel (Killing Joke) et Chris Connelly (Ministry, Revolting Cocks, Pigface etÉ c'est tout !). Un album éponyme est passé -pffuit, pas vu !- puis un EP de remix et enfin une tournée. Et nous, comme des blaireaux, nous devions être aux fourneaux à bichonner un sanglier ou sur le trône à profiter du dernier Inrocks (doux au contact des fesses, merci les mecs !) ! Heureusement, Murder Inc. n'est pas rancunier et nous propose aujourd'hui un CD double regroupant l'album, le EP et des titres live enregistrés à Birmingham et à Leicester. Au total, tous les ingrédients d'un rock torturé, trituré et noir comme savaient déjà les inoculer les groupes desquels sont issus les différents membres de Murder Inc., avec en prime la présence non négligeable de Steve Albini aux manettes. DB

3,5 - À ranger entre Killing Joke et Pigface

The Next Best Thing
B.O.F.
(Maverick/WEA) - 12 titres, 49m29s - Produit par divers - Sortie le 29 février 2000

Belle ouvrage - Il se dégage de cette B.O. une atmosphère inattendue, en particulier pour le plus ou moins inévitable bric-à-brac qui fait cette nouvelle génération de compiles parfois très bon marché. Mais Madonna, qui a su apprendre de ses erreurs, conserver sa complicité avec William Orbit (deux titres, ici, dont une reprise, «American Pie», avec Rupert Everett, co-star du film, avec la dame) et superviser un ensemble musical cohérent, intelligent. L'ambiance y est internationale (Gabriel Yared, Manu Chao) et un brin mélancolique (Beth Orton, une reprise réussi du «I'm Not In Love» de 10 CC par Olive, des anglais, actuellement en studio avecÉ Madonna). Se partagent aussi l'affiche des artistes aussi différents que Christina Aguilera, Moby ou encore Groove Armada. MEK

4 - À ranger entre homos et hétéros

NIACIN
Deep
(Magna Carta / MSI MAX 90 48 2) - 13 titres, 65m37s - Produit par Billy Sheehan et John
Novello Sortie début mars 2000

Virtuoserie - Le trio Niacin, à savoir Bassman Sheehan, maître d'oeuvre aux états de service épais comme la Bible, Keywizard Novello et Drum Madman Chambers nous racontent ici une histoire qu'on nous narrait beaucoup jadis, du temps du jazzeroque triomphant, celle de trois virtuoses considérables qui s'offrent une rencontre au sommet hautement instrumentale et virtuosineuse. Le genre de disque qui laisse pantois d'admiration tous ceux qui tâtent un peu d'un instrument (Jean suit), et qui plonge tous les autres dans un ennui mortel (Jean suit aussi). Le disque, brillant et morose, qui arrive même à anesthésier du Van Halen, est heureusement sauvé par l'avant-dernier morceau, un épique blues zeppelinien avec le renfort de Glenn Hughes et Steve Lukather. HP

2 - A ranger entre Lenny White et Alfonso Johnson

Oderose
Spectrum Delirium
(Total Fun 2  TF2 OOO OO5) - 11 titres, 48m11s - Produit par Phil Délire - Sortie janvier 2000

Pub & Road Rock  - Bel exemple de persévérance que ces Oderose : ils se forment fin 94 (à noter qu'ils sévissaient auparavant dans des groupes tels que Sherwood et Sticky Flies), tournent comme des fous, attendent deux ans avant de proposer leur première K7 auto-produite, retournent comme des fous, signent enfin un contrat discographique 24 mois later, foncent en studio au printemps de l'année dernière pour y enregistrer les chansons proposées aujourd'hui, mixent le tout en compagnie du sieur Délire (Bashung, Thiéfaine, Noir Désir), tournent une ultime fois comme des fous et voient, enfin, tous ces efforts porter leurs fruits avec la sortie -il était temps- de ce Spectrum Delirium de fort bonne facture. Les compositions tiennent la route, les textes (sans atteindre des sommets) sont intéressants, les guitares des frères Terranova vrillent la tête aussi bien (et même mieux !) que celles des dernières baudruches à la mode et ils n'ont de leçon à recevoir de personne en ce qui concerne l'art et la manière de trousser une chanson et tenir les auditeurs en haleine, parfois de cinq à six minutesÉTS

3 - À ranger entre un bon vieux Little Bob Story et un Dogs des grands jours

Palm Skin Productions
Künstruck
(Pussyfoot/Delabel) - 11 titres, 52m35s - Produit par Simon Richmond - Sortie le 8 février

Électro-dinguo - Lancé par le label Mo Wax, S. Richmond exerce ses armes de DJ dès le début des années 90. Remixeur et producteur côté, il signe chez Hut (Virgin) en 96 et sort Remilixir, expérience sonore qui part d'un beat dancefloor classique pour s'éloigner rapidement vers des contrées électriques torturées et innovantes. Point de chant(s), mais des sons froids, glacés et, pourtant, mystérieusement enveloppants, enivrants. Il faut, certes, être en grande forme (ou tout le contraire, d'ailleursÉ) pour entrer des deux pieds dans ce monde très synthétique et un peu dingue, mais l'expérience vaut, sans doute, la peine d'être vécue ! MEK

3 - À ranger entre Rock It (H Hancock) et Mr Oizo

Shawn Pittman
Somethin's Gotta Give
(Cannonball Records CBD 28111) - 11 titres, 47m34s - Produit par Jim Gaines - Sortie février 2000

Blues Rock - Deuxième album de ce Texan amoureux du blues depuis sa plus tendre enfance, au point de ne plus penser à grand-chose d'autre depuis déjà pas mal de tempsÉ Shawn transmet fort bien sa passion et il nous fait partager de bien belles émotions, grâce à ses onze nouvelles vignettes pleines de guitares lancinantes et de chant à fleur de peau ; comme le dit si bien sa biographie, à l'âge où d'autres guitaristes ne pensent qu'à jouer de plus en plus vite et de plus en plus fort, Shawn Pittman ne pense qu'à améliorer son jeu basiquement près de ses racines et à écrire des choses de plus en plus mélodiques et c'est tant mieux pour nous ! À noter la présence de deux instrumentaux bien juteux («Get Started» et «East Side Groove») et d'une reprise («Something To Remember You By» de Ed Jones») de derrière ces fameux fagots que personne n'a jamais vuÉ TS

3 - À ranger entre Tommy Castro et Bill Perry

Positive Radical Sound
Bougnoule, Blacko, Negro, Bicot
(T.A.F.) - 14 titres - 73m08s- Produit par F. Chapat - Sortie fin 1999