Palais des Congrès à Paris - 23/01/02

David Gilmour en concert au Palais des Congrès avec un orchestre à cordes...

Au premier abord, l'entreprise laisse sceptique. Fan des Floyd habitué aux méga rassemblements en plein air, aux déploiements pharaoniques de rayons laser, d'éclairages multicolores et d'effets spéciaux surréalistes, aux technologies acoustiques les plus sophistiquées, aux bousculades dans la foule, aux effluves de ganja persistantes, tu te retrouves dans l'une des salles les plus chicos de la capitale, fief de Charles Aznavour et Liza Minnelli. Et là, le roi David apparaît, tout seul, armé d'une guitare sèche. Les premières notes de « Shine on » retentissent dans un silence monacal. Frayeur. A-t-il attrapé le syndrome Springsteen ? Va-t-il nous infliger deux heures unplugged de folk anesthésiante? Le saxophoniste Dick Parry le rejoint sur scène pour parachever ce premier morceau. Et puis, soudain, la magie, entre rêve et réalité. Une quinzaine de musiciens sont arrivés. Quelques cordes, oui, mais aussi un batteur, un pianiste... et même une mini chorale... ! Quand on n'est pas spécialement amateur de ce genre d'exercice (à savoir les chansons revisitées et complètement chamboulées), on part avec un a-priori négatif : pourvu qu'on n'ait pas droit à du Pink Floyd version musique d'ascenseur. Grave erreur ! David Gilmour sait ce qu'il fait. Et ce qu'il fait est simplement magnifique. Les titres floydiens, judicieusement choisis, exhalent la même intensité sensorielle, la même puissance impériale, qu'à Versailles en 88 ou Chantilly en 94. Moins abasourdissantes, certes, mais plus oniriques. Identiques et différentes. Des arrangements superbes, qui ne dénaturent pas les oeuvres originales, un violoncelle qui fait une subtile incursion par ci par là, la profondeur enveloppante d'une contrebasse. Des jeux de lumière feutrés, sur un décor de rideaux en velours. Les choeurs sont renversants de beauté, la prestation de Gilmour et des musiciens décoiffe. Les chansons cultes (« Comfortably Numb », « High Hopes », Wish You Were Here »...) alternent avec des compositions poignantes, divinement mélodiques, issues de ses albums solos. Tout à coup, le choc, l'invité surprise : Rick Wright est là ! Le clavier des Floyd en personne est LA ! Le temps d'interpréter un (très beau) morceau de son cru, d'enchaîner sur deux-trois titres du bon vieux temps, et il s'éclipse en toute discrétion. Le show se termine en apothéose sur « Shine On -Part II ».

Eblouissant, extatique, lyrique, on en ressort scotché et ému jusqu'aux entrailles, rongé par cette angoisse lancinante : combien d'années faudra-t-il attendre avant la prochaine fois ? CV