![]()
Luc Besson, ou le paradigme de la censure culturelle capitaliste
par Philippe Boisnard
Noam Chomsky dans son dernier livre, La Fabrique de lopinion publique,
traitant de la manipulation médiatique en rapport au pouvoir politique
des Etats-Unis, met en évidence parfaitement le fonctionnement du contrôle
des possibilités critiques au sein des démocraties libérales.
Ainsi, alors que les démocraties sévertuent à lutter
contre les Etats totalitaires ou les Etats religieux notamment et surtout
islamiques au sens où la liberté dexpression ne
serait pas possible, Chomsky demblée explique que loin dêtre
un lieu de liberté médiatique, les démocraties libérales
par la collusion entre politique, économique, et possibilité
daccession à la visibilité, développe des systèmes
duniformisation/restriction de la parole, de linformation, de
la critique. Cest ainsi quil peut écrire en rapport à
ces démocraties qui sollicitent la libre entreprise : « il est
bien plus ardu de détecter la présence dun système
ou dun modèle de propagande dans le cas des médias privés,
en labsence de censure officielle, et cest encore plus vrai quand
les médias se font une active concurrence (
). Ce qui est loin
dêtre évident (et peu discuté par les médias),
cest la nature limitée de telles critiques, autant que la criantee
inégalité qui régit laccès aux ressources
; cela se répercute autant sur laccès aux systèmes
médiatiques privés que sur leurs comportements et leurs performances
».
En effet, comme cela est apparu déjà en France avec laffaire
Jourde face au Monde des Livres et Sollers, la censure ne sexerce pas
en définitive seulement par le seul pouvoir politique, revendiquant
le monopole de linformation, mais selon des enjeux économiques,
amenant que si un organe de presse est assez influent, il peut court-circuiter
toute critique dune manière a priori, imposant par sa puissance
économico-médiatique son propre credo.
Dernier avatar de ce système laffaire Brazil/Besson.
Besson, comme le rappelait Hervé Deplasse dans « Comment Besson
ma tuer mon cinéma » publié dans le numéro
4 de Brazil, est en effet le pur produit du jeu des influences médiatiques,
et de lappropriation de la visibilité populaire. Car, comment
comprendre que lui, ce cinéaste en effet sans grand talent au niveau
de ses films, jouant sur les clichés les plus éculés
de limaginaire narratif et filmique, ait pu obtenir une telle visibilité,
si ce nest en surfant sur la reproduction du modèle américain
du montage et de lintrigue, modèle, qui il faut le souligner,
semble être lun des seul à pouvoir être promu par
les médias généraux (télévisuels et press-people),
ne cherchant aucunement à découvrir, mais seulement à
être caisse de résonance des modes outre-atlantique ? «
Le cinéma de Besson » comme lanalyse parfaitement larticle
de Hervé Deplasse, « fonctionne comme un pur produit marketing
et ne tient compte à aucun moment des règles qui régissent
ce quon appelait autrefois le septième art ». Besson, ainsi,
nest pas quun mauvais cinéaste, mais cest aussi ce
producteur, pouvant nous déverser la médiocrité des TAXI
(sous-produit limite série télévisée américaine),
ou encore des Yamakasi, film invraisemblable, sans queue ni tête, moins
bien filmé et interprété que nimporte quelle sitcom
de ce monde qui tourne en rond.
Et pourtant, ayant su surfer dès les années 80 sur sa popularité,
après le médiocre Subway puis laffligeant Grand bleu,
films pour lectrice de 20 ans ou Jeune et Jolie, il a peu à peu réussi
à sapproprier les médias et façonner son image
de vrai cinéaste au point dobtenir faut-il en rire ????
la présidence du Festival de Canne de 2000, lun des lieux
de défense du cinéma dauteurs.
Cest ainsi que le Besson nouveau, cheveux décolorés, et
ventre repus (va-t-il mattaquer en diffamation ? il a intérêt
de faire du sport avant !) , non content davoir atteint sa popularité
genre Prime-time, veut maintenant cadenasser toute possibilité de critique
vis-à-vis de lui, et dans cette logique, le très bon magazine
indépendant Brazil.
La faute commise par Brazil ? simple : avoir publié une chronique précise
et bien étayée dHervé Deplasse, qui après
une longue dissection des emprunts et des synopsis des films de notre Besson
international, sest posé la question de savoir, si le cinéma
ne lui permettait pas dobtenir les jeunes femmes qui lui seraient impossibles
dobtenir au vue de son physique ingrat. Merde, on ne le niera pas :
il est pas beau. Merde, on ne le niera pas non plus, il a quand même
sacrément tendance à flirter ou être en couple avec les
actrices quil fait tourner !
Le prétexte de la diffamation sur ses frasques sexuels, est bien évidemment
creux. Ce quil ne supporte pas cest tout simplement, quun
magazine qui touche véritablement les passionnés de cinéma,
et donc qui peut sinscrire dans le temps et construire une réelle
généalogie danalyse (car en effet certains de ce magazine
proviennent déjà de Starfix comme lexplique Christophe
Goffette à Frédéric Vignale lors dun e-terview
reprenant cette affaire), puisse ainsi le brocarder, remette en cause son
aura, et émette lhypothèse que derrière son regard
de chien battu, il y a létincelle dun assassin du cinéma
français dauteur.
Or portant ainsi plainte, Besson, point dupe des rouages économiques
propres à la survie des petits magazines, demande 50 000 EUROS de dommage
et intérêt, de quoi assassiner toute trésorie de structure
de faible ampleur. Pas la sienne pour sûr. Dès lors, nous le
percevons, non content de dupliquer les techniques marketing et médiatiques
au niveau de la commercialisation de son cinéma, il en vient à
reproduire la même logique que celle mise en évidence par Chomsky
aux Etats-Unis, et qui peu à peu tend à se généraliser
en Europe (cf. le modèle Murdoch en Angleterre par exemple).
Espérons alors, que cette affaire ne fera pas juris prudens, et que
sa plainte sera déboutée.
