COMPACT #1 - Mars 2000

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

2pac/Outlaws
Still I Rise
(Interscope, 490 413-2) - 15 titres, 72m51s - Produit par divers West Coast

RAP. Voici la énième résurrection du regretté Tupac Shakur en compagnie de partenaires aux pseudos lumineux : Kastro, Napoleon, Kadafi (lui aussi tué par balle), Fatal Hussein, Young Noble et E.D.I., tous mieux connus sous le collectif Outlawz. Avec une lettre ouverte à un certain résident de la Maison Blanche (Letter to The President) les rappeurs étalent leur engagement politique avant de poursuivre dans la traditionnelle cela donne un sentiment de déjà entendu, force est de constater la rage et le talent du rappeur défunt dont la prestation surpasse celle de ses acolytes. YF

3,5 - À ranger entre Starless et Red bombe atomique aux Etats-Unis."

80 : Planet Of Trash
The 28th Poe's Urban Tale
(Trash  Test Entertainement  TTE OO) 7 titres, 20m52s - Produit par Didier Meignent - Sortie fin 99

Rock Experimental à la Sonic Youth. Un beau compliment, non, que de se faire traiter de rock expérimental à la Sonic Youth ? Les similitudes sont nombreuses : guitares saturées ne sachant pas très bien dans quelle direction se diriger, "chansons" destructurées ne conservant qu'un vague rapport avec les formats habituels, batterie prise de folie cognant à contre-temps, saxophone halluciné et hallucinant, voix plaintives essayant de couvrir tout ce joli boucan, etc. Pour un coup d'essai, c'est un coup de maître : il y avait un créneau à occuper et les petits malins (au nombre de cinq) de 80 : Planet Of Trash (joli nom) s'en sont emparé sans coup férir. Seul regret : la durée minimale de cet enregistrement, mais bonÉ TS

3 - À ranger entre Bad Moon Rising  et Daydream Nation 

Anekdoten
From Within
(Muséa, FGBG4325AR) - 8 titres, 51m04s - Produit par Simon Nordberg et Anekdoten - Sortie Janvier 2000.

Prog. Ce quatuor suédois en est à présent à son troisième album, qu'il a inscrit comme les précédents dans la lignée de King Crimson, plutôt celui des années 70 d'ailleurs. C'est dire si ce rock crépusculaire fait la part belle aux marées de mellotron grandiose, aux guitares cancéreuses et aux vocaux tragiques. D'autant que le groupe réussit une jolie synthèse entre les crimsoniennes recettes et les atmosphères du rock gothique, ce qui n'est pas pour décrisper l'ambiance, évidemment. En tout cas, c'est très beau, très convaincant, très prenant, et Anekdoten s'affirme certainement comme le fils le plus futé de Fripp, plus encore que les nippons d'Outer Limits. Ceux qui aiment les beautés suicidaires de ce genre de rock cafardeux et poignant vont adorer. HP

3,5 - À ranger entre Starless et Red

The Angels
Face To Face
(Axe Killer/FGL, 3055872) - 10 titres 36m13s - Produit par Joe Satriani et Eric Caudieux - Sortie février 2000

AUSSIE-ROCK. Fin des années 70, l'Australie résonne déjà depuis quelques années des premiers assauts de la bande à Angus Young, quand apparaissent miraculeusement d'on ne sait où une autre tribu de kangourous électriques branchés sur le courant continu, tout aussi survoltée et tout autant inspirée par le grand Graal sonique. En dehors de liens musicaux évidents, plusieurs points communs semblent rapprocher les deux formations : les fameux studios Albert où ils enregistrèrent leurs premiers méfaits respectifs et l'omniprésence d'Harry Vanda et George Young, découvreurs de talents dont on connait aujourd'hui toute l'importance. Ensuite, pour des raisons qui semblent encore obscures aux amateurs de décibels connaissant autant l'oeuvre des uns comme des autres, la popularité d'AC/DC a explosé aux quatre coins du monde, tandis que celle des Angels (ou Angel City, selon les territoires, ce qui ne les a sans doute pas aidé) était très variée d'un endroit à l'autre. Votre serviteur, puisqu'il est là pour donner son avis, a toujours eu un faible pour les seconds qui, plutôt que de parents pauvres du rock australien, ont fait preuve d'un quasi-sans faute là où la bande des frères Young piétinaient pendant de nombreuses années. Au final, ce premier album, qui vient d'être remasterisé (les autres vont suivre) reste l'un des rares véritables chefs-d'oeuvre produits sur l'île du bout du monde. Un chef-d'oeuvre d'autant plus réussi qu'il n'a toujours pas perdu une ride, plus de 20 ans après sa sortie originelle. Grosse claque assurée !É P.S. : il s'agit ici du tracklisting U.S., différent de l'Australien qui, longtemps fut plus facile à dénicher. Un must doublé d'un collector, en quelque sorteÉ DB

5 - À ranger sur votre pile d'AC/DC
Armored Saint
Revelation
(Metal Blade / NTS / Wagram) - 12 titres, 62m13s - Produit par Joey Vera - Sortie 3 Mars 2000

Heavy Vivace. Armored Saint s'était séparé en 1991, emporté par la leucémie qui était venue à bout de son guitariste Dave Prichard. Tout le monde avait regretté alors et cette fin tragique et la mise en sourdine d'un des groupes heavy les plus prometteurs de la fin des eighties. John Bush avait filé chez Anthrax, mais tout cela méritait une meilleure suite. Et ils ont fini par s'y remettre fin 98, avec un line-up presque d'origine. Bonne idée car cet album de retour est un régal. Après quatre morceaux trashopunks pour réchauffer leur public, les Californiens rappellent ensuite que dans le domaine du riff bien découpé, nettement cisaillé, ils ne craignent aucun concurrent. Trente secondes leur suffisent pour vous écraser de leur science implacable en ce domaine. Ça, c'est vraiment du heavy metal, digne de se nommer ainsi. HP

4 - À ranger entre Judas Priest et Metallica
Beck
Midnite Vultures
(Geffen/Universal, 4905272)11 titres - 58m24s - Produit par Beck - Sortie décembre 1999

Dance-Machine. Revoilou la grande parade multicolore et kitsch du grand malaxeur sonore Beck ! Un petit malin roi du shaker qui reprend à son compte quelques bonnes vieilles recettes, tout en réussissant à faire croire à de nouvelles trouvailles révolutionnaires grâce au rajout de quelques ingrédients rares dont il a le secret. On joue beaucoup sur l'image, le visuel et ça pue évidemment un peu trop le marketing pour être honnête, mais force est de reconnaître que la majorité des morceaux frappent à la bonne porte. Ce mec est un génie, mais comme d'autres génies (Prince, pour ne citer que l'exemple le plus flagrant), il risque fort bien de s'auto-détruire assez rapidement. On sent déjà la rupture approcher à grands pas quand il pète totalement les plombs et, sous couvert de sonorités additionnées à l'infini (la fin de "Nicotine & Gravy" par exemple), fait totalement perdre pied à l'auditeur. On n'en est pas encore arrivé au stade de l'ennui mais le prochain album risque d'être un test important. En attendant, sortez les fringues flashy et oubliez le reste. Groovy baby !ÉET

3,5 - À ranger entre Jamiroquai et T.Rex

Bérurier Noir (Tribute)
Viva Béru
(Macadam/Kerozen/Indica/Outside, INDCD014)) - 16 titres - 50m07s - Produit par divers - Sortie fin 1999.

Sirop d'erable. Les Bérus n'auront pas marqué que le public français, Les québécois aussi ont eu leur dose de claques et comme le dit si bien la minuscule bio accompagnant cet album-hommage, la scène québécoise ne serait pas ce qu'elle est maintenant si les Bérus n'étaient pas venus lui botter le cul ! 17 reprises par 15 groupes dans une ambiance bûcheronne/bon enfant assez remarquable. Beaucoup de styles différents sont abordés, mais toujours avec le soucis de conserver l'esprit originel. Un combat machines/punkitude assez revigorant qui permettra aux nostalgiques de patienter en attendant la plus qu'improbable reformation du groupe (l'album prévu ne devrait finalement jamais sortir, pour de sombres raisons de désaccordÉ artistique ?)ÉET

3 - À ranger en évidence sous la statue de l'Empereur Tomato-Ketchup

Neal Black & The Healers
Gone Back To Texas
(Dixiefrog, DFGCD8501) - 11 titres 53m23s - Produit par Jeff Hamm - Sortie février 2000

BLUES-ROCK. Quel guitariste ! Et cette voix ! Décidément, Neal Black a encore frappé fort et il va falloir désormais compter avec son feeling envahissant, ses riffs puissants et carnassiers, l'harmonica furibard qui lui sert de meilleur compagnon et sa voix chaude et rugueuse. Un blues pas fin pour deux sous, mais d'une profondeur et d'une noirceur bien palpables, qui s'inscrit particulièrement bien dans la nouvelle scène new-yorkaise, Neal Black ayant investi la grosse pomme après plusieurs tentatives plus ou moins réussies dans différents États du Sud (ça s'entend encore !). Quelques reprises (Willie Dixon ou encore Johnny Nash), un morceau traditionnel remis au goût du blues ("Plastic Jesus") et une belle brochette d'originaux se mélant parfaitement à un ensemble cohérent et solide, suppléé par de nombreux invités, dont Jimmy Spacek à la guitare rythmique.SL

3,5 - À ranger entre Johnny Winter et Howlin' Wolf
Blondie
Livid
Beyond/BMG - 17 titres - 76m09s - Produit par divers - Sortie janvier 2000

COME-BACK PATHÉTIQUE. Beaucoup de come-back font sourire. Celui-ci, on ne sait pas pourquoi, mais tout le monde y croyait. Loupé, foiré, dramatiquement ridicule, voilà pourtant à quoi se résume l'album du retour de Blondie, hormis un single ("Maria") qui, malgré des qualités evidentes, a bien eu du mal à contaminer les radios. Personne n'a oublié Blondie mais, finalement, tout le monde semble s'en foutre, comme si le groupe -et ses chansons- appartenait à une époque définitivement révolue. Les ventes furent donc décevantes et, pour combler, le trou, la maison de disques nous propose aujourd'hui un live qui enfonce un peu plus la bande de Debbie Harry dans les sables mouvants d'une guimauve fade et insipide. Même les classiques du groupe (et ils sont bien sîr présents ici en grand nombre) nous ennuient comme ça ne devrait plus être permisÉ SL

1- À ranger

Ray Bonneville
Rough Luck
(Blueside/MSI, BLSCD0599) - 13 titres - 42m07s - Produit par Tim Williams et Ray Bonneville - Sortie fin 1999

BLUES. Difficile de gratter plus près de l'os ! Enregistré live en studio, ce nouvel album de Ray Bonneville est d'une moiteur assez saisissante. Le son de la guitare est gras et chaque note recrache une partie de l'humidité ambiante. Voix en retrait, accompagnatrice fidèle et invariable ; harmonica en second rideau, la musique de Ray Bonneville coule de source et à cette source, on aime se plonger la nuit venue. Un univers d'ombres bleutées, de fin de nuit se confondant avec le jour levant. Guitare électrostatique en bandoulière, la danse des accords mineurs de cette musique majeure se fait plus introspective que voluptueuse. Au hasard d'un coin de rue mal éclairé, d'un fil continu mal cousu sur un jean usé jusqu'à la corde dont on fait les pendus, les mots de Ray se perdent dans l'inconnu d'une vie de meurtrissures sans remèdeÉ SL

3,5 - À consommer entre un bon café bien fort et un Bourbon glacé (ou l'inverse)

Boss Hogg
Whiteout
(City Slang/Labels, SA 4937) 11 titres - 35m53s - Produit par Tore Johansson - Sortie le 11 janvier 2000.

RHYTHM AND BLUES. Épouse de Jon Spencer, qui tient la guitare, Cristina Martinerz et son gang sont, sur ce Whiteout, produits par, entre autres, Andy Gill (ex-Gang of Four) et Jim Sclavunos (Bad Seeds). Si le disque est fortement marqué de rythmiques rhythm & blues et soul ("Chocolate", "Fear for You"), il ne dédaigne pas pour autant un rock plus new-yorkais (un "Nursery Rhyme" percutant en diable) qu'il agrémente parfois de sons que n'auraient pas dédaigné Blondie ou les B52s ("Stereolight"). Notons enfin une utilisation parcimonieuse de beats et de passages programmés permettant de donner au disque une tessiture qui, si elle est moderniste, reste néanmoins sensuelle, et voila un panorama de ce qu'un certain rock urbain US pourrait nous offrir de mieux. CF

3 - A ranger entre Wilson Pickett & Jon Spencer
Bowery Electric
Lushlife
(Beggar's Banquet/Labels, BBCD 213) 10 titres - 50m41s - produit par Bowery Electric  - Sortie le 29 février

GLAUCO-ROCK. Bowery est cette rue de New York qui marque une frontière invisible entre le branché et le pouilleux. Est-ce à dire que la musique proposée par le groupe se veut grinçante ? Que nenni ! Quand un titre d'album met en avant une "vie luxuriante", on comprend bien vite que, si Electric Bowery s'attaque au sordide, il le fait de façon tamisée et déliée. Les visions sont donc nocturnes, comme si le glauque trouvait sa plus juste expression dans l'expression de sensations cachées ; la voix, féminine, est comme distanciée, maintien d'une différence stylisée, la musique enfin, claviers et tempos étouffés, enveloppante comme pour souligner la ténuité entre le velouté et l'ajouré. La Grosse Pomme n'en finit décidément pas d'inspirer ses résidants : elle le fait ici de façon nébuleuse, bien loin de l'expressionnisme hallucinant d'Alan Vega ou des extravagances de Ministry. CF

3 - A ranger entre Psychedelic Furs & Richard Hell
Dee Dee Bridgewater
Live at Yoshi's
(Universal/Verve, 5433542) - 9 titres, 68'01" - Produit Dee Dee Bridgewater - Sortie le 11 janvier

Jazzy. Rien à voir avec le duo Ray Charles/Bridgewater ("Precious Thing"). D'ailleurs, certains ne sont jamais allés au-delà de cette guimauve phonique, voire erreur de parcours. Cependant, réduire à ce single la virtuosité de Bridgewater aurait été un pur sacrilège. Que l'on aime ou non, Dee Dee s'installe en digne héritière d'Ella Fitzgerald, Billie Holiday ou Dinah Washington. N'ayons pas peur des comparaisons, le talent sublime ce live enregistré à Oakland en avril 98. Pétillante, débordante d'énergie, elle tente scat et autres improvisations, glisse "Get Up I Feel Like Being A Sex Machine", feint l'orgasme sur "Love For Sale". Une bonne dose d'humour teinté de swing aux côtés de Thomas Bramerie (contrebasse), Ali Jackson (batterie) et Thierry Eliez (piano/orgue). LE

3 - À ranger entre Carmen McRae et Sarah Vaughan
Yuri Buenaventura
Yo Soy
(Universal/Mercury, 7771) - 14 titres 73' 52" -  Produit par Jose Aguirre Ocampo - Sortie le 7 mars

Salsa. Double disque d'or depuis la consécration de "Ne me quitte pas" et "Une belle histoire", le Latino-américain retente une percée dans les tranchées de la hype salsa, la même qui transforme en terrain de chasse les bars branchés de nos bourgades. Toujours aussi fringuant, cet hybride de Dany Brillant et Sinatra, rejoue la carte des covers, avec à la clef, "Mala Vida" de la Mano Negra (mouaisÉ), "La chanson des jumelles" de Michel Legrand (pas bien !)  et "Your Song" d'Elton John (pas bien du tout !). Quant au reste, il s'apparente davantage à la variété, comme en témoigne le duo néanmoins original Yuri/Faudel, qu'à la fine fleur cubaine, référencée ci-dessous. LE

2,5 - À ranger entre Eddie Palmieri et Papo Lucca
Burgess
Le Nombril Du Monde
(Aliénor records) - 12 titres - 42m18s - produit par Stéphane Teynie - sortie le 6 mars 2000

Pop rock française ; Anciennement L.O.R.A, Bruno Burgess, auteur-compositeur, allie divers genres musicaux qui vont de la fanfare de village ("Meurtre En Fa Majeur 2"), la valse ("Je Te Veux", reprise d'Eric Satie), en passant par le tango ("Nombril du monde"), et les guitares électriques ("L'Oreiller Du Diable"). Depuis 1996, ce catalan d'origine a pu peaufiner ses morceaux après une série de concerts aux quatre coins de la France. On retrouve en invité, sur "Roguerie flasque Près De La Fenêtre", Pascal Comelade, amateur de sons originaux et créatifs, pour un petit air de piano jouet. La couleur musicale est donc peu commune, mais la voix a quelque chose de déjà entendu dans le panorama actuel du rock français. CD'O

3,5 - À ranger entre Miossec et Yann Tiersen
Burning Heads
Escape
(Epitaph/PIAS) - 14 titres - Produit par Jack Endino - Sortie le 12 novembre

Punk rock. Contre vents commerciaux trop forts et marées parfois proches du raz (le bol), ce jeune groupe (à peine dix ans et un premier album fin 92) orléanais maintient un cap que Fu Manchu ne renierait pas. Ils chantent en anglais, hurlent d'espoirs infinis et, surtout, ne lâchent jamais le morceau, mordent et ne baissent pas la garde, se défoncent pour l'auditeur sur des tempos rapides et de simples mélodies à la Ramones, en plus destroyÉ et moderne. Atemporel ? Désespoir poli du rock vrai, ce punk rock là est un exutoire vital pour tout être normalement constituéÉ "Thinking Of The Time", par exemple, est clashien à souhait et malgré un manque d'ouverture d'esprit intrinsèque au genre, on ne peut que louer la foi et l'énergie dispensées ici ! MEK

4,5 - À ranger entre Bad Religion et les Thugs
Camel
Rajaz
(Camel/ MSI) - 8 titres, 58m09s - Produit par Andy Latimer - Sortie décembre 1999

Prog majeure. On ne pouvait décidément pas laisser finir l'hiver sans revenir et insister sur ce qui fut un des albums les plus magnifiques de cette période, à savoir ce nouveau Camel. Andy Latimer, comme à son habitude, a pris tout son temps pour peaufiner cette oeuvre délicate et subtile qui renoue avec l'inspiration saharienne des débuts. Le résultat est un magnifique rêve électrique, diaphane et frémissant, qui dépasse sans problème des choses pourtant aussi abouties que Dust And Dreams et Harbour Of Tears pour renouer avec la cristalline quintessence d'un Pressure Points par exemple. La guitare de Latimer n'a jamais été aussi belle, ses compositions aussi fluides, c'est de la dentelle de son. De quoi oublier en douceur les derniers frimas pour croire à l'éternel printemps. HP

4 - À ranger entre Moonmadness et Pressure Points.

Paddy Casey
Amen
(S2/Small, 494746 2) 11 titres - 43m20s - Produit par paddy Caset & Pat Donne - Sortie début 2000 

FOLK-ROCK. Ancien musicien de rue irlandais de 24 ans, Paddy Casey propose donc sans surprise un folk-rock au phrasé déclamatoire et fortement teinté d'imagerie religieuse. Ses compositions, sans être transcendantes (sic !), s'écoutent sans déplaisir ("Fear", "Can't Take That Away").  Elles s'imprègnent parfois d'une touche de modernité (les "scratches" de "Ancient Sorrow") permettant à ce jeune auteur de ne pas rester figé dans un schéma stéréotypé. Reste que ces efforts demeurent pour le moins parcellaires au regard d'une inspiration bucolico-folkeuse bien trop prééminente. Si elle lui a fourni l'accès au Top 20 irlandais et une nomination comme meilleur chanteur/compositeur, on peut raisonnablement douter que ce répertoire ait un impact qui s'étende au-delà de son île natale. CF

2,5 - À ranger entre  Buckley & Mundy
Cotton Mather
Kontiki
(Rainbow Quartz/PIAS, RTQZ 021) 14 titres - 40m03s - Produit par Robert Harrison & Whit Williams. Sortie en décembre 1999

POWER POP. Bien que Texan, ce trio a gardé le regard éternellement fixé sur Liverpool, les Beatles pour ne pas les nommer, le seul tribut payé à son origine étant de délicates inflexions que n'auraient pas réniées les Byrds. Pourtant, même si les manettes semblent figées dans un passé mythique (harmonies vocales, effets psychédéliques dignes de Revolver), les Cotton Mather parviennent à ne pas sonner comme des revivalistes ou, pire, des imitateurs. En effet, Kontiki se démarque de maints albums power pop par une production on ne peut moderne et surtout des compositions où constructions alambiquées surprennent par une constante richesse inventive. Voilà donc un album qui, si à l'instar de ces autres Texans de ZZ Top, ne prétend pas révolutionner le rock parvient, à l'inverse des derniers nommés, à ne pas s'enfermer dans le lieu commun et le stéréotype. CF

3 - À ranger entre  les Maîtres (cad Beatles) & Byrds
Cox
Belle journée
(Mercury/Universal,  546525) - 13 titres, 50m17s - Produit par Antoine Essertier - Sortie en décembre 1999

Pop rock. Serait-on, enfin, sur la voie d'un rock français sans complexe international -depuis le temps qu'on nous le promet ?! Souhaitons, en tout cas, que cette version (très) améliorée des Innocents (soit moins de références lourdes et plus de simplicité et d'imagination) soit un bon coup pour Mercury, franchement. Difficile, ici, de dénicher le faux-pas, la grosse faute de mauvais goût, l'absence flagrante d'imagination. Ce trio, une bassiste et deux garçons, sait ce qu'il veut : écrire et jouer un rock à la fois puissant et nostalgique, mélodique et entraînant. On pense aux Valentins (en particulier le dernier et scandaleusement boudé Ego Ego) dans ce fin mélange de textes désabusés et de guitares tranchantes, mais aussi à Aston Villa, soit ce qui se fait sans doute de plus décoincé et fonceur dans l'inégal paysage musical français du moment. MEK

3 - À ranger entre Dolly et Véro Ségo
Crazy Town
The Gift Of Game
(Columbia /Sony Music, 485277 2) 14 Titres (plus un caché) - 50m14s - Produit par Josh Abraham et Bret Mazur - Sortie le 8 Février 

Fusion /Hip Hop/Routine. À la question figurant en grosses lettres sur la courte biographie du groupe, à savoir : "Qu'est-ce que Crazy Town ?" ; la première réponse instinctive pourrait être "De la merde en bâton". Mais bon, nous sommes entre gentlemen et journalistes soucieux de faire du bon travail, n'est-il pas ? Donc, après 23 écoutes intensives de ce Gift Of Game, la réponse définitive est "un groupe qui peut faire beaucoup mieux, avec des efforts"É C'est vrai, quoi, qui a besoin de nouveaux Faith No More/Rage Against The Machine/Mass Hysteria ? Personne dans nos locaux, en tout casÉ Les quelques points positifs de cette "nouvelle bombe H en provenance de Los Angeles" (enfin, d'après la bio, hein) : des guitares inventives, chose assez rare dans ce courant musical ; des paroles qui parviennent à écrémer les "Fuck" (sauf pour le ghost track qui en est truffé, un véritable manifeste) et à s'élever au-dessus du niveau de la ceinture ; enfin, un batteur Noir nommé James Bradley Jr vraiment très très fort en chocolat (pardon)ÉTS

3,5 - À ranger entre les groupes cités et la prochaine bombe H.

Sheryl Crow
Live From Central Park
(A&M/Universal, 490574) 14 titres - 73m05s - Produit par Sheryl Crow - Sortie février 2000

ROCK. Alors que sa carrière n'est encore que toute riquiqui, la belle Sheryl se permet le luxe d'un live (présenté sous la forme d'un best of, déjà !} assez ébourriffant. Tous les classiques de la belle sont présents, souvent dans des versions réarrangées de façon plutôt réussie ("Everyday Is A Winding Road") ou de manière plus classique ("My Favorite Mistake"). Comme si son backing-band ne suffisait pas -et ça cogne plutôt dur, donnant une nouvelle dimension à ses chansons, la Dame s'est entourée d'amis chanteuses (Chrissie Hynde, les Dixie Chicks, Sarah MacLachlan et Stevie Nicks) ou guitaristes (messieurs Eric Clapton et Keith Richards, excusez du peu !). Au passage, on remarque que la (pas si) petite assure aussi brillamment quelques reprises, dont un "Tombstone Blues" final assez incroyable réunissant la majorité des invités de marque présents lors de ce concert  enregistré àÉ Central Park ! On ne se refuse rien du côté de Sheryl Crow et c'est tant mieuxÉSL

3 - À ranger entre les deux derniers opus de la Dame
The Cure
Bloodflowers
(Fiction/Polydor/Universal, FIXCD31/543123) - 9 titres - 58m05s - Produit par Robert Smith et Paul Corkett - Sortie 15 février 

CURE PUR JUS. Ouch, Robert Smith réussit le tour de force de nous mettre totalement sur le cul, de tournebouler nos esprits et de faire chavirer nos âmes, ce qui n'était pas arrivé (de façon aussi flagrante et avec une si belle constance) depuisÉ très très longtemps ! À l'exception d'un "There Is No IfÉ" plutôt expéditif, les morceaux sont longs et ont le temps de faire leur chemin, plombés par des atmosphères oppressantes à souhait. Le disque est sombre, cela va sans dire, mais d'une pureté musicale assez déconcertante chez un groupe qui nous avait habitué à des bidouillages rarement réussis maisÉ bidouilleurs. Beaucoup de guitares (acoustiques, électriques, en pile parfois), une rythmique disctrète mais efficace et Robert qui scotche sa voix, immuable, et ses mots, si particuliers. Un morceau et demi suffisent à changer le décor et à plonger dans l'univers de Cure, comme à la grande époque, mais une profondeur presqu'inédite. Rien n'est superficiel dans ce Bloodflowers, chaque mot colle à la peau, chaque mélodie rend encore plus moite une atmosphère tendue à son maximum. Un grand disqueÉCG

5 - Ça nous étonnerait beaucoup que vous le rangiez, celui-là !
Dark Voices
Train Of Thoughts
(Synthetic Symphony/SPV) - 10 titres 34m41s - Produit par Mic S. - Sortie  janvier 2000

Disco débile. "Je croyais que tu aimais ça, ce genre années 80É". Lorsque le grand chef de UP ! formula ce non-sens lexical autant qu'historique après que je lui eu fait part de ma surprise et de mon effroi devant la possibilité d'avoir à chroniquer une telle daube dans son bô journal, je me fixais comme but ultime d'y aller, de le faire, de relever le défi. Mic et Dan sont deux berlinois actuels, qui écrivent une musique trop calculée pour être honnête, mélange de rythmiques boito-disco des années 80, indeed, et de ritournelles variéteuses du pire effet. "Comme la lune et les étoiles dans le ciel/Je te donne mon coeur", brament-ils -et ce sont là parmi les lignes les plus supportables de ce moche ouvrage. Encore un disque inutile, alors ? Nuisible, celui-là, c'est pireÉMEK

4 - À ranger entre Worlds Apart et Modern Talking
Dead Kennedys (Tribute)
In Dub We Trust
(Invisible/Caroline, INV156) 13 titres - 47m57s - Produit par divers - Sortie fin 1999

DUB-PUNK. Passer de Dead Kennedys à Dread Kennedys, c'est-à-dire de l'un des groupes punk les plus originaux et violents d'un genre globalement pauvre, à un album-hommage sous forme de "dubification" de certains brûlots de la bande à Jello Biafra, voilà un pari que réussit assez brillamment la brochette de déglingués notoires qui s'est attelé avec conviction à ce dépucelage sonore (Pigface, Bagman, Moscow Machine Gun, Sheep On Drugs, etc.). "Holiday In Cambodia", "Kill The Poor", "Jock-O-Rama", "Too Drunk To Fuck", "Short Songs", "California Uber Alles" ou encore le trivial "Nazi Punks Fuck Off" (rien que le nom est fort en chocolat !) subissent donc des métamorphoses pour le moins déstabilisatrices. Du bel ouvrage, pour qui aime le dub ; consommateurs de punk passez à autre chose !ÉDB

4 - À ranger Pigface et Dead Kennedys
Deep Purple
In Concert With The London Symphony Orchestra
(Eagle/Sony) - 14 titres - 125m41s - Sortie janvier 2000

PROFONDEUR ORCHESTRÉE. Il est assez marrant de constater qu'à quelques mois d'intervalle sortent des live avec orchestre de Metallica et de Deep Purple car la confrontation de ces deux dinosaures (hard vieille école d'un côté, métal de l'autre) abordent l'exercice avec deux visions totalement différentes. D'un côté, Metallica propose une superposition d'arrangements (Michael Kamen assure le poste du teneur de baguette) sur ses chansons qui restent en avant ; et de l'autre Deep Purple, visiblement plus à l'aise, s'amuse comme rarement depuis des années. Connaissant Jon Lord et son amour pour le classique ("Concerto For Group & Orchestra") il était évident que les vieux requins allaient s'en tirer avec aisance. On ne s'ennuie pas un instant et le choix des titres est pertinent, frisant même parfois l'auto-dérision (un "Love Is All" détonnant et le classique "Smoke On The Water" revisité en final grandiose). Bref, ni plus ni moins qu'une réussite supplémentaire à ajouter au beau palmares des anglaisÉDB

>3,5 - À ranger entre classiques et classique

Youssou N'Dour
JOKO  (From Village To Town)
(Small/Sony) - 15 titres, 64m 03s - Sortie le 8 février

ETAT DE GRACE. Drôle de parcours, que celui de ce petit Sénégalais devenu grand, d'abord tout seul dans son propre pays (immense vedette depuis plus de 15 ans), puis dans le reste du monde, notamment grâce à Peter Gabriel (toujours fidèle, toujours présent, offrant sa voix unique sur deux titres, dont le tétanisant "This Dream"). Après le tube (mérité) "17 Seconds", en duo avec Neneh Cherry (97), l'artiste noir demeure imperturbable et a pris le temps d'enregistrer un album dense, passionnant et aux mélodies aussi fines qu'accrocheuses. Il y chante autant en anglais que dans sa langue natale, le wolof, il y alterne rythmes dansants sur percussions locales et ballades pop (un trio fort réussi avec le Gab et Sting), pour le plus grand plaisir d'un auditeur comblé par autant de talent et par une voix si chaude, si émouvante. Chapeau bas ! MEK

3 - À ranger entre pop et world
Dr. Dre
Chronic 2001
(Polydor/Universal, 490 486-2) - 22 titres, 68m01s' - Produit par Dr Dre et Mel-Man

New West Coast. Les 22 compositions de ce nouvel album de Dr Dre (ex-membre de NWA), où interviennent les représentants de son label (Eminem, HittmanÉ) ainsi que d'anciens compagnons de galère (Mc Ren, Snoop DoggÉ) et Mary J Blige, sont les composantes de l'ultime coup de grâce que pouvait porter ce producteur/rappeur visionnaire à une planète hip-hop défiguré par le succès d'un rap récurrent dans sa forme la plus commerciale. Ce second volet de The Chronic réalisé en 1992 - un album qui allait alors considérablement modifier les règles du hip-hop - apporte la preuve que Dr Dre, aujourd'hui assisté de son disciple Mel-Man, est revenu au meilleur de sa forme depuis le déclin du label Death Row et la mort de Tupac en 1996. Entre des lignes de basse ronronnantes (The Watcher), des synthés lancinants (Fuck U), des guitares entêtantes (Xxplosive) et le piano puissant et enivrant de l'incontournable Still Dre, cet album subtil et homogène dans sa diversité restera un classique. YF

3,5 - À ranger entre Snoop Dogg et Tupac
Dr John
Duke Elegant
(EMI) -12 titres - 66m41s - Sortie le 7 février 2000 

BLUES-JAZZ. Combien de galettes ce bon vieux Dr John a-t-il au compteur ? Suffisamment pour ne plus avoir rien à prouver ; c'est en tous cas l'impression qui se dégage de ce nouveau disque fort bien nommé au demeurant. Noblesse qui évoque grandeur et dignité, élégance éloignée de toute affectation pompeuse et ostentatoire ; bref, voilà un album qui se veut tout sauf vulgaire. Il y a dans ces rythmiques chaloupées et paresseuses, dans ces attaques de sax à la Junior Walker ou dans ces tempos laid back et désinvoltes toute l'expérience de celui à qui, en matière de compétence musicale, on ne la fait pas. Et puisque Duke Elegant n'a pour but que de nous faire swinguer en douceur et partager la richesse émolliente de son rhythm & blues nonchalant, ne boudons pas le plaisir proposé par ce médecin de l'âme et du blues. CF

5 -A ranger entre Duke Ellington & Junior Walker
Eta
Coup d'ETA
(357 Records, CIM1001) - 10 titres, 43m 17s' - Produit par divers

Rap Cagoulé. Passées les présentations et l'attaque de la Banque Nationale de la Rime sur l'intro, les membres de l'Equipe de Terroristes Artistiques livrent sur 7 titres (plus deux instrus) leurs revendications. Contrairement à un autre groupuscule du Pays Basque, leur combat est lyrical, et leurs armes strictement artistiques. MP, Georgetown, Cleverchris et Lucazzi posent un flow clair et percutant sur des instrus, souvent mélancoliques, construits simplement d'un beat, une basse et d'un sample ou d'un piano. Le fameux Black Mozart (concepteur au sein de Ménage à Trois) a réalisé Pris pour cible, auquel participent Daddy Lord C et la rappeuse Diam's. Le chanteur Medi T intervient sur Lascars de Lux et Hold-Up,  alors que sur Rien à Perdre, c'est au tour de la jeune AB Solo de prêter sa voix soul et sensuelle à un album réalisé en indépendant (sur 357 Records) et inscrit dans un discours social et militant. YF

3,5 - À ranger entre La Cliqua et Fabe
Hermanas Ferrin
Mi Linda Guajira
(Virgin, 8484172) - 14 titres - 63m27s - Produit par José Padilla & Armando Macchado - Sortie le 22 février

Divas. À l'opposé des compilations sorties cet été, du tapage autour de Yuri Buenaventura, les soeurs Ferrin s'imposent en matière de tradition, et ce, en toute discrétion. Voilà pourquoi Mi Linda Guajira est leur premier album, alors qu'elles bénéficient d'une excellente réputation, maintenue au fil des années, à Santiago. Là-bas, Mercedes et Esperanza y jouent un rôle essentiel dans le patrimoine musical féminin, en s'évertuant à partager la scène en compagnie des plus grands artistes cubains. Tout comme ce pays, le chant des divas semble suspendu dans le temps, authentique et résolument contemporain dans les textes, sans se fourvoyer dans les méandres de la salsa pour cadres endimanchés. LE

3 - À ranger entre Ruben Gonzalez et Cesaria Evora
Fishbone
Present : The Psychotic Friends Nuttwerx
(Edel/Hollywood Records, 0121792HWRP) - 10 titres, 45m10s - Produit par Steve Lindsey

Skunky Funk. En perpétuelle mutation, Fishbone affiche dorénavant une certaine accalmie sonore. Exit l'avalanche de grattes assourdissantes, voire beat tellurique. Cette fois, la formation afro-américaine opère un retour aux valeurs musicales traditionnelles. Histoire de brouiller la donne, ces déjantés du groove en profitent donc pour convier à leur jam, des pointures telles : Flea, le bassiste des Red Hot, George Clinton, Charles et Ivan Neville, etc. Autant dire que cette potion funky relève du culturisme : la performance est musclée (a priori un reste de lésions dues à la période metal), punchy à souhait. Un nouvel opus qui prendra sans doute toute sa dimension lors de la prochaine tournée ! LE

3,5 - À ranger entre Nils Landgren Funk Unit et Red Hot Chili Peppers
Freedom Call
Taragon
(NTS  / Wagram 3055842) - 5 titres 27m59s - Produit par Freedom Call - Sortie Janvier 2000.

Metal Wagnérien. Bien que ceci soit un demi-album, les Germains tendus de Freedom Call ont visiblement décidé d'y mettre les bouchées doubles. Et c'est peu dire que ce disque vous dépeigne férocement. Déjà diplômés en prog metal bien lesté, ces Allemands semblent ici s'être pour de bon spécialisés dans l'épique et le Heavy Walkyrie. Des choeurs emplis de hargne, des riffs à la Durandal, on y va de bon coeur chez ces gaillards qui réconcilient Carl Orff et les hymnes de stade. Avec comme cerises d'acier sur ce gâteau explosif la participation de Biff le Saxon à l'épopée du jour, et une reprise version Hiroshima du "Dancing With Tears In My Eyes" d'Ultravox ! Si. Même que Midge Ure rhabillé en cuirasse, cela a sacrément de l'allure. HP

3,5 - À ranger entre Carmina Burinés et Rhapsody
Rory Gallagher
BBC Sessions
(Buddha/BMG, Import US) 22 titres - 127m11s - Produit par divers - Sortie second semestre 99

BLUES-ROCK. C'est avec un pincement au coeur qu'on pense à Rory Gallagher qui, en plus d'être un guitariste prodigieux bourré de feeling et de générosité (il ne s'était pas donné le surnom de "guitariste du peuple" par hasard, believe us !) était un homme hors du commun adoré de tous ceux qui avaient la chance de le rencontrer. Malheureusement, la roue tourne pour tout le monde et Rory a tiré un mauvais numéro et par la même occasion sa révérence. Ne nous restent alors qu'une dizaine d'albums plus communicatifs les uns que les autres et le souvenir de concerts mémorables. Pour aider nos petites cellules grises à bien recoder le génie de ce grand monsieur vient de sortir un double-album ahurissant de fraîcheur et d'honnêteté avec un disque live et un second enregistré (live aussi, cela va sans dire) dans les studios de la BBC. Soit au total plus de deux heures de bonheur total. Frissons assurésÉSL

2,5 - À cacher sous son oreiller
Phil Gammage
Lowlife Street
(Last Call/Wagram, 3O55312) 10 titres, 43m36s - Produit par Phil Gammage & Dave Lee - Sortie fin janvier 2000

Folk Rock Nostalgique. Bel exercice de style de la part de l'ex Certain General (et, à nouveau, membre à part entière, vu qu'un album flambant neuf de ce groupe méritoire est sorti en fin d'année dernière !) et ex Corvairs (Ah, bon sang! c'était quelque chose, les CorvairsÉ) Phil Gammage, guitariste, vocaliste et compositeur très important dans le rock depuis le début des 80s, une sorte d'hommage à tous ceux qui l'ont éclairé et inspiré, Robert Johnson en têteÉ L'aspect volontairement surrané, désuet et minimaliste de l'entreprise nous laisse sans voix devant la beauté des chansons que sont "Easy For You To Say", "The Valley Of Fear" et autres "Sunbelt Wasteland". Décidément, le Gammage n'a pas fini de nous surprendre et de toucher à tous les genres possibles et imaginables : new wave ténébreuse avec le General, country rock classieuse avec les Corvairs, musique hors-concours en solo et même rythmes de Salon & ambiances latines (le projet Voodoo Martini) quand ce n'est pas du jazz new-yorkais avec les Scarlet Dukes ! TS

4 - À ranger entre Robert Johnson et le Ramblin' Jeffrey Lee Pierce
Laurent Garnier
Unreasonable Behaviour
(F Com/Pias) - 12 titres, 72m28s - Produit par Laurent Garnier - Sortie le 14 février

Technomotion. Le troisième volet du français dame le pion aux étrangers dont les play-lists regorgent habituellement. Un aboutissement dû à une longue période de réflexion au cours de laquelle, Garnier s'est replié sur lui-même, opéré un incontestable travail d'introspection. En fait, il s'agit ici de son premier véritable album, le sien, mûrement accompli via de profondes convictions. Une objectivité invisible des précédents opus, trop influencés par la scène de Detroit ou peut-être l'effervescence d'un microcosme nocturne fédérateur de tendances. Non, il ne subsiste pas grand-chose de ses premières joutes électro, et ce nouvel élan confirme que le meilleur reste à venir. Quant au label, F Com, il agrandit sa troupe de quelques perles rares dont nous reparlerons prochainement. À suivreÉ LE

3,5 - À ranger entre Aphex Twin et Carl Cox
Gerard/Ars Nova
Keyboards Triangle
(Musea, FGBG 4306AR) / 7 titres, 54m57s - Produit par Numero Ueno, Gerard et Ars Nova - Sortie Janvier 

Claviers Ivres. Entreprise joliment émoustillante que celle initiée par les deux rejetons japonais d'ELP, à savoir les progmen survoltés de Gerard et les filles débridées d'Ars Nova. Leurs albums respectifs nous avaient déjà largement convaincus de leurs impressionnants talents, mais ils frappent cette fois un coup majeur avec ce Tribute voué aux claviers-rois. Le répertoire a été judicieusement choisi : du Emerson, Lake & Palmer, évidemment (dont l'inévitable "Tarkus" assumé par les Ars Novettes), du Wakeman bien sûr, mais aussi des emprunts judicieux à la prog italienne, dont Banco et l'irrésistible PFM. Au-delà de la virtuosité étalée, au-delà de la performance parfaitement assumée, il y a surtout ici beaucoup de vitalité à déguster.  HP

>4 - À ranger entre ELP et Rick Wakeman

Giroux-Mahjun
Jail of Love
(Last Call, 3054722) 11 titres - 39m50s - produit par Jean-Louis Mahjun - sortie courant janvier.

TRADITIONNEL. Violon et mandoline (Mahjun) alliés à une guitare swing et tranchante (Giroux), le moins que l'on puisse dire est que cet alliage franco-français n'a pas son pareil pour délivrer une musique cosmopolite où se mêlent rock & roll, blues, zydeco ou accents tziganes. Voilà donc un troisième album plus que facétieux, où les contorsions instrumentales ne sont que des outils mis au service d'une bonne humeur communicative et où les prouesses techniques, monumentales pourtant, semblent s'effacer derrière une pyrotechnie réjouissante. Alors que métissage et world music peuvent paraître souvent synonymes de conformisme sérieux, Jail of Love renoue avec une tradition originelle, celle qui dit que la musique se doit d'être avant tout enjouée et festive. Un régal ! CF

4,5 - A ranger entre Robert Johnson & Big Bill Bronzy
Headline
Voices Of Presence
(NTS/Wagram, 3053112) - 10 titres 57m36s - Produit par Didier Chesneau - Sortie Janvier  2000.

Prog Metal d'Ici. Mazette ! Nous ne sommes pas habitués à tant de fastes de la part de nos groupes nationaux. Headline ne lésine pas : enrobage graphique superbe, musiciens plus que convaincants, une chanteuse qui tient son rang sans frémir, un prog metal élaboré et inspiré qui s'élève parmi les plus travaillés du genre. Voilà vraiment du beau boulot, qui offre un regain d'espoir à propos d'une scène rock française bien peu convaincante ces temps-ci. Tout serait presque parfait avec ces gaillards (et gueuse) du tonnerre de Dreux s'il n'y avait ce mixage pas vraiment réussi qui n'arrive pas à mettre en valeur les atouts du groupe. Ce sera sans doute mieux la prochaine fois. Voilà en tout cas un groupiot de cheux nouzotte à surveiller de très près. HP

4 - À ranger entre Angra et Rhapsody

Heavy Metal
FAKK 2
BMG, 74321732342) 18 titres - 73m56s - Produit par divers - Sortie février 2000

METAL-HIC. Oublions d'emblée la bêtise qui consiste à donner une suite à Métal Hurlant, le dessin animé culte du début des eighties, et concentrons-nous sur sa B.O. qui, à l'instar de l'original (Blue Oyster Cult, Cheap Trick, TrustÉ), propose un panel assez intéressant/réjouissant de métal bien trempé (Machine Head, MDFMK, Insane Clown Posse, System Of A Down, Queens Of The Stone Age, Full Devil Jacket, Coal Chamber, Pantera, n'en jetez plus !) et de choses plus douteuses (Billy Idol et Bauhaus), calées en fin d'album (au jeu du come-back foireux, Billy Idol gagne haut la main, comment se fait-il qu'il n'ait pas encore été foudroyé par le ridicule, à force de collectionner les prestations foireuses ?). Bref, une compil de plus déguisée en B.O., pour Métal-Maniacs en mal de sensations (très) fortesÉDB

4 - À ranger entre Pantera et Coal Chamber
Beth Hirsch
Early Days
(Vital Song) 10 titres - 36m41s - Produit par Paul Simm et Phil Hudson - Sortie janvier 2000

Pop jazz. Si vous connaissez la demoiselle pour sa participation au dernier album de Air, vous allez être surpris ! Après un vinyle et un maxi parus presque simultanément, Early days est un album très calme, un peu trop même parfois. On regrettera notamment l'absence de batterie ou de basse pour dynamiser ces rythmes ultra-coulants joués, sans précipitation, par la guitare et le piano sur des accords mineurs. À remarquer cependant les belles percus du dernier titre, sur lesquelles se greffe l'organe de Wassis Diop. La voix de Beth Hirsch, quant à elle, se délie impeccablement, oscillant entre jazz vocal et pop de qualité. CDO

3 - À ranger entre Léa Andréone et Cassandra Wilson
Intik
Intik
(Columbia/Sony Music) - 16 titres 59m44s - Produit par - Sortie le 5 janvier 2000

Rap/Ragga. Il arrive qu'un album vous prenne aux tripes, sans que l'on y prenne garde, ce premier opus d'Intik est de ceux-là. Alors que la production des rappeurs hexagonaux est prolifique, mais d'une qualité parfois discutable, arrivent quatre jeunes d'Alger avec leur Rap-Ragga époustouflant et l'on se surprend à espérer. Et si l'avenir venait de ce pays déchiré ? Après neuf ans à tourner un peu partout dans leur pays, les quatre d'Intik ont fait escale à Paris pour enregistrer leur première galette et le résultat est saisissant. Des textes ciselés, en arabe et en français, qui parlent de souffrance et d'espoirs, de galères et d'injustices subies, de la difficulté d'être un jeune aujourd'hui en Algérie. Ils ne se contentent pas d'être des témoins passifs mais balancent un grand coup de gueule, dans l'optique de faire bouger les choses, de faire prendre conscience à cette jeunesse que l'avenir est entre ses mains : "Écoute bien ce style, ce ne sont pas des paroles en l'air." Les morceaux Hip-hop alternent avec les morceaux Reggae, relevés à la sauce Chaâbi. Pas d'oeillères, pour Intik, pas d'a priori non plus mais une grande lucidité d'esprit et un appel à la sédition :"Faut se bouger, faut se réveiller; les jours passent comme des balles, les problèmes, la mouiseÉ Réveille-toi, secoue-toi, sors de ce cauchemar." Les Intik ont des choses à dire et ne font pas de détour, leur constat est sévère mais ils n'ont pas abandonné toute espérance : "Alger sous les bombes, psychose dans les quartiers, si on continue comme ça, il n'y aura pas de rescapés, unissons-nous tout de suite, c'est le premier pas vers la paix." Cet album c'est leur bouteille à la mer, le cri d'une jeunesse qui étouffe, et qui, traversant la Méditerranée nous donne une leçon de courage et de sensibilité, qui nous manque parfois par les temps qui courent. N&DSD

5 - À ranger entre 113 et Mafia Maghrébine

JAY-Z
Vol.3... Life And Times Of S. Carter
(Barclay/Universal, 546 815-2) 6 titres (+ 2 cachés), 74m 17s - Produit par DJ Premier,      Rockwilder

Swizz Beatz, Timbaland. Ghetto Music H Après avoir vendu plus de 5 millions d'exemplaires de son dernier album, Jay-Z fait désormais partie de la jet set des rappeurs aussi prolifiques et opulents que poursuivis par la justice. Ses détracteurs lui ont souvent reproché de s'être éloigné de la rue en délivrant des albums majoritairement commerciauxÉ Ils seront heureux de savoir que Vol.3... Life And Times Of S. Carter est construit sur un concept quelque peu différent : les titres complaisants destinés aux radios sont entourés d'une bonne dose de street life aux beats et lyrics audacieux et risqués (notamment du côté des productions de Timbaland). Ceux qui ont apprécié le tube planétaire Hard Knock Life se réjouiront en écoutant sa réplique Anything avec un refrain reprenant des choeurs interprétés par des enfants dans la comédie musicale Oliver ! YF

3 - À ranger entre Puff Daddy et Nas
The Jesus Lizard
Bang
(Touch  & Go/Import UK) 20 titres - 59m35s - Produit par divers - Sortie fin 99

ROCK BOURRIN. Jesus Lizard enfonce le clou (facile vu la pochette) avec la sempiternelle rondelle contenant singles rares, inédits et morceaux live. L'occasion idéale de refaire le poing (non, y'a pas d'faute ! Y'a pas photo non plus !) avec cette bande de brutus mal léchouillés qui semble bel et bien avoir splitté. Ne sniffez pas sous la pluie, soyez forts mes gaillards et réjouissez-vous de cette dernière giclée de rock & badaboum sous acide ! Petit détail : le CD est à mid-price chez nos amis brittons, ce qui peut éventuellement aider à l'achat, mais coûte curieusement beaucoup plus cher chez nous. Sans doute le tunnel sous la Manche est-il désormais taxé à 80 % ?É ET

4 - A ranger entre reptilien et batracien
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