Olympic,
Nantes, Samedi 10 novembre 2001
Hawksley
Workman est un grand. Il est le premier sur scène, devant une
petite salle qui n'est pas encore pleine quand il débute son
show (c'est bien le mot !). En une huitaine de titres, durant
trois quarts d'heure, il enchante et conquiert tout le monde (alors
que très peu connaissent sa musique) par son talent de chanteur
expressionniste et de compositeur touche-à-tout. Gros déconneur
extrêmement concentré, il s'éloigne à grands
pas de l'image, fausse, dont certains l'avaient affublé, d'un
Jeff Buckley un chouilla excentrique. Rien de la pesanteur et du premier
degré ronflant de feu-Jeff (aussi doué fut-il pour son
art pop) et tout de la théâtralité déglinguée
d'un Freddie Mercury ou, plus récemment, d'un Jarvis Cocker.
La proximité en plus, et c'est fondamental puisque, d'un micro
à un porte-voix, d'un striptease bidon à une grosse
veste de poils rouges, Hawksley, canadien qui parle à peine
quelques mots de français, se délecte de ses jeux avec
un public qui le suit, plus conquis et demandeur après chaque
nouveau morceau ! Au Café de la Danse, à Paris,
deux mois plus tôt, il était seul en scène avec
une guitare et un piano mais cette fois, il est accompagné
d'un groupe : un bassiste, un guitariste, un claviériste
et un batteur. L'ensemble est très bon, cogne dur, joue rock
et fait encore plus scintiller les éclats d'une musique dont
les intentions sont déjà hautes placées. Les
Beatles et leur plaisir / génie à confronter la douceur
d'un piano romantico-bastringue et les riffs chantants d'une guitare
électrique stridente ? On est dans cet esprit libre, novateur
et cette rigueur nonchalante-là, oui. Le
showman offre une version ahurissante de drôlerie et de maîtrise
(les grands clowns sont d'infatigables travailleurs) de Sad House
Daddy (du 1er album), pour un piano, deux manches à balais
(lui) et quelques claquettes (lui aussi)... C'est
le seul des quatre sets qui est encore applaudi plusieurs minutes
après que les lumières se soient rallumées. Curieux
(comme pas mal d'autres) de découvrir Bosco sur scène
(l'intox de la couv' Inrocks n'y étant pas pour rien), je reste
à siroter de gentils Picon-bières pendant les ennuyeux
Simian (plusieurs fois le même morceau à rallonge -à
la- Syd Barrett, -à la-Can, -à la-) puis les encore
plus monotones Télépopmusic (assez envoûtants
sur disque, en faisant la vaisselle, froids et absents sur scène).
Ainsi,
Bosco conclue la soirée. Dès le troisième titre,
la salle commence à se vider, presque aussi rapidement qu'elle
s'était remplie pour Hawksley Workman en un titre. Agacement
d'autant plus palpable d'un public qui comprend, rapidement, qu'il
a attendu pour pas grand chose. D'un album, chroniqué et fort
apprécié par moi-même, où l'humour et le
plaisir à manier les sons et les samples sont flagrants, l'on
passe à un cirque live bruyant et lourd, qui rappelle instantanément
que n'est pas Depeche Mode ou même Daft Punk qui veut. Sur scène,
Bosco balance des trucs pré-enregistrés, joue quand
même un peu dessus (un batteur et un bidouilleur) parce que
bon, c'est pour un concert, les mecs, et chante d'une (faible)
voix trafiquée ce qui, tout de suite, plante un mur entre le
public et eux. Cette non-communication est mortelle. Derrière,
en grosses lettres sans imagination, quelques mots extirpés
des chansons et, souvent, un We Need Bosco d'autant plus hors-sujet
au regard d'un aussi flagrant gadin.
Hawksley
Workman fut le seul à ne recourir à aucun de ces maigres
artifices. Ni strobos de discothèque, ni projos prise de tête.
Car l'univers musical de Workman se suffit à lui-même.
Il n'a pas le besoin impétueux des autres de camoufler leurs
failles, leurs faiblesses et leur manque d'inspiration derrière
de la forme dénuée de tout sens. MEK