Evreux
2001
Cette
année, pour la première fois, des COMPACT Men furent
dépêchés sur quelques festivals. On ouvrit le
tir à Evreux, les 29 et 30 juin, avec ce qui demeure l'un
des plus sympathiques festivals proches de Paris, principalement
car il a décidé de conserver sa taille humaine. Résumé
d'un festival haut en décibels, via le gang bang journalistique
qui suit, écrit à huit mains et quatre nombrils par
votre serviteur, Lo, MEK & Caro, élément féminin
non négligeable qui permit à notre stand d'attirer
quelques chevelus enfumés de plusÉ
Le
vendredi, 4000 personnes s'étaient donné rendez-vous
(deux fois plus le lendemain, qui affichait complet) pour une programmation
certes moins alléchante que le samedi, mais tout de même
très intéressante. Quand
K.L.U.K., formation locale, démarra les hostilités,
seulement quelques centaines de "Jeuns" (label d'origine contrôlé,
voir plus tard), curieux et à peine réveillés
(il n'est que 16 h 20) s'étaient plus ou moins entassés
devant la scène B. Dommage pour les absents, qui loupèrent
un show certes court mais rondement mené, dans des ambiances
rappelant quelques gâteries bjorkiennes et autres trip hoperations
de bon ton. À peine 5 minutes qu'on avait posé nos
fesses derrière une montagne de COMPACT que l'on prenait
notre première surprise en pleine poire. Les Tokyo Overtones,
qui suivirent sur la grande scène, ne m'ayant pas laissé
un souvenir particulier, je passe le relais à qui voudra
bien le prendreÉ Goof
Les
Tokyo Overtones, qui suivirent sur la grande scène, démontrèrent,
une fois est parfois coutume, que les français, quand ils
sont doués et bosseurs, ont des potentiels internationaux
tout à fait évidents. Le public arrive lentement (mais
assez sûrement) et le quatuor les attire irrésistiblement.
Accrocheur et racé, leur rock ("entre Radiohead et dEus",
nous racontent les responsables locaux qui n'ont pas complètement
tort) est encourageant et promet, espère-t-on, une relève
rapide (à arriver, après un 27ème Best Of de
TéléphoneÉ) et solide (il faut durer, les mecs !).
Enhancer,
du métal hardcore hexagonal pur jus, se prend (pourquoi pas !)
pour Rage autant que pour No One Is Innocent. Bruits assourdissants
de basses et autres hurlements vocaux plus ou moins humains posent,
sans détour, les cartes sur la table (de mixage). Agaçants,
au début du set, par trop de systématisme dans leurs
non-mélodies et leurs vomissements bourrins, l'on finit,
étrangement (mais le Diable n'est jamais très loinÉ),
par entrer dans la machine, à headbanger en cadence et à
s'énerver pour la bonne cause, celle du rock'n'roll qui tache
et qui indélébilement marque. Sur
la petite scène, Modest Mouse (de Denver, USA) est attendu.
Non pas que la présentation du Débile de service (le
sextasomique payé par la mairie pour faire les transitions)
soit particulièrement alléchante ("you-èss-hé,
amééééérica, younaitiidstéts",
plein de bons mots de ce genre), mais bon, les 16 Horsepower ne
sont pas là le lendemain, et l'on se dit que le large chapeau
ecclésiastique du chanteur pourrait laisser présager
du meilleurÉ Il se trouve que ce groupe ne démarre jamais !!
Petits riffs de guitare indicibles (et pour cause !) et ébauches
de compositions, l'on a, pendant une demi-heure, l'impression qu'ils
repètentÉ Plutôt navrant lorsque l'on se souvient,
quelques heures plus tôt, alors que le public n'était
pas encore sur le site, que les Têtes Raides "balançaient"
leur set du soir tard comme un véritable "premier concert
avant le vrai" ! Bref, les mini rongeurs nous emmerdent un
peu (beaucoup) et l'arrivée magique de Chumbawamba sur la
grosse scène redonne foi à ce public mixte de plus
en plus nombreux, moyenne d'âge 18 ans (comme nousÉ), n'attendant,
finalement, qu'une seule chose : s'éclater ! Seul
MEK fusionne avec cette belle jeunesse et sait apprécier
le kischissime et néanmoins professionnalissime set des anglais,
entre délires visuels (les vieilles et les jeunes chanteuses,
les costumes Barnum) et solidité indémodable des compositions,
aussi mélodiques qu'énergiques. Du grand grand cirque !!
Pendant
ce temps-là, sous la tente du Banana Club, la "troisième
scène" du festival dédiée aux DJs nous
offrait Roudoudou, trois fois, et ça a du être trop
classe, Roudoudou, mais bon, impossible de savoir qui irait quand
les autres de notre soudé groupe resteraient, pauvres hères,
le regard et les tympans rivés à ce rock dégénéré
que les deux scènes principales nous proposaitÉ Roudoudou,
pardonne-nousÉ MEK
Des
litres de bière et quatre bons mètres de sandwiches
plus loinÉ L'envie d'avoir une bonne andouillette à l'oignon
(hé héÉ) nous tenaille toujours l'esprit tandis qu'autour
de l'atrium, les vierges virevoltes au rythme des watts. Planté
face à la scène, notre irréductible tipi tient
bon le cap face à ce raz-de-marée de "'jeuns'',
trop amorphes à notre goût. Un avis que ne partagent
pas les pollueurs de nappes phréatiques, installés
à notre gauche (le hasard fait bien les choses), hilares
de voir qu'ici l'herbe ravigote même les boeufs du rock &
roll. À coup de slogans éculés, cette confrérie
en profite d'ailleurs pour enrouler les troupes shootées
au camembert fermier, ivres de cidre, le sourire ultra-rilettes.
Sur scène, Marianne Faithfull entame son setÉ "Hein ? CommentÉ
C'est pas elle ? T'es sûr MEK ?" (extrait d'un dialogue
de sourd-dingue entre deux pressions). "Ben non, c'est Tom McRae !".
"Wow, c'est quand même vachement bôÉ ". Re-glouglou
entre deux refrains, les yeux étoilés, rivés
sur les lumières d'un show sobre mais haut en couleurs. Chapeau
bas McRae, car ce n'est pas easy de créer un tel instant
solennel alors que sur la scène B, Java commence sa balanceÉ
D'ailleurs, ce serait l'unique reproche (hormis la différence
de niveau sonore) que l'on peut faire après coup. Certes,
la proximité des deux scènes évite au public
de courir entre chaque concert mais salope un poil le live en cours,
ponctué durant un bon quart d'heure par ces mises au point.
23h45, K2R Riddim inspire la foule, laquelle inspire sans ménagement
ces émanations from Kingston : Les sacs de couchage
jonchent le sol. Au bar, les merguez sont froides et sur notre stand,
un électricien de la ville complètement torché
fout le bronx. GGGrrrÉ Un "hi fuckers" détournera notre attention :
Nashville Pussy met le feu ! 01h30, tel un coup de clairon,
la cavalerie se met en branle histoire de voir en chair et en os,
keskistrame derrière tout ça. Non seulement les chattes
de Nashville assurent mais en plus, elles valent le détour.
On en oubliera même la présence du batteurÉ Ou celle
du chanteur (un pote de Boris Karloff). Fichtre, les donzelles déménagent,
et si la délicieuse guitariste n'avait pas enlevée
son T-shirt, on aurait pu croire qu'Angus s'était travesti
pour l'occasion. À dire vrai, on assiste ici à l'unique
passage rock burné du festival. Ça fait chaud au coeurÉ
Ou saliver selon l'angle. Toujours sur la pelouse, on grommelle
devant un tel vacarme, la Croix-Rouge annonce une rupture de stock
de boules Quies. Forcément, à cette heure, on a Les
Têtes Raides et l'escargot dans la coquille. Il fait froid !
Lo
La
nuit s'annonce courte, bourdonnante (toutes ces débibels !)
et variéeÉ MEK, passablement éméché,
décida, comme ça, paf, d'aller faire un tour dans
les rues de Rouen. Oui oui, comme ça, en pleine nuit !
Sûr qu'il doit en connaître les recoins les plus secrets
car, vu de l'extérieur, ce programme ne s'annonce pas particulièrement
excitant. Finalement, il finira non pas dans un champ comme on l'eut
cru, mais dans un formule 1 ; ce qui, question confort, n'est
guère différent ! Lo
et Caro, eux, partageaient la même chambre (chambre twin,
svp) et on ne saura rien de cette nuit, si ce n'est qu'ils zappèrent
gaillardement -et avec un malin plaisir- entre le concert de Springsteen
sur Canal et le film de cul du moment (sur Ciné machin) et
que Lo mit un certain temps à émerger le lendemain
matin, après avoir vainement perdu trois griffes sur la couverture
de Caro, à essayer de la lui arracher. La pauvre, elle porte
encore les stigmates de sa souffrance : 4 heures de sommeil
recroquevillée dans une cote de maille, avec trois épaisseurs
de couverture scotchées et serrées entre ses petites
quenottes !É Quant
à votre serviteur, rentré plus tôt, pour cause
d'inaptitude à apprécier les Têtes Raides plus
de 20 secondes, il, pardon, je, on ne va pas commencer à
parler de nous à la troisième personne, on n'est pas
dans R&F, merde !É Je -donc- ne trouvais pas mieux que
de laisser ma voiture sur la place du marché, pour la retrouver
au petit matin, ensevelie sous les cageots de crevettes, les pancartes
et les sacs de fruits et légumes (véridique !).
Quelques
nouvelles bières, pizzas et autres joyeusetés plus
tard, tout le monde reprit la direction de l'Hippodrome d'Evreux
pour une seconde journée qui s'annoncait -et fût- bien
supérieure à la premièreÉ Goof
Après
une (courte) nuit de sommeil (note de Goof : qu'est-ce que
je disais, la pauvre !), nous voilà de nouveau revenu
sur l'hippodrome pour cette seconde journée de festival.
Si la première étant une mise en jambe plutôt
agréable (n'oublions pas la prestation fort remarquée
de notre slameur Saul Williams qui malgré quelques petits
problèmes techniques le réduisant à deux bonnes
minutes de silence, nous délivra un set incroyablement énergique,
aussi convaincant que celui donné aux dernières transmusicales
de Rennes), cette dernière ligne droite n'était pas
faite pour nous décevoir. Le début d'après
midi était placé sous les auspices jamaïcaines :
King Riddim, suivi de Percubaba, investissent la grande scène.
Soleil et cigarettes euphorisantes rendent le succès de l'affaire
évident. Entre temps sur la scène B, Kampec Dolores
entonnent des refrains hongrois rapidement fatigants, pourtant soutenus
par une base mélodique séduisante. Seulement rien
à faire, on se croirait sur une galère viking, le
fouet remplacé par la voix nasillarde de la demoiselle. Peu
importe, les artistes défilent sous nos yeux éblouis
par une luminosité apaisante de fin d'après-midi.
J'en profite pour faire une petite pause. Retour sur la grande scène :
Asian Dub Foundation, les chouchous londoniens de nos rendez-vous
estivaux, envoient la sauce. No problem, ça fonctionne parfaitement.
Trois quart d'heure plus tard, téléportation instantanée.
On se plonge voluptueusement dans la pop acidulée de Mickey
3D. Plus accoutumée aux salles intimistes qu'aux grands plateaux
en plein air, l'exercice semble leur convenir. Tant mieux puisque
les trois loustics entament un tour de France qui passera entre
autre par Belfort, Carhaix, St Malo, La Rochelle etÉ le Québec
! Quant à nous, il est temps de rejoindre le Banana
Club où le trio U.H.T (ce n'est pas un nom, mais ne nous
fions pas aux apparences) offrent devant un public restreint un
set prometteur. Contre-basse, platines (celles que l'on avait déjà
croisées aux côtés de Julien Loureau) et samples
se frottent, se piquent, se confondent. Et si au bout de quelques
titres la chose commence à tourner en rond, il n'en reste
pas moins qu'avec Rubin Steiner et DJ Roudoudou, U.H.T offrit un
bon moment de musique électro revigorante. En sortant le
nez en dehors de la tente, on se dit que les choses sérieuses
vont commencer. Collation de prévention afin d'affronter
les événements à venir. C'est parti !
Caro
Sans
doute égarée quelque part ans la quatrième
dimension, Caro a oublié la prestation apocalyptique de International
Noise Conspiracy (énorme, bassiste qui saute dans tous les
coins, batteur-pieuvre, guitariste au bras de deux mètres
et garage-punk extraverti à tous les étages, par l'un
des fleurons du label suédois Burning Heart), celle complètement
hystérique de Jon Spencer Blues Experience (hurlante non
stop, rythmes concassés et prise de risques maximum qui,
dans les meilleurs moments, n'était pas sans rappeler la
glorieuse époque des Cramps) et celle, enfin, plus contenue
de Spor, ces anciens No One Is Innocent qui ne cessent de nous surprendre
avec leurs lourdeurs psychédéliques faisant penser
à de lents Black Sabbath sous acideÉ Petit saut dans le temps,
il est presque 23 heures et Hooverphonic a la rude tâche de
calmer nos tympans entre Jon Spencer et Muse. Le groupe a sans doute
réussi puisque personne n'a le moindre souvenir de leur concert.
Étaient-ils bien présents, au fait ? Enfin,
Muse, non pas la tête d'affiche de cette seconde soirée,
mais bel et bien l'événement du festival, nous laissa
tous sur le cul. J'en suis encore tant retourné que je laisse
le mot de la fin à Lo, qui saura sans doute mieux que moi
vous résumer cet éblouissant concertÉ Goof
Coincés
dans le carré réservé aux acteurs de ce festival,
nous étions là, à zigzaguer entre le stand
de Oui Fm et les PC du service de presseÉ Muse s'y livrait aux interviews,
tandis que leur manager nous proposait une partie de foot avec le
trio, tout en découvrant Compact, avec ses bébés
en couverture. Pas franchement emballé (enfin, pour ma part)
par la proposition et surtout trop préoccupés à
maintenir la foule sur notre stand, nous allions devoir patienter
un peu avant de voir ce que le combo avait dans le ventre. WowÉ
Les bambins n'ont pas fait dans la dentelle. Dès le premier
coup de gratte, tous les stands furent immédiatement désertés,
laissant en vrac sandwiches et mousses en cours de préparation.
Il aurait fallu nous voir, l'oeil en alerte, l'oreille dressée,
marchant comme des somnambules en direction de la scène.
Incroyable, le trio que nous avions laissé jouer aux cubes,
il y a peu, revenait nous réciter leur leçon, comme
des grands. Ah le trio, ça assure, surtout avec Muse aux
manettes de ce savant cocktail mêlant le génie des
harmonies et sa mise en scène sans artifice. Tournoyant sur
lui-même, sautant, courant, Mat ce soir-là nous crachait
à la tronche son venin tout en perchant sa voix à
la limite du casse-gueule. De la haute voltige que ce funambule
assure majestueusement. Pourtant nos tympans s'attendaient au pire.
Eh bien non, Muse nous a emballé, nous a retourné
le temps d'un gig 200% rock, si bien que rester pour Sergent Garcia,
n'avait plus aucun sensÉ D'ailleurs, le public fût aussi rassasié
que nous à en croire le lieu vidé de moitié
aussitôt après le concert. Et lorsque l'on sait que
le combo n'a pas effectué sa balance lui-même, on réalise
que la perf ne tient pas du miracle mais du talent. Plus tard, les
têtes symétriquement alignées vers la sortie
s'échangeaient commentaires et stupéfaction, les yeux
gorgés d'un incommensurable plaisir. Le festival touchait
à sa fin en beauté et nous avions eu, nous la Compact
team, le frisson que nous étions venus chercher. Qui aurait
pu croire qu'à une heure de Paris, nous serions si près
des étoiles, de ce nirvana rock habituellement estampillé
Francofolies, Dour ou portant le pavillon Breton ? Une chose
est sûre, Compact n'est pas prêt à laisser tomber
une organisation qui se bouge et répond présent d'ores
et déjà à l'édition 2002. En attendant,
allez voir Muse ! Lo