COMPACT #17 - novembre 2001 - A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z -

A Camp
A Camp
(Island/Universal) - 14 titres, 55m50s - Produit par Mark Linkous -
Disponible -www.universalmusic.com
Pop. Il s'agit là du premier "projet solo" de Nina Persson, la chanteuse des intéressants Cardigans. Dès "Frequent Flyer", le ton est donné : de la pop souple, douce et aguicheuse. Pas forcément à des kilomètres de son groupe d'origine, la fine voix de la donzelle se promène avec aisance et délicatesse sur des chansons, au sens le plus artisanal du terme. Il ne s'agit donc pas juste d'un prétexte à s'éloigner quelque temps d'un groupe trop pesant (les Cardigans travaillent en ce moment sur un album à paraître l'année prochaine), mais plutôt de l'accomplissement de désirs musicaux plus simples, comme le démontre le single "I Can Buy You", pop song dépouillée de haute tenue. L'ensemble est calme, tranquille et Mark Linkous, l'esprit de Sparklehorse, n'est pas à la production pour rien. MEK
3,5 - À ranger entre Aimee Mann et Sparklehorse

Tori Amos
Strange Little Girls
(Atlantic/Eastwest) - 12 titres, 62m09s - Produit par Tori Amos – Disponible - www.toriamos.com
Reprises. Ses deux derniers albums studio (98 et 99) avaient un peu déçu. La séduisante et grandement talentueuse Tori avait plutôt du mal à retrouver l'inspiration, certes subjuguante et difficile à dépasser, de ses trois premiers albums. Sur scène, elle a toujours aimé reprendre plein de choses, de Nirvana à R.E.M. et de nombreuses traces de ces reprises se retrouvent sur les innombrables singles sortis par l'artiste depuis bientôt dix ans. Voilà qu'aujourd'hui, elle en signe un album complet. Le spectre est très large : Eminem, The Stranglers, Joe Jackson, Slayer (!), The Boomtown Rats… Ces "nouvelles" versions de titres souvent connus sont audacieuses et iconoclastes, mais… À
quand un nouvel album de Tori Amos, la songwriter naguère si inspirée par elle-même ?… MEK
2 - À ranger entre deux singles de la Dame

Angra
Rebirth
(NTS/Wagram ) - 10 titres, 52m51s - Produit par Dennis Ward - Sortie le 6 novembre 2001 - www.angra.net
Prog métal carioca. On croyait qu'Angra était bel et bien mort. C'était faux : Kiko et Rafael, sa fastueuse paire de guitaristes, ont décidé de poursuivre l'aventure. On s'imaginait que le groupe ne soutiendrait pas la comparaison avec Virgo, l'ambitieuse association Matos/Paeth. C'était encore faux, car l'album de Virgo est un échec, alors que celui de l'Angra reformé est une superbe réussite, en tous points fidèle à l'esprit initial du groupe, et sans le moindre déficit de qualité. Edu, le nouveau chanteur, assume parfaitement son rôle et sert magnifiquement ce beau concept CD qui évoque avec élan, ferveur et inspiration la naissance d'un monde régénéré, celui d'Angra entre autres. Jamais les guitares du groupe n'ont été aussi belles, au point que Rebirth surpasse aisément Fireworks. HP
4,5 - À ranger entre Vanden Plas et Adagio

Anyone
Anyone
(Roadrunner) - 16 titres, 63m57s - Produit par Rick Parashar et Riz Story
Metal progressif givré. Un psychiatre plutôt qu'un journaliste, serait mieux à même de décrire la démarche d'Anyone. Aux crossroads du stoner, du progressif, du rock et du metal, énigme pour certains, kaléidoscope pour d'autres, ce trio agit comme un neuroleptique sur l'auditeur qui se retrouve désarmé au milieu de sa folie créatrice. Tout juste peut-il noter que certains passages sont excellents, que le chanteur ne manque pas de brio, que les références vont de Yes au rock le plus hard, et que les nombreux breaks le font rebondir comme une bille de flipper sur des bumpers. C'est très bien balancé, intéressant jusque dans les moindres recoins, dynamique et harmonieux. On n'a vraiment pas envie de soigner ces doux dingues qui bousculent si joyeusement les habituelles frontières musicales. HD
4 - A ranger entre Yes et Saigon Kick

Arling & Cameron
We Are A&C
(Emperor Norton/PIAS) - 17 titres, 59m32s - Produit par Cameron – Disponible - www.arlingandcameron.nl
cocktail electro pop. Resté confidentiel en France, le duo hollandais connaît un succès conséquent au pays des manga. Rien d'étonnant à cela, les créations musicales de Gerry Arling et Richard Cameron fleurtant allègrement avec les grands standards de la musique populaire de ces dernières décennies. Ayant revisités la bossa, la country et la soul sur leur précédent opus, Music For Imaginary Films, ils décident aujourd'hui avec We Are A&C de remettre au goût électronique les vieux gimmicks des années 70 et new wave. Un résultat surprenant mais convaincant, qui a su séduit notre frenchy kitsch Bertrand Burgalat, avec qui ces messieurs sont en train de
nous concocter un projet de derrière les fagots. CD'O
3 - À ranger entre Tipsy et Pizzicato Five

Ars Nova
Androïd Domina
( Muséa ) - 6 titres, 51m22s - Produit par Numero Ueno et Keiko Kumagai – Disponible - www.progconcepts.com/arsnova/index.html
Prog nipponne. Que ceux qui ne connaissent pas, Ars Nova ne se fient pas aux photos très… chaudes qui illustrent ce nouvel album. Il ne s'agit pas d'un groupe de hard bien blaireau qui exhiberait de la gisèle en vitrine pour affoler le client. Rappelons que ce trio japonais, uniquement composé de filles, situe plutôt sa musique à haut raffinement entre ELP et Moussorgski, une sorte de Gerard femelle quoi. Et l'on ne cesse d'admirer ici encore le culot de ces nipponnes surdouées qui prouvent que la virtuosité et l'énergie ne dépendent pas de la possession d'une paire de noix velues. Même qu'en plus elles ont sacrément progressé dans le domaine de la composition et que leur musique s'affirme à présent bien plus dense qu'à leurs débuts. Vous pouvez donc en baver sans scrupule. HP
3,5 - À ranger entre ELP et Gerard

Jean-Louis Aubert
Comme Un Accord
(Virgin) - 12 titres, 47m02s - Produit par Renaud Letang - Disponible
(Rock). “Je me suis mis à nu, au bord de la grande scène…”… D’emblée, tout est dit : le Aubert millésimé 2001 est plus perso, plus replié sur lui-même. Plus proche aussi de son instrument de prédilection : la guitare. Une guitare sèche pour un album tout sauf aride, même si la première écoute est trompeuse et laisse perplexe quant à ce qui aurait pu être son éventuel manque de volume sonore. Et puis, les paroles laissent des traces, de petites particules de vie… Chaque minuscule pièce du puzzle prend de la dimension, l’ensemble se met à vivre et se matérialise au final un très beau disque, sans doute plus risqué que ne le pense son auteur, Aubert, et son alter-ego, Jean-Louis (“car l’essentiel c’est toi, surtout n’oublies pas ça”…). CG
4 - À ranger entre toucher et goût

Backsliders
No Way
(Rock Against The Clock Contact : 02.35.43.19.44) - 12 titres, 39m28s - Produit par Johnny Cat & Backsliders – Disponible - www.headliners.free.fr
Call of the Wild. Pendant qu’un con-frère semble omnibulé par la réponse à la question “Qu’est-ce qu’être rock en 2001 ?”, nous pouvons aujourd’hui vous en livrer une des réponses… Etre rock en 2001, c’est prendre sa guitare pour composer un nouveau morceau, à cinq heures du mat’, parce que le concert de la veille était d’enfer et que, putain, c’est trop bon de partager ça avec son public ! C’est péter les câbles, entre deux refrains enragés, parce que cette putain d’intro est trop punchy, et avoir envie d’avoir des ailes pour aller montrer aux Anges de quelle guitare on se chauffe ! C’est se casser la dernière particule d’ongle sur les cordes de son instrument, parce qu’après tant d’années sur les routes, on met toujours autant de hargne (positive) dans chaque riff de chaque morceau de chaque concert. C’est sortir des disques parce que les chansons doivent vivre, coûte que coûte. C’est accepter d’être l’un des plus grands compositeurs rock d’un pays sans que personne –ou si peu- ne le sache. C’est être à la tête des Backsliders et s’appeler François…
5 - À ranger entre Radio Birdman et Smack

Howie Beck
Hollow
(13 Clouds/Labels) – 11 titres, 38m39s – Produit par Howie Beck- Disponible - http://www.howiebeck.com/
Lo Fi. Le premier album de cet artiste canadien a été entièrement écrit et financé par lui. Fruit de sessions nocturnes, l'atmosphère en est ainsi empreinte de mélodies filandreuses et intimistes, la plupart du temps acoustiques, et de ces humeurs pleines de retenue et de minimalisme. Hollow semble en fait fonctionner comme au ralenti, tanguant doucement au rythme de refrains apaisants puis, plus insidieusement, accrochant nos oreilles au détour de ses refrains suggestifs. Une fois installés, ceux-ci donnent ensuite la sensation d'être fortement enracinés en nous. Vient alors ce signe qui ne trompe pas, celui qui vous fait percevoir combien il est parfois possible de conjuguer approche vaporeuse et rigueur formelle. CF
4 - À ranger entre Nick Drake et Smog

François Béru & les Anges Déchus
Carnet de Déroute
(Last Call/Wagram) - 13 titres, 42m47s – Produit par François, Sylvain et Jeff – Disponible - www.angedechus.com
Alternatif pas mort. Molodoï, ça vous dit quelque chose ? Les Béruriers Noirs, vous situez ? La voix de ces deux combos mythiques du punk rock francophone, c’était François, qui nous revient avec un album tout neuf sous son prénom affublé du patronyme Béru. Des fois que vous n’ayez pas fait le rapprochement ! Les Bérus avaient une particularité scénique et auditive que l’on ne retrouve pas sur ce Carnet de Déroute. Par contre, la voix fleure bon la diction et le chant de ces années glorieuses et épiques. Tout comme Taï-Luc et sa Souris Déglinguée, François s’est pris de passion pour l’Asie et en fait le thème principal de cet opus. Bien sûr, on ne peut pas dire que l’originalité soit de mise, mais l’homme force le respect. Et lorsque l’on voit le batteur d’un autre de ces groupes de légende, devenu depuis directeur général d’une major company, faire le clown à la télé et choisir ce qui sera la daube de demain, on ne peut que saluer ceux qui sont restés intègres. DS-D
3 - À ranger entre Les Béru et LSD

Silke Bischoff
Phoenix From The Flames (XIIIbis) –12 titres, 49m 55s – Produit par John Fryer –Disponible - www.xii.com
Bizarrerie de la Nature. Un CD dont il faut se forcer à ne pas jeter un coup d’œil au verso, au risque de fuir aussitôt sans demander son reste ! Contentez-vous d’écouter Felix Flaucher et ses petits copains en fixant d’une façon insistante la jeune fille dénudée du recto et essayer de battre votre propre record d’endurance à chaque audition : un beau jour, vous finirez bien par pouvoir écouter ce disque en entier et vous rirez des sueurs froides qu’il vous aura occasionnées. En attendant, courage : allez-y doucement, plage après plage et écrivez au journal pour nous décrire le clip vidéo de “Felix In The Sky”, vu qu’aucun Compact Man or Woman n’a osé le faire, même après l’absorption de trois ou quatre whiskies bien tassés…TS
O,5 - À ranger entre un grille-pain rouillé et une compilation de techno

Dan Brodie & The Broken Arrows
Big Black Guitar
(Last Call/Wagram) – 13 titres, 47m18s – Produit par Maurice Fawley et Dave McCluney – Disponible - www.danbrodie.com.au/
Country Alternative. On aurait tort de croire la country music cantonnée outre-Atlantique. Dan Brodie est en effet un Australien qui semble puiser son inspiration dans le répertoire on ne peut plus mythique de l'Ouest américain. Mais, à l'instar de son compatriote Nick Cave, il parsème ses refrains d'influences plus ténébreuses, voisines du gothique. C'est pourquoi Big Black Guitar alterne avec bonheur divers climats au lieu de s'enferrer dans trop de systématisme. Les inspirations country restent en filigrane comme pour souligner qu'elles demeurent avant tout un prétexte. Brodie déroule alors une imagerie toute personnelle qui s'empare de certains clichés pour mieux les transfigurer. Quelque chose de l'ordre du renouveau. CF
3,5 - À ranger entre Nick Cave et Johnny Cash

Burning Heads
Opposite
(Yelen/Sony) - 10 titres, 46m10s - Produit par Burning Heads – Disponible - www.burningheads.fr.st
Rock/reggae. Après quinze ans de carrière, et des transits multiples dans différentes maisons de disques, les membres de Burning Heads ont finalement décidé de procéder en auto gestion et d'être distribué par le label Yelen, intégré à Sony, mais à l'esprit indépendant. Pourquoi cette précision ? Parce qu'à l'écoute de leur sixième album, on se dit qu'il a fallu du cran pour passer du punk rock, dans lequel ils excellaient à un genre qu'ils n'avaient encore jamais vraiment exploité. Certes, le punk n'a jamais renié ses influences jamaïcaines, mais là ! Et oui, qui aurait pu prévoir que Burning Heads deviendrait le plus convaincant des groupes reggae français de cette rentrée ? Entre ambiances dub et roots, avec une pointe de guitare rageuse, une vraie réussite ! CD'O
4 - À ranger entre Elephant System et Nucleus Roots

Bush
Golden State
(Atlantic/Eastwest) - 12 titres, 47m29s - Produit par Dave Sardy et Bush - Sortie le 30 octobre - www.getmusic.com/alternative/bush
Big Rock. La musique de Bush est triste. Plus leur son de guitare est puissant et assassin, plus leurs compos sont humaines et émotionnelles. Deux morceaux, "Inflatable" et "Out Of This World", leur permettent de poser des ambiances aériennes (voir aussi le dernier titre, le bien-nommé "Float"), dépouillées et vibrantes. Gavin Rossdale, qui n'a jamais aussi bien chanté, mène cette quatrième barque (depuis 92) de main de maître. Pour ces anglais que les inrocks croient encore américains (c'est outre-Atlantique qu'ils rencontrent le plus gros succès…), le challenge ne semble pas être la conquête du monde à tout prix mais plutôt celle du cœur, un organe ici plus rock & rollien que jamais. La musique de Bush est belle. MEK
5 - À ranger entre Soundgarden et Puddle of Mudd

Les Caméléons
Todos
(Small Axe/Tripsichord) - 16 titres, 51m28s - Produit par Nicolas Moreau – Disponible - www.chez.com/cameleons
Musique festive. Après plusieurs années d'activisme scénique qui leur a valu une réputation de show men endiablés, Les Caméléons reviennent avec un quatrième album (le second en distribution nationale) toujours bourré à la vitamine C et à la bonne humeur. Beaucoup de cuivres, des riffs de guitares imparables, on ne change pas une recette qui marche : les inconditionnels ne seront pas déçus : ça groove toujours au son du ska latino et du punk pêchu, les textes, 50% espagnols et 50% français, ont conservé leur légèreté habituelle. Rien de vraiment nouveau donc, mais une énergie très contagieuse qui devrait séduire les fans nordiques de Marcel et son Orchestre envahis par la grisaille hivernale et les accrocs de Ska-P. CD'O
3.5 - À ranger entre Ska-P et Marcel et son Orchestre

Larry Carlton / Steve Lukather
No Substitutions
(Favored Nations/Sony) - 10 titres, 52m28s - Produit par Steve Vai et Steve Lukather – Disponible - www.favorednations.com
Leçon de guitares. Steve Lukather, le Toto suprême, a toujours considéré Larry Carlton comme l'un de ses maîtres : à l'en croire, il devrait tout et un peu plus à celui qui fut le guitariste de session le plus recherché des seventies. Leurs chemins ont fini par se croiser sur une scène japonaise, à Osaka, où ils ont profité de l'occasion pour enregistrer cet album live. Celui-ci comblera tous ceux qui apprécient les grands numéros de tricot guitaristique. L'ambiance se situe entre jazz et rock, les deux gratteux se stimulent merveilleusement l'un l'autre, et ce disque tout instrumental se partage entre moments de régal mélodique et franches montées d'adrénaline électrique. Bon, ch'est pas du hardcore, ch'est sûr, vous pouvez rentrer les dogues, mais voilà un substantiel moment de qualité musicale. HP
3 - À ranger entre Larry Carlton et Steve Lukather

Cast
Beetroot
(Polydor/Universal) 11 titres - 52m54s - produit par Tristin Norwell & John Power – Disponible - www.cast.co.uk
Quatrième album exsangue. Né sur les cendres des cultissimes La’s, Cast nous avait séduit avec ses trois albums précédents dotés de petites perles pop lumineuses typiques du son de Liverpool. Et puis voici que déboule ce nouvel album à l’aspect mollasson et fadasse. L’imagination semble s’être tarie et mis à part le single “Desert Drought”, l’on cherche en vain la moindre mélodie accrocheuse. Semblant lui aussi aller chercher son inspiration outre-Atlantique dans la musique funky à grands renforts de cuivres, John Power et ses acolytes se sont singulièrement fourvoyés et nous livrent avec Beetroot, leur album le plus faible depuis leur création. À l’image de son titre, un album aussi fade que du jus de betterave… Décidément, Cast nous doit une revanche !PR
2,5 - À ranger entre amertume et déception

Cast
Castalia
(Muséa) - 7 titres, 64m15s - Produit par Cast - Disponible
www.1rus.com
Prog mescal. Voici une occasion en or de découvrir ce fécond groupe progressif mexicain qui a réalisé la bagatelle de 11 albums en huit ans. Il a en effet eu l'excellente idée, lors d'une tournée italienne, de réaliser un show-montage, essentiellement constitué de medleys, à l'intention du public européen qui ignore qu'on puisse sonner comme Camel et vivre au sud du Rio Grande. Ce live permet donc de faire connaissance plus amplement avec un groupe brillant, sincère, inspiré, plus pro qu'on ne le suppose, joliment situé entre PFM et Pendragon, et qui distille des mélodies aussi superbes qu'aériennes. C'est vrai, ils n'ont aucun look, même pas des sombreros sur le nez, mais leur chanteur est plus que persuasif et leur musique regorge de belles idées. Cast est donc davantage qu'une exotique curiosité. HP
3,5 - À ranger entre Pendragon et PFM

Tommy Castro Band
Guilty For Love
(Dixiefrog/Night & Day) - 11 titres, 51m54s - Produit par Jimmy Pugh – Disponible - www.tommycastro.com
Blues Fusion. Tommy Castro possède des admirateurs aussi fervents que célèbres : BB King l'invite systématiquement à ses fiestas bluesy, Carlos le Santana déborde d'admiration pour lui. Autant d'indices pour cesser de considérer ce Castro sans barbe comme un bluesman de troisième zone. Ce disque montre d'ailleurs à quel point c'est un faux puriste et que son blues est moins conformiste qu'on ne le croit. Il fusionne astucieusement le rock (le chant notamment, très brit blues), la soul (sax et groove, l'esprit de Redding plane) et le blues résolu (avec une guitare jamais envahissante, toujours judicieuse). On se régale donc, d'autant qu'en bonus ce cédé nous offre sur le morceau-titre le dernier enregistrement de John Lee Hooker avant sa mort. HP
3,5 - À ranger entre Buddy Guy et Robert Cray

Catatonia
Paper Scissors Stone
(Warner) - 14 titres, 47m09s - Produit par Clive Langer et Alan Winstanley – Disponible - www.catatonia.com
Pop anglaise. En Grande-Bretagne, Catatonia est un groupe important. Qu'importe s'ils composent des chansons souvent médiocres (transparentes est plus approprié) et si la chanteuse, la pop star Cerys Matthews, a une voix de canard aussi insupportable que celle de Gwen Stefani (No Doubt). L'important est ailleurs : la jeune femme, d'un goût parfois douteux dans ses accoutrements (très anglaise, donc !), a fait récemment la une des torchons tabloïds comme le Sun pour "épuisement physique et mental", photos plus ou moins floues à l'appui ! Sur scène, le groupe aime retrouver un public fidèle et accro des coquineries de leur balourde leadeuse. Ce quatrième album est plutôt moins insupportable que les précédents, les chansons sont courtes et parfois mignonnes. À vous de trancher… MEK
2 - À ranger entre Benny Hill et les Beatles

Regis Ceccarelli
For Distingué Lovers
(EMI/Blue Note) - 12 Titres, 42m35s - Produit par Ceccarelli/Letang – Disponible - www.exxos.com
Jazz. Plusieurs rencontres ont influencé sa vie. Que ce soit Jean-Louis Murat, Art Mengo, Dutronc ou Tété, sur le sol en Français, ou au gré des clubs avec Dee Dee Bridgewater, Richard Bona… Il a aussi collaboré au dernier Henri Salvador Chambre avec vue dont nous retrouvons sur ce disque l’atmosphère très cosy. Le batteur y reprend également des standards de Col Porter, Gershwin, voire un des classiques bossa nova “Quiet Nights Of Quiet Stars”. Ceccarelli s’en tire bien car les versions proposées sont audacieuses, mises en musique par de discrets arrangements électro, et parfois plus jazzy. En bref, il y fait une belle synthèse d’une période glamour où l’ombre de Chet Baker pourrait planer… LE
3,5 - À ranger parmi les crooners

The Charlatans
Wonderland
(Barclay/Universal) - 12 titres, 48m14s - produit par Danny Sabre – Disponible
Remise en question salutaire. Avec déjà six albums au compteur, le groupe mancunien semblait végéter dans un son glorieux passé baggy jusqu’à ce septième opus qui remet singulièrement les pendules à l’heure et nous prouve qu’en dépit des galères, le groupe a su survivre et surtout se régénérer. Enregistré en grande partie à Los Angeles (avec en guest-stars sur un morceau, Daniel Lanois à la pedal steel et Jim Keltner aux percus), Wonderland sonne délibérément funky et groovy avec un chant de Tim Burgess qui n’hésite pas à verser dans un falsetto à la Jagger façon “Miss you”. L’approche tant dans le son que dans les compositions se fait plus directe, plus débridée, plus joyeuse comme si le combo avait comme par magie redécouvert la pêche et l’énergie de ses débuts en se ressourçant aux fontaines de jouvence de la musique soul. PR
4 - À ranger entre Sly & the family stone et les Stones

Leonard Cohen
Ten New Songs
(Columbia/Sony) - 10 titres, 52m47s - Produit par Sharon Robinson - Disponible - www.leonardcohen.com
Love songs. A-t-on le droit d’épingler Leonard Cohen ? Peut-on se permettre de lui reprocher ses évidents travers (pauvreté musicale de plus en plus flagrante, répétition maladive des mêmes thèmes, etc.) alors que la seule annonce d’un nouvel album nous rend presque fiévreux, tant le bonhomme est rare et chacune de ses galettes rapidement indispensable. Car oui, malgré cela, malgré la déception d’un disque trop court, trop propre et trop plat, il reste cette voix (magique), ici accompagnée de Sharon Robinson qui produit et co-écrit le disque ; et cette nonchalance dans la diction, à filer des frissons dans le dos aux pires bûcherons psychopathes exploseurs d’avion. Finalement, sir Leonard, en réduisant son domaine d’action, n’en demeure pas moins efficace. CG
3,5 - À ranger entre propreté maladive et escalade de rideaux

Alice Cooper
Dragontown
(Eagle/Edel) - 12 titres, 51m17s – Sortie fin octobre
Bon cru. Alors là, Alice nous prend joliment à contre-pied ! Non seulement vient-il à peine de clôturer ce qui demeure sa meilleure tournée depuis bien longtemps, mais en plus investit-il déjà dans nos bacs avec le digne successeur de Brutal Planet, un disque qui passe même à la vitesse supérieure, en remplaçant les quelques emprunts indus de son prédécesseur par autant d’hymnes heavy dont notre grand-guignol préféré a le secret. Comme en plus, il a soigneusement évité le piège de la surproduction sur lequel il avait plusieurs trébuché (Trash notamment), l’on déguste au final un bien gouleyant album-concept (évidemment), la visite de Dragontown (et d’autres endroits comme “Disgraceland”) dont Alice Cooper reste le cerbère (“I Am The Sentinel”) autant que le maître de cérémonie. Sortez le mascara, c’est la fête au village !… CG
4,5 - À ranger entre Brutal Planet et The Last Temptation

Crackout
This Is Really Neat
(Hut/Delabel) - 12 titres, 45m26s - Produit par David Eaton - Sortie le 16 octobre - www.crackout.com
Power pop déglinguée. Il y a parfois, sur This Is Really Neat, plus de l'esprit de Tortoise ou Fugazi que de celui de banals rock bands. Tout va très vite, comme une pulsion vitale (mortelle ?) non maîtrisable. Aucune concession chez ces très jeunes gens originaires de la ville de Buckingham et qui, ouvertement, aiment le bruit pour le bruit, mais ont également quelques poussées d'instants apaisés, où une petite voix brisée se contente d'un accompagnement simplissime à la guitare râpeuse. L'ensemble se démarque de façon ostentatoire d'une (auto)route trop empruntée et l'auditeur de se laisser bercer par ces cauchemars soniques qui, également, ne sont pas sans évoquer ce que Frank Black ou même, diantre ! Robert Smith, aimaient composer au début de leur carrière. MEK
4 - À ranger entre Weezer et Lit

The Cranberries
Wake Up And Smell The Coffee
(MCA/Barclay) - 13 titres, 44m20s - Produit par les Cranberries – Sortie le 16 octobre - www.cranberries.ie
Pop-rock. Le parcours des Cranberries en une décennie (ce disque marque pile poil leur dixième anniversaire) est assez extraordinaire. Ils ont trouvé d’emblée leur son (il est vrai qu’au début c’était surtout la voix de Dolores qui sortait du lot, mais ils ont fait d’énormes progrès depuis), mélange de pop légère matinée de légers emprunts celtiques ou autres (très légers) avec des musiciens au service de leurs chansons et non l’inverse ; ce qui déjà, en soi, est un bel exploit. Car en s’effaçant ainsi devant leurs compositions, Fergal et les autres sont devenus maîtres dans l’art de la parfaite “pop song”, entre équilibre mélodique (jamais de solo inutile), lignes rythmiques simples mais efficaces et cette voix ô combien chaleureuse qui sautille tout autour. On peut donc parler d’un son Cranberries ; qui l’aime le suive… CG
4 - À ranger entre les bougies et le gâteau à la crème

Daft Punk
Alive 1997
(Virgin/Labels) - 1 Titre, 45m30s - Produit par Daft Punk - Disponible
www.daftpunk.com
Daftendirecktour. L’histoire ne dit pas où les Daft ont déniché ces bandes, ils seraient tombés dessus par hasard. On peut dire que le hasard fait bien les choses, ce live enregistré lors de la tournée d’Homework est une bombe ! Impossible de zapper les titres (dont une dose d’inédits) mixés en direct à Birmingham et de toute façon, la platine n’affiche qu’un seul morceau ! Autant Discovery reste en travers du gosier et banalise le duo, autant cet enregistrement renoue avec le meilleur des sets techno. Ça décoiffe, gomme les récentes critiques, si bien que des effluves rock émanent du CD. Peut-être suffira t-il aux sceptiques pour les convaincre, en attendant, on y retrouve tout le jus, le bruit que certains combos font dans les caves. Et si Daft Punk était vraiment punk ? LE
5 - À ranger entre Underworld et Exploited

De/Vision
Two
(Drakkar/XIIIbis) – 10 titres, 52m44s – Produit par Georg Kaleve – Disponible - www.devision.de
Depeche Mode made in Germany. Les petits gars de De/Vision ont soit de la suite dans les idées, soit pas le moindre gramme d’imagination : ils continuent à faire comme si la mode des garcons coiffeurs synthétiques était toujours en vigueur et tous les Depeche Mode, Erasure et autres Bronski Beat de la planète en haut des charts, ce qui ne serait pas pire que ce que nous subissons actuellement, pas vrai ? Ceci écrit, c’est rudement bien fait et l’on croirait vraiment écouter un album de Dave Gahan et compagnie des mid-eighties, notamment lors d’un superbe “The Silent Moon” qui pourrait faire la différence et les sortir de la dangereuse ornière dans laquelle ils se sont fourrés tous seuls, parce que là, ils n’iront pas bien loin…TS
2 - À ranger entre Music For The Masses et Black Celebration

Demon
Spaced Out Monkey
(Record Heaven Music/Muséa) - 11 titres, 54m38s - Produit par Demon – Disponible - www.the-demon.com
Mélométal. On voudrait nous faire croire que Demon est un véritable groupe-culte du métal mélodique, qu'il peut se vanter d'une discographie indispensable parée d'albums mythiques, et que ce nouvel album surgi après 9 ans de sommeil est la dernière merveille à se procurer. Cétoufo. Les seules valeurs dont puissent se réclamer ces besogneux anglais sont leur longévité -20 ans- et un certain savoir-faire. Pour le reste, ils n'ont jamais fait que des albums mineurs pour les labels discrets, et ce dernier, pâle mélange de hard mélodique et d'Alan Parsons à peine vitaminé, ne relèvera pas ce niveau bien médiocre. Le Démon lui-même devrait se fâcher de passer pour le parrain d'un si tiède ouvrage. HP
1 - À ranger entre Uriah Heep et Alan Parsons

Dominique A
Auguri
(Labels/Virgin) - 14 titres, 48m52s - Produit par John Parish – Disponible - www.labels.tm.fr
Chansons lyriques. Dominique A ne se lasse pas de nous surprendre. En dix ans de carrière, ce chanteur à la voix si particulière nous aura emmené vers des horizons sans cesse renouvelés. Cabaret montmartrois en 1995 avec La Mémoire Neuve, journée grise dans une contrée obscure avec l'expérimental, mais néanmoins incontournable, Remué en 99. C'est aujourd'hui vers la lumière ténue de l'alcôve que se tourne ce nouvel opus. Charnel et intimiste, Auguri dévoile un Dominique A libre et serein, réconcilié avec des mélodies plus simples, mais toujours efficaces. Produit par l'omniprésent John Parish (Eels, PJ Harvey, Giant Sand…), le trio basse/guitare/batterie est remis à l'honneur au travers de ces ballades country rock enivrantes. Un album dense et intense sur lequel on frémit avec plaisir. CD'O
4 - À ranger entre Yann Tiersen et Mano Solo

Graeme Downes
Hammer and anvils
(Matador/Pias) 13 titres, 43m 31s - Produit par Graeme Downes – Disponible - www.pias.com
Balades néo-zélandaises déglinguées. Après une flopée d’albums sortis dans l’indifférence quasi générale, les Verlaines ont raccroché les guitares en 1997, laissant ainsi le champ libre à son leader Graeme Downes qui nous propose un premier album solo étonnement goûtu et varié. Si la majorité de l’instrumentation est samplée (mis à part les grattes et les vocaux) le skeud ne joue pas du tout dans le registre de la froideur technologique, mais dégage une énergie et une chaleur revigorante. Du rock le plus traditionnel (“It’s all right by me”) en passant par des échappées jazzy (“Cole Porter”) ou folky énervé (“Day of the dead”), voilà un album chaleureux sur la corde raide entre tradition et innovation qui fera le bonheur des nombreux fans de ces groupes et artistes des antipodes dont la production abondante se fait toujours aussi rare dans nos contrées. PR
3,5 - À ranger entre Nick Cave et Yo La Tango

Bob Dylan
Love And Theft
(Columbia/Sony) – 12 titres, 57m33s - Disponible - www.bobdylan.com
Rauque & Flop. Cher Bob, avec tout le respect que l’on te doit, pour cette carrière exemplaire, pour ces dizaines de disques lumineux (ou non), et pour tous ces classiques que tu as semés bon an mal an, mais nous sommes dans le regret de t’annoncer que tu n’as pas le droit de sortir un tel disque. Pas après un chef d’œuvre comme Time Out Of Mind ! Alors, évidemment, il y a quelques éclairs de génie (notamment “Tweedle Dee & Tweedle Dum”, le premier morceau, qui rend d’ailleurs l’écoute de l’ensemble encore plus sadique), ces textes incroyables dont toi seul sembles conserver jalousement le secret, cette voix toujours aussi merveilleusement nasillarde, mais la banalité des arrangements –et, pire, de la majorité des musiques !- vient vite perturber notre plaisir. Il nous est pénible de te rendre ta copie avec un simple “peut mieux faire”, mais tu peux tellement mieux faire !… CG
3 - À ranger en attendant des jours meilleurs

Edguy
Mandrake
(NTS/Wagram) - 10 titres, 59m04s - Disponible
Métal épique. Bon, finies les récréations. Maintenant que les jeunes gens d'Edguy se sont offert quelques expériences parallèles avec Avantasia et Taraxacum, d'ailleurs très réussies, il est temps de remettre le groupe d'origine sur ses rails incandescents. Ce break aura d'ailleurs eu un effet bénéfique, outre celui de la réflexion, car on retrouve ici un Edguy épuré, recentré sur les fondamentaux de sa musique, et donc beaucoup plus efficace. Il s'est débarrassé de l'essentiel de ses tentations classiques, de ses œillades vers l'opéra, d'une certaine grandiloquence, pour proposer un heavy moins baroque, mais plus coupant. Si le jeune groupe allemand y a perdu son sympathique et juvénile toupet iconoclaste, il a gagné en force de frappe. Moins original, plus convaincant, l'Edguy nouveau est arrivé. À chacun de s'y faire ou pas. HP
3,5 - À ranger entre Helloween et Freedom Call

Embrace
If You've Never Been
(Hut/Delabel) - 10 titres, 47m54s - Produit par Ken Nelson – Disponible - www.embrace.co.uk
Brit pop ralentie. Ce troisième album des anglais de Embrace se veut plus spontané, plus instinctif, plus "vrai"… Avoir enregistré dans une cave inconfortable de Leeds et non plus dans un palace victorien semble, si l'on en croit les frères McNamara, être l'aboutissement logique de ces chansons du cœur, composées "avec une incroyable facilité". Qu'y entend-on exactement, sur ce disque ? Des ballades, empruntées, pas beaucoup moins chargées, au bout du compte, que les titres plus énergiques des efforts précédents et un premier single, "Wonder", qui surprend agréablement par sa subtile sobriété, en effet. Demeurent les faiblesses majeures de beaucoup de ces récentes formations anglaises, au sérieux trop pesant et aux mélodies souvent interchangeables dans leurs contours volontairement (?) flous. MEK
2 - À ranger entre Gomez et The Verve

Enzo Enzo
Le Jour d’À Côté
(RCA/BMG) - 12 titres, 41m32s - Produit par Jacques Bastello & Lionel Duchaussoy – Disponible
Chanson douce. D’aucuns penseront peut-être qu’Enzo Enzo n’a pas sa place dans Compact, et bien vous faites fausse route amis lecteurs si prompts à la critique. À l’instar d’un certain Kent, Enzo Enzo alors qu’elle s’appelait tout simplement Körin (et non Körin Körin), tenait la basse au début des années 80 dans Lili Drop, le combo d’Olive, chanteur et grand ami d’Aubert, Bertignac et consorts. Toutes les bonnes et moins bonnes choses ayant une fin, la belle s’est reconvertie, il y a une bonne dizaine d’années, dans la chanson française réaliste et même irréaliste, aidée en cela par l’ami Kent susnommé. Le jour d’À Côté, nouvel opus de la diva, est un recueil de mélodies douces et sucrées comme elle a si bien su nous y habituer. Rien de bien nouveau, me direz-vous, mais avouez que coincé dans ces colonnes entre le dernier Slayer et le nouvel Alice Cooper, une bouffée d’air frais et citronné ne peut que faire du bien. DS-D
3 - À ranger entre Kent et Jill Kaplan

Eskobar
There's Only Now
(V2) - 11 titres, 40m48s - Produit par divers - Sortie le 30 octobre - www.eskobar.com
Pop. Ce disque confirme, si besoin était encore, la fort bonne santé des formations du nord, Eskobar venant en l'occurrence de Suède. Amis de Heather Nova (qui chante sur l'envoûtant "Someone New"), voici de jeunes gens qui tirent le meilleur parti de la pop des années 80, tant décriée mais, dans le détail, bien plus variée qu'on veut bien trop rapidement l'asséner. Influencés, à leurs débuts, par les Cowboy Junkies ou encore Chris Isaak, il semble que leur voie actuelle, plus solide, plus affirmée, les mène vers une pop aux contours faussement légers, une musique modeste et complexe à la fois, tout à la fois mélancolique et énergique. Il y a sur ce disque très plaisant de nombreux titres accrocheurs et nobles à la fois, une denrée trop rare pour ne pas la savourer sur le champ ! MEK
4 - À ranger entre A-Ha et Simple Minds

Evergrey
In Search Of Truth
(NTS/Wagram) - 9 titres, 47m47s - Disponible
Prog Métal. Si vous n'avez pas été trop épuisé par le dernier Shadow Gallery, vous pourrez utilement investir les forces d'écoute qu'il vous reste dans la dégustation de cet album d'Evergrey. Comme vous n'avez pas eu votre compte, ce groupe, fort inspiré de Dream Theater, se chargera de vous estourbir définitivement à force de riffs labyrinthiques, de compositions à tiroirs, de breaks cisaillants, de syncopes fatales, de mélodies compliquées et de refrains épiques, bref tout ce que le prog métal a à offrir en matière de musique à grand spectacle, et sans trop d'effets spécieux… Le chanteur tient fort bien son rôle de maître de cérémonie, et l'on se dit que cet Evergrey constitue un espoir à surveiller, catégorie progmet européen. HP
3,5 - À ranger entre Dream Theater et Shadow Gallery

Fad Gadget
Best Of
(Virgin/Labels) - 30 Titres, 146m93s - Produit par divers – Disponible - www.fadgadget.co.uk
Oldies. Fad Gadget, c’est comme les diamants de Giscard, ça ne s’explique pas ! Encore moins si vous êtes né dans les années 80. Par contre, nous pouvons vous dire que ce Best Of est un événement, et que cet événement assure la première partie de Depeche Mode… Théoriquement, ça devrait vous mettre sur la voie, seulement, le premier combo n’a pas grand-chose à voir avec le deuxième, mis à part le fait d’avoir partagé jadis quelques glorieux charts. Peut-être aussi un goût prononcé pour l’électro-gothique. Bref, ici, nous avons des inédits, des remix, et surtout “Collapsing New People”, “One Man’s Meat”, parmi une sélection (pas toujours bonne) des quatre albums sous Fad Gadget. Après, Tovey s’est fourvoyé dans une carrière solo contestable. LE
4 - À ranger entre Bauhaus et Joy Division

Ben Folds
Rockin' The Suburbs
(Epic) – 12 titres, 48m51s - Produit par Ben Grosse et Ben Folds – Disponible - www.benfolds.com
Pop Rock. Même s'il s'agit d'un compositeur rock au piano, Ben Folds s'est toujours éloigné du schéma classique tel que l'ont emprunté Elton John ou Billy Joel. Sa vision du monde est sardonique et, si ses refrains peuvent sonner enjolivés, se cache toujours derrière un humour grinçant et sarcastique. Cet album ne déroge pas à la règle et ,s'il fourmille de merveilleuses pépites "pop" en apparence immaculées ("Annie Waits" ou "Zak And Sara"), l'artiste s'emploie avec bonheur à subvertir les riffs les plus évidents et addictifs par des dérapages musicaux dérangés. Sous ses dehors respectables, Ben Folds cultive le bizarre et l'audace ; il y a de l'anomalie chez ce chanteur/pianiste émérite, et c'est tant mieux. CF
4 - À ranger entre Todd Rundgren et Randy Newman

Fun>Da>Mental
There Shall Be Love !
(Nation/Nocturne) - 11 titres, 65m53s - Produit par Aki Nawaz – Sortie le 12 octobre - www.fun-da-mental.co.uk
World beat. Fascinant, enivrant, renversant, bouleversant, universel (histoire de changer de rime !), le tableau protéiforme et multi-culturel de Fun>Da>Mental étend sa toile, insidieusement mais sans aucune autre arrière-pensée que le partage, avec une authenticité et une rage de faire vibrer qui filent le tournis. Avec ses multiples percussions à la limite de la disjoncterie interplanétaire, et ses chants de tous pays unis –et samplés- en une seule voix (chant Tuva de Mongolie, choral d’Afrique du Sud, gospel, chant Bara-Khyal du Pakistan et même Rizwan-Muazzam Qawwali, les deux neveux de feu-Nusrat Fateh Ali Khan), ce There Shall Be Love ! ressemble au métissage ultime des continents et des traditions, avec en filigrane un respect de l’Homme avec un beau et grand H qui à lui seul mérite qu’on s’y attarde (longue interview d’Aki Nawaz le mois prochain)… CG
5 - À ranger entre fusion globale et voyage tribal

Garbage
Beautifulgarbage
(Pias) - 13 titres, 53m52s - Produit par Garbage - Disponible
www.garbage.com
Pop/rock. Nettement moins fadasse que son prédécesseur, Beautifulgarbage est un bon petit album pop comme on les aime, dans lequel le groupe américain déploie tout son savoir-faire pour nous livrer une musique acidulée et punchy. Certes, ces treize morceaux de facture classique ne se hasardent pas à sortir des sentiers battus. Les mélodies, souvent patinées d’un style sixties forcément séduisant, restent très accessibles, et quand les guitares s’affolent un peu pour nous muscler tout ça, elles se gardent bien de trop agresser nos précieux tympans. Excepté un ou deux titres indésirables (notamment “Untouchable”), on peut déguster sans réticence ce CD extrêmement plaisant, jamais ennuyeux, qui offre de très bons moments. CV
4,5 - À ranger entre The Smashing Pumpkins, PJ Harvey et The Breeders

Grave Digger
The Grave Digger
(Nuclear Blast/Edel) - 11 titres, 55m06s - Produit par Boltendahl, Umbreit, Schmidt et Sorg - Disponible - www.grave-digger.com
Heavy Metal. Il faut de tout pour faire un monde. Des leaders et des suiveurs, des rois et des valets. Grave Digger fait incontestablement partie de la seconde catégorie, mais cela n'enlève rien à son mérite. Il demeure l'un des plus fidèles serviteurs du metal traditionnel, luttant contre la force des courants et menant sa barque sans se soucier du chant des sirènes commerciales. Une fois de plus, il vient apporter son obole qui consolidera la chapelle pour laquelle il prêche depuis longtemps. The Grave Digger, basé sur des textes heroïc fantasy, est musicalement dans la lignée de ses prédécesseurs : heavy metal classique avec de bons refrains, des compos solides et une production au-dessus de tout soupçon. L'œuvre d'un valet, certes, mais d'un valet de cœur. HD
4 - À ranger entre Rage et Accept

Hardcore Superstar
Thank You (For Letting Us Be Ourselves)
(Music For Nations) – 13 titres, 50m50s – Produit par Roberto Laghi – Sortie le 22 octobre - www.music-for-nations.co.uk/
Glam-rock anglais façon 80/90s. Les idoles de ce groupe suédois qui en est à son troisième album (le premier, autoproduit est introuvable et le deuxième, Bad Sneakers And A Pina Colada l’est difficilement) se nomment Faster Pussycat, Quireboys ou Hanoï Rocks (ils ont enregistré une reprise du “Long Way To Go” d’Alice Cooper en compagnie de leur chanteur Michaël Monroe mais, bien sûr, ce titre est réservé au marché japonais !) et tout est dit : les guitares sont joyeuses (“That’s My Life”, “Shame”), les ballade sont superbes (“Mother’s Love”, “Dear Old Fame” ET “Summer Season’s Gone”) et le chanteur offre un look incroyable avec son maquillage et son manteau de fille en peau de lapin. Même si l’heure n’est pas franchement à la rigolade, il est toujours réconfortant d’avoir de tels groupes en réserve pour les jours meilleurs… TS
3,5 - À ranger entre A Little Bit Of What You Fancy et Look What The Cat Dragged In (Poison)

Richard Hawley
Late night final
(Le Village vert/Setanta) - 11 titres - 41m40s - produit par Richard Hawley - Sortie le 6 novembre 2001 - www.coupfranc@free.fr
Balades automnales intemporelles. Après un mini-album impeccable, essai transformé pour Richard Hawley qui nous livre un premier album magnifique confirmant ses talents de musicien et de compositeur. Guitariste occasionnel de Pulp et grand pote de Jarvis Coker avec qui il partage sans doute une même passion pour une pop music parfaite, immuable et un brin rétro façon Sun Studios, Hawley sait parfaitement toucher l’auditeur en plein cœur par ses chansons simples tristes et émouvantes. Si le disque s’autorise quelques échappées bien vues vers des rythmiques vaguement bossa (“The nights are cold”) ou country (“No way home”), c’est dans un quasi dépouillement que le disque atteint sa grandeur : la voix déchirante du sieur Hawley et une simple gratte avec reverb et c’est le grand frisson ! (“Cry a tear for the man on the moon”). PR
4,5 - À ranger entre Roy Orbison et Chris Isaak

Heavenly
Sign Of The Winner
(Sanctuary/BMG) - 10 titres, 54m07s - Produit par Tommy Hansen – Disponible - www.noiserecords.com
Métal azuré. Ceux qui n'ont pas fait connaissance avec Heavenly lors de la dernière tournée de Symphony X pourront se faire une idée de la valeur live du groupe en première partie du prochain tour d'Edguy. Mais en ce qui concerne la réalisation en studio, on peut dire que ce quatuor tient joliment la route. Ce deuxième album passera donc moins inaperçu que son prédécesseur, car il permet de savourer un groupe très en verve, positionné entre Helloween et Angra, proposant un métal mélodique épique et azuré, dont la principale qualité est sa cohésion collective, même au niveau des compositions, avec des morceaux vraiment symphoniques dans la mesure où Heavenly n'aligne pas le traditionnel riff-chant-solo mais compose des pièces élaborées avec de vraies architectures mélodiques. HP
3,5 - À ranger entre Helloween et Angra

Beth Hirsch
Titles & Idols
(Studio K7/PIAS) - 11 Titres, 49m03s - Produit par Black Dog, Jackson, Custom Blue – Disponible - www.K7.com
Folk. Early Days avait inspiré beaucoup d’entre nous. Une voix enchanteresse, des mélodies folk, la chanteuse a su trouver le bon créneau pour sensibiliser les âmes damnées par des décennies de rock & roll. Pour ce deuxième opus, on change de cap, Beth Hirsch s’appuie sur une production davantage soignée, entendez par là plus tendance. Un revirement de situation dû aux producteurs cités ci-dessus, dont l’un a bossé avec Bjork et qui forcément n’a pu résister à la tentation de glisser de légers arrangements électro dans ce répertoire folk/pop. C’est cool, reposant et ne manque pas d’originalité. À moins d’être allergique aux interprètes féminines, essayez d’y jeter une oreille attentive, vous ne serez pas déçus. LE
3,5 - À ranger entre Joni Mitchell et Fiona Apple

Hood
Cold House
(Domino/Labels) - 10 titres, 46m09s - Produit par Chris et Richard Adams - Sortie le 5 Novembre 2001 - http://www.dangpow.com/~silocrash/hood/
Ambient Pop. Pourquoi qualifier de pop une musique qui vise plus à l’expérimentation ? Simplement parce que ce que l’on appelle le post-rock paraît avoir délaissé l’art de composer des chansons au profit de la recherche sonore. Pour Hood, c’est le cas contraire ; le groupe sait écrire des mélodies et celles-ci servent de support à tout propos avant-gardiste. Cold House impose bien sûr certains climats, mais jamais il ne semble perdre de vue ce qui fait la chaleur d’une musique, à savoir de bons, et même d’excellents, titres. Ici l’éthéré ou le psychotique sont prégnants, mais ils le sont comme une berceuse, comme une soyeuse enveloppe gouvernée par d’implacables mélodies. Les abus électroniques sont oubliés, l’atmosphère est au contraire plus acoustique, et donc organique, bref Col Housse conjugue les charmes de l’atemporel et d’une envoûtante rusticité. CF
4 - À ranger entre Jim O’Rourke et Third Eye Foundation

Howie B
Folk
(Polydor/Universal) - 10 Titres, 46m13s - Produit par Howie B – Disponible - www.howieb.com
Electro show. Producteur de Björk, Tricky, pote de U2, d’autres musiciens et figures incontournables de la pop culture, Howie se fait plaisir en sortant son quatrième album. Flamenco en amuse-bouche, electro en main dish, et… Difficile de cerner le reste. Par contre, le livret est extraordinaire : Gros plan sur le chemin communal d’un bled paumé. Plus loin, trois pieds nickelés se tapent une pinte en tirant une tronche d’enfer. Surtout celui avec la casserole sur la tête. Quant à l’indien, son costume s’est fait tailler en pièces, genre Pierre Richard dans La Chèvre. Mais il brandit un glaive ! Enfin pour conclure, mention spéciale au teckel en bois, coiffé d’un béret et trônant au mileu d’un champs, prenant la pose de Travolta dans Grease ! LE
2 - À ranger entre Tricky et Orbital

Glenn Hughes
Building The Machine
(Steamhammer/Wagram) - 11 titres, 55m43s - Produit par Glenn Hughes et Michael Scott – Disponible - www.glennhughes.com
Funkométal. Depuis qu'on l'accoupla à David Coverdale dans un Deep Purple torride, Glenn Hughes demeure un sujet d'adulation justifiée. On ne peut qu'admirer son jeu de basse et surtout la soul extraordinaire de son gosier de feu. Paradoxalement, seul un ego surdimensionné l'a en fait empêché de devenir la star qu'il aurait dû et pu être. Il alterne donc expériences vaseuses et coups d'éclat de la façon la plus imprévisible. Le présent album nous montrerait plutôt tous les bons côtés de ce doubleface funky : un rock torride chanté avec une voix réellement habitée, des mélodies judicieusement métallisées bien équilibrées entre métal chromé et funk ravageur, bref du grand boulot, avec surtout cette voix inégalable qui change en brasier tout ce qu'elle entonne. HP
3 - À ranger entre Michael Bolton et Mother's Finest

Ill Nino
Revolution Revolucion
(Roadrunner/Sony) - 13 titres, 44m06s - Produit par Dave Chavarri -Disponible - www.illnino.net
Neo metal hispanisant. Depuis que Sepultura a croisé, avec la réussite que l'on connaît, le fer et les rythmes tribaux, d'autres ont essayé de suivre. Mais vouloir prendre le train en marche revient souvent à se le manger dans la tête et peu survivent à ce genre d'aventure. Ill Nino ne devrait pas être de ce convoi, car il surprend d'entrée par sa maturité et son application. Quelques passes de flamenco acoustique dans un océan d'électricité, une dose de chant clair qui coupe les éructations furibardes traditionnelles, un son d'enfer, des compos pleines de fraîcheur et de rythme : c'est une recette gagnante qui préfigure l'avènement d'un grand groupe. Revolution Revolucion sonne comme une révélation et chacun sera bien avisé de ne pas attendre que le train soit lancé…HD
4 - À ranger entre Soulfly et Dario Moreno

The (International) Noise Conspiracy
A New Morning, Changing Weather
(Burning Heart/Epitath) –11 titres, 46m14s –Produit par Jart Haapalainen –Disponible - www.burningheart.com
Rock. Encore un groupe suédois, mais beaucoup moins insouciant que les joyeux lurons de Hardcore Superstar, même si les deux formations se connaissent et s’apprécient mutuellement. Cette Conspiration Internationale Du Bruit est ultra-politisée (à gauche toute) et tout dans leur démarche va en ce sens, des lyrics rageusement engagés aux citations marxistes qui truffent le livret intérieur, en passant par leur haine viscérale pour Abba, la meilleure exportation sonore de ce pays, dont ils accusent les membres de s’être vendus corps et âme au Capitalisme ! C’est parfois un peu lourd à digérer, mais heureusement, leur musique à forte tendance clashienne tient lieu de citrate de bétaïne et atteint parfois des sommets, comme ce “Born Into A Mess” et son piano magique… TS
3,5 - À ranger entre Give’Em Enough Rope et l’un des premiers Social Distortion

Israel Vibration
Dub Combo
(Ras Records/Nocturne) - 16 titres, 70m22s – Produit par divers – Disponible
Reggae dub. Album de dub comprenant une partie des deux derniers albums de ce duo, autrefois trio, Apple ayant quitté le groupe il y a presque quatre ans. Dub Combo est donc le nouvel album dub d’Israel Vibration, comprenant 16 titres choisis dans Pay The Piper et Jericho, leurs deux précédents opus. Les membres d’Israel Vibration se sont entourés de grands noms du reggae pour enregistrer ces deux disques et c’est avec un réel bonheur qu’on les retrouve ici. Sly Dunbar, Dean Fraser, Chico Chin, Nambo Robinson, Chinna Smith, Dwight Pickney, Franklynn "Bubbler" Wall, pour ceux qui s’intéressent au reggae, ces noms ne sont pas inconnus, pour les autres, il est grand temps de les découvrir. Dub Combo réjouira les fans du genre, et fera découvrir aux néophytes, toute la beauté de ce son jamaïquain qui nous est si cher. DS-D
3 - À ranger entre Pay The Piper et Jericho,

Karma To Burn
Almost Heathen
(Eagle/Edel) - 10 titres, 48m - Produit par KTB – Disponible - www.spitfirerecords.com
Métal macabre. Dès la lecture des titres, le cédévore sent glisser en lui une sourde inquiétude, accompagnée de l'idée qu'il vient de mettre l'oreille sur un groupe pas banal : en fait de titres, on lit juste une série de nombres ésotériques. L'emballage sent la magie noire et le pentacle, on se croit parti pour une nouvelle messe de black metal -ce qui est bien le cas- mais Karma To Burn a la définitive originalité de se passer totalement de mots pour tresser ses envoûtements. Non, pas la moindre parole, et donc aucun cliché sulfureux, mais par contre des riffs superbes, tragiques, étouffants, et une musique qui exhale la noirceur et le drame sans la moindre incantation théâtrale. C'est superbe. Laissez-vous posséder par ce groupe vraiment hors normes. HP
4 - À ranger entre Black Sabbath et The Almighty

King’s X
Manic Moonlight
(Metal Blade/M10) –10 titres, 45m39s –Produit par Ty Tabor – Disponible - www.kingsx.net
Metal incompris. Le trio qui compose King’s X s’est fait pompé par un peu tout le monde (si j’ose dire), sans jamais atteindre une célébrité qu’ils méritent pourtant plus que bien des formations, la faute à pas de chance et à bien d’autres facteurs dont il serait vain de débattre en ces lignes ; sachez seulement que leur nouvel album (le neuvième en vingt ans de carrière, ce qui donne une idée de leur penchant pour le perfectionnement) est excellent, comme d’habitude et qu’une place de choix l’attend déjà dans votre maigrichonne collection de disques, surtout à la lettre K, à part les inusables Kinks… Ty Tabor, Doug Pinnick et Jerry Gaskill ont prudemment abordé la technologie moderne sur Manic Moonlight, ce qui ne nous prive nullement des douceurs habituelles : “Believe”, “False Alarm” et “Jenna” remplissent ce rôle sans broncher et nous voilà prêts à défendre ce groupe, une fois de plus… TS
4 - À ranger entre Please Come Home… Mr Bulbous et un live album qui serait le bienvenu

Lenny Kravitz
Lenny
(Virgin) - 12 Titres, 78m 53s - Produit par Lenny Kravitz – sortie le 29 octobre - www.lennykravitz.com
Davantage Rock. On vous passera les détails pour avoir fait en sorte que cette chronique existe (dans ce numéro s’entend), mais sachez qu’en pleine période de crise, même les maisons de disques sont paranos. De plus, Lenny devait se rendre à New York pour enregistrer son clip à l’heure ou les tours s’effondraient ! Rassurez-vous, tout va bien, d’ailleurs, il nous sort de son chapeau une nouveauté plus rock que l’ensemble de sa discographie. Guitare 70s, solos musclés, prod épurée, Lenny fait peau neuve. Bien évidemment, on regrette les passages sirupeux, ses longues tirades religieuses soigneusement camouflées entre un titre R’n’B et une mélodie pop. Rassemblé en un seul bloc, nous avons ici l’unique passage discutable, musicalement parlant. Car pour les paroles, c’est une autre histoire… Il semble que pour cet album, fait à Miami, il fut beaucoup moins inspiré qu’avec les précédents Let Love Rule et Mama Said. “Nous avons besoin d’un leader pour nous guider…”, “Tu crois que je suis cool, mais non…”, provoque une certaine consternation. Peut-être injustement, car si l’on replace les lyrics dans le contexte des années bab –comme le souhaite Lenny– ce n’est pas plus ridicule que de s’émerveiller devant un “Albatross” ou que d’être sous le charme de “Purple Haze”. Cela dit, ne cherchons pas la petite bête, une bonne moitié de l’album est du meilleur cru, ce qui frise le miracle pour quelqu’un habitué à voir le moins bon de ces titres devenir un hit. Comme quoi, rien n’est jamais perdu… LE
4 - À ranger entre Jimi et Lenny

Birélli Lagrène
Gipsy Project
(Dreyfus Jazz/Sony) - 15 titres, 43m04s - Produit par Francis Dreyfus & Christian Pegand – Disponible
Jazz Manouche. Les fans de Django Rheinhardt vont être ravis, Birélli Lagrène avec Gipsy Project lui rend un hommage appuyé et sincère. Entouré de musiciens hors pair tel le violoniste tzigane roumain Florin Niculescu qui tire de son instrument des notes déchirantes, tristes et joyeuses à la fois ; d’Holzmano Lagrène et Hono Winterstein aux guitares rythmiques et de Diego Imbert à la contrebasse, sans oublier la participation de Richard Gallianno, à l’accordéon sur certains morceaux. Birélli Lagrène, lui, tient la guitare solo et son jeu aérien n’a rien à envier au maître du genre. Outre certaines compositions de Django, cet album recèle des merveilles telle la reprise de “La Mer” de Charles Trenet, “Embraceble You” des frères Gershwin, sans oublier “Je Suis Seul Ce Soir” popularisé après guerre par l’inénarrable Jean Sablon. Instrumentaliste virtuose, Birélli Lagrène n’en n’oublie pas pour autant l’émotion pure le long des plages de ce magnifique album. DS-D
3,5 - À ranger entre Django et Rheinhardt

Lilac Time
Lilac6
(Naïve) – 12 titres, 45m45s – Produit par Stephen Duffy –Disponible - http://www.thelilactime.com/
Pop pastorale. Lilac Time ou l'éternel retour des mélodies ciselées, des orchestrations acoustiques et de ces atmopshères douces-amères empreintes de délicatesse mélancolique. Atypique, le groupe l'a toujours été, non pas par ses prétentions musicales mais par sa volonté de se situer toujours à contre courant. Là encore, Stephen Duffy parvient à nous séduire en nous embaumant, à nous terrasser en nous berçant, à nous bouleverser tout en constellant notre univers de ses complaintes. On pourrait trouver que parfois cette délicatesse frôle les frontières du maniérisme, on pourrait considérer qu'il y a un peu de préciosité à cette introspection. On ne le fait pas tout simplement parce que celle-ci reste sur le fil ténu de la sobriété et de la dignité. CF
4 - À ranger entre The Beautiful South et Incredible String Band

Live
V
(Radioactive records/Barclay) 15 titres - 52m40s - produit par Live, Railo et Alain Johannes – disponible - www.friendsoflive.com
Rock héroïque aventureux. Allez bon, au bas mot, on doit être quinze à posséder les quatre albums précédents de Live et à suivre la carrière de ce groupe mésestimé (note de Goof : j’en suis !). Adoptant depuis la sortie de The Distance To There, leur avant dernier opus, un profil plutôt bas et semblant avoir été doublé sur sa gauche et sur sa droite par les émules de REM (du style Train ou Lifehouse), Live revient aujourd’hui plus en forme que jamais. Tout en restant fidèle à ce style énergique flamboyant qui assure sa marque distinctive, le combo semble ici vouloir se diversifier. Que ce soit la présence inattendue de Tricky dans le superbe “Simple Creed” (politesse rendue par le chanteur Ed Kowalczyk que l’on peut entendre sur “Evolution, Revolution, Love”, le dernier single de Tricky), les violons de l’émouvant “Overcome” ou les accents arabisants de “Forever May Not Be Long”, Live cherche, expérimente, innove et c’est tant mieux. Sa survie est sans doute à ce prix. Live, plus vivant que jamais ! PR
4 - À ranger entre The Call et REM

Masters Of Reality
Deep Into The Hole
(Mascot Records/XIII Bis) - 10 titres, 39m46s - Produit par Chris Goss - Disponible - www.mastersofreality.com
Metal rock mystique. Si vous êtes à la chasse au mystique, Masters Of Reality est le groupe qu'il vous faut suivre de près. Emmené par le gourou Chris Goss, pape du stoner, chantre du metal rock décalé, il sème son imagination délirante et son intelligence un peu partout à l'aide de morceaux rock hard et psychédéliques. Une fois de plus, avec Deep In The Hole, le grand départ est assuré et votre cerveau annexé pour une quarantaine de minutes en apesanteur. Les arrangements atmosphériques sont nombreux, le rythme toujours prenant, la voix changeante, la guitare extraordinairement versatile et précise, les refrains impeccables. Rock acoustique, trip psyché et furie hard s'unissent pour le meilleur. Convainquant à fond. Laissez-vous piquer par le grand mystique. HD
4 - À ranger entre Kyuss et Black Sabbath

Dave Matthews Band
Everyday
(RCA/BMG) – 12 titres, 50m58s – Produit par Glen Ballard – Disponible - http://www.dmband.com/
Rock Adulte. Aux Etats-Unis Dave Matthews est une star. En Europe, il n'est connu que d'une minorité de fans acquis à ce que l'on appelle le rock destiné aux adultes. Au programme donc une musique qui se veut tout sauf simpliste, proche du rock progressif mais débarassée de ses scories ampoulées. Ce quatrième album studio marque peu de variations dans cette approche. Expertise intrumentale, circonvolutions orchestrales, rythmes toujours changeants, Everyday est donc un album de pop adulte classique mais monstrueusement efficace. Servi par des titres comme un "Mother Father", un "The Space Between" ou un "I Did It" irréprochables, il démontre cohésion remarquable et maturation tout bonnement irrésistible. CF
4 - À ranger entre The Allman Brothers Band et Sting

Iain Matthews
A Tiniest Wham A Live Wham
(Last Call/Wagram) – 24 titres, 101m02s– Produit par Iain Matthews – Disponible - http://www.lastcallrecords.com
Folk Rock. L'acoustisme est de rigueur et l'on ne devrait pas avoir à présenter l'ex- Fairport Convention. Il nous faut donc nous réjouir de ce nouvel album. Des titres délicieusement artisanaux, un vernis acoustique et une vibrance qui s'exercent non pas par la démonstration argumentative mais par l'ellipse doucereuse, tout dans A Tiniest Wham est nimbé dans une atmosphère délicate qui évite la précisosité. Comment ? Les compositions sont élégantes, les vocaux sensibles sans tomber dans la mièvrerie et les arrangements masquent leur sophistication derrière une apparente simplicité. Loin de la naïveté évanescente de certains thuriféraires de la guitare sèche, voilà un album qui fait preuve d'une maturité confondante. À ne pas éviter. CF
4,5 - À ranger entre The Byrds et Ralph Mc Tell

Mauro
Songs From A Bad Hat
(PIAS) – 11 titres, 39m16s – Produit par Dave Sardy – Disponible - www.pias.com
Pop. Ce premier album du belge Mauro Pawlowski représente une excellente surprise. Il s'agit d'un disque "pop" par excellence dans la mesure où il est constitué de onze titres explorant avec une veine assez exceptionnelle toutes les facettes de ce que l'art du songwriting peut réunir de mieux. Le talent mélodique est là, le son, énorme, parfaitement maîtrisé, les vocaux impeccablement mis en place, bref Songs est un véritable petit joyau. Mauro est un expert artisan en matière de compositions : pop, rock, ou ballades, tout semble passer sous un moule inébranlable, celui d'un orfèvre doté d'une renversante intuition en termes d'arrangements. Que demander de plus alors ? Peut-être une once d'émotion, et encore… CF
4 - À ranger entre Beatles et David Bowie

Maxwell
Now
(Columbia/Sony) - 12 Titres, 50m22s - Produit par divers – Disponible
www.maxwellnow.com
R&B
Embrya… Quel disque ! La session MTV unplugged n’était pas mal non plus. Et Now ? Tout bonnement dans la lignée des précédents. Toujours aussi suave, romantique et tout le toutim, Maxwell persiste et signe un nouvel opus de qualité. Un brin mou, mais tout de même cool. Avec une poignée d’artistes du style Donell Jones, Keith Sweat, Ginuwyne ou récemment Craig David, il se maintient dans le haut du panier avec de belles mélodies langoureuses et surtout se démarque par sa voix, très soul dans l’esprit. A priori, ce Now serait davantage un truc pour les filles… Un CD de fin de soirée à glisser entre les coussins du canap, ce qui ne veut pas dire que les autres ne l’apprécieront pas, notamment les amateurs d’arrangements élégants. LE
3,5 - À ranger entre Brand New Heavies et Jerry Braxton

Meï Teï Shô
Xam Sa Bop
(Small Axe/Tripsichord) - 11 titres, 52m51s - Produit par Varou Jan – Disponible
Ethno Groove. Après quelques maxis, de nombreuses scènes, et la participation du chanteur Jean Gomis au dernier album de Zenzile, voici enfin le premier album des lyonnais. Indescriptible, impossible de coller une étiquette à la musique de Meï Teï Shô. Peut-être pourrait-on citer les différentes influences qui ont abouti à ce style (encore) sans nom, à cette fusion au sens littéral des mots et des sons… Peut-être pourrions-nous évoquer la puissance des chants africains et des slams américains, la magie des improvisations jazz, le pouvoir hypnotique du dub, le groove des rythmiques jamaïcaines. Oui, peut-être. Ou simplement dire que Xam Sa Bop est une invitation au voyage intercontinental indéclinable. A écouter d'urgence. CD'O
4,5 - À ranger entre Saul Williams et Femi Kuti

Brad Mehldau
Progression. Art Of The Trio, Volume 5
(Warner Jazz) - 13 titres, 136m05s - Produit par Matt Pierson - Sortie le 18 septembre - www.wbjazz.com
Jazz. Cinquième volume déjà de “l'art du trio”, série avec laquelle le pianiste américain Brad Mehldau a ravi au rock une partie de son public à coup de reprises des Beatles ou de Radiohead, et de compos personnelles romantiques et inspirées. Ce trentenaire allie maîtrise et feeling, fait corps avec son piano, porté par le contrebassiste Larry Grenadier et le batteur Jorge Rossy, dans des morceaux qui se donnent du temps : la plupart font dix minutes ou plus. Sur ce double live enregistré au Village Vanguard de New York, Mehldau reprend Gerschwin, “River Man” de Nick Drake, ou le standard “Cry Me A River”, mais signe aussi quatre titres. Avec grâce et technique, et un toucher exceptionnel, ce musicien fan de Led Zep et de Schubert, affirme de plus en plus son style, sa “patte”. Progression qui sonne comme un slogan, porte bien son nom : si la musique est progrès (cf le texte du livret écrit par Mehldau), c’est album en est le manifeste. JMG
4 - À ranger entre Bill Evans et Keith Jarrett

Miossec
Brûle
(P.I.A.S.) - 12 titres, 36m - Produit par Matthieu Ballet - Sortie le 23 octobre - www.christophemiossec.com
Chanson française. Ce qu'on espérait, après À Prendre et la tournée qui suivit, très rock, très efficace et intelligemment éloignée des gnangnanteries scéniques de la variété française branchée, n'a pas lieu. Miossec nous chantonne, penaud, qu'il est "plutôt du genre cuisses-con-fesses", mais ne connaissait-on pas trop bien, déjà, son approche plus que désillusionnée de sa/notre vie ? Finalement, on est simplement un peu lassé de l'entendre geindre sur des musiques moins pertinentes qu'auparavant et avec des mots qu'il a parfois mieux choisis. Guillaume Jouan manque-t-il à ce point ? Il semble que oui. Brûle est un disque court qui ressemble plus à une transition qu'à une véritable nouvelle étape. Miossec demeure attachant et important, mais il aurait sans doute pu se bouger un peu plus… MEK
2,5 - À ranger entre Jean-Louis Murat et Philippe Léotard

Miro
La Voix Du Vaurien
(Columbia/Sony) - 16 titres, 73m17s - Produit par Miro – Disponible - www.miromaispasourd.com
Chanson funky. Pas facile de détacher Jean-Marc Miro de son premier album et de son personnage, Billy. Car La Voix Du Vaurien est une histoire qui se décline en 16 chapitres, dévoilant tour à tour un auteur compositeur à l'humour joyeux (" Billy Le Funkyman ") et un garçon profondément sincère (" Droit De Regard ", entre autres) n'hésitant pas à se livrer entièrement pour faire vivre sa musique. Evidemment, une telle authenticité a de quoi ravir. Mais il reste toutefois un petit quelque chose d'approximatif qui empêche cet opus d'être absolument réussi, peut-être justement cette sincérité dans les paroles qui les rendent distantes. Musicalement, Miro possède un vrai sens de la mélodie simple et efficace qui n'est pas à remettre en question. CD'O
3 - À ranger entre Tété et M

Modjo
This Is
(Universal Music/Barclay) - 12 Titres, 51m47s - Produit par Modjo – Disponible - www.modjo.com
Success Story. Des millions de singles vendus à travers le globe, pas mal pour un début, non ? Ainsi, “Lady” est entré de plein fouet dans l’histoire de la house française, au même titre que “Stardust” ou que l’aurait mérité “Sound Of K”. Et cela, que ce soit avec la version house ou celle acoustique souvent joué sur l’airplay parisien. Un beau succès qui couronne ce duo à la vingtaine, musiciens de formation. Mais à quoi ressemble l’après “Lady” ? En tout cas, pas aux singles, car les garçons ont préféré jouer la carte de la diversité, ce qui change des ambiances filtrées. On y découvre un penchant pour le R’n B, mais également des titres joués plus traditionnellement, avec par exemple ce “What I Mean” aux guitares andalouses. À (re)découvrir. LE
3 - À ranger entre Superfunk et Chic

Mona Lisa
Progfest 2000
(Muséa) - 10 titres, 68m49s - Produit par Mona Lisa – Disponible - www.multimania.com/rockmona
Prog théâtre. Mona Lisa fut un des fleurons des premiers âges de la progressive à la française, mais il souffrit toujours d'être considéré -à tort et à raison- comme un Ange bis. Après bien des années de silence, il est réapparu en 99, toujours sous la houlette de son diseur-chanteur-conteur Dominique Le Guennec. Il a ensuite profité de son passage au Progfest de Los Angeles pour enregistrer ce florilège live qui a le mérite d'offrir un meilleur son et plus d'impact à des morceaux qui ont souvent mal vieilli dans leur production d'origine. Pour le reste, on retrouve tout ce qui fit jadis Mona Lisa, à savoir une sincérité touchante, une sève réelle, une jolie compétence musicale, mais aussi un ton compassé et une théâtralité excessive qui figent trop le groupe. HP
2,5 - À ranger entre Ange et Atoll

Vinnie Moore
Defying Gravity
(Mascot Records/XIII Bis) - 13 titres, 56m12s - Produit par Vinnie Moore - Disponible - www.vinniemoore.com
Guitar hero. Parmi la tripotée de guitaristes fous du manche, Vinnie Moore n'est certainement pas le plus branleur. Certes, ses soli dégoulinent entre ses doigts les uns après les autres, mais le mec ne passe pas non plus son temps à faire le mac' et réserve aussi quelques moments de jouissance mélodique poussés. L'ensemble est, bien entendu, dépourvu de chant et totalement dédié au gros instrument de Vinnie. Le béotien n'y verra donc probablement rien de plus qu'une agréable bande son pour meubler son milieu d'après-midi. En revanche, les apprentis grateux ne manqueront pas de s'étonner devant la virtuosité du maître et tenteront de l'imiter. À ce petit jeu, peu sont ceux qui parviendront à obtenir, ne serait-ce qu'une très légère érection. HD
3 - À ranger entre Malsmteen et McAlpine

Morning Star
My Place In The Dust
(Microbe) - 10 titres, 39m54s - Produit par John Parrish – Disponible -www.microberecords.com
Folk. Morning Star est le pseudo de Jesse Vernon, guitariste et violoniste de la scène de Bristol.. Loin du trip-hop (il a été un moment associé à Jim Barr le bassiste de Portishead), Vernon nous a concocté ici un album qui évoque immanquablement le folk des années 60. Mais loin de cultiver certaines racines, My Place In The Dust n’hésite pas à se lancer dans des incursions vers la musique bohémienne, country and western ou latine. Cette nonchalance paresseuse s’accentue grâce aux arrangements de Parrish, à l’orchestration (cuivres, accordéon, contrebasse) toute en nuances légères et aux harmonies célestes et fragiles. Au total, My Place In The Dust même s’il semble de prime abord inoffensif pourrait se révéler insidieusement contagieux. CF
3,5 - À ranger entre Leonard Cohen et Calexico

Motorpsycho
Phanerothyme
(Cornflakes Zoo/Wagram) - 9 titres, 43m38s - Produit par Deathprod & Motorpsycho - Disponible
Revival psychédelique. Tiens, les Love ont sorti un nouvel album ? Après des débuts aussi sauvages que quasi introuvables (6 albums et 11 années d’existence !) les norvégiens de Motorpsycho se sont reconvertis depuis leur avant dernier opus “Let Them Eat Cake” dans une pop très sixties et délicieusement rétro qui, loin de sombrer dans la nostalgie passéiste, redonne fraîcheur et spontanéité à une musique qui constitue aujourd’hui encore le fond de commerce de bien de nos combos pseudo-modernes. Ici, donc point de complexes, on joue le jeu à fond les manettes et cela passe merveilleusement bien. Les mélodies sont belles et subtiles, les arrangements de cordes classieux et les hommages (“Go To California”) bien vus. Et puis avec un groupe qui tire son nom d’un film culte de Russ “Big Tits” Meyer, cela ne peut être que du bon…PR
4 - À ranger entre Forever changes et Da Capo (les deux disques des Love qu’ils faut absolument avoir. Non mais ! )

Mr Dan
How things work
(Virgin)- 10 titres, 43m17s - Produit par Mr Dan – Disponible - www.mrdan.co.uk
Electro libre. Il paraît que les espèces de cliquetis qu’on entend sur le bien-nommé “Needles” proviennent du bruit d’une aiguille tombant sur un disque. Encore un technotraficoteur, un allumé de l’expérimentation, un maniaque de l’exercice de style, serait-on tenté de penser. Eh bien non, pas du tout ! Si Dan Carey s’éclate à déformer et à détourner les sons, c’est pour les réinjecter avec parcimonie dans des compositions ciselées qui tiennent vraiment la route. Etoffés par les voix de Harriet Scott, Paul Expert et, surtout, Elliot May, ces dix titres zigzaguent avec un égal bonheur entre électro, pop, funk et trip-hop, ne laissant aucune chance à la monotonie. Avec un petit peu plus d’originalité et de tempérament, Mr Dan pourrait bien faire des miracles. CV
4 - À ranger entre Air et DJ Cam

NDV
Karma
(InsideOut/Wagram) - 13 titres, 64m25s - Produit par Nick D'Virgilio – Disponible - www.insideout.de
Rock banal. Honnêtement, qui, à part sa grand-tante, quelques centaines de fans et lui-même, avait perdu le sommeil à attendre l'album solo de Nick D'Virgilio, batteur de Spock's Beard et intérimaire chez Genesis ? Personne. Et qu'est-ce qui aura changé dans le rock après l'écoute de cet album ? Rien. Voici le disque parfaitement creux et inutile de quelqu'un dont on n'a rien de particulier à attendre, si ce n'est son indiscutable et grand talent de drummer. Pour le reste, il propose un rock banal chanté d'une voix sans relief et sans la moindre parcelle d'inattendu. Franchement, il y a des albums solos dont on se demande l'opportunité. En voici un bien ennuyeux exemple. HP
1 - À ranger entre Spock's Beard et la poubelle

Nickelback
Silver Side Up
(Roadrunner) - 10 titres, 39m10s - Produit par Rick Parashar - Sortie début novembre - www.nickelback.com
Rock. Deuxième album d'une formation canadienne qui cartonne chez elle et aux States : Silver Side Up est entré directement en deuxième position des charts US ! "Nous n'avons pour but que d'écrire de bonnes chansons et de bonnes mélodies que le public peut reprendre aux concerts. Et s’il s'en souvient en partant, c'est encore mieux…" Chad Kroeger, chanteur, guitariste et auteur des textes du jeune groupe, est trop influencé par ses aînés ou concurrents. Le rock de Nickelback est efficace, mais trop peu original. Emprunts trop voyants aux 70s autant qu'aux cartons rock US actuels fait de Nickelback, pour le moment, un banal groupe de rock de plus, ce qui n'est déjà pas si mal, mais insuffisant pour qu'on ait fébrilement envie d'y retourner après la première écoute. MEK
1,5 - À ranger entre Metallica et Pearl Jam

Stina Nordenstam
This Is
(Small/Sony) - 11 Titres, 31m59s - Produit par Mitchell Froom – Sortie le 22 octobre - www.stinaonline.com
Cocooning. Si nous avons gagné votre confiance, vous êtes sûrement en possession de People Are Strange, magnifique album sorti en 98. Entre temps, la Suédoise est passée de Warner à Sony, tout en préservant son univers féerique et atypique, un onctueux mélange de mélodies pop aux ambiances down-tempo. Comme précédemment, elle y chantonne d’une voix frêle, sur des compositions d’une extrême sobriété. Car cette pièce d’orfèvrerie est ciselée par des instruments se côtoyant juste pour accroître ces petites touches de magie et non pour surcharger un disque regorgeant déjà d’émotions… À condition de prendre le temps d’en savourer chaque recoin. Entre piano esseulé et guitares éparses, notons la présence de Brett Anderson (Suede) venu en guest. LE
4 - À ranger entre Björk et A Camp

Ozric Tentacles
Pyramidion
(Stretchy/Muséa) - 5 titres, 41m20s - Produit par Ozric Tentacles - Disponible. - www.ozrics.com
Opium électrique. Ozric Tentacles a beau avoir la réputation -pas injustifiée- d'une congrégation de doux rêveurs toujours entre deux espaces et d'être à la musique ce que le tapis volant est à Saint Maclou, voilà des acharnés du boulot : ceci est leur 18ème album, rien moins. Il se partage entre inédit studio et morceaux live, et développe avec le même bonheur éthéré une musique subtilement orientale et définitivement onirique, sinuant joliment entre psychédélisme ancien à la Gong et rêveries trip-hop plus modernes. Entre vapeurs nostalgiques et tangages de rave parties, voilà un groupe typé et séduisant qui n'a jamais eu par ici l'écho qu'il aurait dû recueillir. Il n'est pas trop tard pour goûter à ses paradis pour Shéhérazades électriques. HP
3,5 - À ranger entre Steve Hillage et Orbital

Pinback
Blue screen life
(PIAS) - 12 titres - 51m49s - Produit par Armistead Burwell Smith IV & Rob Crow - Disponible
Rock indie west coast. Après leur confidentiel This is Pinback sorti en 1999, le duo californien augmenté du batteur Tom Zinsor remet le couvert pour ce deuxième album qui confirme son goût pour les morceaux complexes aux instrumentations variées et aux harmonies aussi chiadées qu’éthérées. Si “cette vie sur écran bleu” apparaît au premier abord vaguement soporifique, cette succession de chansons éthérées à l’atmosphère rêveuse finissent par séduire et envoûter l’auditeur. Il faudrait sans doute des mélodies un peu plus accrocheuses pour hisser l’ensemble en première division, mais l’on pourra prendre un plaisir certain à l’écoute de ces balades automnales au parfum aussi délicat qu’entêtant. PR
3,5 - À ranger entre Elliott Smith et I am Kloot

Jean-Luc Ponty
Life Enigma
(JLP/Socadisc) -10 titres, 54m54s - Produit par Jean-Luc Ponty - Disponible - www.ponty.com
Violon bien tempéré. Jean-Luc Ponty jouit du privilège rare, dans le monde du jazz rock ou de ce qu'il en reste, d'avoir su non seulement se faire reconnaître pour ses qualités d'instrumentiste hors-pair, mais en plus d'avoir créé une musique originale et personnelle. C'est ce qui permet de dire d'un côté "Tiens, c'est Lockwood" et de l'autre, "Tiens, c'est du Ponty". Car le Ponty est une vraie musique, élégant cocktail de bourbon jazzy, d'étincelles rock, de subtilités prog et de décors new age. Un véritable prolongement à ce qu'aurait pu donner Weather Report s'il ne s'était pas perdu en route. Cet album permet de goûter à nouveau avec plaisir à cette musique magnétique et vibrante, et Ponty n'a vraiment rien perdu de son fameux coup d'archet. HP
3,5 - À ranger entre Daryl Way et Nigel Kennedy

Pulp
We love life
(Island/Universal) 11 titres - 54m02s - produit par Scott Walker - Sortie le 22 octobre 2001
brit-pop frémissante. Après maintes tergiversations (“Lovelife” puis titre éponyme), le nouveau Pulp a enfin un nom et quel nom : “We Love Life”, “Nous aimons la vie”. Affirmation aussi collective que péremptoire dont l’ironie acerbe prend, par les temps qui courent, une sacrée résonance… Ultime (?) rebondissement d’un disque apparemment enfanté dans la douleur mais qui, contrairement aux pires estimations, se révèle d’une richesse exceptionnelle. Mais attention, la magnificence de cet album ne se révèle pas au premier abord. Plusieurs écoutes sont absolument nécessaires pour pleinement goûter la beauté enivrante de ces 11 perles subtilement mises en valeur par la production à la fois discrète et omniprésente du cultissime Scott Walker. Jarvis plus en forme que jamais, croone, susurre, vocalise à qui mieux mieux et nous livre une fois de plus ses frustrations existentielles et sa vision décalée des choses de la vie au son de mélodies tantôt agressives (écoutez ces riffs de guitare rageurs sur “Minnie Temperly”) tantôt chargées d’une émotion apte à vous coller des frissons dans le dos (“Bad Cover Version”). Pour peu que l’on fasse l’effort d’y pénétrer, entre grandiloquence et dépouillement, un grand, un très grand disque… PR
5 - À ranger après This Is Hardcore

Julien Ribot & le hitoribocchi orchestra
Hôtel Bocchi
(Ici d'Ailleurs/Wagram) - 14 titres, 46m32s - Produit par J. Ribot – disponible - www.icidailleurs.com
Chansons azimutées. Incongru et visuel, ainsi pourrait-on définir le style de Julien Ribot. Plus qu'un simple album, Hôtel Bocchi est une création artistique, misant le tout pour le tout sur le pouvoir évocateur de la musique et sur l'efficacité de l'écriture. C'est ainsi que dès la seconde écoute , l’on se retrouve totalement immergé dans cet univers étrange, perdu quelque part entre Mars et Venus, et que l'on apprend à apprécier ces drôles de personnages. Alors nul besoin d'attendre que la Nasa invente les voyages dans l'espace : Julien Ribot et son Hitoribocchi Orchestra vous offrent un séjour exotique pour bien moins cher, et en prime, vous pourrez passer quelques instants avec Françoiz Breut (sur "?") ou même boire un verre avec une rousse ("Hôtel Bocchi"). Que demande le peuple ? CD'O
3 - À ranger entre Katerine et Etienne Charry

Dick Rivers
Amoureux De Vous
(Edel) - 13 titres, 46m11s - Produit par Patrick Coutin – Disponible – www.d.rivers.free.fr
Dick. Monsieur Dick est amoureux. Amoureux De Vous, tel le proclame le titre de son album et, c’est bien une déclaration d’amour à son public, passé, présent et à venir qu’il nous délivre là. Enregistré à Austin (Texas) sous la houlette de Patrick Coutin, cette galette pourrait bien marquer le retour de ce rocker au cœur tendre sur le devant de la scène. Retour en fait, pas vraiment, puisque notre homme continue au mépris des modes et des fantaisies médiatiques à chanter ces mélodies countrysantes depuis bientôt quarante ans, sans jamais céder à la facilité. “Je voulais manger la vie, j’ai avalé de la poussière sur la route que j’ai choisie, comme une partenaire pour être là aujourd’hui quand s’allument les lumières”. Ce refrain du morceau qui ouvre Amoureux De Vous est le résumé de sa vie, une vie sans concession et qui force le respect. Avec cet album, Monsieur Dick prouve, si besoin était, qu’il est un grand et que nombreux sont ceux qui pourraient s’inspirer de lui. Chapeau bas. DS-D
4 - À ranger entre Plein soleil et Vivre comme ça

Saïan Supa Crew
X Raisons
(Source/Virgin) - 21 titres, 70m 39s – Produit par Saïan Supa Crew – sortie le 23 octobre - www.saiansupacrew.fr.st
Rap. KLR, leur premier album était sorti à l’automne 1999, le single qui en fut extrait, “Angela” eut le succès retentissant que l’on sait et propulsa ce groupe récemment formé sous les feux des projecteurs (KLR deviendra triple disque d’or). X Raisons, c’est X raisons d’aimer Saïan Supa Crew. Ce collectif atypique a accouché d’un opus profond, peuplé de samples originaux et de textes que l’on ne peut attribuer à aucun de leurs congénères. Non dénués d’humour, ils possèdent un univers qui leur est propre et n’hésitent pas à pratiquer une certaine autodérision. Pas moraliste pour deux ronds, ils n’en dédaignent pas moins les sujets graves (le sida, les dérives policières et la guerre des gangs), mais toujours traités avec un certain recul. X Raisons, c’est X raisons d’écouter les Saïan Supa Crew, ce sextet qui a la tête bien faite. DS-D
3 - À ranger entre La Brigade et Rocca

Saliva
Every Six Seconds
(Island/Universal) –12 titres, 51m02s – Disponible - www.salivanet.com
Metal gothique en fusion. Comme ça, tout le monde y trouvera son compte ! La musique de Josey Scott et de son gang est lourde, très lourde même, mais débarrassée de la dimension déprimante qui fait fureur, ces derniers temps, de l’autre côté de l’Atlantique. À l’opposé des Staind et autres Disturbed, Saliva chante les filles, les joyeux ravages alcooliques et la douce joie de la vengeance (“Hollywood” et “My Goodbyes” en remettent plus d’un à leur place), sans jamais regarder en arrière ni pleurnicher sur leur sort, un véritable régal, vous dis-je ! La voix de Josey évoque celles des Grands Anciens du mouvement gothique (les excellents Fields Of The Nephilim en tête), mais en moins outre-tombesque et les guitares vous vrillent le crâne d’une délicieuse façon. Le disque idéal pour se remettre les idées en place, quoi… TS
3,5 - À ranger entre Sisters Of Mercy et Death In June

Sarclo
L’amour Est Un Commerce Mais La Démarche Est Municipale
(Côtes du Rhone/Universal) - 18 titres, 53m22s – Produit par Sarclo – Disponible - www.sarclo.com
Chanson très réaliste. C’est un réel plaisir de retrouver l’ami Sarclo pour son… Douzième opus. Eh oui, cet Helvète caustique et sarcastique n’est pas un débutant et, même si vous n’en aviez jamais entendu parler, il arpente les scènes francophones depuis bientôt vingt ans. L’amour Est Un Commerce, Mais La Démarche Est Municipale, ne mélange pas techno et rap, et rien que le titre tente de prouver qu’il n’est pas prêt de signer sur une major. Et bien, tant pis ou même tant mieux, car cet album est vivifiant et dérangeant, ce qui semble anti-commercial pour certains… 18 titres enchanteurs, appuyés par des textes pointus et sensibles et qui semblent en prise directe avec l’actualité de ces jours sombres : “Le jour où l’horreur va venir, saura-t-on seulement réagir, faut-t-il apprendre à nos enfants, comment tuer les enfants des autres”. Sans commentaires, écoutez ce disque ! DS-D
4 - À ranger entre Boris Santeff et Stephane Block

Scenario
A Fearfull Symmetry
(Muséa) - 9 titres, 45m52s - Produit par Scénario – Disponible - www.musearecords.com
Prog Gladiator. Voici un groupe que tout amateur de prog métal et de raffinements survoltés doit inscrire vite fait sur son calepin à urgences. Ce quintette vient d'Italie –encore !- et se situe sans complexe dans le sillage à haut risque de groupes comme Shadow Gallery ou Magellan. Cela dit, il possède déjà une personnalité affirmée qui tient beaucoup au chant mûr de Tony d'Alessio et à la volubile guitare de Filippo Marcheggiani. La mise en place est impeccable comme elle doit l'être dans ce genre de musique à l'exaspération millimétrée, le savoir-jouer est du niveau courant, donc élevé, des productions transalpines, mais ces gladiateurs progressistes s'imposent surtout par la fraîcheur et le tonus de leurs idées. On n'en voudra pour preuve que le concept de "Godot's Arrival" au surréalisme acide. Beau comme une Lamborghini. HP
4 - À ranger entre Rush et Magellan

Seven Reizh
Strinkadenn Ys
(Yaka Editions) - 11 titres, 73m40s - Produit par Seven Reizh – Disponible - www seven-reizh.fr
Prog breizh. Quel magnifique objet tout d'abord que cet opéra rock breton : le cd se niche au sein d'un magnifique livre-album bilingue développant le beau concept imaginé par Claude Mignon et Gérard Le Dortz. La musique proposée est tout aussi belle. Sur l'idée un peu convenue quand même d'un retour en Ys, voilà un prog rock élégant qui marie avec justesse les embruns celtiques et les grains électriques, pas très loin en fait du sillage d'un Mike Oldfield. Le chant est tout en breton -notamment assumé par la voix éthérée de la Bleuwenn de Tri Yann. L'ensemble séduit et ne laisse nulle place visible à l'à-peu-près, puisque c'est là le résultat d'un labeur de deux ans et demi, et la pièce première d'une probable trilogie. HP
3 - À ranger entre Mike Oldfield et Alan Simon

Sinclair
Supernova superstar
(EMI) - 12 titres, 53m52s - Produit par Sinclair – Disponible - www.sinclair.to
Décalcomanie. Fermez les yeux et imaginez : nous sommes dans les années 80, vous dansez avec nonchalance sur le dernier tube funky dans une boum un dimanche après-midi. Non, vous ne rêvez pas, vous êtes juste en train d’écouter le nouvel album de Sinclair. Il faut reconnaître que notre Jamiroquai français a le don de décalquer à merveille la soul commerciale américaine, à mi-chemin entre funk soupeux vieillissant et R & B actuel : lisse, formaté, conventionnel, peaufiné dans les moindres détails et, de ce fait, dépourvu d’émotion. Il ne manquerait plus qu’un duo avec Ophélie Winter. Cela dit, si l’on considère Supernova Superstar comme un produit de consommation destiné à répondre à une certaine demande, l’objectif est vraisemblablement atteint. CV
2,5 - À ranger entre Jamiroquai et Ophélie Winter

Skindive
Skindive
(Naive) - 12 titres, 51m44s - Produit par Adrain Sherwood et Skinny Puppy – Disponible - www.skindive.ie
Pop & rock. Une énergique petite musique venue d'Irlande (Dublin) pourrait bien vous plaire et rendre accro d'une jolie voix féminine, pas particulièrement originale, mais sensuelle juste ce qu'il faut pour habiller ces chansons entre rock, pop et soft indus. À ce sujet, il est intéressant de voir se repointer Skinny Puppy à la prod, celui-ci, certains s'en souviennent, étant l'auteur, dans les années 80 essentiellement, de précurseurs albums électro-indus. Envoûtante, parfois à la croisée de la poésie de Sinead O'Connor et de la hargne de Siouxie & The Banshees, Skindive mérite un détour très attentif. Leur brouet est riche en ingrédients musicaux divers et le résultat est original et convaincant. Bizarrement, si peu de nouveaux groupes savent qu'il faut créer et non parodier… MEK
4 - À ranger entre Tribe et les Cardigans

Slayer
God Hates Us All
(American/Universal) - 13 titres, 44m06s - Produit par Matt Hyde - Disponible - www.slayer.net
King metal. Il y en a qui contestent, qui revendiquent et qui protestent. Slayer ne fait qu'un seul geste et écrase tout le reste. À ce niveau, il ne s'agit même plus de musique : le guitariste Kerry King et sa bande ont simplement l'intention… de vous en coller une bonne. On a vraiment le sentiment d'avoir affaire à un bulldozer sonore ou à une attaque décibélique en règle. À grand renfort d'accords vengeurs et compacts, de vocaux déchaînés, de rythmiques certes plus lentes que dans le passé mais aussi efficaces, le tout posé sur une production complètement dynamique, le groupe ne laisse pas de répit et vous bombarde les tympans sans relâche. Avec God Hates Us All, Slayer prouve une nouvelle fois qu'il n'a plus rien à prouver (!) et qu'il lui suffit désormais de régner. HD
5 - À ranger entre Metallica et Pantera

System Of A Down
Toxicity
(American/Columbia) - 14 titres, 44m06s - Produit par Rick Rubin - Disponible - www.systemofadown.com
Neo metal. System Of A Down, c'est un peu le Sugar Ray Leonard du neo metal. Comme le boxeur, pas vraiment franc du collier, il utilise plusieurs subterfuges pour balancer des coups imparables. Sur Toxicity, le groupe se présente armé d'un metal fort en punch et il tourne auteur de l'adversaire, s'esquive à coups de passages délicieusement pop et mélodiques, d'interludes groovy, avant de repartir pour une série d'accords puissants et saccadés qui vous arrivent au corps ou en pleine face. Et ça fait mal. On croit qu'il fanfaronne, mais c'est pour mieux détourner l'attention et piquer la bête avec une précision diabolique. Une technique qui fait de lui un élément novateur et original du style. Ils sont assez rares pour être distingués et soutenus. HD
4 - À ranger entre Korn et Pantera

Tarmac
L’Atelier
(Atmosphériques/Sony) - 14 titres, 51m40s - Produit par David Antoniw – Sortie le 16 octobre
frenchy-folk. Lorsqu’un ou plusieurs membres d’un groupe relativement connu (ici Louise Attaque, le “relativement” devenant lui-même tout relatif) s’octroient une récréation méritée, un disque rien que pour le plaisir, l’on se retrouve souvent, au final, avec un mélange plus ou moins bancal, sans autre ambition que de sortir quelques fonds de tiroir perso et de caresser gentiment son ego dans le bon sens du poil… Ici, d’emblée, Tarmac a du corps, de l’âme, de la bouteille presque, et sans s’éloigner trop du continent Louise, déploie suffisamment de nouveaux horizons pour mériter d’être nominé immédiatement comme nouvelle halte indispensable du territoire rock made in chez nous. Pas mal de violon (bien sûr), de grattes sèches qui démangent (évidemment), mais aussi banjo, slide, melodica, mandoline, trompette, percus ; un véritable feu sans artifices !
À l’image de la très belle photo qui orne la pochette de cet Atelier, Arnaud Samuel et Gaëtan Roussel remuent ciel et terre, broient du noir, secouent la fange de cet univers d’ici-bas pour mieux nous la claquer au visage tout là-haut perché on top of this new world (la majorité des textes, tous signés par Gaëtan, sont magnifiques). Intense et suintant de toute part, L’Atelier n’est pas de ces belles histoires figées qui illuminent une platine quelques mois pour prendre ensuite la poussière un millier de strates plus loin des yeux comme des oreilles. Il s’agit d’une jolie pièce maîtresse en perpétuel devenir qui prendra encore longtemps de l’ampleur dans les mois et années à venir et pourrait même s’enrichir de la naissance éventuelle d’autres jeunes pousses… Chapeau bas, messieurs !… CG
5 - À ranger entre Louise Attaque et 16 Horsepower

Therapy ?
Shameless
(Polydor/Universal) - 12 titres, 41m40s – Produit par Jack Endino – Disponible - www.suicidepact.com
Rock brut. Il y a chez Therapy? une volonté, affirmée depuis déjà longtemps, même dans les moments les plus "commerciaux" (Infernal Love, 95), de toujours tout reprendre zéro, de se jeter quasi-physiquement dans le vide à chaque nouvel album. Les résultats sont humainement épuisants et créativement passionnants. Sur "Gimme Gimme Gimme" qui ouvre cet album dingue et fou furieux, Andy Cairns hurle : "Je veux détruire tout ce que je sais / Je veux tout recommencer du début" sur un mur rythmique inouï de beauté sauvage -et, croyez-nous, c'est tout à fait autre chose que la pute qui se trémousse dans la flotte verte une rose dans la bouche et un tube de dentifrice à la main (à moins que ce ne soit l'inverse ?). "I Am The Money", single qui aurait pu, il y a encore quelques années, passer sur les ondes musicales comme jadis son grand cousin "Nowhere" (93), restera, on peut le parier sans prendre beaucoup de risques, dans les tiroirs pourris des programmateurs à courte vue. Et qu'importe si la branchitude inrockuptible soit disant "politiquement incorrecte" dégueule son inépuisable fiel sur ce disque majeur qui, lui, est réellement radical et sans concession. Il est impressionnant d'entendre, de presque pouvoir toucher du doigt la plus fascinante folie rock'n'roll au fur et à mesure que les morceaux s'enchaînent. Extrêmement bruyant et jouissif, Shameless est l'œuvre d'un groupe de la trempe de ceux qui pensent en courant continu. La foi diabolique de ce skeud 500% rock n'a besoin d'aucun prosélytisme, tant il est d'emblée entendu que ce bijou purement anguleux éblouira les uns et insupportera les autres. MEK
5 - À ranger entre Backyard Babies et Hüsker Dü

TransAtlantic
Bridge Across Forever
(NTS/Wagram) - 4 titres, 76m49s - Produit par TransAtlantic –Disponible - www.transatlanticweb.com
Rock architectural. Lorsqu'était paru le premier monumental opus de TransAtlantic, ce qui ne devait être qu'une rencontre épisodique entre quatre talents notables de la prog music était devenu un événement. Une suite s'imposait. Elle fut d'abord live avec le condensé enthousiasmant de leur tournée. Mais voici vraiment ce que nous espérions : un album conséquent qui installe définitivement TransAtlantic comme un groupe établi, et comme la dernière merveille de la scène prog. Pour ce faire, le quatuor Stolt/Morse/Portnoy/Trewavas se devait d'abord, au-delà d'une alchimie de talents superbement combinés, de se forger une musique personnelle. Le premier album, magnifique, jouait quand même beaucoup sur leurs nostalgies et restait fortement marqué par des réminiscences des premières années de Genesis, Yes et King Crimson. Cette phase est aujourd'hui transcendée : le groupe a créé ici "sa" musique, quelque chose qui fait cette fois davantage penser à UK somme toute, et qui, notamment avec deux grandioses suites de vingt-cinq minutes et une subtile architecture de chansons, propulse aussitôt ce cd dans la catégorie majeure des prog albums inidspensables. "Duel With The Devil" est à cet égard exemplaire et montre à quel point l'entité jadis quadricéphale a trouvé son unité dans de généreux et fascinants envols mélodiques. On peut donc bien désormais sans excès de zèle inscrire le nom de TransAtlantic au panthéon des stars de la progressive.
5 - À ranger entre UK et Yes

UB40
Cover up
(Virgin) - 14 titres, 60m23s - Produit par UB40 et Jerry Parchment - Sortie le 23 octobre - www.ub40-dep.com
Reggae grand public. Vingt-et-un ans déjà que les huit increvables acolytes de Birmingham sévissent depuis la sortie de leur premier album. Bonne nouvelle pour les inconditionnels, RAS à l’horizon, si ce n’est que le titre “Cover Up” a été composé à la demande des Nations Unies afin de mettre en garde la population africaine contre le sida. Pour le reste, cette cuvée 2001 demeure enracinée dans la pure tradition d’un groupe fidèle à lui-même, qui ne s’autorise que quelques timides additifs electro à peine perceptibles (seul “Something More Than This” sort du lot). UB40 ne se départit jamais de ce style festif, convivial et prévisible qui a fait son succès. Et c’est les paupières lourdes que l’on achève l’écoute de ces soixante minutes musicales. CV
3 - À ranger avec tous les autres UB40

The Waterboys
Too Close To Heaven
(BMG) - 10 titres, 58m18s - Produit par divers - Disponible -www.mikescottwaterboys.com
Masterpiece. Curieux destin que celui de ce disque qui n’en est pas vraiment un (il s’agit de “chutes” de studio des sessions de l’album Fisherman’s Blues) et qui apparaît comme ça, sans coup férir, quinze ans après son enregistrement, déroulant l’une des plus belles brochettes de chansons qu’on ait écoutées depuis bien longtemps. À la fois déjà bien ancré dans le celtico-folklo revisité, mais encore proche du chef d’œuvre This Is The Sea (l’album avant Fisherman…), ce fort bien nommé Too Close To Heaven alterne les petites pièces comme les longues plaintes (le morceau qui donne son titre à l’album et commence un peu comme la version lente de “This Is The Sea” avant de s’envoler dans de magnifiques boursouflures lyriques : plus de 12 minutes au compteur !). Un disque à part entière plus qu’une accumulation d’inédits donc, à célébrer comme tel. Vivement la suite de la vie parallèle des Waterboys !… CG
5 - À ranger entre This Is The Sea et Fisherman’s Blues

The White Stripes
White blood cells
(Sympathy for the Record Industry/XL/Delabel) - 16 titres, 40m30s - produit par JacK White - sortie le 02 octobre 2001
Garage-rock décoiffant. Détroit : ville de l’acier et du rock pur et dur. De MC 5 en passant par Mitch Ryder et l’incontournable Iggy, on ne compte plus les combos fracassants nés dans la sueur et les étincelles de l’acier en fusion. Dernière bombe en date à exploser dans nos contrées, The White Stripes se réduit en fait à un duo : Meg et Jack White, mari et femme, divorcés puis réunis par une passion commune pour un rock sauvage et décapant. Et à l’arrivée un 3e album (bon courage pour dégotter White stripes et De Stijl, les deux précédents !), brûlot incandescent de 16 titres d’une énergie brute de décoffrage qui ne s’embarrasse guère de fioritures (production réduite à son strict minimum, son quasi “live in the studio”) pour tout sacrifier à l’urgence, à l’impact d’un musique dévastatrice. Amateurs d’un rock léché et alambiqué, rebroussez votre chemin. Pour les autres, une seule consigne : franchissez allègrement ces lignes blanches. Ivresse assurée… PR
4 - À ranger entre The Cramps et The Stooges

Widespread Panic
Don't Tell The Band
(Sanctuary/BMG) – 12 titres, 56m 06s – Produit par John Keane – Disponible - http://www.widespreadpanic.com/
Rock. Pour ces presque vétérans du rock US (il s'agit de leur septième album) l'inspiration semble s'être pour toujours échouée du côté de ces effluves de guitares laid-back mâtinées de jazz-rock, d'influences roots et latines et de quelques échappées vers la soul. Don't Tell The Band est un disque lustré, scintillant même parfois ("Sometimes") et regorge d'expertise instrumentale. Il évoque tour à tour Santana, un Grateful Dead débarassé de ses pesanteurs complaisantes ou même un Steely Dan qui ne se serait pas réfugié dans l'hermétisme musical. On ne peut qu'être épaté, séduit parfois, mais on ne peut aussi que se demander comment une galette aussi typée pourra trouver faveur auprès d'oreilles européennes. CF
3,5 - À ranger entre Steve Miller et The Allman Brothers Band

Shannon Wright
Dyed In The Wool
(Vicious Circle) – 12 titres, 34m 02s – Produit par Steve Albini et Andy Baker – Disponible - www.viciouscircle.fr
Indie Rock. Cet album est le 3° de l'ex-membre de Crowsdell, mais le premier à paraître en Europe. Autant le dire tout de suite, il s'adresse à ceux qui veulent vibrer au son de l'intensité, des émotions extrêmes et des arrangements où le maître mot est la déconstruction. Les "lyrics" sont à fleur de peau, les orchestrations sur le fil d'un rasoir où le baroque se mêle à la fragmentation et les vocaux, rauques et à nu, sont plus proches de la folie que de l'apaisement. Dyed In The Wool est un album lapidaire dans le fond comme dans la forme, capable de vous hanter par les vertiges auxquels il fait appel, certain de vous captiver si vous acceptez de vous laisser entraîner par ces émotions. CF
4 - À ranger entre Edith Frost et Geraldine Fibbers

X Syndicate
Up Your Kilt
(X Syndicate/Wagram) - 10 titres, 37m53s - Produit par Fred Norguet - Disponible - www.xsyndicate.fr.st
Rock bruné (presque sans burnes). Assez proche soniquement parlant de L7 (la première écoute est confondante), cette bande de joyeuses luronnes (accompagnées d’un sosie de Francis Zegut !) semble avoir tout pigé : belle machine rock & roll basée sur de gros riffs rentre-dedans, rythmique en acier trempé, sans prétention mais avec une rage de déflorer les tympans aussi éloquente que nécessaire à la bonne tenue de ce disque sans erreur majeure. Reste à savoir si les cinq assurent autant sur scène (au moment où vous lirez ces lignes tomberont les premiers compte-rendus du festival “Tattoo The Planet”, auquel le groupe participe) ou si, comme dans les moments les plus rapides de ce Up Your Kilt (“Keep Your Head Out”…), il perd en intérêt ce qu’il gagne en intensité. CG
3,5 - À ranger entre L7 et Girlschool