Témoignages :

Virginie Despentes
Profession : écrivain
N'ayant aucun lien de parenté ou d'alliance avec les parties,
Déclare…

Pour qu’un journal ait un intérêt pour le lecteur, il est impératif qu’il ait la liberté de défendre ce qui lui semble important, et de descendre ce qui lui semble nuisible. Si les journalistes d’une rédaction n’ont pas le droit d’échafauder des théories, de s’inventer des maîtres et de désigner des ennemis, alors le journal n’a plus aucune sève, il devient un ramassis de publi reportage avec de belles photos. Des journaux comme ça, il y en a des gratuits posés en pile à la porte de tous les Megastore : les gens marchent dessus. Or, Brazil est un journal bien. Un des rare à essayer de proposer quelque chose, à donner le sentiment que le cinéma n’est pas qu’un lieu à vendre du coca pop corn, à faire partager l’idée que les films peuvent être importants pour la vie des lecteurs.
Aujourd’hui, Brazil est attaqué pour un papier anodin à propos de Luc Besson ; soit disant pour diffamation. A la lecture du papier, on ne comprend pas bien ou est la diffamation, rien d’insultant, rien d’exagéré, voilà simplement quelqu’un qui n’aime pas le boulot de Besson. Avouons que ça n’a rien d’exceptionnel. Et quand bien même ça le serait, avouons qu’on a bien le droit d’en penser ce qu’on veut, du boulot à Besson.
C’est de ce droit là qu’il s’agit. D’un côté Brazil, journal sympathique atypique et intéressant, qui fait bien son boulot de journal. De l’autre, un producteur milliardaire, qui nous propose d’entrer dans une nouvelle ère du capitalisme : le capitalisme stalinien. Non seulement il faudra supporter un système absurde et l’invasion sur tous nos murs des affiches de chaque film que Bébesse impose, mais encore, il faudra supporter tout ça en silence. Dorénavant, seuls les journaux qui ont les moyens de payer de très lourdes amendes auront le droit de faire des articles émettant quelques réserves… rires dans la salle.
Le producteur Jean Luc Besson exige le silence de ses contemporains. Il attaque un fanzine en diffamation, ne réclame pas l’Euro symbolique mais une amende extravagante, c’est à dire la mort du journal. Luc Besson envoie un signe très fort à tous les critiques de cinéma : fermez vos foutues gueules.
Si Brazil est condamné, les kiosques perdront un journal, ce dont ils se remettront, mais le journalisme perdra son droit à la mauvaise foi, à l’insulte et à la critique acerbe : tout ce qui fait sa superbe. Toute la presse est concernée. Tous les lecteurs sont consternés. Bienvenue dans le troisième millénaire !

VIRGINIE DESPENTES


LENNE Gérard,
Profession : Journaliste
N'ayant aucun lien de parenté ou d'alliance avec les parties,
Déclare être profondément choqué par les poursuites dont la revue BRAZIL est l'objet de la part du cinéaste Luc Besson.
Je suis critique de cinéma depuis 1967 et journaliste professionnel depuis 1971, date de mon entrée au magazine Télé 7 Jours. Je dirige le service cinéma de cette publication. Je suis depuis 2000 Président du Syndicat Français de la Critique de cinéma, association qui existe depuis une quarantaine d'années et qui compte 220 membres.
Je tiens tout d'abord à rappeler que le cinéaste Luc Besson doit une partie de sa carrière à la critique. Son premier film, intitulé LE DERNIER COMBAT, a été présenté au Festival du film fantastique d'Avoriaz en janvier 1983. Il avait été choisi par un Comité de Sélection dont je faisais partie, avec d'autres critiques de cinéma comme Robert Benayoun, Jean Chatel, François Forestier, Colette Godard, Catherine Laporte, Monique Pantel et Jean-Claude Romer. LE DERNIER COMBAT a été constamment défendu par nous au cours de ce Festival, où il a finalement obtenu, non seulement un Prix spécial du Jury, mais aussi le Prix de la Critique.
Le cinéaste Luc Besson, jusque là inconnu et âgé de 22 ans, a accepté ce soutien de la critique de cinéma et n'a pas refusé ce Prix de la Critique. Dès lors, il a sans doute estimé que ce soutien allait de soi, qu'il était naturel qu'il reçoive de la critique éloges et louanges. Les relations ont commencé à se gâter lorsque la critique a émis sur ses films des jugements plus nuancés, voire négatifs.
L'attitude du cinéaste Luc Besson aujourd'hui à l'égard de la revue BRAZIL apparaît donc comme un manque de fair play. Il y aurait à ses yeux deux poids, deux mesures. Comme si la critique n'était acceptable que lorsqu'elle émet des jugements positifs.
Au cours de 32 ans de carrière, il ne me souvient pas avoir vu un cinéaste intenter une action en justice contre la critique. Il me faut remonter pour cela à l'année 1964. J'étais alors lecteur de la revue LES CAHIERS DU CINEMA, et je lus dans son N°158 (août-septembre) la publication d'un jugement du Tribunal de grande instance de la Seine. Le cinéaste Claude Autant-Lara avait assigné la revue pour une critique de son film TU NE TUERAS POINT parue en octobre 1961 et signée Jean Douchet.
Je note que le cinéaste Claude Autant-Lara demandait à l'époque une somme de 50.000 F. de dommages et intérêts (la revue LES CAHIERS DU CINEMA étant vendue 4 F. le numéro). La proportion est équivalente aujourd'hui, le cinéaste Luc Besson demandant 50.000 € (la revue BRAZIL étant vendue 3,90 € le numéro).
Le critique avait écrit, en particulier: « C'est le film d'un sexagénaire atteint de sénilité, si effrayé par son impuissance et par la venue de la mort qu'il se réfugie dans la mystique… »
Parmi ses attendus, le tribunal avait jugé cette action "en partie fondée" mais "la demande très exagérée". Par ailleurs, le jugement déclarait que "le Tribunal doit éviter de sanctionner indirectement l'exercice normal des droits de la critique", droits qu'il définissait ainsi: « la sincérité du critique, fût-il seul de son avis, exclut la faute, alors même qu'il y aurait préjudice très grave ».
En conclusion, il condamnait les CAHIERS DU CINEMA à un franc de dommages et intérêts et à la publication du jugement.
En vertu de ce précédent, il me semble que rien de justifie que la justice se prononce aujourd'hui différemment, dans un cas tout à fait équivalent.
Je suis averti que la présente attestation doit être produite en justice et que toute fausse déclaration de ma part m'expose à des sanctions pénales.

GERARD LENNE


Terry Gilliam
Profession : Film Director
Having no familial relationnship or alliance with the parties
Declare :

I would like to add my support for the magazine, Brazil, in the current action against it.
Unlike so many current film magazines who seem to be little more than an extended part of the studio distribution system, Brazil is intelligent, opinionated, scurrilous and passionate about films. As a small publication it is also very vulnerable to financial attacks by successful and litigious filmakers or studios if their articles happen to offend. I don't always agree with their opinions but I do feel it is absolutely vital that they must be allowed to express them. A vocal and independent press is an endangered species in our current society and must be protected.
The article in question seems to me to be no more unpleasant than some of the opinions printed in other publications about myself and my work. Of course it hurts, but to be a film maker you have to have thick skin. It goes with the territory.
I've been warned that the present testimony must be used in justice and that any false declaration expose myself to penal sanctions.

Terry Gilliam


Bellamy Jerry (Cadre supérieur chez Seven Sept/Metropolitan)
N’ayant aucun lien de parenté ou d’alliance avec les parties,

BRAZIL me fait l'honneur d'abriter régulièrement mes éditos, mes chroniques.. C'est peu dire que je partage la colère, la tristesse et l'indignation de son rédacteur en chef. Devant tant de mauvaise foi et de haine, le seul mépris ne suffira pas. Puisque la justice doit s'en mêler, il importera qu'elle se souvienne d'un fait reconnu, établi: Luc Beson est un copieur. Doublé d'un prétentieux. L'ensemble de sa production, à l'exception éventuelle du Grand Bleu, est constitué d'emprunts aux films les plus marquants de plusieurs générations (de Star Wars aux Aventuriers de l'Arche Perdue). On pourrait disséquer chacun des plans du 5è Elément sans y trouver la moindre parcelle d'originalité, mais ce n'est plus notre propos. Il s'agit aujourd'hui de se faire l'écho d'une injustice d'autant plus inacceptable qu'elle ne sera pas sans répercussions sur la traditionnelle liberté de la presse d'opinion. Jamais, à aucun moment, Brazil ni aucune autre publication éditée par Banditscompany ne s'est engagée sur le terrain pourtant beaucoup plus lucratif de la presse à scandale. Jamais cette publication n'a cherché à atteindre l'intégrité de M. Besson ni à révéler quelque pitoyable secret d'alcôve. Dans cette malheureuse affaire, il ne s'est agit encore une fois que de l'expression d'une opinion - le terme est à souligner - d'un pamphlet par ailleurs remarquablement argumenté. Souvenons nous de la célèbre phrase de Beaumarchais, exergue d'un de nos quotidiens les plus célèbres: "Sans la liberté de blâmer, etc..". J'attends pour ma part de pouvoir écrire un jour l'éloge de Luc Besson. Au vu des récents évènements, j'en doute de plus en plus.

JERRY BELLAMY


DUPONTEL Albert
Profession :Acteur/réalisateur
N’ayant aucun lien de parenté ou d’alliance avec les parties,

Déclare être choqué par le procès intenté à la revue « BRAZIL » .
Tout d’abord au nom de la simple liberté d’expression pour laquelle ce procès est véritablement une insulte et ensuite eu égard à la qualité de cette revue qu’en tant que professionnel et surtout cinéphile, je tiens en haute estime.
C’est l’esprit « Sans Concessions » ,comme annoncé en accroche du journal qui en fait tout son intérêt à un moment où la culture semble partout se plier au dictat du marché ,ce marché puissant et incontournable et qui se révèle de surcroît susceptible au point de ne pouvoir tolérer un article dit « désobligeant ».
Ce qui aurait paru normal à Voltaire, Descartes et même plus tard Hugo,lesquels se sont cachés ou exilés,pour pouvoir écrire leurs désaccords avec les puissants de leur époque ,est terrifiant pour le citoyen du 21ème siècle que je suis.
Ainsi ,on a pas le droit de dire ou d’écrire que l’on désapprouve les manières de tel ou tel magnat du cinéma français sous peine d’être poursuivi en justice… !
Passé la surprise ,il ne reste plus qu’à se rappeler la digne et courageuse attitude du jeune Orson Welles ,menacé ,de procès( officiellement) ainsi que physiquement ( plus officieusement) par un magnat américain de l’époque William Randolph HEARST qu’il écorchait à travers le film « Citizen Kane » , attitude,disais je,qui l‘a amené à finir son film ,coûte que coûte et à faire de même..
De l’audace de Welles est sorti un chef d’œuvre , je dis que de cette « critique » soi-disant condamnable ressort un Grand Journal de Cinéma ,intègre , enthousiaste ,passionné,cinéphilique à la folie ,quelque chose qu’en tant que professionnel je n’ai jamais croisé en 10 ans de métier ;
Je précise que leurs critiques ne m’ont pas ménagés (cf. articles « Petites Misères » avec marie Trintignant) et que je ne m’attends pas à de quelconques faveurs dans le futur ,ce qui d’ailleurs me décevrait..
Critiques,contestations,dénigrements,insolences,ironie,c’est le jeu,terrible et magnifique de ce métier entre ceux qui veulent s’exprimer et ceux qui veulent bien les regarder .Il faut l’accepter ou bien faire autre chose (des affaires par exemple)
Je suis averti que la présente attestation doit être produite en justice et que toute fausses déclarations de ma part m’expose à des sanctions pénales

ALBERT DUPONTEL



CHARLOT Alexandre et MAGNIER Franck
Profession : scénariste, ex-auteur des « Guignols de l’info » de Canal Plus
N’ayant aucun lien de parenté ou d’alliance avec les parties,
Déclarons être choqués par le procès intenté à la revue « BRAZIL » par monsieur Luc Besson.
Tout d’abord parce que, lorsque nous étions auteurs des « Guignols de l’info », nous ne nous sommes pas privés d’écorner l’image de monsieur Besson. Bizarrement, celui-ci n’avait alors pas cru bon nous intenter un quelconque procès. Peut-être est-ce parce qu’il n’avait pas intérêt à être en litige avec une société comme Canal Plus, premier financier du cinéma français ?
Ensuite, parce qu’après une relecture attentive de l’article incriminé, il nous semble que le court passage consacré à la vie « professionnalo-amoureuse » de monsieur Besson est bien peu diffamatoire tant il relève du secret de polichinelle : en effet, monsieur Besson lui-même n’a jamais caché le lien privilégié qu’il entretenait avec telle ou telle actrice de ses films, lorsqu’il assurait la promotion de ceux-ci.
Enfin, parce qu’il nous apparaît insupportable qu’un professionnel du cinéma, quel qu’il soit, ne supporte pas la critique, aussi virulente soit-elle. En tant que scénaristes, la critique nous fait réfléchir sur notre métier, elle nous fait progresser et nous améliorer.
« BRAZIL » est un des très rares magazines à produire une critique libre, constructive et indépendante.
A l’heure où la plupart des magazines de cinéma ressemblent de plus en plus à des dossiers de presse promotionnels élaborés par les producteurs et leurs équipes marketing afin que le public aille au cinéma non plus par goût mais par réflexe, l’existence d’un journal comme « BRAZIL » est non seulement précieuse, mais salutaire.
Dans son film « Le cinquième élément », monsieur Besson suggère que l’amour est plus fort que tout. Alors, s’il croit vraiment en ce qu’il filme, nous serions heureux de le voir renoncer aux attaques contre « BRAZIL ».
Nous sommes avertis que la présente attention doit être produite en justice et que toute fausse déclaration de ma part m’expose à des sanctions pénales.

Fait à Paris, le 16/09/03


Les aventures improbables de Terry Gilliam VF / VO

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