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Mercredi 30 mai
2001, l'Olympia
Après
une attente considérablement longue due à des raisons qui resteront
consciencieusement tues, nous accédions enfin au lieu du crime où
sévissait déjà Mickey 3D, la formation la plus attachante
et talentueuse de la chanson française du moment. Certes c'est un peu
facile, mais nous sommes ici (le web, ndrl) dans un lieu de liberté
d'expression sans entraves, paraît-il. C'est pourquoi ce qui sera dit
ne doit pas être pris comme un léchage de bottes pragmatique
et médiatique, mais bien comme un sentiment objectif (s'il peut en
être) d'une amatrice de bonne musique. Nos trois lascars donc nous ont
livré une heure entière de leur répertoire atypique,
éclairés par quelques lampes, vêtus de leur simplicité.
Rien que cela aurait pu nous satisfaire. C'était, cependant, pour le
désormais célèbre breton parisien que l'Olympia affichait
complet ce soir-là. Un rien anxieuse de voir Yann Tiersen et sa musique
intimiste affronter une audience d'une telle ampleur, lui qui sait si bien
faire croire qu'il ne joue que pour vos beaux yeux, je frissonnais finalement
aux premières acclamations de cette nouvelle star des Français.
Car avec le succès de la fameuse BO du film de Jeunet et celui, moins
voyant (plus mérité ?) de son dernier album, on pouvait
s'inquiéter à juste titre de la tournure qu'allaient prendre
les événements : notre Tiersen de l'incomparable Phare
pourrait-il, se trahir, nous trahir, au profit de cette nouvelle gloire ?
Quelques instants plus tard, à peine le temps d'écarquiller
grand les mirettes et les écoutilles, que mes dernières craintes
disparaissaient. Sous une horde d'applaudissements, le monsieur faisait son
entrée en scène aux côtés d'un quatuor à
cordes pour entamer un début de set intense et aussi émouvant
qu'aux premières heures (beaucoup de titres de La Valse des
Monstres et du Phare). Vint ensuite le moment attendu par tous, et plus
spécialement des fans têtes raidiens dignement affublés
de T-shirts qui s'étaient répandus, tel un nuage de fumée
odorante et agricole, aux quatre coins de la salle : Christian Olivier
et ses confrères rejoignirent le plateau pour un instrumental tonique,
quelques titres après que la douce et frêle Claire ne nous offrent
sa voix cristalline à briser les coeurs les plus résistants.
Christian Quermalet (l'homme fantôme le plus omniprésent des
bonnes productions françaises : co-producteur du dernier Superflu,
partenaire des débuts de Yann, leader des Married Monk) s'est, comme
d'habitude, illustré par un jonglage instrumental entre batterie, guitare,
basse et chant (il reprit sans difficulté aucune « Les Jours
Tristes » initialement chanté par Neil Hannon de Divine
Comedy). On découvrit avec curiosité la prestation en demi-ton
de l'actrice Natacha Reigner en duo avec Yann Tiersen, puis enfin plus assumée
en solo. Dominique A, que l'on attendait plus, vint satisfaire nos désirs
de fans toujours friands de bons tubes en entonnant « Monochrome »
puis « Bagatelles ». Après presque deux heures
d'adhésion totale et d'émotion pure, de titres savamment réarrangés
à diverses sauces, alors que le second rappel s'achevait, sans y croire
vraiment, une cigarette au bec, Tiersen réapparaissait : et ce
fut le coup de grâce. Électrique et foutrement osé, il
nous livra un instrumental d'une force sans égale, guitare vrombissante,
violon torturé, batterie déchaînée (la collaboration
avec Ezekiel aurait-elle inspirée cette ballade écorchée
vive ?. Si quelqu'un connaissait ce titre qu'il n'hésite pas à
nous dire où trouver cette perle rare
Un dernier acte plutôt
courageux pour ceux qui voyaient en lui un faiseur de mélodies douces
et sans heurt. Mais il fallait être prêt à tout ce soir-là.
Repue et éreintée, je rentrais chez moi avec la certitude que
je reverrais encore ce musicien avec autant de plaisir que la première
fois. CD'O
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