Cinémadame Soleil

Mon journal, qui ne recule devant aucun sacrifice, me paye une place de cinéma tous les mois, pour que je puisse alimenter cette rubrique. Seulement voilà, par pure pingrerie, je garde l’argent dans ma poche personnelle, et je m’arrange à broder quelque chose à partir de l’affiche… mais ne le dites à personne.

Dédales
L’individu n’est que la somme des personnalités qu’il abrite

Alors là, super original : une équipe de flics, deux mecs et une meuf, sont miniaturisés, et envoyés dans le corps d’un gars à moitié bouffé par un cannibale (enfin, dans la moitié qui a pas été bouffée), chargés de recueillir des indices pour coincer le serial bouffeur. bien sûr, vous avez tous capté que c’est un double pompage du “Voyage fantastique” et du “Silence des agneaux”, quelle honte…
Et quelle distribution époustouflante : Lambert Wilson, pressenti pour La Boum 3 (il avait déjà roulé une tôle à Sophie Marceau dans la 2), que tout le monde s’arrache, vu qu’il a soufflé à Jean Réno le titre d’acteur français qui fait des films américains où c’est que ça pète bien ; Sylvie Testud, aussi terne que son nom de pèse-personne, la risée des Japonais depuis qu’elle a (dés)incarné une Amélie Nothomb sensée parler couramment le japonais, mais qui se coltine un accent nippon à chier ; et le décérébré qui joue dans Taxi 3 et deux autres navets dont j’ai oublié le titre — mais oulalah y faut pas que je dise du mal des bouses produites par le sympathique semi-obèse Luc Besson : il est en train de réclamer 50 000 euros au magazine de cinéma Brazil, qui a osé écrire que lucky Luc ne fait des films que pour gagner plein de pognon et se taper des jeunes gonzesses (remarque, c’est quand même cool comme mode de vie). Du coup, Brazil risque de couler, alors envoyez vite vos mails de soutien à christophe@banditscompagny.com.
Alors bref, notre équipe de micro-limiers sont injectés dans un doigt de la victime. Malheureusement, à la suite d’un gag technologique, leur système GPS tombe en carafe, et du coup forcément ils n’arrivent plus à se repérer. Ils creusent une galerie au petit bonheur la chance, et ouf ! Ils débouchent à la surface. ils réalisent qu’ils sont sur le bout du pouce, précisément entre deux sillons des empreintes digitales, qui leurs apparaissent comme des murs immenses, tellement eux-mêmes sont miniaturisés (à peu près de la taille d’un milliardième de crotte de nez très petite). Ils ont rendez-vous sur l’ongle du pouce, où une pipette doit les prélever pour qu’un appareil très sophistiqué à base de lasers les ramène à la taille normale, car dans notre monde impitoyable, les petits sont toujours brimés par les grands. Mais impossible de retrouver le chemin de l’ongle, ces putains d’empreintes digitales constituent un véritable dédale (d’où le titre, d’ailleurs), et nos trois amis sont d’autant plus angoissés que le corps commence à puer très fort : en effet, le cadavre n’est pas entreposé dans un frigo de la morgue, car le froid tuerait nos micro-limiers. Du coup, il s’est gentiment mis à pourrir. C’est Ariane, la femme, qui commence à péter les plombs en premier, elle invoque la victime : “Tu vas arrêter de puer, gros connard ! Putain, mais faut vraiment être con pour se laisser à moitié bouffer sans broncher !!!”. Saturnin (Diefenthal) tente de la raisonner , il prend une posture zen et prononce : “Bon sang Ariane, cesse donc de l’invectiver, il est mort… L’individu n’est plus que la somme des personnalités qu’il abrite… c’est-à-dire nous trois. En le traitant de gros connard, c’est nous que tu insultes, et moi, çui qui me traite de gros connard, j’y pète la gueule.” Joignant le mawachigeri à la parole, il lui éclate la tête, plus du tout zen pour le coup. Gédéon (Lambert Wilson — tiens c’est marrant, on dit jamais Wilson tout court, alors que Diefenthal ça va) regarde le minuscule cadavre de la femme, gisant sur cet énorme pouce, puis hoche la tête avant de s’adresser, désabusé, à son compagnon :
- C’est malin, cette fois-ci on est foutus. Selon le scénario, Ariane était sensée dérouler un long fil qui nous aurait permis de retrouver la sortie de ce dédale. Mais à présent qu’elle est morte, on a l’air fin…
- Elle avait qu’à pas nous traiter de gros connards !
- Mais t’as rien compris ! Ariane avait un défaut d’élocution dû à une division palatine (ou bec de lièvre, NDLR) mal opérée, et quand elle disait “connard”, il fallait comprendre “canard”. Par le fait, elle ne nous a jamais manqué de respect.
Il faut préciser (mais ça se voit tout de suite dans le film) que Saturnin et Gédéon sont des canards, détachés à la brigade d’intervention du LAPD (Los Angeles Palmipède District) pour toutes les affaires de meurtres par ingestion ; et leur activité plutôt sédentaire (8 heures par jour le cul planté dans les sièges en skaï de leur voiture de service) leur a permis de se laisser pousser un gros bide. De fait, le qualificatif “gros canard” s’avère parfaitement approprié.
Finalement, un peu de sérosité se forme dans un creux de l’empreinte digitale du machabbée, suffisamment pour constituer une mare minuscule, et nos deux micro-policiers volatiles s’y ébattent en faisant coin-coin, pour tuer le temps en attendant l’arrivée des secours. Et puis tant pis pour Ariane, on aura qu’à dire qu’elle s’est fait bouffer par un asticot, et pi de toute façon elle jouait tellement mal, c’est pas une perte.
Fred Neidhardt

Les aventures improbables de Terry Gilliam VF / VO

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