COMPACT #18 - décembre 2001 - A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z -

ACWL
Acwl
(M10) –12 titres, 45 m 22 s- Produit par toute l’équipe . Disponible - www.acwl-music.com
Excellente surprise hexagonale. Le trio parisien (Céline qui chante et joue de la basse, David à la batterie et Jean qui six-corde comme un fou) a enfin accouché de son premier album –que pas mal de personnes attendaient plus ou moins patiemment- et c’est un très beau bébé, quoiqu’un peu trop bavard pour son jeune âge (certains textes semblent tirés de rédactions d’élèves de 6e et pas les plus doués, malheureusement !). Comme sa jolie maman et ses deux énergiques papas, il fait une fixation sur la new wave façon 80s, la meilleure qui soit, et ses premiers pas en ce monde troublé constituent un hommage à peine voilé à quelques formations de tout premier ordre. On citera en vrac et dans le désordre le plus total Cure, sa copine Siouxie, les Cocteau Twins et ce fabuleux groupe qu’était les Smashing Pumpkins ; par contre, on fera l’impasse sur une supposée filiation avec les péquenots de Cranberries…TS
3,5
À ranger entre Siouxie & The Banshees et Gene Loves Jezebel

Aereogramme
A Story In White
(Chemikal Underground / PIAS) – 10 titres, 45m31s – Produit par Aereogramme www.aereogramme.co.uk
Néo-metal. Débarqué de nulle part, ou plus exactement de la scène alternative écossaise, Aereogramme pèse plus lourd qu’on ne pourrait le croire. Avec ses compositions puissantes cousues de fil électronique, le leader et songwriter Craig B, ami de la Mogwai team, nous cloue le bec à grands coups de basses lourdes et d’harmoniques effrayantes. Alternant les vagues de rage non contenues et les périodes d’accalmie, les dix morceaux qui forment de ce A Story In White peuvent avoir la prétention de rivaliser avec les grands noms de la scène néo-metal, tout en y ajoutant sa touche d’électronica originale. Ambitieux, ce premier opus l’est assurément, mais que serait ce monde sans quelques audacieux ? CD’O
4.5
À ranger entre Mogwai et My Bloody Valentine

Amor
Amor
(Dixiefrog/Night & Day) - 10 Titres, 50m34s - Produit par Jon Amor – Disponible www.jonamor.com
Blues. Après le split de The Hoax, Jon Amor s’est mis à son compte, histoire de tenter sa chance en solo. Reste à savoir si les néophytes devineront qui se cache derrière ce nom de Pizzaiolo. Surtout que la pochette n’inspire aucun courant musical. Alors osez l’écoute chez votre disquaire, Amor va vous livrer votre poids en riffs ! Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a bien fait de pousser les portes du studio, plutôt que finir devant un fourneau. Son disque redonne un second souffle au blues, via quelques samples, mais surtout par cette belle énergie maîtrisée, façon SRV. D’ailleurs, tout comme lui, Amor chante -et bien-, ce qui ne gâche pas le plaisir. Un CD aussi intéressant qu’efficace. LE
3,5
À ranger entre Popa et Jimmie

Laurie Anderson
Life on a string
(Nonesuch/Warner) - 12 titres, 44m22s - Produit par Hal Willner et Laurie Anderson – disponible www.nonesuch.com
Musique contemporaine chantée. Artiste tous supports, la new-yorkaise Laurie Anderson mêle l’exigence sonore de la musique concrète (on est sur le label Nonesuch, qui publie notamment les disques du grand Steve Reich) et l’esprit “pop” propre à la chanson. En cela, les travaux de Laurie Anderson peuvent être rapprochés de ceux du duo Dead Can Dance. Les ambiances sont belles et soignées : les cordes (qui donnent leur titre à l’album) et les cuivres sont superbes. Les cordes de “Dark Angel” ont d’ailleurs été arrangées par Van Dyke Parks. Quant à la voix aérienne de Laurie Anderson, elle devient vite attachante. Pour peu qu’on s’y attarde, et le très joli livret est fait pour cela, les paroles sont autant de petits contes qu’on aime à parcourir durant l’écoute de l’album. Ajoutons pour finir que Lou Reed, qui partage les jours de Laurie Anderson, est venu jouer de la guitare sur un titre (“One Beautiful Evening”), et l’on a compris que cet album ne réunit que de très bons musiciens, jouant une très bonne musique. JMG
4
À ranger entre Enya et Anja Garbarek

Andromeda
Extension Of The Wish
(NTS/Wagram) - 9 titres, 56m28s - Sortie novembre 2001.
Métal mental. Beaucoup de groupes se sont inspirés de Dream Theater et de sa périlleuse synthèse de prog et de heavy. Mais c'est une chose que de suivre un modèle, et une autre de l'égaler. Andromeda, nouvelle petite merveille de la scène germanique, réalise pourtant ce petit exploit grâce à ce disque impressionnant qui pourrait être mêlé au répertoire agité du Théâtre du Rêve sans qu'on puisse faire la différence. Tout y est : le culot instrumental, les plus abracadabrantes architectures mélodiques et rythmiques, l'épilepsie des guitares, les claviers qui tourbillonnent. Johan Reinholdz a composé tout cela de main de maître, et l'on sort éreinté et ravi de l'écoute chahutée de cet album plus que réussi. Quand le métal devient un art. HP
4,5
À ranger entre Dream Theater et Shadow Gallery


Ben & Jason
Ten Songs About You
(Go Beat/Barclay) - 10 titres, 40m 25s - Produit par Tom Aitkenhead – Disponible www.benandjason.com
Pop de Chambre. Alors que l’Angleterre bruisse du mouvement de ce rock acoustique, cela fait déjà plusieurs années que notre duo délivre des perles pop somptueusement délicates et arrangées avec intelligence et distinction. Il n’y a rien de prévisible pourtant dans cette sophistication qui évite toujours de verser dans la préciosité. Les compositions seraient d’ailleurs suffisamment éloquentes pour parler d’elles-mêmes, les orchestrations en constituent donc presque la cerise sur le gâteau. Elles versent dans un grandiose contenu, parfois dans un gothique surprenant (“See You In My Dreams”) ou dans ces anecdotes personnelles narrées avec une lucidité lyrique et une perspicacité musicale confondantes. Il est bon de se laisser émouvoir ainsi quand le savoir-faire n’est que la contrepartie de l’intuition et du talent, quand la richesse mélodique ouvre aux délices du raffinement. CF
5
À ranger entre Scott Walker et Nick Drake

Beulah
The coast is never clear
(Shifty Disco/Pop Lane) - 12 titres - 41m18s - produit par John Groslin – disponible www.beulahmania.com
Rock indie west coast. Nom énigmatique et franchement peu bandant pour ce groupe de San Francisco (ami lecteur si tu en sais plus, éclaire nous !) Après deux albums sortis dans la plus stricte confidentialité, les sept membres de Beulah nous livrent un troisième opus assez sympa qui, grâce aux efforts toujours louables de Pop Lane, parvient miraculeusement dans nos contrées. Absente de toutes prétentions, la musique joviale et rafraîchissante de Beulah (décidément, je ne m’y ferais jamais !) puise ses racines dans ses glorieux aînés d’outre-atlantique, Zombies, Beatles et combos indie plus récents comme les défunts et regrettés Boo Radleys avec ce petit côté psyché west coast qui assure son originalité. Les arrangements de cuivres sont bien vus, les mélodies entraînantes n’hésitent pas à faire quelques incursions dans les rythmiques bossa ou les sonorités country et l’ensemble dégage une bonne humeur communicative. Ne vous fiez pas au nom et enjoy the music ! PR
3,5
À ranger entre Boo Radleys et Granddaddy

Bosco
Action
(Catalogue/Warner) - 11 titres, 38m34s - Produit par Bosco – Disponible www.weneedbosco.com
Électro fun'n'pop. Sur le titre "Action", ce nouveau binôme électronique français reprend la ligne du couplet de "Highway To Hell" (AC/DC), à la fois transfigurée et respectueusement évocatrice. C'est pourtant le troisième album de deux fans de pop rigolote, de dance et de funk simple et efficace. Leur mélange est joyeux et entraînant, inventif et addictif. Action est un petit skeud en partie fabriqué à la maison, d'où l'humanité et l'humour ne sont jamais absents. Ils ont habité à Londres, étudié les Beaux-Arts et, sur le dernier album, ont fini par enregistrer un titre en compagnie de Fred Schneider, la voix mâle et unique des B 52's. À noter que ce duo, à la fois original et branché (c'est donc possible !), est également connu pour de nombreuses et savoureuses prestations scéniques. MEK
4
À ranger entre les B 52's et Mirwais

Brain Donor
Love Peace & Fuck
(Impresario/M10) – 8 titres, 67 m 01 s- Produit par Julian Cope – Disponible www.braindonor.com
Expérience lysergique. Julian Cope a toujours eu un grain (n’oubliez jamais qu’il a dissout les fabuleux Teardrop Explode pour cause de trop forte consommation de drogues en tous genres qui ont altéré son esprit à tout jamais) et, en cette riante année 2001, il a décidé de remonter le temps jusqu’au début des 70s, époque durant laquelle les super groupes éclosaient un peu partout et nous pondaient des albums plus ou moins fumeux contenant des morceaux interminables sur lesquels les guitares se taillaient la part du lion (désolé, le marchand de ponctuation n’est pas passé cette semaine), remember ? Pour ce faire, il a réussi à débaucher deux membres de Spiritualized (un à la lead guitar et un pour la batterie) pour lui tenir compagnie et le résultat est enthousiasmant (à part les deux morceaux courts, étonnamment) en ces temps de disette électrique : vous n’avez pas entendu ce genre de délire musical depuis des années, alors laissez-vous aller…TS
3
À ranger entre Hawkwind et The Masked Marauders

Brando
The Headless Horseman Is A Preacher
(Talitres Records/Pop Lane) - 21 Titres, 57m40s - Produit par Derek Richey - Disponible www.talitres.com
Indiana Dreams. Voilà un groupe qui depuis 91 lutte pour se faire entendre. Dix ans après, leur vœu est exaucé, ce premier véritable album traverse l’Atlantique pour atterrir dans nos bureaux, non pas par la fenêtre mais via un label Bordelais. Quel périple… Quel disque ! En fait, le combo s’est tout d’abord fait remarqué (à force d’opiniâtreté) par les radios US. On le comprend volontiers, Brando détonne parmi les playlists actuelles avec sa prod réduite à l’essentiel. Ça sonne live, respire la pertinence et suggère la mélancolie de ces poètes contemporains tel Joseph Arthur. Certaines mélodies nous évoquent également les orages électriques de Playdoh, la couleur de Lamb ou encore Marianne Faithfull, dont la voix du chanteur se reproche (véridique !). LE
4
À ranger entre Joseph Arthur et Nicolas Dunger

Brassens (Georges) Hommage
Les Oiseaux de Passage
(Mercury/Universal) - 15 titres, 75m30s – Produit par Divers - Disponible
Tribute. 20 ans que Georges Brassens nous a quitté et si certains l’avaient oublié, les médias et la télé en particulier toujours prompte à ne pas rater une émission hommage (on va faire de l’audience, coco !) sont là pour nous le rappeler. De cela, il peut en résulter le pire (l’émission de Michel Drucker sur France 2, no comment), et le meilleur : la compile, La Mauvaise Réputation, de l’ami Georges, indispensable pour ceux qui n’auraient aucune des rééditions CDs de M. Brassens, et ce “tribute” auquel a participé la fine fleur de la relève du rock français. Inégal mais néanmoins intéressant on notera les versions de Noir Désir, Tarmac, Magyd Cherfi et Weepers Circus qui justifient à elles seules l’achat de cet opus.DS-D
3
À ranger avec Aux Suivants, l’hommage à Brel

Bertrand Burgalat meets A.S. Dragon
(Tricatel - 11 titres - 54m38s - produit par Stéphane Poitevin - disponible) www.tricatel.com
Pop-rock “soul psychédélique”. Au départ, objet suspect de copinage encensé un peu partout par la presse rock et branchouille. À l’arrivée : eh ben non, autant pour ma pomme ! Un excellent album de french pop à la réputation parfaitement justifiée. Sorti de l’antre Tricatel le temps d’une tournée de Maisons-Alfort à Tokyo en passant par Bruxelles, Moscou, Londres, j’en passe et des meilleurs, le groupe accompagnateur de Houellebecq, Chamfort (!!!) et, of course, du boss Burgalat (qui assure ici la majorité des vocaux), les Dragons nous balancent un disque live très classe, impressionnant de maîtrise et de cohésion (les musicos viennent tous de groupes confirmés comme Montecarl, Needles ou Checkmate). Entre deux reprises bien vues (le “Follow Me” d’Armand Délire et le “Tears Of A Clown” de Smokey Robinson), nous avons droit à des versions plus que convaincantes des morceaux de l’album de Burgalat. Bon, c’est vrai, les vocaux ne sont pas top, mais la faiblesse même du chant, bien loin de nuire aux compositions, leur donne une fragilité émouvante et une dimension nostalgique de bon aloi. Résolument tourné vers les sixties, voilà un disque “vintage” qui viendra à point nommé clouer le bec à tous ceux qui, au nom d’une pseudo modernité, enterrent régulièrement le rock. Allez à la rencontre des Dragons ! PR
4
À ne pas ranger jusqu’au prochain album studio des Dragons

Bustafunk
Bustafunk
(Universal/Island) - 14 Titres, 57m 11s - Produit par Bustafunk – Disponible www.bustafunk.com
Funkytown. Cerrone by Bob Sinclar a récemment construit un pont entre la house festive de l’un et les compos disco de l’autre. Dans un style différent, le Français, lui, revisite la musique noire américaine, en particulier le hip-hop. En l’habillant d’arrangements funky, il réussit à le faire sortir de ses gonds, ce qui, pour les néophytes facilitera l’écoute : Exit la violence, ici on arrondit les angles, le flow s’articule façon old school. D’ailleurs, Bustafunk prend un malin plaisir à condenser sur ce premier album quelques vieilles recettes, mimiques house nappées d’une bonne dose de soul (chanté par Gene Van Buren). Si bien qu’à peine dans les bacs, il crée un incroyable buzz. À découvrir. LE
2,5
À ranger entre Parliament et Superfunk

109
(V2) - 12 titres, 48m05s - Produit par CharlElie – Disponible www.charlelie.com
Couture Rock. Il semble que cet album, finalement assez simple et direct, ait nécessité à CharlElie d'y revenir sans cesse durant deux années, jusqu'à ce qu'il sente que "tous ses rouages fonctionnent". Après un Soudé Soudés un peu agaçant, il est bon de ré-entendre ce "sang neuf"-là qui, en fin de compte, renoue avec ses plus belles inspirations. Mélodies faussement nonchalantes, swing et rock subtilement mêlés, influences diverses et joliment digérées, dont une fine touche de folklore yiddish. 22 albums plus tard, CharlElie a, en quelque sorte, retrouvé cette fraîcheur travaillée qui l'a si longtemps caractérisé, ces petites pièces montées d'instants de vies différentes ou, tout au contraire, si communes. 109 est un très bel album, coulant et attachant comme une longue nuit d'été ! MEK
5
À ranger entre Les Naïves et Victoria Spirit

Chimaira
Pass Out Of Existence
(Roadrunner/Sony Music) - 10 titres, 62m28s - Produit par Mudrock - Disponible - www.chimaira.com
Neo metal. C'est en trempant son metal dans un bain d'acide atmosphérique que Chimaira a réalisé l'alliage qui caractérise sa musique. Résolument moderne dans son approche, le groupe tente également de se dégager de la masse en ajoutant une poignée de folie qui prend la forme d'arrangements inquiétants ou de refrains dont les harmonies rappellent les belles heures du grunge et qui contrastent avec les vocaux hurlés qui dominent le reste du temps. Le rythme de la ville, c'est leur adrénaline et ça se sent. Oscillant entre colère et déprime, les titres de Pass Out Of Existence, évitent la plupart du temps le piège de la facilité, mais se révèlent finalement de valeur inégale. Cela va du génial “Jade” à l'insipide et poussif “Severed”. Avantages et inconvénients d'une musique contrastée. HD
2
À ranger entre Coal Chamber et Machine Head

Ben Christophers
Spoonface
(V2) - 10 titres - 38m59s - produit par Ben et David Kosten - Disponible
Folk-rock insidieux. Après avoir exorcisé son Beautiful Demon, dans un premier album d’une beauté immaculée, Ben Christophers remet le couvert avec un deuxième opus encore plus maîtrisé et réussi que le précédent. Enregistré avec la même équipe et notamment le producteur “expérimental” David Kosten de Faultline, Spoonface semble à première écoute moins complexe, moins torturé que son prédécesseur. Ayant apparemment laissé derrière lui ses blessures intérieures (“Leaving my sorrow behind”) le chanteur-compositeur de Wolverhampton semble avoir atteint une sorte de plénitude et d’équilibre fragile qui se transcrit par une épure des compositions et un dépouillement des arrangements. Entre angélisme éthéré et rage contenue, Spoonface se cantonne, malgré tout, dans le domaine de l’introspection subtile en alternant ascétisme magnifique (“Falls Into View”, “Easter Park” ou l’épique “Spoonface” qui donne son titre à l’album) et arrangements sinueux (“Losing Myself”). Ben Christophers nous livre ainsi un album harmonieux et envoûtant qui déploie ses richesses insoupçonnées à chaque nouvelle écoute. Beat électroniques, violons, se mêlent à cette voix unique pour former un univers automnal aux saveurs aussi rares qu’addictives. C’est beau, souvent triste à pleurer et totalement incontournable. Du grand art ! PR
4,5
À ranger entre Jeff Buckley et Radiohead

Lloyd Cole
Etc.
(XIIIbis) - 14 titres, 37m13s - Produit par Bruce Calder et David Lee – Sortie le 15 novembre - www.lloydcole.com
Acoustipop. On a l’impression immédiate, à l’écoute de ce court album de morceaux laissés on ne sait pourquoi de côté par Lloyd Cole, entre 96 et aujourd’hui, qu’il pourrait en pondre trois par jour, et qu’ils seraient tous aussi attachants, chaleureux et passionnants. Seul (sans ses Negatives donc) pour ces enregistrements, le songwriter le plus racé de la britpop nous propose en une poignée de vignettes tendres et vagabondes, son côté le plus personnel et intimiste. Cela étant dit/écrit, qu’il soit accompagné par un groupe ou seul, la substance reste la même : des textes foisonnants de petits détails de la vie de tous les jours (ceux qui comptent, finalement), des mélodies d’une pureté confondante et cette voix capable d’insuffler de grandes bouffées de romantisme au plus sanguinaire des dictateurs génocideurs ! Un petit joyau, mais un joyau quand même… CG
4
À ranger entre Love Story et Rattlesnakes

Cousteau
Cousteau
(Palm/Naïve) - 16 titres, 77m 45s - Produit par Davey Ray Moor – Disponible - www.cousteau.tv
Pop de Chambre. Il s’agit ici de la réédition de l’album réalisé par le groupe de l’ancien Church et paru en début d’année agrémenté de cinq titres inédits. On est donc déjà familiarisé avec cet univers voisin de la lounge music, du jazz et de la pop alternative. Les arrangements, on le sait, se veulent stylisés tout en conservant une formule assez basique où les orchestrations tiennent, finalement peu de place. Les nouveaux morceaux confirment cette impression première mais par leur approche un peu plus dissonante et charnelle (en particulier “Captain Swing”) semblent montrer que, peu à peu, Cousteau vise à s’extirper de ses influences crooners un peu trop évidentes et de privilégier, opportunément, la substance plutôt que le style. Une réédition qui cimente en quelque sorte le potentiel du groupe. CF
3,5
À ranger entre Scott Walker et Tindersticks

Patrick Coutin
Industrial Blues
(ULM/Universal) - 11 titres, 42m44s - Produit par P. Coutin – Disponible - www.universalmusic.com
Pop'n'Blues. Que les auditeurs de NRJ qui ne liront jamais cette chronique se rassurent : Coutin aime toujours autant regarder les filles. Et -d'où une profonde joie chez le chroniqueur faussement blasé- il semble être, toujours aussi, l'un des plus doués lorsqu'il s'agit de mêler refrains pop (traduisez vite entêtants) et rythmiques blues-rock, ce qu'était déjà "J'aime…" (ré-écoutez la première version) ou le single suivant "Rends-moi Mon Cœur Gamine". Depuis le début des années 80, Coutin a peint, réalisé des clips, écrit un polar (toujours pas publié…), produit Dick Rivers et les Wampas (entre autres) et s'est battu pour "diriger" une salle de spectacle à Bobigny. Sur Industrial Blues, il ballade son regard amusé ou désolé sur ses prochains, dont sa prochaine. Et c'est succulent ! MEK
4,5
À ranger entre les Scamps et les Roadrunners

Cranes
Future Songs
(Dadaphonic/M10) –11 titres, 40 m 04 s – Produit par Jim Shaw –Disponible - www.cranes-fan.com
Symbole gothique de la seconde génération. Les Cranes se sont formés en 1986 (déjà si longtemps !) mais le premier album (une flopée de maxis le précédèrent),Wings Of Joy, ne vit le jour que 5 ans plus tard et il eut l’honneur de tellement plaire à Robert Smith (Cure en chef et ils régnaient vraiment sur la planète en ces temps lointains) qu’il embarqua le groupe de Jim & Alison Shaw pour une tournée mondiale de 100 dates, vous imaginez le délire ? Quelques disques moins éthérés suivront (dont un Forever qu’aurait pu signer Mr Smith lui-même !) avant un break qui durera tout de même de 1997 à 2000, mais qui permettra à ces adorateurs des Swans, des Cocteau Twins et des Young Gods (cela ne s’entend pas, et alors ?) de se ressourcer et de changer d’air : nouveau batteur et nouveau guitariste, nouvelle maison de disques, mais un savoir-faire et une voix enfantine et acidulée intactes, ô miracle… TS
3
À ranger entre Galaxy 500 et Dead Can Dance

Da Capo
The Fruit
(Autruche/Pop Lane) - 9 titres, 46m30s - produit par Franck Lhermet et Da Capo – disponible- nipaugam@wanadoo.fr
French Pop acidulée. Déjà quatre ans depuis Minor Swing, première livraison de Da Capo, le bien nommé. Poursuivant dans la voie d’une musique pop originale chantée en anglais et qui tente résolument de se démarquer des tendances actuelles, les deux frangins Paugam signent un deuxième opus sans concessions qui séduira (souvent) et irritera (parfois). À la fois fragile, alangui ou insinuant, chaque morceau entraîne l’auditeur dans un univers spécifique aux tonalités harmonieuses ou agressives. Souvent à la limite de la justesse, la voix s’enrobe de parures instrumentales alambiquées (avec des cuivres parfois), mais qui restent toujours plaisantes à l’écoute. À l’heure des marchands de soupe et des produits ultra formatés prêts à consommer, la démarche un brin suicidaire de ce groupe courageux mérite d’être fortement encouragée et l’on ne pourra que goûter ce Fruit aux saveurs aussi inattendues qu’attachantes. PR
3,5
À ranger entre Robert Wyatt et dEus

Etienne Daho
Daho Live
(Virgin) - 23 titres, 98m27s - Produit par Andy Scott - Disponible - www.etiennedaho.com
Pop décevante. La dernière tournée d’Etienne Daho aura été un franc succès et ce double live en est la trace tant attendue. Daho, que l’on apprécie à juste titre pour sa faculté à pondre des mélodies pop pénétrantes, a voulu surprendre en habillant la plupart de ses morceaux de nouveaux arrangements. Mais, au lieu d’apporter une nouvelle couleur, le traitement technoïde infligé à “Tombé pour la France” ou “Epaule Tattoo”, le dépouillement mollasson de “Duel au Soleil” et surtout la mise en retrait systématique de la guitare au profit de cordes et de samples, lassent rapidement. Et l’inédit “Comme un Boomerang” -écrit en 1975 par Gainsbourg- interprété ici avec Dani, n’est pas un prétexte suffisant pour faire de ce Daho Live un album indispensable. On lui préférera le Live ED ! sorti en 1989… TB
2
À ranger entre déception et bâillements

Dub Wiser
A New Millenium Of Dub
(Hammerbass / Tripsichord) – 11 titres, 74m02s – produit par Dub Wiser – Disponible -www.dubaction.com
Dub Savant. Si vous vous êtes un temps soit peu penché sur la question du Dub made in France, le nom de Dub Wiser ne doit pas vous être inconnu. Avec Zenzile, High Tone, Lab° et quelques autres, le duo Rico ÜÜ (prog/basse) et Luz (prog/mix) font partie des acteurs majeurs qui ont donné naissance à ce récent mouvement aujourd’hui publiquement reconnu comme l’un des plus riches du panorama français. Le plus étrange est que A New Millenium Of Dub ne soit que leur premier album. Mature et réfléchi, Dub Wiser n’est pas un groupe débutant, une simple écoute suffit à en convenir. Loin des clichés que l’on retrouve actuellement dans quelques productions Dub, le style des Wiser est définitivement personnel, métissant les racines jamaïcaines à une pléthore de sonorités multiculturelles, principalement arabisantes, sans en oublier la dimension urbaine. CD’O
4.5
À ranger entre Lab° et High Tone

Nicolai Dunger
Soul Rush
(Labels/Virgin) - 12 titres - 61m46s - produit par Jari Haapalainen – Disponible - www.labels.tm.fr
Folk-jazz suédois. Deuxième album pour ce jeune compositeur de Stockholm qui abandonna une lucrative carrière de footballeur professionnel pour se lancer dans la musique. Bénéficiant de la participation de la section rythmique du Esbjörn Trio, un trio de jazz suédois de renom, Nicolai Dunger nous livre un disque éclectique sous haute influence Van Morrison. Mélange hétérogène de morceaux lourdement orchestrés (dans le style fanfare déglinguée) et de balades nettement plus dépouillées cette “Ruée vers l’âme” balade l’auditeur au gré d’humeurs chagrines ou enjouées. La voix plaintive, peut irriter à la longue et dans le genre folk rock nostalgique, la concurrence est plutôt rude ces temps-ci. Mais le bonhomme a incontestablement du talent et avec un peu plus de cohérence et de maîtrise, il pourrait bien nous balancer un troisième album d’anthologie. Alors, wait and see… PR
3,5
À ranger entre Van Morrison et Tom Waits

Dying Tears
Amnesia
(Thundering Records/Epsilon) - 10 titres, 45m51s - Produit par Alexis Phélipot - Disponible - www.dyingtears.fr.st
Metal Gothic. En voilà un qui pourrait bien être accusé d'engendrer la mélancolie et qui n'aurait à objecter pour sa défense qu'une seule chose : c'est sa vocation. Dying Tears a largement dilué son metal lourd et sa puissance naturelle dans un torrent de gothic romantique qu'il suit d'ailleurs avec bonheur. Alternant joliment instants de calme aux relents classique et tempête électrique, chant masculin et féminin, jouant sur des claviers présents mais pas encombrants, faisant défiler un violon fort à propos et une rythmique solide, Amnesia porte en lui la fraîcheur de la jeunesse sans pour autant trop concéder aux défauts inhérents à cette situation. Le fait que Dying Tears soit français n'entre nullement en ligne de compte dans la façon dont il est apprécié. C'est un signe qui ne trompe pas. HD
3,5
À ranger entre Paradise Lost et Theatre Of Tragedy

Einstürzende Neubauten
1991-2001
(Mute/Labels)– 14 titres, 64m 59s et 15 titres, 60m 35s – Produit par Boris Wilsdorf – Disponible -www.stategies-against-architecture.com
Avant-Garde Industrielle. Leur nom signifie "nouveaux buildings qui s'écroulent". C'est donc dire que, depuis plus de 20 ans, nos Allemands se sont appliqués à déconstruire soigneusement l'harmonie telle qu'on l'entend et qu'on la pratique couramment. Cette compilation, la troisième de ces pionniers de l'avant-gardisme, cultive donc dissonances métalliques et éléments empruntés au minimalisme ou à la musique sérielle. Ce double album n'est pas un "best of", il s'adresse à ceux qui traquent les inédits ou les versions alternatives du groupe. Il ne cherche jamais à nuancer ou à édulcorer ce qui a toujours été le propos de E.N.. On y trouvera donc toujours la même rigueur formelle, celle qui vise à déboulonner les édifices préétablis qui passent entre nos oreilles. CF
3,5
À ranger entre Cabaret Voltaire et Throbbing Gristle

Go-Go’s
God bless the Go-Go’s
(Epic) - 13 titres + 1 bonus track, 46m32s - Produit par Paul Q. Kolderie, Sean Slade, Rick Neigher – Disponible - www.gogos.com
Rock désuet. Dans les années 80, elles formèrent le plus célèbre groupe rock féminin, avant Bananarama et les Bangles. Séparées en 1985, rabibochées par intermittence selon les sorties de leurs best of, les Go-Go’s sont de retour pour de bon avec un album tout neuf. Enfin, neuf, c’est vite dit, elles auraient pu faire la même chose il y a dix ans qu’on n’aurait pas vu la différence. Les morceaux, plus anodins les uns que les autres, semblent produits à la chaîne sur un moule unique, noyés dans un flot de guitares électriques genre grunge bourgeois. Bien foutu, certes, mais tellement ordinaire et réchauffé ! Quant aux mélodies, elles brillent dans leur majorité par leur platitude, ce qui n’arrange rien à l’affaire. À réserver aux fans très nostalgiques. CV
1,5
À ranger entre Offspring et les Bangles

Stone Gossard
Bayleaf
(Epic/Sony Music) - 10 titres, 39m48s - Produit par Pete Droge - Disponible - www.stonegossard.com
Metal culte. Plus connu pour sa participation au populaire Pearl Jam que pour ses services rendus aux pourtant bien plus efficaces Mother Love Bone et Temple Of The Dog, le guitariste Stone Gossard tente une échappée belle, en pur solo. Et son rock intimiste séduit car le monsieur sait d'entrée établir une atmosphère conviviale avec l'auditeur. Guitare qui ronronne et grésille chaleureusement, chant (assuré par Gossard lui-même sur sept des dix titres de l'album) pas démonstratif mais plein de feeling, tempos qui incitent à taper du pied, compos simples mais pourvues de nombreuses trouvailles sonores, tout semble avoir été mis en œuvre pour un retour à l'essence même du rock. Gossard a d'ailleurs un brevet d'authenticité en la matière et il le prouve tout au long de Bayleaf. Du bon. HD
3,5
À ranger entre Pearl Jam et Lou Reed

Hem
Rabbit songs
(Setanta/Pop Lane) - 12 titres - 51m 49s - Produit par Gary Maurer et Dan Messé – disponible - www.rabbitsongs.com
Country rock alternatif. Voilà un disque qui sent déjà les soirées d’hiver devant un bon feu de cheminée ! Cette première livraison d’un jeune groupe new-yorkais fasciné par la musique traditionnelle américaine ne renie pas ses origines rurales, bien au contraire. Portées par la voix magnifique de la chanteuse Sally Ellyson, les mélodies aux arrangements typiques de banjo ou de pedal steel soutenus par un orchestre symphonique de 18 musiciens nous évoquent un univers campagnard un brin suranné porteur de nostalgie, de mélancolie voire de tristesse infinie. Aucun signe ici de lourdeur redneck, nous restons constamment dans le domaine du subtil, de l’élégant, du délicat même. À l’image d’une pochette animalière de bon goût, ce disque attachant distille une musique d’une richesse et d’une beauté indéniables. De la country comme celle de Hem, j’en veux tous les jours !
3, 5
À ranger entre Walkabouts et 10.000 Maniacs

Her space holiday
Manic expressive
(Wichita/Clearspot/Tripsichord) - 9 titres, 42m11s - Produit par Marc Bianchi – Disponible - www.herspaceholiday.com
Pop electro. Avec le soutien vocal de sa dulcinée, Marc Bianchi juxtapose mélodies pop un peu mélancoliques, instruments à cordes et bizarreries électroniques, ce qui, par les temps qui courent, est devenu presque banal. La question est plutôt de savoir si la mayonnaise prend ou pas. La réponse est oui sur la plupart des titres, qui évoquent un heureux mélange de Eels, Air, Lamb, voire Björk pour certains arrangements symphoniques. Pourtant, on n’arrive pas à être emballé à 100%, sans trop comprendre pourquoi. Peut-être parce que l’album, malgré toutes ses qualités artistiques, tourne en rond avec nonchalance, et que son concepteur, avide d’expérimentations, a tendance à nous pondre des sons plus décoratifs que réellement enrichissants. CV
3,5
À ranger entre Eels et Lamb

Impaled Nazarene
Absence Of War Does Not Mean Peace
(Osmose Productions/Tripsichord) - 13 titres, 37m16s - Produit par Ansi Kippo - Disponible - www.osmoseproductions.com
Black speed finlandais. Avec son nom à faire fuir d'office un bataillon de ripincelles, Impaled Nazarene risque gros. Il pourrait être pris pour ce qu'il n'est pas : un groupe de gros bourrins forcenés et incapables, masquant sa faiblesse technique dans un répertoire inaudible. Absence Of War Does Not Mean Peace prouve qu'il n'en est rien et étonne en présentant l'association parfaite entre les mélodies du heavy metal typé 80s (certaines chevauchées de guitares peuvent évoquer Warlord ou Maiden… passés à l'accélérateur de particules) et la brutalité du death/black actuel. Les éructations féroces du chanteur ne pourront plaire à tout le monde, mais la maîtrise des musiciens est impressionnante et cet album se révèle comme un excellent défouloir pour tous les frustrés du riff. HD
4
À ranger entre Marduk et Warlord

Incubus
Morning View
(Epic/Sony Music) - 10 titres, 45m51s - Disponible - www.epicrecords.com
Pop metal. Incubus, c'est en quelque sorte une magnifique agence matrimoniale. Peu de formations peuvent célébrer avec autant d'allégresse, l'union entre les plus belles mélodies du passé et le son d'aujourd'hui. Entre violence et violons (au sens figuré tout de même), toujours souple et inspiré dans ses approches, le groupe réalise des prouesses tant en matière d'arrangements (à base d'électronique apprivoisée et mise au service des guitares) qu'au niveau des compos. Celles-ci, souvent pleines d'humour malicieux, présentent de multiples facettes qui titillent joliment la curiosité de l'auditeur, lequel est bien avisé de ne pas décrocher. D'ailleurs, il n'en a nulle envie. Donc j'y retourne de ce pas et vous invite à en faire autant. Voilà une vraie bonne came ! HD
4
À ranger entre Sugar Ray et Anyone

Jack the Ripper
The Book of Lies
(Pop Lane) - 9 titres - 41m 40s - produit par Jack the Ripper & Saskwash Productions – Disponible - jack-recording@dsdg.fr
Cabaret rock existentialiste. Jack’s back ! Hasards du calendrier ou étrange coïncidence, l’album de Jack The Ripper précède de peu la sortie de From Hell, passionnant film des frères Hughes consacré aux forfaits du tueur de Whitechapel… Après avoir écumé la totalité des salles parisiennes avec une série de concerts étonnants, l’ami Jack nous livre son “Livre des mensonges” en neuf vignettes aux saveurs enivrantes et addictives. Du tango lascif à la musique tzigane enfiévrée en passant par des balades décadentes, le Diable, la Mort et autres créatures maléfiques sont conviées au festin pour la plus grande joie de l’auditeur. Enrobée par un violon omniprésent, des cuivres ou des cordes, la voix insinuante et magnétique se fait tantôt cajoleuse tantôt menaçante, créant des atmosphères intimistes aux teintes le plus souvent sombres et lugubres. Évitant l’écueil d’une trop grande théâtralité que d’aucuns ont pu déceler sur scène, Jack the Ripper signe un premier album remarquable qui n’a vraiment pas à souffrir de la comparaison avec ses homologues anglo-saxons. Vous l’aurez compris : il ne vous reste plus qu’à céder aux avances de cet “Eventreur” aux charmes contagieux. Il saura vous transpercer le cœur et vous ouvrir les tripes net et sans bavures…PR
4,5
À ranger entre Nick Cave & The Bad Seeds

Michael Jackson
Invicible
(Epic/Sony) - 16 titres, 76m 59s – Produit par Michael Jackson – Disponible
MJJ. Un nouvel album de Michael Jackson est forcément un événement, d’autant que celui-ci était attendu depuis cinq ans. Attendu il l’était au tournant, et même s’il n’est pas à classer dans la meilleure production de Bamby, nous ne hurlerons pas avec les loups. Même s’il est vrai que quelques titres ressemblent plus à des bluettes sirupeuses, d’autres (notons l’excellent “Heartbreaker”, le pas mal du tout “Invincible”, le réjouissant “2000 watts”) continuent à tenir la dragée haute à toute une production funkor’n’bnusouly, j’en passe et des meilleures. Michael reste et, n’en déplaise aux esprits chagrins, est toujours dans la place et nous ne pouvons que nous en réjouir. De plus, nous ne louperons aucun des clips de l’inventeur du moon walker, car au delà de ses diverses transformations physiques qui du reste ne regarde que lui, MJJ reste un artiste accompli. DS-D
3
À ranger avec les précédents

Mick Jagger
Goddess In The Doorway
(Virgin) - 12 titres, 56m49s - Produit par divers – Sortie le 20 novembre
Soft rock. Alors, là, je suis sur le cul ! Jamais je n’aurais pensé que Mick Jagger (qui a quand même publié mes deux albums préférés des Stones –Let It Bleed et surtout Beggars Banquet- juste avant ma naissance !) allait un jour m’en mettre plein la vue, ou plutôt plein les oreilles ! Et pourtant, aujourd’hui, avec ce nouvel album solo, il exalte plénitude, attitude et rockitude. L’album est cohérent, pas très nerveux mais habilement amené, superbement chanté (avec bien plus de conviction que sur les derniers Stones en date) et constitue le pont parfait entre pontu et pointure, soit une rondelle à la hauteur de son géniteur, souvent pompeusement affublé du statut de “seule star incontestée du rock”. Car si l’homme n’est plus en pole position depuis bien longtemps, il n’en demeure pas moins actif, pour le coup aussi attractif et réintègre donc sans contestation possible les toutes premières lignes. Chapeau bas ! CG
4
À ranger entre nouveau et ancien

Kery James
SI c’était à refaire
(Alariana/WEA) - 11 titres, 73m 58s – Produit par Kery James - Disponible
Rap. Ancien membre d’Idéal J, combo aujourd’hui disparu, Kery James a pris le temps avant de nous offrir ce premier album. Entouré d’invités inattendus comme Salif Keita ou les Nubians, notre homme a aussi convié sur “C’qui nous perd”, ses acolytes de la Mafia K’1 Fry : Rohff, 113, Karlito, Manu Key et les autres. Des titres forts, mais desservis par des refrains R&B un peu lassants et un flow un peu trop appuyé. On est loin de l’accélération des bpm qui prédominait il y a quelque temps, au sein du rap hexagonal. Inégal et parfois lassant, cet opus laisse quand même entrevoir de réelles qualités chez Kery James, mais le démon du R&B franchouillard est là qui rôde et gâche des textes parfois convenus, mais souvent très juste.
DS-D
2,5
À ranger entre Manu Key et Oxmo Puccino

Elton John
Songs From The West Coast
(Mercury/Universal) - 12 titres, 54m10s - Produit par Patrick Leonard – Disponible - www.eltonjohn.com
Pop anglaise. Si l'on en croit les notes du livret, c'est en écoutant Ryan Adams, le chouchou d'not' rédac' chef, que Sir Elton aurait retrouvé cette grande inspiration-là ! Qu'importe, finalement, d'où provient cette énième nouvelle vie du compositeur anglais. Force est simplement de reconnaître qu'à nouveau, le couple Bernie Taupin/Reginald Dwight fonctionne comme au premier jour (69). Et l'on retrouve, enfin, cet équilibre précaire et unique qui fait que la pop, si profondément anglaise, d'Elton John, ne sombre jamais dans la guimauve ni dans la soupe (ce qui fut si souvent le cas depuis plus de quinze Ans…). Faussement légères ou ouvertement endiablées (à l'échelle d'Elton John, entendons-nous…), ces belles chansons inspirées nous redonnent espoir en les vieux artistes dits "finis" ! MEK
4
À ranger entre Empty Sky et The One

Ronny Jordan
Off The Record
(EMI/Blue Note) – 10 Titres, 48m39s - Produit par Lee Stone - Disponible - www.ronnyjordan.com
Jazzy. Oh la… L’intro rap’n’blues n’a rien d’alléchante ! Par contre, le deuxième titre rectifie le tir : Ronny Jordan n’a pas troqué sa gratte contre un micro, même si la tendance voudrait nous faire croire le contraire. Solo groovy, bass funky, clavier jazzy, cette fois on pourrait le confondre avec Jamiroquai ou Brand New Heavies. Au moins, la comparaison est flatteuse, devrait aider le chaland à imaginer ce blues moderne. Avec Off The Record, le guitariste ne change pas vraiment son fusil d’épaule, il donne de l’eau à son moulin, glisse à pas feutrés ses solos toujours sur une rythmique R & b. Et puis, soudainement, il se prend pour Melvin Taylor et là, on monte le son. Bref, ce n’est pas son meilleur album, mais ça fonctionne quand même. LE
3,5
À ranger entre Donell Jones et Maxwell

Les Juanitos
Exotica
(Spirit/Wagram) –12 titres, 45m47s – Produit par Les Juanitos – Disponible - www.membres.tripod.juanitos.fr
Rock and roll exotique. Caramba, quel punch, quelle joie de vivre ! Notre beau pays manque cruellement de formations aussi joyeusement insouciantes (du moins en apparence) que ces joyeux lurons de Chambery, qui prêchent la bonne parole des regrettées 60s depuis déjà une petite dizaine d’années, à grand renfort d’albums plus endiablés les uns que les autres (dont un Surfin’ Matador d’excellente mémoire) et de concerts qu’on devine aisément délirants… Le seul léger reproche sera tout à fait anecdotique et personnel : Dites, les gars, quand vous jouez une reprise des tristement oubliés Titanic, essayez de conserver le titre original (“Sultana” en l’occurrence) et de ne pas faire passer cet emprunt pour une création personnelle, vous serez gentils ! Et encore bravo pour votre musique enthousiasmante… TS
4
À ranger entre Do The Cobra et les guitar bands des 60s : Spoutniks, Shadows, etc.

Paul Kelly
…Nothing But A Dream
(Cooking Vinyl/Naïve) - 11 titres, 41m 52s - Produit par Paul Kelly et Wendy Matthews – Disponible - www.cookingvinyl.com
Folk Rock. Bien qu'essentuellement basée sur la guitare acoustique, la musique de cet artiste australien s'éloigne habilement des schémas traditionnels du "folk". L'atmosphère y est au contraire beaucoup plus sombre, voire même urbaine. Les tempos, moyens, servent plutôt de supports à des récits parsemés de nostalgie et de solitude, voire d'austérité. L'album dessine alors des contours où les titres deviennent des litanies ("Midnight Rain") et où les arrangements ou harmonies vocales véhiculent ces humeurs où l'allégresse si elle perce parfois, ("I Close My Eyes And Think Of You", "Somewhere In The City"), apparaît plus comme une respiration provisoire que comme un état d'âme qui pourrait être permanent. Délicieusement mélancolique et prenant ! CF
4,5
À ranger entre Nick Drake et Al Stewart

Kid Loco
Kill Your Darlings
(EastWest/Royal Belleville) - 10 Titres, 44m18s - Produit par Kid Loco & Co - Disponible - www.kidloco.com
Pop. On aime bien Kid Loco… Il a toujours le chic pour fignoler ses pochettes, nous faire saliver avec ses mix, et puis y a Bondage, ce qui mérite un total respect. En plus, ce n’est le genre de gars qui cale ses deux pieds dans le même sabot. Jadis rock, puis électro et maintenant popy, ses albums ne se ressemblent pas. D’ailleurs, pour ce dernier, le bassiste de Cornu, le clavier de Jay Jay et Seven Dub ainsi que le chanteur de Departure Lounge, plus une tigresse, se joignent à lui pour un jam très cosy. Un peu trop d’ailleurs, car l’opus berce si bien l'assemblée qu’il n’arrive pas à convaincre radicalement. Mais cela doit sans doute dépendre de l’humeur du moment, alors disons qu’aujourd’hui on aurait préféré un CD punchy dans la platine ! LE
3
À ranger entre Mogwai et Ben Christophers

David Kitt
The big romance
(Blanco Y Negro/WEA) - 10 titres, 55m15s - Produit par David Kitt et Ken McHugh. Disponible - www.davidkitt.com
Anxiolytique. C’est à peine si l’on se rend compte que l’on passe d’une piste à une autre au fil de cette longue berceuse pop soft, qui s’articule autour d’une guitare acoustique et de rythmes lo-fi. Et ce ne sont pas les discrètes interventions des synthétiseurs ou du saxo qui viendront déranger la quiétude olympienne des décibels. Ce parti pris nous donne quelques titres envoûtants lorsque les mélodies sont à la hauteur (“Step Outside In The Morning Light”, “What I Ask”), mais devient redoutablement soporifique dans le cas inverse, c’est à dire sur une bonne partie de l’album. À se demander si David Kitt n’est pas plus préoccupé par l’ambiance de sa musique que par les morceaux eux-mêmes, aux frontières du dépouillement et de la fadeur. CV
2,5
À ranger entre David Gray et Sparklehorse

Kittie
Oracle
(Epic/Sony Music) - 11 titres, 48m00s - Disponible - wwwepicrecords.com
Power metal. Les demoiselles de Kittie ne sont vraiment pas du genre raffiné. Non, elles, se serait plutôt le style bonne bourrade dans le dos, tenues débraillées et langage familier. Musicalement, c'est tout du même tonneau : de la virulence, des cris (la chanteuse doit aimer les gargarismes à l'acide citrique), des guitares distordues à outrance, de l'électricité partout et surtout pas de finesse. De l'agressivité bien lourde, qui tâche et débouche les tympans, mais qui manque singulièrement d'originalité et se révèle bien trop prévisible. Méchant, certes, un peu bête, parfois. Car le simple fait d'être un groupe féminin ne saurait générer autant d'intérêt qu'un vrai bon album avec de vraies bonnes compos. Et c'est bien là le problème… HD
3
À ranger entre Pantera et Machine Head

Diana Krall
The Look of Love
(Verve/Universal) - 10 titres, 50m34s - Produit par Tony LiPuma
disponible - www.ultimatedianakrall.com
Jazz vocal. Décidément, c’est très tendance de reprendre les standards quand on est une jeune artiste de jazz : la canadienne Diana Krall, pianiste et chanteuse, s’y connaît, puisqu’elle s’y était déjà essayé sur son précédent album, Lets’ Face The Music & Dance. Ici, elle reprend “Besame Mucho”, “The Night We Called It a Day”, ou la célèbre chanson de Burt Bacharach qui donne son nom à l’album. Un album sur lequel a œuvré le London Symphony Orchestra, pour un résultat saisissant : difficile de faire plus cool et glamour sans tomber dans le maniérisme. Mais Diana Krall relève le défi : quand d’autres seraient tombées dans la mièvrerie, elle est impériale. Sa voix est sûre d’elle, conquérante, prête à s’imposer comme l’une de celles qui marqueront ce nouveau siècle dans le jazz. On est bien loin des minauderies d’une Lisa Ekdahl, même si leurs musiques se ressemblent. Ou comment Diana Krall s’affirme comme l’une des plus belles voix blanches du moment. JMG
4
À ranger entre Sade et Sarah Vaughan

Femi Kuti
Fight to win
(Barclay/Universal) - 12 titres, 62m25s - Produit par Sodi et James Poyser – Disponible - www.femikuti.com
Afrobeat. La voix de Femi Kuti est l’écho de la souffrance d’un peuple brimé par la corruption, la dictature, le sida et des siècles de colonisation. La musique est son arme pour appeler son pays, le Nigeria, et l’Afrique toute entière, à réagir. Et en cela, elle dégage une incroyable énergie. Considéré comme le digne successeur de son père, Fela Anikulapo Kuti (figure emblématique de l’afrobeat, auquel un titre est d’ailleurs dédié), il continue sur sa lancée, avec un nouvel album magnifique. Un album multicolore et foisonnant, où s’invitent percussions africaines, rythmes funk, cuivres chaleureux, flûte jazzy, claviers du Beastie Boy Money Mark et incursions électroniques subtilement dosées. Même les réfractaires seront conquis (la preuve !) CV
5
À ranger entre Fela Kuti et Salif Keita

Anita Lane
Sex o’clock
(Mute/Labels) - 10 titres, 44m36s - Produit par Mick Harvey – Disponible - www.mute.com
Pop douce-amère. De sa collaboration avec les Bad Seeds dans les années 80, Anita Lane garde le souvenir d’une longue liaison avec Nick Cave et une fidèle amitié avec Mick Harvey, devenu son producteur. Compositeur, multi-instrumentiste, celui-ci a puisé dans ses influences gainsbouriennes pour mettre en valeur les lyrics très personnels et la voix ingénue de miss Lane. Oscillant entre pop sensuelle aux accents groovy et complaintes désenchantées, Sex O’Clock est une sorte de transcription musicale de tous les états amoureux, où l’émotion prime sur l’originalité, ce qui n’est pas forcément un défaut. On saluera au passage les arrangements de Bertrand Burgalat sur les cordes, qui apportent une petite touche disco-soul à cet album voluptueux. CV
4
À ranger entre Nick Cave et Serge Gainsbourg

The Levellers
McDermott’s 2 Hours
(Hag/M10) - 8 titres, 38m43s - Produit par Jake Rousham - Disponible
Folk médiéval. Les Levellers, qu’on sait fortement influencés par leurs origines celtiques, se permettent là carrément un grand coup dans le rétro, avec des ambiances totalement sans aucune notion de ce que peut représenter le rock, même de ce côté-là de la Manche. D’ailleurs, la guitare électrique, déjà rarement en ligne de mire dans leurs habituelles compositions, a été mise au placard, au profit des flûtes, bouzouki, violon et autres guitares acoustiques. Pour le coup, Dick Burbridge raconte ses histoires comme un troubadour plus qu’il ne les chante comme le leader des Levellers qu’il a été dans une vie récente. Point de concept ici, juste une orientation totalement assumée qui, si elle ne se révèle pas totalement justifiée, loin s’en faut, n’en demeure pas moins relativement convaincante car l’album, court, n’a pas le temps de tourner en rond.
CG
3
À ranger entre Excalibur et Casslesburnes

Bertrand Louis
Bertrand Louis
(Eden Rock/Polydor) - 13 titres, 56m36s - Produit par Ian Caple – Disponible - www.universalmusic.com
Voyage pop. De plus en plus présente, et personne n'oserait s'en plaindre, est une scène française qui aime osciller entre chanson simple, dite "traditionnelle", et expérimentations électroniques souvent inspirées du bouillonnement londonien. Louis fait partie de cette école, qui n'oublie pas pour autant, parfois, la guitare rock en la mêlant à des textes clairs, voix tranquille et mise en avant, tenue et nonchalante. Louis est un mélodiste doué, ce qui permet, avec plaisir et aisance, de nous laisser guider jusqu'au bout du skeud au travers de compos rythmées, variées et intrigantes. Le garçon est aussi un fin trousseur de textes poético-réalistes du plus bel effet. Au fait : ne serait-ce pas Daho, l'origine humaine de cette liberté de ton franco-britannique ? MEK
4
À ranger entre François Audrain et Dominique A

Luke
La Vie Presque
(Le Village Vert/BMG) - 11 tires, 49m21s - Produit par Daniel Presley - Disponible
Rock Français. La Vie Presque est un condensé de bonnes nouvelles. La première étant que le label Village Vert est encore et toujours ce pôle artistique audacieux et qualitatif qu’il a su devenir au cours de cette dernière décennie (on leur doit notamment la découverte de Superflu et Autour de Lucie). La seconde est que Bordeaux est décidément une ville riche en talents insoupçonnés. Apr?s Noir Désir, Luke fait sa petite révolution musicale loin de la capitale, sans grandes pompes et froufrous, avec pour seuls apparats ses lignes mélodiques efficaces et ses textes subtilement réfléchis. Des armes redoutables à en croire ce premier album tout en finesse et en puissance, qui va chercher au-delà de la simple formule rock les ingrédients de sa réussite. Bien sûr le trio incontournable basse-batterie-guitare, mené de mains de maître par Stéphane Bouvier, Ludovic Morillon et Christophe Plantier, œuvre en architecte expert. Entre arpèges fragiles et riffs rageurs, Christophe fait disserter sa guitare tandis que Thomas Boulard livre ses chansons sensibles, touchantes et originales à l’édifice désormais solide. Reste Cyril Guillanneuf. Accompagné de son clavier, ils se rendent indispensables à la pop rock mélancolique et fraîche de La Vie Presque. Si essentiels qu’on les retrouve en capitaine du très beau “J’aurais Aimé Te Plaire”, morceau intriguant et tout en nuances, sur lequel les vertus du synthétiseurs feraient pâlir de honte les pourfendeurs de new wave renaissante, version nouveau millénaire. Mais qu’on se le dise, comme toute bonne chose, cet album n’est pas un produit de consommation rapide. Patiemment, au fil des écoutes, la curiosité se mue en addiction, dévoilant les charmes insoupçonnés et implacables de La Vie Presque, acte jouissif qui nous rassure quant au futur du rock français. CD’O
5
À ranger entre Superflu et Diabologum

Lullacry
Be My God
(Spinefarm/XIII Bis Records) - 11 titres, 55m06s - Produit par Sami Vauhkonen - Disponible - www.xiiibis.com
Heavy pop finlandais. En reluquant la pochette, la vision furtive d'une gazelle peroxydée, vêtue de cuir, penchée sur l'avant et soutenant d'une main droite un peu gauche un sein mafflu, on peut avoir les miquettes. Mais lorsque déboulent les premiers accords, Lullacry rassure son monde : il joue, fort et bien. Un metal pop mâtiné de gothic, une chanteuse plantureuse à la voix suave et performante, des guitares qui tranchent le lard, quelques artifices de production à la sauce légèrement indus et surtout une grande régularité d'un titre à l'autre… C'est la recette du plaisir finlandais, lieu d'origine de ces jeunes gens qui ont choisi de développer leur propre identité plutôt que de singer leurs intouchables devanciers (Stratovarius, Children Of Bodom, Nightwish). Une bonne idée qui va payer. HD
4
À ranger entre To Die For et Lacuna Coil

Larry Mac Cray
Blues Is My Business
(Dixiefrog/Night&Day) - 11 titres, 55m 52s - Produit par Mike Vernon – Disponible - www.bluesweb.com
Blues Trapu. Laary Mac Cray, un peu comme Popa Chubby, mais en moins pachydermique quand même, appartient à la race généreuse des bluesmen à gros bide. Ces gens-là savent donner sans compter, on ne les en aime que davantage. Il est aussi un working class hero, un vrai de vrai, puisque cet évadé d'une famille de neuf enfants assembla pendant dix ans des voitures dans une usine de la General Motors le jour pour pouvoir vivre et jouer sa musique la nuit. Une musique qui porte encore la trace de l'huile de moteur sur son suint électrique. C'est un blues compact et large d'épaules, pas si classique que cela, surtout quand Larry empoigne sa Flying V et ne retient plus que de loin les convulsives leçons de Freddie King son maître. En fait, il s'apparenterait nettement à l'Allman Brothers Band, affinité d'ailleurs assumée puisqu'il joue souvent avec les bluesmen chevelus du Gregg Allman & Friends ou du Dickey Betts Band. Il y a dans son blues au groove souple une indéniable pulsation pop-rock, et un véritable amour des architectures de guitare recherchées, toutes choses qui le font joliment ressortir de la masse des bluesmen trop respectueux des conventions du genre. Là encore, il est à affilier au Popa Suprême et la sympathie de tous les rockers va aller tout droit à ce bluesman rugueux qui n'enregistre quand même qu'à Chicago et Memphis. HP
3,5
À ranger entre Allman Bros et Freddie King

Paul McCartney
Driving Rain
(EMI) – 15 titres, 63m 41s – Produit par David Kahne & Paul McCartney – Sortie le 13 novembre 2001 - www.beatles.com
Beatleserie. Cela fait un bail que "Macca" n'avait pas sorti, hormis son disque de reprises, un album de véritables chansons. Driving Rain se veut non simplement un retour à une certaine simplicité, mais aussi à quelque chose qui préexistait aux Wings, à savoir des conditions d'enregistrement presque artisanales. Le corollaire en est que la seule force des compositions est censée "tenir" le disque et, sur ce registre, l'on n'est pas déçu. Si l'on ne retourne pas pour autant véritablement vers ce qui a pu faire le succès des Beatles, à savoir ce talent mélodique hors pair couplé à une extraordinaire faculté à proposer arrangements et harmonies vocales irréels, l'album s'écoute sans déplaisir, parfois une certaine nostalgie et évidemment beaucoup de regrets. CF
3,5
À ranger entre Abbey Road et Let It Be

John Mellencamp
Cuttin’ Heads
(Columbia/Sony) – 10 titres, 40m05s - Produit par John Mellencamp – Disponible - www.johnmellencamp.com
Rock nouvelle génération. S’il y a des têtes qui sautent, ce n’est pas dans l’équipe de l’ex-Cougar qui, s’il ne se prétend plus félin, n’en demeure pas moins tribal dans son mode de fonctionnement et notamment fidèle à ses musiciens, en particulier l’ultra-doué Andy York (qui avait fait un petit tour du côté de Jason & The Scorchers et avait aussi formé le très bon mais méconnu Hearts & Minds). Si les composants changent peu, les disques, eux, ne se ressemblent jamais, comme ce Cuttin’ Heads, qui frappe à toutes les portes voisines (participations d’India Arie, star R&B, du rappeur Chuck D ou de Thrisha Yearwood, bien connue des amateurs de country) pour mieux se recentrer sur son cœur en rock massif, avec moults guitares stoniennes et autres rythmiques électrons libre. Un disque vivant, en somme… CG
4,5
À ranger entre Rough Harvest et Mr. Happy Go Lucky

Nathaniel Merriweather Presents
Lovage, Music To Make Love…
(Pias/Tommy Boys) - 16 Titres, 59m55s - Produit par divers - Disponible
Sex advices. Eh, eh, eh… Voilà de quoi remettre le moral au beau fixe et rigoler bien grassement. Music To Make Love To Your Old Lady By… Le titre étant à lui seul tout un programme, laissons Dan The Automator nous dévoiler ce cocktail idéal, selon lui, pour emballer illico-presto. Ponctué de différents conseils prodigués par une poignée de machos à l’intellect coincé dans le caleçon, l’album s’articule autour de l’Amour selon Damon Albarn, Africa Bambaataa, Prince Paul (De La Soul) ou Mike Patton (ex-Faith No More). C’est drôle, kitch, oscille entre R’n’B et electronica, cultive aussi une ambiance rococo wah-wah. Si l’humour est bel et bien présent, les titres, quant à eux, n’ont rien de ringards, même si l’auteur déclare rendre hommage à Serge Gainsbourg. LE
3,5
À ranger entre Gorillaz et La Yellow 357

The Mission
Aura
(Playground/XIIIBis) –12 titres, 52 m 08 s – Produit par Wayne Hussey –Disponible - www.themissionuk.com
Monument gothique. D’après les dires de Wayne Hussey, son groupe a perdu assez de temps, d’argent et de fans comme ça : il était donc temps de redresser la barre et de frapper un grand coup, chose faite avec cet Aura qui restera dans les annales comme l’un des meilleurs albums de The Mission et que vous pourrez ranger –à moins d’être un redoutable maniaque de la chronologie- entre God’s Own Medecine et Neverland… En effet, ce disque est redoutablement puissant et il saura ramener sans tarder les brebis égarées dans le droit chemin, sous la surveillance paternelle et bienveillante de Wayne et de Craig Adams, bassiste de la première heure qui, après quelques égarements (dont un Coloursound qui n’aura pas marqué les esprits), est revenu la queue entre les jambes au bercail, pour recommencer à composer quelques titres magiques (dont un “Dragonfly” évoquant douloureusement le “Butterfly On A Wheel” des jours heureux) en compagnie de son corbeau préféré… TS
5
À ranger entre le Vision Thing des Sisters et les deux albums précités

The Nerves
Worl Of Gold
(Thrill Jockey/Discograph) - 8 titres, 37m45s - Produit par Jeremy Lemos – Disponible - wwww.thrilljockey.com
Garage Rock. Voilà un power trio comme on n’en fait plus depuis longtemps. Pour The Nerves, le temps semble s’être arrêté du côté des seventies à l’époque où le garage rock acquérait ses lettres de noblesse et se permettait quelques incursions du côté de le scène plus hard-core de Detroit. Les rythmiques sont donc sanguinolantes, les vocaux volontairement étranglés et les compositions délibérément hoquetantes. On frise souvent les fautes de goût, mais ça fait partie intrinsèquement d’un genre, bref il ne faut pas attendre des Nerves qu’ils révolutionnent quoi que ce soit. Leur seul but est de nous bousculer les neurones, ils y parviennent, même si on a connu mieux ailleurs et avant. Il fut un temps où l’énergie ne servait pas de palliatif à l’inspiration. Pour amateurs pas systématiquement éclairés : on peut préférer, et de loin, les originaux. CF
3
À ranger entre Stooges et Blue Cheer

New York City Blues Vol. 2
New York City Blues again
(Dixiefrog/Night & Day) - 15 Titres, 74m32s - Produit par Popa – Disponible - www.bluesweb.com
Blues. On aurait pu croire qu’après les récents événements new yorkais, le blues du Popa serait réduit à l’Etat de Trognon ! Eh ben, non ! Il a toujours autant la gouache, enchaîne les enregistrements si vite, qu’il nous file le tournis. Mais où va t-il puiser la matière ? Cette fois, chez les autres ! En effet, Popa en profite, non seulement pour gratouiller, mais également pour nous présenter ses potes. Donc, autour de Chubbywan Kenobi, une armée de guitaristes prodiguent riffs mystiques, élévations sonores et méditation transmusicale. Le tout sans succomber au côté obscure d’un blues chiant, souvent joué des kilomètres durant. Là, chacun a son style, pour le plus grand bien de nos petites esgourdes. LE
3,5
À ranger entre Matt Smith et Joe Taino

Noonday Underground
Self Assembly
(Setanta/Poplane) - 15 titres, 41m31s - Produit par Simon Dine – Disponible - www.noonday-underground.com
Pop psychédélique. Dès les premières notes, l’on se demande si on ne s’est pas planté d’album, si on a bien enfourné Noonday Underground dans la platine et pas un vieux Jefferson Airplane, tant la ressemblance est frappante. Nous voilà donc en présence d’un curieux ersatz psychédélique à peine modernisé, irradié par la voix volcanique de Daisy Marty, sorte de croisement entre Grace Slick, Julie Driscoll, Janis Joplin et Mama Cass. Même le son semble être d’époque (certes, il s’agit d’une réédition, le disque était déjà sorti en… 2000 !) et les morceaux durent en moyenne moins de trois minutes. Si cette amusante mixture n’est pas d’un intérêt transcendant, elle risque de faire fureur lors de votre prochaine soirée tunique à fleurs et narguilé. CV
2,5
À ranger entre Jefferson Airplane et Stereolab

Nostradameus
The Prophet Of Evil
(AFM/Wagram) - 11 titres, 53m55s - Produit par Jack Freden et Freddy Persson – Disponible - www.nostradameus.com
Scan Métal. Nostradameus vient enrichir le peloton déjà fourni des bons groupes de métal nordiques. Pas à dire, ce n'est pas pour rien que la Scanie fut célèbre pour son acier… Ce quintette très au point s'inscrit dans la lignée de ceux qui se sont voués au métal mélodique et plus ou moins progressiste très en veine actuellement sous nos climats. On ne peut pas dire que ces scandinaves renouvellent vraiment le genre : ce disque ne contient pas de surprises majeures. Par contre, le groupe possède allant, fièvre, dextérité, sens du grandiose et du fumant, bref tout ce que l'on attend d'un gang de cette catégorie, et l'on passe donc un franc bon moment à écouter ces jeunes gens s'échiner en beauté. On peut se laisser tenter. HP
3
À ranger entre Sonata Arctica et Freedom Call

Les Ogres de Barback & Les Hurlements d’Léo
Un air, deux familles
(Coup franc/Irfan) - 12 titres, 45m 40s – Produit par Les Ogres de Barback & Les Hurlements d’Léo – Sortie le 01/12
Chanson alternative. Né de la rencontre de deux groupes prometteurs de la scène “chanson réaliste teintée de rock”, Les Ogres de Barback et les Hurlements d’Léo. Un Air, Deux Familles est le témoignage d’un projet de chapiteau itinérant mis au point par les deux formations. Avec de fortes influences tziganes, cet album enregistré lors d’une escale parisienne des deux groupes, n’est pas un best of, mais contient des morceaux originaux et des reprises pour le moins inattendues, Une version endiablée du “Salut À Toi” de feu les Béruriers Noirs qui conclut cet opus prouve que leurs influences sont aussi bien à chercher dans la chanson française à textes que dans la mouvance punk des années 80. Une réussite. DS-D
3
À ranger entre les Les Ogres de Barback & Les Hurlements d’Léo

Yoko Ono
Blueprint For A Sunrise
(EMI) - 11 titres, 47m 01s – Disponible - www.yoko.com
Onoserie. Doit-on éprouver de la sympathie pour un artiste afin de le chroniquer ? Vaste débat s’il en est, épineux quand il s’agit de l’ex-Madame Lennon. Ajoutons qu’on a du mal à adhérer à ce que fut son fonds de commerce : simagrées, éructations “arty” et autres… Ce nouvel album ne présente d’ailleurs aucune évolution dans ce qui se prétend être de l’inspiration. Il faut dès lors renoncer à prétendre être objectif, d’ailleurs l’est-on jamais. Blueprint For A Sunrise représentera donc une énième resucée de musique d’atmosphère, vaguement mélodique, (dé)servie) par une voix qui n’est toujours pas à la hauteur. Ce Projet pour un Soleil Levant (traduction de l’album) ne représente rien de bien neuf, comme quoi l’on peut être originaire du Pays du Soleil Levant et susciter l’envie de bailler. CF
1
À ranger si tant est qu’on le souhaite

Orange Can
Home Burns
(Regal/EMI) - 11 titres, 42m05s - Produit par Orange Can – Disponible - www.regal.co.uk/
Néo-Psychedelia. Signés sur le label du Beta Band, c’est sans surprises que l’on découvre un groupe qui semble influencé par les mêmes climats que lui. Les titres sont volontairement déstructurés, mais les influences semblent plus proches de climats “laid back”, voire jazzy, de ceux, plus acides, des fondateurs de Regal. L’album a été enregistré dans des conditions précaires, ce qui lui permet de ne pas charger inutilement la baraque. Les titres sont en effet suffisamment alambiqués pour que la production, éparse et plus organique que digitale, contrebalance ce qui pourrait s’apparenter à une trop grande stylisation. Reste que cette aspiration à créer des climats mériterait une rigueur plus grande, que ce soit par rapport aux compositions et aussi au niveau d’une interprétation parfois un peu approximative. CF
3
À ranger entre Beta Band et Slowdive

Ozzy Osbourne
Down To Earth
(Epic/Sony Music) - 11 titres, 48m39s - Produit par Tim Palmer - Disponible - www.ozzy.com
Heavy culte (?). Pathétique relique d'un passé lointain pour les uns, génial inventeur de la musique d'aujourd'hui pour les autres, Ozzy Osbourne reste l'un des personnages les plus chevrotants du milieu. Mais ce ne sont pas les avis extérieurs qui risquent d'arrêter le gentil madman, vu qu'il ne les entend presque plus. Down To Earth n'est pas, loin s'en faut, son meilleur album. La présence à ses côtés de pointures telles que Trujillo, Bordin ou Zakk Wylde, engendre quelques passages heavy assez bandants mais ne sauve pas complètement l'affaire. La mollesse prend trop souvent le dessus sur l'adrénaline, et Ozzy peine à ranimer le fantôme de Black Sabbath à coups de riffs assassins. Ils sont bien rares sur Down On Earth, et le temps presse. Passons à la suite… HD
2
À ranger entre regrets et souvenirs

Ours
Distorted Lullabies
(Dreamworks/Polydor) - 12 titres - 48m 02s - produit par Steve Lillywhite, Mark Endert, Jimmy Gnecco – Disponible - www.ours2.net
Rock lyrico-héroïque. Dans son numéro de rentrée, un hebdo culturo-musico-intello-élitiste sabrait en trois lignes ce disque avec un bel argument : un ex-livreur de pizzas ne peut faire que de la daube indigeste. Chapeau bas les mecs ! Retournez à vos histoires du rock respectives pour voir les métiers exercés par vos idoles avant d’atteindre la célébrité. Vous seriez surpris ! Il est vrai que le caviar à la louche d’une certaine intelligentsia parisienne est bien plus digeste qu’une Marguerita new-yorkaise… Mais, trêve de polémiques et revenons à nos moutons, le sieur Jimmy Gnecco, en l’occurrence. Bon, c’est vrai, il n’a pas inventé la poudre et sa musique puise directement ses sources dans les eighties, à la grande époque des U2, Simple Minds et autres Big Country (le fait que le disque soit produit par Steve Lillywhite n’est certainement pas innocent). Mais le type chante bien (si vous aimez les voix à la Bono), il a le sens de la mélodie et ses arrangements sont classieux. Multi-instrumentiste de talent, Jimmy Gnecco signe un premier disque sans doute encore marqué par ses influences musicales, mais il y a fort à parier que le bonhomme fera parler de lui. En attendant ce Ours ne fera pas tache dans “your” discothèque…PR
4,5
À ranger entre U et 2

Wagner Pa
Brazuca Matraca
(Virgin) - Produit par T. Arimany & T. Arroyos – Disponible - www.virgin.com
Chanson catalane. Wagner Pa est le véritable nom de ce catalan d’origine brésilienne. Ça n’a pas vraiment d’importance, mais il faut le préciser. Autre détail, moins insignifiant, Wagner à un pote qui fait beaucoup parler de lui ces derniers temps : Manu Chao. On le retrouve d’ailleurs en train de gratter quelques accords sur l’album et chanter à une ou deux occasions. Pour être honnête, ce premier album est assez déconcertant. Si d’un côté la voix de Wagner décroche un peu trop souvent, ses mélodies bossa ont un pouvoir qui n’est pas à remettre en question. Alors de deux choses l’une, soit l’on privilégie l’instrumental, et cet opus est alors une réussite, soit on le range dans la case chanson, et c’est un vrai flop. À vous de choisir. CD’O
3
À ranger entre Manu Chao et Jao Gilberto

Pink Cream 69
Endangered
(NTS/Wagram) - 12 titres, 48m50s - Produit par Dennis Ward – Disponible - www.pinkcream69.com
Heavy poli. Le comble avec ce groupe international basé depuis longtemps en Allemagne, c'est qu'on va finir par le connaître davantage pour ses travaux parallèles (David Readman pour le chant d'Adagio, Dennis Ward pour la production d'Angra) que pour ses albums en nom propre. Pourtant, ce gang mérite qu'on s'attarde sur lui, car il offre une forme de rock qu'on ne rencontre plus si souvent à présent, à savoir du heavy à la hollywoodienne, pop d'esprit et rude du riff, façon Bon Jovi, Poison et équivalents. Cela ne présente ni surprises majeures ni électrochocs tétanisants, mais cela divertit agréablement des autres tendances actuelles du métal. Et il est très plaisant de déguster du hard bien ficelé, bien écrit, bien produit, bien joué, et qui n'a d'autre ambition que de réjouir son monde. HP
3
À ranger entre Bon Jovi et Poison

Queen Tribute
Stone Cold Queen
(Shrapnel Records/Triage) - 11 titres, 43m26s - Produit par Bob Kulick et Bruce Bouillet - Disponible (Virgin Import) - www.shrapnelrecords.com
Hommage US. Les trois membres restant de Queen étant, aux dernières informations, toujours plongés dans une hibernation qui va finir (que quelqu'un leur dise !) par devenir mentalement très risquée, il faut faire avec ces "tributes", assez réguliers mais rarement palpitants (Dance Traxx et autres machins symphoniques). Arrêtons-nous sur celui-ci, qui réunit à la fois des titres moins tubesques ("I'm In Love With My Car" ou "Play The Game") et une branlée d'artistes (des dizaines !) qui vaut largement le détour. Comme sur un vrai album de Queen, l'éclectisme - quoique quasi-strictement issu de la vieille garde -est de mise : Robin Zander (Cheap Trick), Eric Singer (Kiss), Glenn Hughes (Deep Purple), mais également Tony Levin (basse) et les guitaristes Albert Lee ou Dweezil Zappa. MEK
3
À ranger entre Dragon Attack (tribute 96) et Queen Rocks (compil 97)

Radiohead
I might be wrong - Live recordings (e.p.)
(Emi) - 8 titres, 40m16s - Produit par Nigel Godrich – Disponible - www.radiohead.com
Frustration sensuelle. Impossible de retranscrire la jubilation extatique qu’éprouve une inconditionnelle de Radiohead qui agrippe enfin entre les mains cette précieuse galette, contenant un florilège de la dernière tournée. Musicalement, le résultat est conforme aux meilleures prestations du groupe, lyriques, fiévreuses, torturées, exponentielles. La voix de Thom Yorke se révèle plutôt en forme, ce qui n’est pas toujours la cas ces derniers temps. Les quatre titres issus de Kid A (“The National Anthem”, “Morning Bell”, “Idiotheque”, “Everything In Its Right Place”) exhalent en concert toute l’intensité qui sommeille sur l’hermétique album studio. L’inédit “True Love Waits”, cadeau-bonus appréciable mais insignifiant, semble tout droit sorti de Pablo Honey et on lui préfèrera de loin la version sublimissime de “Like Spinning Plates” au piano, véritable joyau du disque. Deux autres crus d’Amnesiac, “Dollars And Cents” et, bien sûr, “I Might Be Wrong” complètent brillamment la liste. Maintenant, on était en droit d’attendre, de la part d’un groupe de ce calibre, un (double) live plus consistant que cette mise en bouche lapidaire, desservie en prime par une qualité sonore imparfaite. À la limite, on veut bien accepter à contre cœur que les trois premiers opus aient été totalement évincés, mais on ne comprend en revanche pas du tout l’absence des désormais classiques “Pyramid Song” ou “Knives Out” (pour ne citer que ces deux-là), qui manquent cruellement au bataillon. Rageant. CV
4
À ranger entre Kid A et Amnesiac

The Rasmus
Into
(Edel) - 10 titres, 45m51s - Disponible
Pop rock. Les gentils Rasmus sont Finlandais et ils jouent une pop énergique avec des refrains qui accrochent. Passé cet état de fait bien réel, mais relativement commun, il ne reste pas grand-chose à dire. On pourrait insister sur les arrangements (claviers) plutôt bien foutus dans le genre, la production très clean (cela va sans dire), les influences qui vont du punk bien doux aux Beatles, relever que le riff de guitare du single “F-F-F-Falling” a été complètement emprunté au “Easy Lover” de Phil Collins… Mais ça ne servirait à rien car tout le monde s'en fout. Ce sera d'ailleurs certainement le problème pour The Rasmus qui, sans être mauvais du tout, ne changera rien à la scène musicale actuelle. Il parait que ça marche à fond en Finlande. Ben franchement, tant mieux ! HD
3
À ranger entre Green Day et The Offspring

Marc Ribot
Saints
(Atlantic/Warner) - 12 titres, 47m05 s - Produit par JD Foster – disponible - www.atlantic-records.com
Jazz bluesy. Ce disque est celui d’un musicien visiblement doué, oui, mais le guitariste Marc Ribot ne s’entoure pas de musiciens, et ne s’encombre pas d’arranger ses morceaux. Son jazz tient plus du blues urbain décharné, parfois mal dégrossi, amaigri, gratté jusqu’à l’os. Cet album met du temps à se laisser apprivoiser : les premiers morceaux sont assez difficiles d’accès, puis l’oreille s’habitue à ces morceaux tous crus, à ces effets que Ribot sème un peu partout. Ce n’est qu’au bout de quelques écoutes que l’on arrive enfin à goûter pleinement ce qui fait le sel de cet album : un dépouillement extrême, qui est là pour mettre en valeur les morceaux. Quand certains jazzmen tuent leurs œuvres en les gavant de sucre, les noient sous un déluge de cordes ou d’arrangements glamour et bien proprets, Marc Ribot anémie le superflu, se concentre sur l’essentiel. Résultat : c’est beau mais difficile à faire partager aux autres. À écouter seul, si l’on est habitué à ce genre de choses. JMG
3
À ranger entre Pat Metheny et Ry Cooder

Röyksopp
Melody A.M.
(Wall of sound/Labels) - 10 titres, 46m32s - Produit par Röyksopp – Disponible - www.labels.tm.fr
Instant norvégien. Mon premier évoque le son des années 70, mon deuxième se situe entre la fin du disco et le début de la new-wave des années 80, mon troisième prend racine dans l’ambient et la house des années 90. Mon tout est une electro ludique mais mélodieuse, jonchée d’anachronismes réjouissants, mais résolument ancrée dans son époque. Si ces deux programmeurs scandinaves avouent être influencés par Satie et Francis Lai, on songe aussi à Brian Eno, Kraftwerk, Pink Floyd, DJ Warrio et surtout à The Orb (peut-être d’ailleurs un peu trop, et c’est là le seul petit reproche qu’on s’octroiera). Maîtrisant avec la même fluidité morceaux planants ou rythmés, un premier album épatant, qui ne flemmarde à aucun moment dans la routine. CV
4,5
À ranger entre The Orb et Brian Eno

Calvin Russell
Rebel Radio
(Dixiefrog/Night & Day) - 13 titres, 53m15s – sous-produit - Disponible
Country flop. Voilà un disque qui fait mal, d’autant plus qu’il est bien difficile, même en en connaissant les conditions (enregistrement rapide avec des musiciens de studio pas franchement motivés) d’oublier les saveurs pas si anciennes des productions précédentes de ce cher Calvin. Alors, on se décarcasse pour trouver quelque intérêt dans ce “Shadow Of A Doubt” qui ouvre les hostilités d’assez belle manière ou dans cette reprise, certes bouche-trou, mais relativement réussie du “No Expectations” des Stones… Évidemment, si le disque est mal produit mal enregistré et joué dans une totale platitude, l’honneur est sauf, car la voix et le talent de notre homme sauvent les meubles. Vivement qu’il vienne sur scène (en février) tourner ce qui demeure pour l’instant le chapitre le mois palpitant de sa riche discographie. CG
2
À ranger pour caler les autres

Sully Sefil
Sullysefilistic
(V2) - 15 titres, 50m 04s – Produit par Yamani Dazi - Disponible
Rap. Ce qui frappe chez Sully Sefil, c’est la pertinence de ses textes et la justesse de ses propos. Meilleure vente de single rap ce printemps avec “J’Voulais”, ce dernier aurait pu se laisser embarquer dans un rap commercial à la… Mais non, Sully Sefil membre de Royal Squad et compagnon de route des NTM, n’est pas né de la dernière production rap et a su garder la tête froide. Un flow acéré et des sons pour le moins varié et intéressant font de Sullysefilistic, un album attachant. “Avant qu’il ne soit trop tard” le titre qui conclut cet opus sait trouver les mots justes et poser les bonnes questions en ces temps troublés “J’écoute les sermons de ceux qui affirment que là-haut quelqu’un veille/et j’me dis que si c’est le cas, Il serait temps qu’Il se réveille… DS-D
3
À ranger entre IV My People et Rocca

Smog
Rain on Lens
(Domino/Labels) - 10 titres - 38m24s - produit par Smog – disponible - www.dominorecordingco.com
Balades neurasthéniques. Il pleut sur Chicago, il pleut dans les cœurs et dans les âmes… Enregistré et mixé en 10 jours, pas un de plus, dans une ambiance méditative et végétarienne (!!!), ce quatrième album de Smog est sans doute le plus beau et le plus abouti que le sieur Callahan nous ait donné jusqu’à présent. Évoquant parfois l’univers des (défunts ?) Swell, voilà un disque qui suinte la déprime, la tristesse par tous les pores et c’est d’autant plus magnifique. Jouant la carte de la sobriété et du dépouillement, les chansons de Smog évoquent l’échec, le déclin, la fin de la passion. Violon, hautbois, saxo ou flûte enveloppent la voix monocorde et apportent une tonalité post rock aux délires verbaux lugubres et sarcastiques de l’ami Bill. Intrigant, superbe et envoûtant mais formellement déconseillé aux dépressifs suicidaires ! PR
5
À ranger entre Prozac et Lexomil

Solex
Low Kick And Hard Bop
(Piasr/Matador) - 15 Titres, 42m 18s - Produit par divers - Disponible - www.matadorrecords.com
Ethno Beat. Elisabeth Esselink pourrait chanter dans les Rita Mitsouko et Catherine Ringer aurait sa place dans Solex. Ça marcherait sans doute mieux ainsi. Quoique, outre-Manche, Q, NME, The Wire s’émerveillent devant ce bric à brac jazzy-popy où l’on saucissonne les sons, mixe les instruments, sous des éclats de voix frénétiques. Chez nous, à part dans La Revue du Son ou Technikart (même combat), on se demande qui se risquerait à décortiquer ce summum de l’avant-garde sonore. Pourtant, nous avons soutenu des projets plus ardus, mais là, le seul conseil que l’on puisse donner serait de bien écouter avant d’aller chiner chez votre disquaire. À moins d’y chercher de la matière pour vos samples !… LE
1
À ranger entre Hal Willner et Pizzicato Five

Spoon
A Series Of Sneaks
(12XU/PIAS) - 17 titres, 40m34s - Produit par John Croslin - Disponible
Rock. Ça commence comme un vieux riff de Bowie… Et puis tout l’arsenal d’une habile déglinguerie se met en branle : sonorités bigarrées, guitares malodorantes et rythmiques concassées en tête ! L’album, jadis mis au pilon par Eastwest, l’ancien label des Texans, en 98, pour cause d’ambiances définitivement extra-terrestres à leurs oreilles (un compliment, finalement), ressort aujourd’hui, avec trois titres supplémentaires, contagieux comme un early Pixies, vénimeux comme une pop minimaliste en passe de faire une overdose d’énergie punk. D’hymnes distordus en muraille passe-pas-partout, le groupe de Britt Daniel (un véritable génie, pour sûr) susurre contre l’oubli, hurle à la Lune naissante, évite les zones de transit et les voies de garage trop embouteillées. Bonjour l’ovni !…
CG
4,5
À ranger entre Pixies et Hawksley Workman

Stereo Total
Musique automatique
(Labels) - 15 titres, 62m25 - Produit par Cem Oral et Bo Kondren – Disponible- www.stereototal.de
Fléau. Y’a des jours comme ça, on se demande par quel sortilège malfaisant des disques pareils peuvent exister, qui va bien pouvoir les acheter et, surtout, si on n’est pas tout simplement en train de rêver, à l’écoute de ce mélange tétanisant d’orgues Bontempi et de boîtes à rythmes préhistoriques. Essayez d’imaginer une caricature d’Elie et Jacno remixée par Au Bonheur Des Dames avec Indochine, et vous serez encore loin de la vérité. D’accord, le retour aux années 80, c’est très hype, mais supporter quinze titres de cette veine relève du stoïcisme. On se doute que le but était de pondre un truc décalé à aborder avec humour. Et de l’humour, il en faut une sacrée dose pour garder le sourire après avoir dépensé 120 balles pour entendre ça. CV
0
À offrir à votre pire ennemi

Sting
All This Time
(Polydor/Universal) - 16 titres, 65m13s - Produit Mick Glossop - Disponible
Voyage atemporel. Il y a quelque temps, lors d’une discussion avec Iggy Pop, tous deux assis sur le bord d’une fenêtre d’un grand hôtel parisien surplombant un cimetière, le drôle de petit lutin punk, voulant définitivement ne pas être mis dans le même panier que les “stars” de sa génération, me tint à peu près ce langage : “Moi, tu sais, je ne suis pas Sting, je ne vis pas dans un château avec trois douzaines de larbins, je continue d’être en contact avec la rue, c’est ce qui nourrit ma musique…”. Alors, bien sûr, impossible d’oublier ces mots au moment où sort ce live acoustico-jazzy de Sting, enregistré dans l’une de ses propriétés, en Toscane. Mais, pour parler de musique uniquement, si le disque est éminemment aseptisé et totalement dépourvu de la moindre scorie, il n’en demeure pas moins lumineux et totalement maîtrisé et on ne peut plus intéressant dans le traitement assez surprenant qui est fait aux classiques tels que “Roxanne”, “Don’t Stand So Close To Me” et “Every Breath you Take”. Reste à savoir si l’ancien leader de Police pourrait encore se traîner par terre et lécher les pieds de notre MEK d’envoyé spécial en Italie, en hurlant “I wanna be your dog”. Notre illustre rock-critic à barbichette rétractile étant par ailleurs gardien de zoo miniature à ses heures perdues, sûr qu’une telle éventualité va le faire fantasmer pendant quelques mois, lui qui déjà nous laisse une petite flaque souvenir lorsqu’il croise Chevalier & Laspales aux after-shows bowiens !…
CG
4
À ranger entre Monsieur Propre et Monsieur Plus

Rachid Taha
Live
(Barclay/Universal) - 11 titres, 78m43s - Disponible
Il est rare qu’un album live soit enregistré pour de bonnes raisons. Il peut servir parfois à clore un contrat entre un artiste et une maison de disques, quand les deux sont en désaccord sur ce que pourrait être la suite des aventures en studio du premier ou quand le second a besoin de renflouer un peu ses caisses. C’est aussi parfois le bouche-trou idéal permettant de payer ses impôts entre deux vrais albums. Certains en ont fait d’ailleurs leur gagne-pain principal et s’en “servent” comme d’un album “normal”, allant jusqu’à enchaîner les tournées et les live plus que les nouveaux enregistrements (Pink Floyd notamment). Là dessus, il y a aussi le facteur fan (c’est fou le nombre de live qu’on peut dégoter sur les sites officiels de certains groupes) et, parfois, le désir de contourner un marché du bootleg qui peut s’avérer très actif (Aerosmith, Springsteen…). Pour ce qui est du live qui nous intéresse aujourd’hui, peut-être entrons-nous dans l’une ou l’autre de ces catégories (mais j’en doute), mais ce qui prédomine, c’est vraiment la pertinence de la chose. D’abord, la dernière tournée de Rachid Taha fut l’une des plus réussies de ces derniers mois. Ensuite, cette communion entre instruments rarement mis dans un même shaker, origines arabes, et un savant mix de rock teinté de beats plus modernes, fonctionne à la perfection. Les morceaux s’étirent, piochant dans tout le répertoire de l’ancien Carte de Séjour (“Ya Rayah”, “Barra Barra”, “Voilà Voilà”, “Ida”, etc., notre homme aime les “Aaaaaahhhhh”…) avec justesse de propos, goût et intelligence. On n’est effectivement pas loin du match de catch rock & world évoqué par Rachid Taha lui-même lors de l’intro d’une de ses chansons… Superbe autant qu’essentiel en ces temps où se battre pour son libre-arbitre devient presque un art de survie… CG
5
À ranger entre Oran et Lyon

Billy Bob Thornton
Private Radio
(Lost Highway/Universal) - 12 titres, 52m44s - Produit par Marty Stuart – Disponible - www.losthighwayrecords.com
Country-Folk-Rock. La trame musicale de “Dark And Mad”, qui débute l’album, fait irrémédiablement penser à celle de “Working Class Hero”… Ainsi se déploie le premier album de Billy Bob Thornton, musicien avant d’être acteur, aujourd’hui acteur puis musicien… Réalité plus que rêve, sa passion pour la musique transpire de chacune des vignettes mises en exergue au gré de ce très beau disque, car Billy Bob est un sacré raconteur d’histoires, ces petits riens sans quoi la vie serait si monotone. Mais celui qui chantait et jouait déjà (de la batterie) au lycée, ou qui fut leader de Tres Hombres, groupe-hommage à ZZ Top qui arpenta les grandes scènes des festivals à la fin des seventies, la musique n’en reste pas moins le moteur essentiel de son inspiration, qu’elle soit folk, country ou plus (rarement) européenne, même s’il demeure aussi et surtout une voix et une parole… CG
3,5
À ranger entre Johnny Cash et Greg Brown

Tito & Tarentula
Tarentism
(Remedy/FGL) - 11 titres, 50m16s - Produit par Robert Rodriguez et Tito Larriva - Disponible - www.cockroachers.com
Mariachis rock. Il a mis du temps à être décemment distribué chez nous, ce premier jet de Tito & Tarentula, mais l’attente en valait la peine ! Si vous êtes fan de ciné qui défrise (l’album est co-produit par Robert Rodriguez, grand pote du Tito), vous en connaissez déjà au moins quatre titres : “Back To The House” et “Strange Face” présents sur la B.O. de Desperado ; “Angry Cockroaches” et “After Dark” (ici présenté également en version remix) sur celle du premier épisode d’Une Nuit En Enfer. Pour le reste, il s’agit du même mélange furibard d’embardées rock & roll et de mid-tempos aux vertus plus calmantes. Si en fermant les yeux, vous n’entrevoyez pas le gros calibre d’Antonio Banderas ou Salma Hayek, dansant lascivement sur la table de votre salon, pendant que vos vampires d’enfants finissent de bouffer le chien, c’est que vous n’avez pas respecter les doses prescrites… CG
4
À ranger entre Rose Tattoo et Chris Isaak

Devin Townsend
Terria
( InsideOut / NTS / Wagram ) - 11 titres, 71m 55s - Produit par Devin Townsend – Disponible - www.insideout.de
Métal évolutif. Bon, autant vous l'avouer tout de suite : cet album est un petit chef-d'œuvre. Mélange imprévisible de ce que la prog a de plus inventif et de ce que le métal possède de plus cisaillant, Devin Townsend a découvert une nouvelle musique, bourrée d'idées, de mélodies inattendues, de paysages sonores impensés. On songe en l'écoutant, un peu terrifié mais admiratif, à un Porcupine Tree sous amphétamines, à Fear Factory, au King Crimson le plus métallisé, à l'Amon Düül II de Yeti, à un Pink Floyd sortant d'un haut-fourneau et marqué du sceau fantomatique de Syd. Autant de superbes références auxquelles on essaie de se raccrocher pour saisir ce talent hors normes, mais qui rendent à peine compte de l'univers captivant ici proposé. Beau et violent, cet album est aussi remarquable que hors du commun. HP
5
À ranger entre Porcupine Tree et Fear Factory

Erik Truffaz
Mantis
(EMI/Blue Note) - 11 Titres, 59m56s - Produit par Erik Truffaz - Disponible - www.eriktruffaz.com
Jazz. Alors qu’il savoure une année sabbatique prise avec son quartet, le trompettiste revient vers une mise en scène plus épurée, mélancolique, mais pas triste, préciserons-nous. Un instant de répit sans beats électroniques, loin des remixes, dernière expérimentation en date à laquelle s’étaient livrés Pierre Henry ou Alex Gopher. Là, Truffaz s’offre son album, y compose la plupart des onze titres, dans un répertoire plus ‘‘classique’’ quant à l’approche. Cependant, sa volonté de fusionner les genres reste palpable et, aujourd’hui, il partage ses solos aux côtés du guitariste Manu Codja ou avec ce joueur de oud. Le chant vient également apporter son obole à cette cérémonie sans frontière, qu’il promet de perpétuer encore un peu… LE
4
À ranger entre Chet et Miles

Ultra Orange
Snow-White
(One Plus One/Coup Franc) - 10 titres, 43m21s - Produit par Pierre Emery – Disponible - ultra.orange@noos.fr
Pop. Voilà de la pop française somme on l’aime ; subtile et désinvolte, plus ou moins délurée voire sexy. Les climats sont délicieusement minimalistes avec juste ce qu’il faut de suggestivité pour évoquer une friponnerie sous-jacente. Snow-White est un album espiègle et vif, riche de sous-entendus. Faut-il y voir une “attitude” ? Sans doute, oui, dans ce désir de paraître nonchalamment “cool”. Demeure pourtant une facilité à créer ces fameux climats vagabonds qui dépasse le stade de la propension ou de la compulsion. On n’est guère éloigné parfois de racines néo-punks (“Seven Lonely Girls”) pour que, si artifice il y a parfois, on reste éloigné pour l’instant d’une éventuelle image complaisante. On reprendrait si volontiers de ces oranges acides qu’on le souhaiterait même parfois un tantinet plus sanguines. CF
4
À ranger entre Serge Gainsbourg et Eiffel

Suzanne Vega
Songs In Red And Gray
(A&M/Polydor) - 13 titres, 45m31s - Produit par Rupert Hine – Disponible - www.suzannevega.com
Pop & Folk. La séparation maritale d'avec Mitchell Froom, qui produisait les derniers disques de la new-yorkaise, correspond aussi à un changement musical qui se trouve être, sur Songs In Red And Gray, un retour aux sources. En effet, et Vega le déclare, fière et heureuse à qui veut bien l'entendre, ce sont d'abord des chansons que l'on entend ici, bien avant un quelconque travail de production. Elle est d'ailleurs retournée écrire au Centre d'Échanges des "songwriters" de Greenwich, comme entre 80 et 85. L'inspiration est au rendez-vous sur une grande moitié de l'album, qui offre ces mélodies magiques, douces-amères et si attachantes qui font ses grands albums (99.9 F°). Quelques autres titres, pourtant, sont plus anecdotiques, mais la voix demeure, de bout en bout, soyeuse et cajoleuse. MEK
4
À ranger entre Solitude Standing et Days Of Open Hand

The Walkabouts
Ended Up A Stranger
(Glitterhouse/PIAS) –13 titres, 65m03s – Produit par le groupe, Larry Crane et Phill Brown- Disponible - www.thewalkabouts.com
Dark side of the band. Le groupe de Chris Eckman & Carla Torgerson (principaux membres fondateurs) se trouve, semble-t-il, à un nouveau tournant d’une carrière pourtant déjà riche en virages précédents : le temps de leur country alternative (quoiqu’ils se soient toujours défendus de pratiquer ce genre musical bancal) est révolu et l’heure est maintenant à une salutaire, bien que parfois pesante, introspection, ce qui nous donne l’occasion de nous régaler de perles sombres (mais pas tout à fait noires) telles que “More Heat Than Light”, “Lest We Forget” ou bien encore le title-track, oppressante histoire d’un type ressassant des souvenirs pas très gais et qu’on peut, par une troublante analogie, rapprocher du “Stolen Car” (The River) de Bruce Springsteen ; les Walkabouts n’ont pas vraiment le cœur à rire en cette verdoyante année 2001 mais leurs albums restent très fréquentables, en tout cas largement plus que ceux du camp adverse… TS
3
À ranger entre Willard Grant Conspiracy et Reiner Placek

Tony Joe White
The Beginning
(Koch/Edel) - 11 titres, 51m51s - Produit par Tony Joe White - Disponible
Swamp thing. Toujours plus proche d’une espèce de fusion entre artisanat musical, libre écoute de soi et univers personnel, Tony Joe White a enregistré ce nouvel album de la façon la plus simple qu’on puisse imaginer. En effet, il a disposé des micros un peu partout dans sa maison au milieu des marais et, dès que l’envie de s’en gratter une petite le prenait, il faisait tourner son magnéto. Il en résulte un disque d’une impudeur rafraîchissante et d’une légèreté contagieuse, sorte de blues minimum syndical dont la rusticité pourrait rappeler quelques vieux enregistrements oubliés de (presque) tous. Une pincée d’harmonica pour lieu une sauce un peu âpre, et juste un pied (le gauche, ça porte bonheur) comme allier rythmique, et voilà que le disque le plus rudimentaire du moment devient l’un des plus essentiels, une leçon pour tous les producteurs friqués…
CG
3,5
À ranger entre Johnny Cash et John Lee Hooker

Y Front
Cursed With Insanity
(IntoXygène) - 11 titres, 56m20s - Produit par D & Syd Ogy – Sortie fin novembre
Intellindus. Waouch, quelle patate !!! Loin de l’obscurantisme électro des petites frappes n’arrivant même pas à tapoter en rythme sur les touches de leur clavier d’ordinateur acheté au supermarché du coin ; à cent lieues des cervelles vides de l’indus lambda ou de la new wave revisitée par les libidineux creux de la cave jusqu’au grenier ; cet album, pépite multi-formes s’inscrit sur tous les tableaux gagnants, ceux sur lesquels sont inscrits depuis longtemps déjà les noms de Nine Inch Nails, Young Gods, Depeche Mode, Chemical Brothers, Killing Joke, LTNO ou pourquoi pas Cure… Sans copier aucun de ces illustres confrères, Y Front (un duo essentiellement, et quelques musiciens rattachés) cultive un certain esthétisme du sonique. Philosophiquement irréprochable…DB
4
À ranger entre Young Gods et LTNO

Yes
Magnification
(Eagle/Edel) - 10 titres, 60m32s - Produit par Yes et Tim Weidner – Disponible - www.yesworld.com
Prog pingouin. C'est comme le virus de la grippe : périodiquement, c'est plus fort qu'eux, il faut que les groupes de rock évolué aillent s'acoquiner avec un orchestre symphonique. Ah, les sanglots longs des violons et les pingouins sagement alignés au pupitre. Pourtant, les résultats furent rarement convaincants. Cela ne le sera pas davantage cette fois, tout simplement parce qu'il y a un abîme entre le groupe, quand même assez moderniste et culotté, et sa conception de l'orchestre classique, ringarde à souhait. Messieurs, quitte à marier les cordes à un rock contemporain, songez à Mahler ou Brückner, pas à Beethoven ou Paul Mauriat. Bon, un disque de Yes ne peut pas être franchement mauvais, les qualités de fond demeurent, mais celui-ci est un de ses moins bons. Une expérience à oublier. HP
2
À ranger entre Deep Purple et Procol Harum

Zazie
La Zizanie
(Mercury/Universal) - 13 titres, 56m31s - Produit par Pierre Jaconelli – Disponible - www.zazieonline.com
Pop française. Contrairement à son poto Obispo, qui s'est rapidement vautré dans la variété la plus archaïque, Zazie reste pop de forme et rock de cœur. Ce quatrième album confirme, si besoin était, l'orientation moderne et inventive de la belle et grande liane. On pourrait reprocher une dispensable démagogie, trop facilement "tendance", aux titres "Tais-Toi Et Rap" ou "La Zizanie", mais tout le reste (l'essentiel), toutes ces chansons d'amours, d'engagements et de désengagements de vie(s) sont impossibles à n'écouter que d'une oreille distraite. Du single évident ("Rue De La Paix"), évoquant Miossec, au désespoir pur jus (l'indiciblement beau "Qui M'Aime Me Fuit"), ces compositions, si étonnamment chantées, sont tout à la fois drôles, énervées, déchirées et mortellement pesées. MEK
4,5
À ranger entre Axel Bauer et Daniel Chenevez